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CHAPITRE V

Des rapports naturels qui sont entre les parties solides et les parties fluides du corps de la femme , et du tempérament propre au sexe.

Après avoir exposé la nature et les effets des parties solides qui composent le corps de la femme , et fait pressentir les inductions qu'on en peut tirer pour parvenir à la connaissance des véritables affections de ce sexe, soit dans l'état de santé, soit dans l'état de maladie, il est nécessaire de parler du rapport des parties solides et sensibles avec les fluides qu'elles font mouvoir.

Nous sommes, sur la foi de nos sens, naturellement portés à croire que le principe d'activité qui

UE LA FEMME. Ol

donne le mouvement aux corps organisés, réskie dans les seules parties solides, et que les parties fluides ont besoin de l'impulsion des autres pour changer déplace. C'est aussi des parties solides qu'on juge que l'être sensitif tire son caractère , regardant les humeurs comme absolument passives et mortes. Il est vrai qu'on conçoit bien qu'un fluide animal peut avoir un mouvement intestin qui change la disposition relative de ses parties constitutives, ou par lequel certaines particules actives, telles que celles qu'on aperçoit dans plusieurs liqueurs animales et végétales , se portent d'un endroit d'un fluide en un autre; mais on ne saurait attribuer à la totalité de ce fluide un mouvement progressif spontané. Ce dernier mouvement ne peut avoir lieu qu'à l'aide de certains points d'appui alternatifs , et l'usage de ces points d'appui suppose, dans les parties du corps qui se meuvent, une continuité que les parties des fluides n'ont point ; car si efles l'avaient, elles ne seraient plus fluides; elles perdent leur spécifique, lorsque quelque cause accidentelle les rapproche , et établit entre elles quelque adhérence , telle que celle que le froid produit entre les parties de l'eau, ou que celle que le simple contact de l'air opère entre les parties du sang extravasé.

Ainsi, les fluides, pour parcourir les différentes parties du corps, ont besoin des secousses successives des parties solides. Mais, serait-ce une raison concluante pour refuser aux humeurs toute influence sur la sensibilité? Elles doivent devenir solides, en

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s'assimilant aux tlifférens organes : on peut concevoir, par conséquent, qu'elles n'ont pas toujours une égale disposition à s'animaliser , qu'il est des temps où les humeurs sont plus vitales et plus organiques que dans d'autres ; que celles des vieillards ne doivent pas l'être au même degré que celles de l'adulte et de l'enfant; que le sexe peut y apporter quelque différence (i); et que, du sentiment intime que la nature a sans doute de ces différens états des humeurs, il doit résulter diverses modifications dans la manière d'être générale de chaque individu. Cependant, il faut avouer que nous n'avons aucun moyen sûr d'évaluer la disposition des humeurs , considérées sous ce point de métaphysique.

Une manière de les envisager, qui n'est pas moins indéterminée , c'est celle où l'on n'a égard qu'aux principes chimiques dont elles sont composées, ou aux quatre qualités des anciens. Ceux-ci , comme on sait, faisaient dépendre le tempérament de la proportion dans laquelle le chaud, le froid, le sec et l'humide se trouvent mêlés dans le corps; et la disposition la plus favorable, selon eux, est que ces qualités se balancent tellement entre elles , et que l'action de l'une modère tellement l'action de l'autre, qu'aucune ne puisse prévaloir. Tous les raisonnemens des

(i) Notre idée se trouve assez conforme avec celle d'Hippocrate. On verra, dans le Chapitre qui traite de la généralion , que ce médecin croyait que la semence du mâle et cçlle de la femelle n'ont pas toujours la même énergie.

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physiologistes sur ces principes se bornent à une connaissance abstraite qui serait inutile à la pratique médicinale, quand même elle aurait un fondement réel.

Stahl (i) a établi sa Théorie des tempéramens sui^ des rapports physiques plus faciles à saisir : il les fait dépendre de la diverse texture des sohdes, et des différens degrés de consistance des humeurs, ou plutôt d'une certaine proportion entre les fluides et le calibre des vaisseaux dans lesquels ils doivent circuler. Il dit que le tempérament sanguin exige des solides d'une texture spongieuse, et un sang riche et délié qui puisse y couler librement. Ce tempérament se fait reconnaître par une figure pleine , des membres charnus et un teint fleuri. Si , avec la même constitution des solides, le sang, au lieu de molécules actives et rouges , contient une trop grande quantité relative de molécules aqueuses et froides , il en résulte un tempérament phlegmatique, qu'un ton de chair lâche et une couleur pâle rendent toujours sensible. Selon le même auteur, le caractère moral , affecté à chaque tempérament, se tire de la facilité plus ou moins grande avec laquelle les humeurs circulent dans leurs vaisseaux , et par conséquent de la régularité plus ou moins grande avec laquelle les fonctions vitales s'exécutent. Si elles se font avec aisance , l'âme en conçoit un sentiment de sécurité qui se fait apercevoir dans toutes les actions morales

(r) Theoria medica ver a.

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i]e l individu. Aussi voit-on que ceux qui possèdent le tempérauient sanguin, qui est celui où les fonctions s'exécutent avec le plus de facilité, sont en général fort gais, décidés et francs.

Au contraire, l'exercice pénible et difficile de ce* fonctions, comme dans le tempérament plilegmatique, réduit à un état d'indolence et de timidité, qu'on porte dans la conduite ordinaire de la vie. Uit liomme phlegmatiquc est presque indifférent pour tout, parce qu'il sent qu'avec des organes sans consistance, il ne peut presque rien ; car les partiesaqueuses, qui les humectent continuellement, leur otent le ressort et la force nécessaires aux grands mouvemens.

La méfiance et la timidité caractérisent le tempérament mélancolique; parce que, quoique les vaisseaux qui forment le tissu des solides dans ce tempérament soient fort amples et d'un calibre assez spacieux, la nature craint que les humeurs, qui y sont excessivement épaisses et lentes, ne perdent leur aptitude à circuler, et ne subissent tôt ou tard un arrêt funeste; ce qui demande de sa part une sollicitude continuelle, qui déborde sur les actes extérieurs de l'individu. On reconnaît ce tempérament à une teinte rembrunie, et à une certaine maigreur occasionnée par le resserrement des solides , et surtout par ranéantissement ou le rapprochement excessif des lames du tissu cellulaire.

La texture des solides propre au tempérament bilieux, est compacte et serrée, comme dans le teui-

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péraiiient mélancolique , et le calibre des vaisseaux y est moins grand ; mais le sang y étant très-fluKle et Irès-mobilc, par la grande quantité de parties sulfureuses qu'il contient, y circule avec rapidité; et toutes les autres fonctions s'y exécutent avec une promptitude que les personnes qui ont ce tempérament mettent dans toutes leurs actions. L'audace est la qualité distinctive de ce tempérament; et quoique ceux qui l'ont soient maigres, la couleur de leur visage est cependant vermeille et vive.

Cette hypothèse est très-ingénieuse; et je lui donnerais volontiers la préférence, parce qu'elle a l'avantage d'être fondée sur des rapports sensibles , et sur cette observation, aussi commune que vraie, que nos goûts et nos humeurs sont, jusqu'cà un certain point, subordonnés à la disposition physique de nos organes. Quel est, en effet, le mortel assez heureux pour n'avoir jamais senti son esprit passer nar les différentes nuances et les divers degrés de sérénité qu'une atmosphère variable est susceptible d'éprouver; pour n'avoir jamais aperçu TinfluenCe qu'une digestion facile ou laborieuse a quelquefois sur la partie morale de notre être; pour pouvoir enfin se détacher, pour ainsi dire, du monde sensible, et se soustraire aux orages qui agitent sa frêle machine?

Le système des climats, que les médecins peuvent revendiquer avec tant de justice, puisque Aristote n'en a parlé qu'après Hippocrate(r), qui se trouve

(i) Ou a reproché à Montesfiuieu de n'avoir pas cité

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assez développé dans Galien (i), et encore plus dans un médecin moderne (ti), dépend de ce principe in-

Charron, qui , dans son livre de la Sagesse ^ parle de l'influence des climats d'nne manière assez détaillée. Ce reproche est d'autant moins fondé que cette idée n'appartient point à ce dernier, et que lui-même n'a pas nommé les auteurs de qui il l'a emj)runtéo. C'est à Hippocrale qu'elle est due ; et la manière dont il l'a exposée n'est point un de ces textes vagues qui se prêtent à toutes les interprétations, et dans lesquels chaeuu peut trouver le sens qu'il cherche. Voici un passage de son li-vre de Âere , Aqids et Locls — Regioqiie ipsa ( Asia ) hhc nostrd ( Europâ) niitior^ et hovi;— nurn mores humaniores et henigniores. Quoad autem animi ignaviam et mollitiem , cur Asiatici Europœis minus hellicosi existant , et moribus sint leniorihus , anni tempestates in causa Sunt.... Quant ob causain rnihi Asiaticoruin genus ope destitutttm vidctur , qidbus prœterch eorum instituta accedere debent. Midtà enitn maxiina Asiœ pars regurn !}nperio regitur Quiverb sut potestatem non habent , neque suijuris sunt , sed dorninis subditi ^ ii rerum belUcarum nullam cuiain habent , sed ut ne bclUcosi videantur. A. la mollesse des Asiatiques , que la chaleur du climat rend peu propres à la guerre, et retient dans les chaînes à\\ despotisme , il oppose le caractère belliqueux des Sarmates , peuple d'Europe qui habitait une région plus froide. « Lesfemmes, dit-il, chez ce peuph , » vont à 1.1 guerre , montent à cheval et tirent de l'arc ; ellf* >» n'ont le droit de se marier qu'après avoir terrassé trois » ennemis. » C'est ainsi que chez les habitans des îles Baléares^ les enfans n'obtenaient leur déjeuner qu'après l'avoir fait tomber d'un lieu élevé , à coups do frojule.

( I ) Quod aniini mores scquantar corporis temperainentHrn .

(a) Huarle, Examen des Esprits. Selon cet auleuir et

l'opinion commune, les noimlcs du ?^ d ne brillent point

DE LA. FKMME. 87

contestable. Il est évident qu'il y a des peuples qui , jjar la nature du climat qu'ils habitent, ou par celle des alimens dont ils se nourrissent, doivent plus pencher vers tel tempérament que vers tel autre , être, par conséquent, plus ou moins courageux, pins ou moins actifs, avoir des passions et des besoins que d'autres n'ont pas; et, comme ce sont ce;s passions et ces besoins qui nécessitent les lois , avoir une législation relative aux circonstances physiques dont ils dépendent.

La différence des tempéramens n'est pas si marquée dans les femmes que dans les hommes; ce qui provient sans doute en elles de l'imiformité de leurs occupations, ou, comme nous le dirons bientôt , de ce que le même tempérament est presque commun, à toutes. Si on examine le tissu des solides qui forment Je corps de la femme, on le trouvera spongieux et

par l'éclat d'une imagination vive et féconde. L'un et l'autre sont contredits par l'écrivain dont nous avons déjà parlé, •et dont le principal défaut est d'ériger toujours en principes ■lies faits particuliers. Parce que le Nord aura produit un homme d'une grande imagination, il ne s'ensuit pas qu'il soit naturellement aussi fertile en pareils hommes que les pays du Midi. Qui oserait avancer que le sol de la Provence n'a pas des qualités plus productives que la Laponie , parce fju'on aurait dans celle-ci fait venir des melons par des moyens artificiels ? Peut-être que les fruits du génie , comme les oranges , y ont aussi besoin de fourneaux et de serres , « 'esl-àdire , d'efforts qui sont moins nécessaires dans les olimats plus heureux.

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mol; on verra que la substance cellulaire qui en V\û les parties, y est en plus grande quantité (i) que dans ceux des hommes; et qu'en même temps qu'elle contribue en elles à l'élégance et à l'éclat des membres , elle donne à leurs vaisseaux la liberté de s'y diviser en une infinité de petites ramifications, dont la souplesse obéit à la moindre impulsion.

Fn pareil état ties solides ne peut admettre que des humeurs très-fluides : des humeins épaisses exigeraient des forces mouvantes plus considérables que celles que peuvent fournir des vaisseaux extrêmement déliés et flexibles. C'est une opinion assez générale, que les humeurs des femmes ont un plus grand degré de fluidité que celles des lioninics; cette fluidité les rend capables de pénétrer jusqu'aux extrémités des plus petits conduits , au-delà desquels les cellules du tissu muqueux leur offrent encore une infinité de routes ouvertes pour se porter de tous côtés. Un sang bien constitué , mis en jeu par les forces multipliées de cette innombrable quantité de petits vaisseaux qui forment la substance solide des tempéramens sanguins, doit naturellement avoir un cours facile et uniforme, se répandre également dans toutes les parties du corps, et y former, selon la nature des vaisseaux dont elles sont composées , ces teintes admirables d'albâtre et de rose auxquelles on

(i) ^oycz une thèse soutenue à Montpellier, dans \c mois de juillet >774» intitulée : De corj)ore crihroso Ilij'pocraUs, scu de tcxtu mucoiO Bordaic , page 23.

tente vainement de supjjléer par le plus grossier de tous les artifices. Enfin, de ce rapport singulier des solides et des fluides , il doit résulter un caractère <1e fraîcheur et de vie qui est l'annonce indubitable <le la plus parfaite santé.

Il paraît donc que le tempérament qu'on appelle sanguin est en général celui des femmes; elles en <jnt les attributs ; c'est le plus favorable à la beauté, et le plus approprié à la trempe de leur esprit. Des fibres souples et faciles à émouvoir doivent nécessiter un genre de sensibilité vive, mais passagère, et, en rendant aisées les différentes opérations de la nature, accoutumer l'ame à un sentiment de coniiance qui produit la gaîté. Les femmes mêlent l'enjouement aux affaires les plus sérieuses : si les chagrins font sur elles des impressions assez vives, leur ^constitution n'en comporte pas de durables : la même cause qui fait qu'elles sentent vivement, fait qu'elles ne sentent pas long-temps. Les sentimens les plus <lisparates se succèdent chez elles avec une rapidité qui étonne, de sorte qu'il n'est pas rare de les voir rire et pleurer plusieurs fois dans la même heure. <^ette facilité de pleurer, qui leur est commune avec les enfans et avec les hommes en qui des causes accidentelles ont fait dégénérer la sensibilité, et tels <[ue ceux qui sont atteints d'hypocondriacisme , a sa source dans le peu de consistance qu'ont chez eux les organes. Nous avons dit que cette faiblesse dispose aux affections convulsives. Le rire, qui est parliculier à l'espèce humaine, est un mouvement con-

/|0 sYsrbir- physique et moral

Tiilsif. L'excrétion des larmes est l'effet d'une légère convulsion de l'organe destiné à séparer cette humeur, qui même n'est pas tout-à-fait exempte de plaisir : il semble que ce plaisir soit un dédommagement attaç^îé aux peines qui nous affectent superficiellement. Aussi les larmes ne sont-elles point l'expression de ces douleurs vives et profondes qui pénètrent toute la substance de notre âme. Soit qu'alors elle dédaigne ce faitle soulagement, soit que l'abattement de la douleur, en suspendant une partie des mouvemens vitaux , et en ralentissant l'autre, empêche aussi l'action nécessaire à l'écoulement des larmes; il est certain que cet acte extérieur n'est point celui qui caractérise les peines extrêmes que nous ressentons, îl est à remarquer que celles qui nous sont personnelles sont ordinairement de ce dernier cijenre, et que nous pleurons rarement pour nos propres maux, à moins qu'ils ne soient peu considérables. Il semble que ceux d'autrui nous fassent plus aisément répandre des pleurs , parce que nous les sentons moins vivement que les n'ôtres. On verse des larmes sur les malheurs imaginaires des héros de théâtre, parce qu'ils ne produisent en nous qu'une émotion légère : on se lamente, on pleure sur la perte d'un ami on d'un parent, précisément parce qu'on doit bientôt s'en consoler. Nous cherchons à nous exagérer à nous-mêmes notre douleur par les mêmes chosts qui devraient nous avertir de son peu de durée et de violence; mais nous aimons une illusion dans laquelle notre amour-propre aspire ?! se faire honneur

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d'un excès de sensibilité que bien souvent nous n'a- A^ons pas, et dont les larmes ne furent jamais le véritable signe. Il serait toutefois à désirer que nous puissions toujours la réduire à ce degré de modération qui suffit pour nous acquitter envers l'humanité, qui est autant et peut-être plus expressif que le désespoir, et assez doux pour se mêler même à nos plaisirs. C'est pourquoi, si les femmes et les enfans pleurent à la moindre occasion, c'est parce que tout les affecte, mais ne les affecte que légèrement.

Le tempérament sanguin qui, d'après ce que nous venons de dire , est communément celui des femmes , réunit la santé et la beauté dans le plus haut degré de perfection où la nature humaiire puisse atteindre. Une sensibilité toujours active et vigilante fait que toutes les parties du corps y jouissent d'un parfait équilibre , que l'action et la réaction entre les solides et les fluides s'y font avec la plus grande aisance et la plus grande régularité, et que les parties les plus éloignées du centre de la vie y possèdent exactement le degré d'énergie qui convient à leur destination. Au dedans aucune irritation locale , aucune constriction spasmodique , en attirant vers un endroit la sensibilité qui doit être répandue sur toutes les autres parties , ne troublent cet accord et ce doux balancement qui maintiennent les organes dans l'état respectif oii ils doivent être : au dehors des mouvement libres et dégagés, une peau souple où brille un air de fraîcheur, une humeur gaie, un esprit

/j^ SYSTKMF. PliYSIOUi: T.T IMORAL

iiicile et ngréal)le, inanifesteiit sensiblement le bienêtre général do la machine.

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