CHAPITRE IV
Des effets immédiats qui paraisseiit dérii'er de Vorganisation des parties sensibles de la femme, (i)
Sans pouvoir déterminer l'influence précise que l'organisation de ces parties a dans le caractère et
(i) Un écrivain de ce siècle , qui regarde l'esprit comni^ le résultat de la seule éducation , et qui exclut l'organisation du nombre des causes qui peuvent le modifier, nie aussi que la différence organique sur laquelle le sexe est fondé , puisse avoir aucune influence sur la manière de senlir €t de penser, parce que quelques femmes se sont élevées au dessus du commun des hommes , et qu'il a existé des Saplios et des Hipparchies ; comme il soutient que le clijnat n'influe
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dans les fonctions de la femme, on peut néanmoins assurer que la plupart des attributs physiques et moraux qui lui sont propres, y tiennent plus ou moins , ainsi que la disposition particulière qu'elle semble avoir à certaines maladies ; car celles-ci ne dépendent en partie que d'un plus ou moins grand degré d'intensité dans les mouvemens essentiels à l'état de santé , et ces mouvemens sont toujours relatifs à la nature des organes qui les exécutent.
La mobilité singulière qu'on observe dans les organes de la femme , est une suite nécessaire de leur petitesse. Quel que soit le principe qui donne l'im-
point sur le caractère et la législation des peuples , parce qu'on a vu de bonnes et de mauvaises lois chez de.s nations qui se trouvent sous la même latilude; que la vigueur du corps n'a aucun rapport avec celle de l'esprit , parce que Pascal et Pope étaient d'une constitution faible et maladive ; qu'enfin , le génie est exempt des altérations de l'âge , parce que M. de Voltaire a le privilège singulier de faire de belles tragédies à celui de quatre-vingts ans. Comme nous n'avons à défendre l'honneur d'aucune hypothèse, nous ne saurions avoir égard à ces exemples particuliers ; mais nous nous en tiendrons aux probabilités qui résultent des faits généralement et constamment observés. Nous croyons, par conséquent , qu'un Français a plus d'esprit qu'un Samoïède ; que si quelques personnes valétudinaires montrent quelque force de génie, elles en montreraient encore davantage si elles se portaient bien ; qu'à quatre-vingts ans ou radote encore plus communément qu'on ne fait de bonnes pièces dramatiques ; et qu'enfin , la différence de sexe peut en mettre dans l'esprit et dans le caractère, parce que des instruuien> différens doivent produire des effets différens
DE LA FEMMK. l5
pulsion aux corps vivans, ils suivent, dans les mouvemens qu'ils en reçoivent, à peu près les mêmes lois que les corps inanimés. Les mouvemens vitaux , dans les premiers , paraissent s'exécuter avec une rapidité inverse de la grosseur de l'animal. Les artères du bœuf ne battent que trente-cinq fois, tandis que celles de la brebis battent soixante fois (i) : le pouls des femmes est plus petit et plus rapide que celui des hommes ('2). Pline dit que la nature a plus d'énergie, lorsque la sphère de son activité est plus bornée (3); et que ce que les animaux d'une grande masse gagnent en force , ils le perdent en agilité et en finesse.
De ce que les femmes ont à mouvoir de moindres masses que les hommes , il s'ensuit qu'elles doivent les diriger mieux ; que , leurs mouvemens étant plus faciles et plus prompts, elle sont plus tôt appris l'usage de leurs facultés. On sait qu'en général elles ont une plus grande facilité de parler que les hommes. Un homme de lettres assez célèbre remarque que, depuis la naissance du théâtre en France , il serait aisé de compter un plus grand nombre d'actrices que d'acteurs d'un mérite supérieur. Il attribue cette différence à l'avantage qu'ont les femmes du côté de la sensibilité. Son opinion peut être vraie à cet égard.
(1) Vitet. Med. velerin. , tome 2 , page SaS.
(2) Bordeu, Recherches sur le pouls , page 6.
(3) Nusquàrn magis quàm in minimis tota est natura. Hist. nat., Lib. ii, c. 2.
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Il se peut aussi qu'en elles l'organe de la voix, plus flexible et plus propre à toutes sortes de mouvemens, se prête aussi avec plus de facilité aux accens des passions, et à toutes les inflexions de la modulation théâtrale. Enfin les femmes excellent , en peu de temps , dans tous les arts qui ne demandent que de l'adresse , parce que cette qualité dépend d'une succession rapide d'idées et de mouvemens que l'organisation de leur sexe leur rend plus aisée.
Une autre qualité physique concourt encore à rendre plus mobiles les parties sensibles de la femme ; c'est ce degré de mollesse qui leur est particulier, et qui, depuis Hippocrate (i), a été généralement reconnu par tous les médecins. Quoique l'essence de la sensibiUté ne consiste ni dans le chaud , ni dans le froid, ni dans le sec, ni dans l'humidité, il est cependant manifeste, par l'exemple des tempéramens et par celui des climats , qu'elle tient à ces qualités physiques. Dans les uns et dans les autres , la sensibilité varie selon la constitution du corps ou de l'air; et on remarque qu'elle ne jouit jamais mieux de toute la plénitude de ses droits , que lorsqu'une humidité modérée , et telle qu'elle se trouve dans les enfans et dans les femmes, prête à leurs organes, sans trop les énerver , toute la souplesse dont ils sont susceptibles.
Une certaine faiblesse doit être l'effet combiné de
(i) MuUerem variore et moUiorc carne esse quàm viruiit censco , Lib. i , de Mulier. Morbis.
cette dernière disposition unie à des organes d'une médiocre masse. Plus sensible que robuste , plus mobile que capable de mouvoir, la femme possédera donc toutes les qualités vitales dans le degré le plus exquis (i), mais avec des forces physiques très-bornées ; de manière que son existence consistera plus en sensations, qu'en idées et en mouvemens corporels.
On pourrait croire qu'une constitution dans laquelle la femme est en butte à toutes les impressions des objets extérieurs, qui donne plus d'aptitude pour sentir que de moyens pour se soustraire à l'action des causes sensibles, doit être peu favorable au bonheur ; mais , si on considère que les causes physiques de nos maux sont en très-petit nombre,- et que leur véritable source est dans les affections de notre âme ; qui les perpétue par le souvenir, ou les multiplie par la crainte, on verra que la femme, en qui la variété même des sensations s'oppose à leur durée , et qu'elle sauve de cette opiniâtreté de réflexions qui fait le tourment de tant d'êtres pensans , est peutêtre moins éloignée que l'homme de la félicité que comporte la nature humaine.
C'est à cette disposition qui rend les organes de la
(1) Le mot E(>e en hébreu signifie vie. Les Grecs donnaient aussi quelquefois aux femmes des noms propres à désigner en elles un degré éminent de sensibilité, ou du moins une grande facilité à émouvoir celle des hommes : Psyché en grec veut dire ame.
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femme plus actifs que forts, et qui leur donne plus (le sensibilité que de consistance, qu'elle doit cette finesse de tact et cette pénétration qui consiste à saisir dans les objets qui la frappent rapidement , une infinité de nuances , de choses de détail , et de rapports déliés qui échappent à l'homme le plus éclairé. On prétend, il est vrai, que cette même sensibilité qui lui fait apercevoir un grand nombre d'objets, est ce qui l'empêche de les bien voir, et de fixer assez long-temps son esprit sur une idée , pour pouvoir connoître toutes les autres idées qui viennent s'y réunir; que la difficulté de se dérober à la tyrannie des sensations, l'attachant continuellement aux causes immédiates qui les produisent, ne lui permet point de s'élever à la hauteur convenable pour les embrasser toutes d'une seule vue; que par cette précipitation qui s'élance au-delà de la vérité , ou par cette inconstance qui se lasse bientôt de !a poursuivre , deux défauts inséparablement attachés à la complexion de la femme, elle est moins susceptible que l'homme de ces hautes conceptions d'un esprit qui sait atteindre au niveau de la nature et remonter à la source des êtres. On dit aussi que son imagination, plus vive que soutenue, se prête peu à ces expressions vraies et pittoresques qui sont le sublime des arts d'imitation, et que, plus capable de sentir que de créer, elle reçoit plus facilement dans son âme les images des objets, qu'elle ne peut les reproduire : qu'enfin cette touriuu'e d'esprit , qui fait qucilo se conduit presque toujours par des idécji
particulières, s'oppose en elle aux vues plus vastes cle la politique, et à ces grands principes de morale qui s'étendent à tous les hommes, (i)
Il n'est pas douteux que cette faiblesse, que nous avons dit caractériser les organes de la femme, ne lui interdise les efforts de cette contention d'esprit qui est nécessaire à l'étude des sciences abstraites , même pour s'y égarer; et que son imagination, trop mobile et peu capable de garder une assiette permanente, ne la rende peu propre aux arts qui dépendent de cette faculté de l'âme : mais aussi c'est de cette faiblesse que naissent ces sentimens doux et affectueux qui constituent le principal caractère de la femme ; c'est du sentiment de son impuissance qu'elle tire cette disposition à s'identifier avec les malheureux, cette pitié naturelle qui est la base des vertus sociales. C'est pourquoi les qualités de la femme , sans avoir le même éclat qu'ont les talens supérieurs qu'on admire dans l'homme, et dont l'effet le plus sensible est de nourrir souvent en lui un orgueil sauvage et triste , sont d'un plus grand usage dans la société. Tout le monde convient que les fenmes ont une morale plus active, et que celle des hommes est plus en spéculation. Les premières font souvent le bien que les derniers ne font que projeter.
(i) Si on veut voir des idées plus étendues et jnieux exprimées, on peut jeter les yeux sur le tableau énergique et élégant que M. Thomas a tracé des moeurs et du caractère des femmes dans les différeais siècles.
Ceux-ci s'occupent des maux possibles, ou qui sont répandus sur la surface du globe, tandis que les autres soulagent les malheurs réels qui les environnent. Si les vertus des femmes sont moins brillantes que celles des hommes, elles sont peut-être d'une utilité plus immédiate et plus continue.
Il en est de même de leurs talens. Ceux de l'homme sont plus propres à lui donner une haute opinion de son espèce ; ceux de la femme contribuent encore plus au bonheur qu'ils ne flattent la vanité. Si on aime quelquefois à errer avec le premier dans les régions désertes et inaccessibles qu'habite le génie , la difficulté de soutenir long-temps un état peu fait pour notre faiblesse, nous fait retomber encore avec plus de plaisir dans la sphère ordinaire où la nature nous a placés , et que la femme embellit par des qualités qui sont toujours de mise, et qui font toujours le charme de tous les momens.
Les passions, dans tous les êtres animés, répondent aux moyens que la nature leur a donnés pour les satisfaire. Qu'on examine toutes les espèces d'animaux , on verra qu^e chez eux le moral se rapporte constamment au physique, la colère et la cruauté marcher toujours avec la force, et la timidité être toujours le partage de la faiblesse. A quoi servirait à la femme une audace que son impuissance démentirait à chaque instant? La témérité sied mal, lorsqu'on a à peine la force nécessaire pour se défendre. Les pa.ssions douces sont les plus familières à la femme, parce qu'elles sont les plus analogues à sa
constitution physique. L'attendrissement, la compassion, la bienveillance, l'amour, sont les sentimens qu'elle éprouve et qu'elle excite le plus souvent, et chacun sent qu'une bouche faite pour sourire , que des yeux tendres ou animés par la gaîté, que des bras plus jolis que redoutables , et un son de voix qui ne porte à l'âme que des impressions touchantes, ne sont pas faits pour s'allier avec les passions haineuses et violentes. La douceur est si généralement propre aux femmes, que cette disposition morale se trouve aussi dans les personnes d'un autre sexe dont les traits et la conformation extérieure ont quelques rapports avec ceux de la femme. On remarque que les hommes d'une constitution délicate et molle tiennent beaucoup des goûts et du caractère des femmes. Cela n'est pas surprenant : les animaux qui ont quelque conformité de structure avec Thomme, semblent se rapprocher un peu de lui par leurs mœurs et par leurs inclinations; et ceux qui ont entre eux des ressemblances corporelles, se ressemblent aussi plus ou moins par leur instinct (j). Ainsi, soit que les attributs extérieurs et matériels qui distinguent les animaux soient l'ouvrage ou l'empreinte des mouvemens intérieurs du principe actif qui les anime, soit que ce principe soit forcé de régler ses mouvemens
(i) Voyez les Caractères des Passions, par M. de La Chambre , médecin ordinaire de Louis XIII ; ouvrage qui contient beaucoup de ctioses intéressantes sur cette matière, et dont un auteur célèbre de ce siècle a emprunté beaucoup d'idées sans le citer.
et ses actions sur la nature et la conformation de leurs organes, il est certain qu'il y a un rapport constant entre le caractère moral de chaque être sensible et la constitution physique , l'air et l'habitude extérieurs de son corps.
Dans ce que nous disons ici des qualités morales de la femme, nous n'avons égard qu'à ce qui paraît dériver immédiatement de son organisation matérielle; car on ne doute point que l'éducation , les mœurs sociales, et une infinité de circonstances, ne puissent altérer de mille manières, et même effacer presque le caractère primitif que la nature lui a donné : il n'en est pas moins vrai qu'en général les femmes sont et doivent être naturellement douces et timides.
Cependant ces qualités ne les exemptent pas des atteintes de la colère, qui y est directement opposée ; elle est même quelquefois assez vive chez elles , parce qu'elle tient en même temps à leur sensibilité physique , et à cette fierté que les hommages et les prévenances continuelles des hommes doivent nécessairement entretenir en elles. Mais il est aisé de s'apercevoir , par le contraste frappant que forment les mouvemens impétueux de cette passion avec la faiblesse ordinaire de leur sexe , avec combien de désavantage elles sortent de leur état naturel. Leurs traits, plus mobiles que ceux des hommes, se déplacent plus aisément, et faltération (jui on résulte dans leur figure, en les rendant difformes, ne parvient pas même à leur donner un air plus terrible. I.a
même faiblesse qui fait que leur colère est peu redoutable pour les autres , fait aussi qu'elle est moins dangereuse pour elles-mêmes. On a observé qu'elle a des suites plus funestes dans les hommes que dans les femmes. Elle a souvent, dans les premiers, déterminé les paroxysmes des maladies chroniques, produit des ictères , des engorgemens des viscères. Quoique les femmes ne soient pas tout-à-fait exemptes de ces accidens , la flexibilité de leurs organes semble les en mettre plus à l'abri.
Aucun état de l'âme ne cadre mieux avec cette flexibilité d'organes, que le caprice, qui consiste dans le passage brusque d'un sentiment à im autre sentiment tout opposé. La sensibilité, qui est une suite naturelle de cette organisation , en livrant les femmes aux impressions d'un plus grand nombre d'objets, doit produire nécessairement dans leur esprit une foule de déterminations, qui sont à chaque instant détruites l'une par l'autre. Quand il ne rebute point par son excès, le caprice ajoute peut-être un certain piquant aux autres qualités qui font le mérite essentiel du sexe. Il produit xlu moins une certaine variété d'idées qui plaît toujours. La Bruyère dit que le caprice est , dans les femmes , tout proche de la beauté^ pour être son contre-poison. Il est vrai que le caprice est peut-être en elles une arme qui sert à déconcerter quelquefois les espérances présomptueuses etla contenance trop triomphante de l'homme; et que dans la loi de l'attaque et de la défense , établie par la nature entre les deux sexes , c'était le plus <=Ak
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moyen de faire valoir le plus faible , et d'entretenir dans le plus fort une illusion qu'une volonté trop décidée de la part du premier aurait entièrement détruite. Il fallait réprimer les désirs pour les rendre plus vifs; ils se seraient éteints si on y eiit opposé une résistance dont il n'eût pas été possible de prévoir la fin. Par le caprice, qui n'est qu'une détermination momentanée, le but n'est reculé que pour être mieux atteint.
En continuant d'analyser ainsi les affections particulières à cbaque sexe , on verrait peut-être que celui qui semble fait pour avoir tous les goûts, pour en changer continuellement , a dû se plier , avec moins de facilité que l'autre , à des institutions qui lui montrent un objet exclusif dans lequel il est obligé de concentrer tous ses sentimens, qui tendent à enchaîner une volonté toujours fugitive, et à fixer ce que tant de choses concourent à rendre si mobile. La nature , qui ne devait pas prévoir nos arrangemens civils, s'était contentée de faire les femmes aimables et légères, parce que cela suffisait à ses vues (i). Le
( I ) Il fallait bien que l'amour fût vif chez les femmes , mais il n'était pas nécessaire qu'il fût en elles constant dans son objet. L'homme qui attaque a besoin d'une certaine persévérance , pour ne pas perdre le fruit de sa poursuite , e:i la faisant cesser trop tôt. La femme, toujours maîtresse de se rendre , est sûre de ne pas manquer de vainqueur ; au lieu que l'homme, incertain de vaincre , en courant d'un objet à un autre , sans se fixer, courrait risque de se trouver sans «joiiquète.
jjjA^ intérêt qui a voulu qu'il y eût une associaf,-n constante entre les deux sexes a aussi exigé j'elles des scntimens plus stables que ceux que la nature leur avait donnés. Quoi qu'il en soit, c'est sur cette base cbancelante que repose tout l'édifice de la société , et il n'est pas douteux qu'on doive leur tenir compte de la vertu et de l'adresse avec laquelle elles le soutiennent.
Cette disposition d'esprit , qui fait qu'un homme est toujours lui-même , et que ce qu'il a voulu une fois il le veut toujours, est donc moins dans les femmes un effet immédiat de leur constitution physique , que le fruit d'une raison exercée. Un des effets les plus nuisibles de la lecture des romans , c'est de nous faire perdre de vue la véritable mesure avec laquelle nous devons les juger. En ne nous offrant que des modèles de constance et de fermeté , cette sorte de livres nous familiarise trop avec l'idée d'une perfection peu compatible avec la faiblesse humaine ; de sorte que chacun s'attendant à voir cette idée se réaliser en sa faveur, se regarde comme l'objet d'un malheur particulier, lorsqu'il vient à être détrompé. Si on jugeait mieux de l'état naturel des choses, une sage indifférence prendrait peut-être la place du dépit et de la fureur, parce qu'on s'indigne rarement contre un mal commun et nécessaire. D'ailleurs les femmes n'ont pas besoin de toutes ces qualités imaginaires , dont les auteurs prennent soin de les parer: elles seront toujours assez dangereuses , même avec
( e que notre orgueil nous fait appeler en ellt j^^ défauts, (i)
On a fait sentir que la raison n'est point étranger», aux femmes; nous devons ajouter que leurs affections primitives semblent même concourir à leur faciliter l'exercice des devoirs qu'elle prescrit; car si , d'un côté , le caractère sensible dont la nature les a douées les porte au bien sans effort, d'un autre, il semble que la contrainte etla réserve auxquelles elle les condamne , doivent les disposer aux combats pénibles de la vertu. Mille faits attestent qu'elles ne sont point incapables des actions qui demandent une grande force d'ame. L'enthousiasme de l'honneur leur a quelquefois fait faire ce qui n'est bien souvent dans les hommes que l'effet d'une impulsion matérielle. Ce sentiment, qui est si propre à élever l'âme et <à lui donner un ressort indépendant de la vigueur du corps, s'accorde très-bien avec leur imagination vive, et avec leur extrême sensibilité. Personne n'ignore qu'il a été des peuples chez lesquels les femmes étaient comme les juges naturels de tout ce qui avait du rapport à l'honneur, et chez lesquels la crainte imposante de leur mépris était le plus redoutable de tous les censeurs.
( I ) La lecture des romans est encore phis dangereuse pour les femmes , parce qu'en leur présentant l'homme sous nne forme et des ti-aits exagérés , elle les prépare à des dégoûts inévitables, et à un vide qu'elles ne doivent pas raisonnablement espérer de remplir.
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La plupart des nations anciennes croyaient que les femmes avaient une relation plus intime avec la divinité que les hommes ; c'étaient elles qui étaient le plus souvent les interprètes de ses décrets. Il faut avouer cependant que l'opinion qui avait introduit l'usage de faire rendre les oracles par les femmes , comme chez les Grecs, les Juifs, les Germains et autres peuples, pouvait bien venir moins d'un certain respect pour ce sexe, que des fausses conjectures de l'ignorance ; car le caractère de l'homme est toujours de substituer des erreurs aux vérités qu'il ignore. Chez les peuples qui croyaient que la divinité daigne quelquefois se communiquer aux hommes, il était naturel d'attacher certains signes sensibles à la présence du Dieu qui devait parler , et ces signes durent se tirer de l'état de la personne qui en était inspirée. On dut croire que la divinité, renfermée dans le corps d'un homme ou d'une femme, ne pouvait qu'y produire des mouvemens extraordinaires , et lui faire une espèce de violence. Aussitôt donc que le prêtre ou la prêtresse qui devait lui servir d'organe ressentait ses premières impressions , l'agitation et le désordre s'emparaient de ses sens subjugués par une puissance irrésistible; des mouvemens convulsifs, un regard effaré, et des mots échappés par élans, annonçaient que la divinité allait s'expliquer par la bouche d'un mortel (i). On a dû
(1) La poésie, qui passait pour être le fruit d'un pareL^ enlbousiasme , élait une espèce de divination ; et le mot latin
être frappé de la conformité de ces traits avec les symptômes (jui caractérisent les maladies convulsives. Le peuple, qui en ignorait la cause et la nature, ne manqua pas d'y supposer quelque chose de surnaturel. Il donna le nom de maladie sacrée à l'épilepsie qui a éminemment le caractère convulsif. Hippocrate , philosophe fait pour apprécier les opinions vulgaires, en se servant cependant de la dénomination commune, dit (i) que cette maladie n'a rien de plus sacré que les autres. Il ajoute, dans le même endroit , qu'elle est plus particulière aux personnes d'une constitution pituiteuse. Un des points de sa doctrine sur celle des femmes, est, comme nous l'avons déjà dit, que Ihumide y domine; et comme un des effets de cette disposition est une certaine tendance aux affections spasmodiques, les femmes ont dû souvent retracer l'image des personnes agitées par le souffle devin, et par là paraître plus propres que les hommes à jouer le rôle de sihylles ou de devineresses. La plupart des panégyristes des femmes on ahusé de ce fait historique , qu'avec un peu
■vates , poète, signille devin. C'est ainsi que sont qualifiés ceux qui ont le mieux mérité ce titre.
Mais quel souffle divin m'enflamme?
D"où n.TÎt cette soudaine horreur?
Un dieu vieut échauffer mon âme D'une prophétique fureur.
Rousseau, Ode J, liv. a.
(i) Morbus hic nihil hahet aliis morhis dU'inius aut sacratins , sed eandeni ex qud reliqui morbi oriuntur naturain sortitus est. De Morbo sacre.
plus de lumières ou d'impartialité ils eussent au moins regardé comme indifférent à leur objet.
Lafaiblesse, et la sensibilité qui en est la suite, sont donc les qualités dominantes et distinctives des femmes ; elles se retrouvent partout chez elles; elles sont non-seulement la source de certaines affections morbifîques qui leur sont plus particulières qu'aux hommes, mais elles donnent à celles qui leur sont communes avec eux un certain aspect qui les différencie. Quant au moral , tout en elles prend la forme du sentiment : c'est par cette règle qu'elles jugent toujours les choses et les personnes. Leurs opinions tiennent peut-être moins aux opérations de l'esprit qu'à l'impression qu'ont faite sur elles ceux qui les leur ont suggérées; et quand ellescèdent, c'est moins aux traits victorieux du raisonnement qu'à une nouvelle impression qui vient détruire la première. Cette organisation était sans doute nécessaire dans le sexe , à qui la nature devait confier le dépôt de l'espèce humaine , encore faible et impuissante. Celle-ci eût mille fois péri, si elle eût été réduite aux secours tardifs et incertains de la froide raison. Mais le sentiment, plus prompt que l'éclair, aussi vif et aussi pur que le feu dont il émane, pousse une femme à travers les flammes, fait qu'elle s'élance au milieu des flots pour sauver son enfant; il fait plus, il la porte à remplir avec une patience qu'on n'admire pas assez, et même avec une sorte de satisfaction, les fonctions les plus dégoûtantes et les plus pénibles. Serait-il vrai, comme on l'a dit, que cet instinct
précieux, par lequel la nature a pris soin de lier les hommes, s'altère et s'affaiblit à ipesure que la raison se perfectionne ? Enfin , tel est le pouvoir du sentiment, si énergique dans les femmes, que tout faible qu'il est dans les hommes, il est encore le plus ferme fondement de la société ; car les lois ne furent jamais qu'un lien précaire , que les sophismes ou les artifices de l'intérêt particulier éludent presque toujours. Cela supposé, la faiblesse et la sensibilité peuvent servir de données pour évaluer tout ce qui a quelque rapport à ce sexe, et résoudre les problèmes, soit physiques, soit moraux, que sa constitution peut présenter.