CHAPITRE PREMIER
Idée générale de l'Homme et de la Femme.
Parmi les différentes manières.dont la nature travaille à la. reproduction des espèces , elle a voulu que l'espèce humaine dût la sienne au concours de deux individus semblables par les traits les plus généraux de leur organisation , mais destinés à y coopérer par .des moyens particuliers et propres à chacun. La différence de ces moyens constitue le sexe , dont l'essence ne se borne point à un seul organe , mais s'étend , par des nuances plus ou moins sensibles , à toutes les. parties; de sorte que la femme, n'est pas femme seulement par un endroit , mais encore par toutes les faces par lesquelles elle peut être envisagée.
r> SYSTKMK PHYSIQUE FT MORAL
Il est cependant un temps où ces nuances sont nulles ou imperceptibles. L'iiomine et la femme , dans les premières années de la vie, ne paraissent point , au premier aspect , différer l'un de l'autre : ils ont à peu près le même air, la même délicatesse d'organes , la même allure , le même son de voix. Assujettis aux mêmes fonctions et aux mêmes besoins , souvent confondus dans les mêmes jeux dont on amuse leur enfance , ils n'excitent dans l'âme du spectateur, qui les contemple avec plaisir, aucun sentiment particulier qui les distingue ; ils ne lui paraissent tous les deux recommandables que par cette tendre émotion qu'excite toujours en nous la vue de l'innocence jointe à la faiblesse. Indifférent et isolé , chacun d'eux ne vit encore que pour luimême; leur existence, purement individuelle et absolue , ne laisse encore apercevoir aucun des rapports qui doivent dans la suite établir entre eux une dépendance mutuelle.
Cet état équivoque ne subsiste pas long-temps ; l'homme prend bientôt des traits et un caractère qui annoncent sa destination ; ses membres perdent cette mollesse et ces formes douces qui lui étaient communes avec ceux de la femme : les muscles , qui sont les principaux instrumens de la force animale , font disparaître ou rendent plus dense, par leurs contractions réitérées , le tissu muqueux qui remplissait leurs interstices et les énervait (i); ils acquièrent par là
(i) Le tissu muqueux ou cellulaire, qu'on n'a jam^iis si
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plus (le saillie , et tendent à donner à chaque organe une forme plus décidée. Ce n'est plus bientôt le même individu; la teinte rembrunie de son visage, et sa voix devenue plus grave et plus forte, annoncent en lui un surcroît de vigueur nécessaire au rôle qu'il va jouer : la timidité de l'enfance a fait place à un instinct qui le porte à braver les périls ; il ne craint rien , parce qu'un sang bouillant qui s'agite dans ses vaisseaux , et qui cherche à franchir (i) les digues qui le retiennent , lui fait croire qu'il peut beaucoup. Sa taille haute, sa démarche fière, ses
bien connu que dans ce siècle, et surtout que depuis la publication de l'ouvrage de M. Bordeu , sur cette matière , est une espèce de toile qui enveloppe tous les organes , qui forme une partie de leur substance, qui leur sert de lien et de moyen de communication; de sorte qu'il est lui-même une espèce d'organe universel. Ce tissu ou cette matière cellulaire, ainsi appelée parce qu'elle est composée d'une infinité de cellules qui communiquent entre elles , se trouve en plus ou moins grande quantité, plus ou moins développé dans chaque sujet; et celte différence en met non-seulement beaucoup dans la forme et l'habitude extérieure des personnes du même sexe, mais elle forme encore un des caractères essentiels et généraux qui distinguent les deux sexes. Ce tissu , qui quelquefois n'a pas plus de consistance que de ]a gelée, et ressemble à une matière muqueuse, est, comme toutes les autres parties , animé par la sensibilité , ou par ce qu'on appelle le mouvement tonique qui lui donne le ressort et l'action,
(i) Les jeunes gens, surtout les jeunes garçons, sont sujets à des hémorragies excessives du nez et de la poitrine- Stahl, Dissert, de Morhis œtatum.
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mouvemens souples et assurés, ses nouveaux goûts, ses nouvelles idées , enfin tout retrace en lui l'image de la force , et porte l'empreinte du sexe qui doit asservir et protéger l'autre.
La femme, en avançant vers la puberté, semble s'éloigner moins que l'iiomme de sa constitution primitive. Délicate et tendre , elle conserve toujours quelque chose du tempérament propre aux enfans. La texture de ses organes ne perd pas toute sa mollesse originelle. Le développement que l'âge produit dans toutes les parties de son corps , ne leur donne point le même degré de consistance qu'elles acquièrent dans riiomme. Cependant , à mesure que les traits de la femme se fixent, on aperçoit dans sa forme , dans sa taille et dans ses proportions , des différences dont les unes n'existaient point, et les autres n'étaient point sensibles. Quoiqu'elle parte du même point que l'homme , elle se développe néanmoins d'une manière qui lui est propre; de sorte que, parvenue à un certain âge, elle se trouve, peutêtre avec étonnement, pourvue de nouveaux attributs , et sujette à un ordre de fonctions étranger à l'homme, et jusqu'alors inconnu à elle-même ; enfin, il se découvre en elle une nouvelle chaine de rapports physiques et moraux , qui devient pour l'homme le principe d'un nouvel intérêt propre à l'attirer vers elle , et pour elle une source de nouveaux besoins. Ces rapports, du côté du physique, sont en partie le résultat des modifications du tissu cellulaire , qui acquiert de l'expansion dans les organes destinés à
marquer spécialement le sexe , tandis qu'il s'affaisse ou se resserre dans les autres parties ; et un des effets les plus marqués de ce changement, c'est de rendre plus sensibles les proportions naturelles des pièces qui forment la charpente du corps. Nous allons examiner quelles sont les particularités que ces pièces offrent aux yeux des anatomistes, pour jeter ensuite successivement les regards sur les autres parties qui entrent dans la structure de la femme.