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CHAPITRE IL

Des parties solides qui servent de base au corps de la Jemme.

Ojv convient généralement que les parties qui servent d'appui et de fondement à la machine humaine, c'est-à-dire les os (i) , ont moins de volume

(i) On sent qu'une discussion sur l'origine des os serait ici étrangère à notre objet. Nous les considérons tout formés. M. de Bordeu attribue leur formation à un adossement successif des lames du tissu cellulaire , et cette opinion a pour elle toutes les probabilités qui suffisent en médecine pour établir une vérité. Nous en userons de même à l'égard de toutes les autres parties ; nous les regarderons comme distinctes du tissu cellulaire , quand même il serait yrai que cette substance en formât la base. Il ne s'agirait alors que de la manière dont elle y est organisée. On ne considère pas non plus ici les os comme sensibles , parce qu'ils ne se montrent tels que dans des circonstances qui les éloignent plus ou moins de leur état naturel.

et de dureté dans la femme que dans l'homme : aussi la taille moyenne de celui-ci est-elle de deux ou trois pouces plus haute que celle de l'autre, et on sait que ses membres sont capables de porter de bien plus grands fardeaux que ceux de la femme.

Les différences les plus remarquables , par rapport aux os, dans les deux sexes , ce sont celles que présentent les os qui composent la partie inférieure du Ironc , et celles qu*offrent les clavicules qui en terminent la partie supérieure. Parmi les premiers , ceux qu'on appelle innommés ^ et qui forment le bassin avec le concours de l'os sacrum et du coccix , ont dans la femme plus de convexité en dehors, et contribuent, par une plus grande courbure, à lui donner plus de capacité. Les os du pubis , qui en forment la partie antérieure , se touchent par un plus petit nombre de points que dans l'homme , et fuient obliquement en dehors , pour augmenter l'espace qui est entre eux et le coccix^ c'est-à-dire, l'extrémité inférieure de la partie postérieure du bassin. On avait cru que les os du pubis n'étaient unis que par un cartilage souple et mobile , qui leur permettait de s'écarter dans les accouchemens laborieux : cette opinion , établie sur l'idée d'un besoin supposé , a été démentie par un examen plus exact, et il est à présent reconnu que ces os ne sont pas plus mobiles dans la femme que dans l'homme.

La convexité des os innommes fait que \es,Jemurs , ou les os des cuisses, se trouvent plus éloignés l'un de l'autre; car ceux-ci s'articulent, comme on sait ,

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avec les premiers. Cet éloignement des os des cuisses doit augmenter la largeur des hanches. Il s'ensuit aussi que les muscles auxquels ces os servent de point d'appui , se trouvant par là moins comprimés par leur contact réciproque, ont une plus grande liberté de s'étendre; ce qui fait que, toutes choses étant d'ailleurs égales, les cuisses des hommes sont plus grêles que celles des femmes.

Les clavicules , au contraire , sont plus droites et moins courbes dans la femme que dans l'homme; de sorte que la poitrine et les hanches sont dans une raison inverse dans les deux sexes, et que, si les hanches de la femme sont moins circonscrites que celles de l'homme , celui-ci , à son tour , a la poitrine plus large et plus évasée que la femme. Quoique ces rapports varient dans chaque individu, les sculpteurs et les peintres , en déterminant les belles proportions du modèle idéal et conventionnel qui les guide dans leurs imitations, les ont réduits à des mesures fixes , qu'ils ont moins puisées dans la nature, comme le dit M. de Buffon (ij, que dans une observation approfondie des effets de Fart. Nous ne nous arrêterons point sur ces détails plus importans pour eux que pour les médecins; nous nous contenterons seulement d'admirer l'attention qu'a la nature de préparer de loin les instrumens qui doivent Servir à l'exécution de ses desseins, et de marquer sur les élémens même des êtres qu'elle

(i) Hist. nat. , lome /|, page 32 2, cdit. in-12.

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produit, les usages qu'elle doit en tirer. Cette forme particulière qu'elle prend soin de donner aux os de la femme, prouve que la différence des sexes ne tient pas seulement a quelques variétés superficielles , mais qu'elle est le résultat peut-être d'autant de différences qu'il y a d'organes dans le corps humain , quoiqu'elles ne soient pas toutes également sensibles. Parmi celles qui sont assez frappantes pour se laisser apercevoir, il y en a dont les usages et la fin ne sont pas bien déterminés. Tiennent-elles essentiellement au sexe, ou sont-elles une suite nécessaire , mais indifférente , de la disposition mécanique des parties principales qui le constituent , comme dans les bossus la courbure de l'épine du dos entraîne toujours un certain dérangement des autres parties, qui leur donne à tous un air de ressemblance? Dans le premier cas, l'anatomie , plus perfectionnée qu'elle ne l'est , pourrait peutêtre nous apprendre quelles sont, dans la structure du corps, les conditions les plus avantageuses pour remplir , de la manière la plus parfaite , les fonctions du sexe ; et par la même raison elle parviendrait peut-être aussi à connaître quel est l'état des organes le plus favorable aux fonctions de la vie. Car, quoique la vie paraisse s'attacher à toutes les formes, elle se maintient plus dans les unes que dans les autres. Les productions monstrueuses vivent plus ou moins; mais celles qui le sont extrêmement périssent bientôt. Ainsi l'anatomie , aussi éclairée <ju'elle peut Têlre, serait à même de décider jusqu'à

quel point on peut être monstrueux , c'est-à-dire , s'écarter de la conformation particulière à son espèce, sans perdre la faculté de se reproduire, et jusqu'à quel point on peut l'être, sans perdre celle de se conserver. Dans le second cas , elle viendrait peutêtre à bout de connaître si bien les rapports des parties, et les difFérens résultats des changemens qu'elles peuvent subir dans leur position respective, qu'en voyant l'état des unes , on pourrait juger de l'état des autres, comme en géométrie, lorsqu on connaît un coté et deux angles d'un triangle, on connaît nécessairement les deux autres côtés. Mais l'étude de l'anatomie ne paraît pas même encore avoir été dirigée sur ce plan.

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