CHAPITRE VIL
Des moyens naturels qui conseivent , et des causes accidentelles qui peuvent changer ou faire dégénérer le tempérament de la femme.
La nature a donc marqué à tous les êtres un terme vers lequel ils sont entraînés insensiblement par des déperditions successives. Quelle que soit la cause de cette dégradation inévitable , la sagesse veut qu'on ne la précipite point par un usage désordonné des moyens (i) faits pour la retarder autant qu'il est possible. Un travail et des alimens proportionnés au progrès naturel de nos forces , des passions modérées, une exacte conformité aux lois de la nature, sont les conditions essentielles qui peuvent nous faire
(i) Les médecins ont donné (on ne sait pas trop pourquoi) le nom de disses non naturelles aux moyens et aux fonctions qui soutiennent la vie , tels que les alimens et la boisson, l'air, le sommeil, les sécrétions et les excrélions, etc. On devrait changer une dénomination si peu exacte ; car chacun sent qu'il n'y a rien de plus naturel que. de manger et de boire j et d'aller à la garde-robe^
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jouir de toute l'étendue de nos facultés, et maintenir notre tempérament dans l'état où il doit être à chaque époque de la vie.
Nous avons dit qu'il en est une (l'enfance) où ce tempérament, plus remarquable par l'agrément que par la vigueur, et que nous avons appelé sanguin, était commun à l'homme et à la femme. L'homme s'en éloigne bientôt plus ou moins ; mais il est dédommagé de cette perte par un bien plus précieux , qui est la force. Elle compense en lui , pour l'exercice des fonctions vitales, l'avantage que les femmes doivent à la souplesse de leurs organes. Elle lui est nécessaire pour supporter les travaux pénibles auxquels la société l'assujettit, et qui l'augmentent à leur tour; elle doit même faire son principal mérite ; car on sent bien que , selon les rapports que la nature a mis entre lui et la femme , l'un ne peut pas plaire par les mêmes endroits que l'autre.
Le tempérament, dans la femme comme dans l'homme, peut changer de nature, et de sanguin devenir phlegmatique , mélancolique ou bilieux. Si des sucs mal digérés, ou un air souvent humide, donnent au sang une constitution aqueuse, le tempérament deviendra phlegmatique. Un sang épaissi , qui ne pourra parvenir que difficilement aux extrémités des petits \aisseau\ , ou à ces cellules dont le tissu muqueux est composé , peut faire que ces petits vaisseaux ou ces cellules s'oblitèrent, et que les gros vaisseaux s'agrandissent dans la même proportion ; et, si alors des agitations réitérées du système ner-
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veux, tendantes à redonner aux humeurs leur fluidité ou leur pureté primitive, achèvent de détruire la substance muqueuse qui modérait la sensibilité des organes, le tempérament prendra le caractère mélancolique. Enfin , d'autres causes capables de donner de l'activité et de la chaleur aux humeurs, et d'imprimer de la roideur aux fibres et à la matière spongieuse qui les entoure , peuvent rendre le tempérament bilieux.
Cependant les causes qui agissent sur le tempérament des femmes , ne sont pas on aussi grand nombre que celles qui altèrent le tempérament des hommes. Les différens arts auxquels ces derniers s'appliquent, modifient leur constitution de mille manières. L'existence civile des femmes est moins variée; les occupations de la plupart de celles qui ont le bonheur de travailler, sont presque partout les mêmes, et se réduisent à des travaux qui , n'agitant pas excessi- A'ement le corps ni l'esprit, servent à faciliter les fonctions vitales, et à maintenir également la santé et la beauté. Mais le travail , même le plus excessif, n'est pas si à craindre qu'une oisiveté absolue. I^e besoin, qui force certaines femmes de la dernière classe du peuple à des travaux qui sembleraient être réservés pour les hommes, ne les prive que de quelques agrémens. L'excessive indolence détruit à la fois la santé , et ce que les femmes aimeraient plus que la santé , s'il pouvait subsister sans elle ; je veux dire la beauté. La médecine a autant de peine à étayer les faibles fondemens de l'une, que la coquet--
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tcrie en a pour déguiser le délabrement de l'autre , dans les fenimes que leur état , ou un goût pernicieux, condanme à une inaction perpétuelle; car un des maux; les plus difficiles à guérir doit être, sans contredit, celui qui semble ôter à la nature les moyens dont elle se sert pour combattre tous les autres. Les médecins qu'une longue pratique a éclairés sur la' marche ordinaire de la nature dans les maladies, savent que rien n'est plus opposé à cette marche que les symptômes nerveux qui peuvent survenir; et ils n'ont que trop souvent lieu dans les maladies des personnes en qui l'abus de l'opurence, l'oisiveté et les passions ont altéré la sensibilité primitive. Cette opposition qui est entre les mouvcmens nerveux et les mouvcmens ordinaires que la nature affecte, ou doit affecter dans les maladies, a porté M. de Bordeu (i) à donner le nom A'irrégidieres à celles qui ont un caractère spasmodique. L'oisiveté , outre qu'elle empêche les organes d'acquérir cette
(i) Traité de médecine théorique et proùque , extrait des ouvrages de M. de Bordeu , par M. Minvielle. Voici coinluent ce dernier s'exprime : L'anomalie qui parait dans les symptômes des maladies nerveuses, marque qu'il règne un tel dé&ardre dans les forces organiques» qu'on a tout lieu de craindre qu'elles ne puissent amener une crise heureuse. Des remèdes un peu actifs , administrés tout de suite dans ces cas , ne font qu'augmenter ce désordre déjà existant ; et pour que ceux-ci agissent avec fruit , il faut que la nature les seconde, sans quoi ils ne produisent qu'un effet pernicieaxj ce qui arrive dans ces maladies.
fermeté qui rend leurs mouYemens plus efficaces et plus assurés, fait que les humeurs n'éprouvent point cette transpression qui les épure , en les faisant passer fréquemment par lies différentes filières et les différens vaisseaux : forcées de croupir, faute d'action de la part des solides, elles s'altèrent par le repos; leur mixtion se dérange ; les principes qui la formaient se séparent, et produisent des combinaisons malfaisantes.
L'exercice est donc nécessaire : mais la constitution des femmes ne comporte qu'un exercice modéré. Leurs faibles bras ne sauraient supporter des travaux trop rudes et trop long-temps continués, et les grâces s'accommodent peu de la sueur et du liâle. Un travail excessif maigrit et déforme les organes, en détruisant, par des compressions réitérées , cette substance cellulaire qui contribue à la beauté de leurs contours et de leur coloris. L'exercice que les femmes d'une condition moyenne trouvent dans des occupations utiles et indispensables, est le plus salutaire, parce qu'il joint aux effets naturels du travail la satisfaction intérieure que donne l'accomplissement d'un devoir : il est par là plus propre à remplir l'âme, et à l'empêcher de trop peser sur ellemême, comme elle fait dans les personnes dominées par la paresse.
La promenade, par laquelle les gens oisifs croient s'acquitter envers la loi générale qui nous condamne à nous occuper et à agir , n'est point un travail , mais un délassement du travail ; elle n'en a point-les effets.^
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comme elle n'en remplit point les conditions. Ce genre d'exercice , au lieu d'imprimer ini mouvement égal à tout le corps, ou du moins un mouvement alternatif aux dilïérens muscles, ne fait mouvoir que ies parties inférieures du corps; toutes les parties supérieures restent immobiles. Les humeurs à qui les premières ont donné une impulsion vive, doivent éprouver de la part des autres une résistance considérable, qui en rend le cours peu uniforme, et la distribution inégale. Il y a encore cet inconvénient dans les promenades, surtout dans les promenades solitaires des personnes d'une santé faible , ou d'une constitution mélancolique; c'est qu'elles sont une occasion pour ces personnes de se livrer à tout le vide de leur âme , à cette intempérance d'idées qui les charment en fatiguant les ressorts de leur esprit, et aux extatiques visions dont elles se repaissent ; de sorte que le fruit que l'on retire de cette espèce (l'exercice, est d'en revenir la tête et les jambes excédées pour retomber dans une inertie pire que celle dont on voulait par là se garantir. Si on se promène purement par régime, la promenade ne nous intéressant pas assez pour nous enlever hors de nousmêmes, nous permet trop de penser au motif qui nous fait promener, et qui devient par conséquent im sujet de contention d'esprit , capable d'empêcher l'effet d'un tel remède. Baglivi dit qu'en pensant trop à sa digestion on ne digère point : il en est de même des autres actions vitales ou animales; on les trouble en s'en occupant. Il faut à Thommc un travail réel ;
DE TA FEMME. Sq
et le plus avantageux serait celui qui exercerait également le corps et l'esprit, et qui maintiendrait un juste équilibre entre les forces morales et les forces physiques. C'est après un semblable travail que la promenade serait un délassement aussi salutaire qu agréable(i), parce qu'au lieu d'y porter des idées tristes et noires d'un être oisif, on n'y porterait que des organes que l'impression du travail aurait rendus plus avides de nouvelles sensations : c'est alors qu'un air pur, un ombrage frais , et le parfum suave des fleurs, verseraient efficacement dans l'âme, avec l'oubli des occupations passées , les forces nécessaires pour en supporter de nouvelles.
Il ne faut pas que l'exercice soit l'objet d'un calcul trop scrupuleux , ni s'occuper la montre à la main ; il vaut mieux consulter son goût actuel, ou plutôt l'instinct , dont l'impulsion est toujours sûre , que les idées chimériques d'ordre et de régularité auxquelles certaines personnes se soumettent servilement. Un genre de vie trop compassé, en asservissant celui qui le prend à l'empire de l'habitude , l'expose davantage aux atteintes des maladies , au lieu de l'armer contre elles. Notre machine ne doit pas être plus réglée que l'élément qui l'environne: il faut se reposer, travailler, se fatiguer môme, selon que le sentiment de nos forces actuelles le permet. Ce serait une prétention i-idicule que de vouloirse réduire à une parfaite uniformité, et garder tou-
( I ) Théorie des senlimens agréables.
W SYSTÈAIF. PHYSIQUE ET ilIORAL
jours la même assiette, quand tous les êtres, avec lesquels nous avons les rapports les plus intinies , sont dans une vicissitude continuelle. Le changement est même nécessaire pour nous préparer aux secousses violentes qui quelquefois ébranlent les fondcMîens de notre existence. Il en est de nos corps co]nme des plantes, dont la lige se fortifie au milieu des orages et par le choc des vents contraires.
L equitation a paru une ressource suffisante contre les suites dangereuses de la mollesse; mais cette espèce d'exercice , que certains états de maladie rendent quelquefois nécessaire, ne peut guère devenir l'exercice ordinaire et journaher des femmes; elles ne sauraient en tirer le même fruit que les hommes. Elles sont obligées de le prendre ou avec trop de danger, ou avec des précautions qui le rendent inutile; d'ailleurs, en montant à cheval, elles paraissent se dépouiller des grâces qui leur sont naturelles, sans prendre celles du sexe qu'elles veulent imiter.
Un exercice plus compatible avec les agrémens propres aux femmes, serait sans contredit la danse, SI la manière la plus commune dont on s'y livre parmi nous n'était plus capable d'énerver que de fortifier les organes. Les anciens, qui avaient le secret de faire servir les plaisirs des sens au profit du corps , avaient lait do la danse vme partie de leur gyumastique : il en était de même de la musi(jue; ils l'employaient pour cahner les mouvemens désordonnés de l'âme, et quelquefois pour guérir les maladies du corps; car, par les moyens qui aflVctcnl l'une, ou a
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une prise naturelle sur l'autre. Dans la naissance des corps politiques , les amusemens sont assortis à la sévérité des institutions dont ces corps tirent leur force ; mais, lorsqu'on est parvenu à faire de ces amusemens un pur objet de volupté, ils ne sont plus propres à remplir les vues du philosophe ni celles du médecin.
Les mêmes raisons qui éloignent les femmes d'im travail violent et soutenu , leur interdisent aussi les travaux plus dangereux encore d'une étude suivie. La science, que les hommes achètent presque toujours aux dépens de leur santé, ne saurait dédommager les femmes de la détérioration de leur tempérament et de leurs charmes. Qu'elles abandonnent aux hommes la vaine fumée qu'ils cherchent dans cette acquisition dangereuse : la nature a assez fait pour elles ; ce serait un attentat contre elle, de flétrir les dons précieux qu'elles lui doivent. Une forte contention d'esprit , en dirigeant vers la tête la plus grande partie des forces vitales , fait de cet organe un centre d'activité qui ralentit d'autant l'action de tous les autres organes. Une personne profondément occupée n'existe que par la tête ; elle semble à peine respirer : toutes les autres fonctions se suspendent ou se troublent plus ou moins ; la digestion en souffre surtout : les sucs mal élaborés deviennent plus propres à former des embarras ou de mauvais levain qu'à réparer les déperditions qui sont une suite nécessaire du mouvement qui entretient la vie. Le corps privé des sucs qui le renouvellent , ou souillé
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par des Imnieurs exorémentitlelles qui y séjournent trop long-temps, languit, se fane et tombe comme un tendre arbrisseau planté dans un terrain aride, et dont Tardeur du soleil a desséclié les branches ; ou Lien le principe qui surveille les organes trop longtemps fixé loin d'eux par la méditation ou par la lecture , lorsqu'enfin il y est rappelé, y rencontrant des matières étrangères ou dégénérées , se trouble , s'agite pour les chasser, et ouvre cette scène tumultueuse de mouvemens irréguliers qu'on appelle vapeurs ou hypocondriacisme.
Celle affection familière aux gens de lettres, serait une suite plus naturelle et plus infaillible d'une étude sérieuse dans les femmes qui seraient assez dupes pour s'y livrer. Leurs organes délicats se ressentiraient davantage des inconvéniens inévitables qu'elle entraîne. Aussi un instinct salutaire semblet-il les écarter comme d'un précipice qui, pour être couvert de fleurs, n'en est pas moins affreux, et dirige leurs goûts vers les objets frivoles. Les hommes qui veulent flatter les femmes, disent que ce goiit est notre ouvrage, et que nous leur formons la porte des sciences pour nous assurer exclusivement ce genre de supériorité. Ce qu'il y a de plus vrai, c'est qu'elles ne s'en soucient guère ; et c'est avec raison. On veut les louer sur l'esprit qu'elles pourraient avoir, comme s'il n'y avait point d'éloges à donner à celui qu'elles ont.
La principale destination des femmes étant de plaire par les agrémens du corps et par des grâces
naturelles , elles s'en écarteraient en courant après la réputation que donne la science ou le bel esprit ; car il est certain que s'ils procurent des avantages précieux à la société, ceux qui résultent d'un corps sain, ou d'un esprit libre et aisé , sont rarement le partage des personnes qui se livrent à un désir immodéré de s'instruire, ou qui se dévouent à la fonction pénible et ingrate d'éclairer leurs semblables. Celles-ci sont le plus souvent des hommes qui, travaillant sans cesse à enrichir le monde par des découvertes utiles, et par de nouvelles vérités, ou à l'amuser par des écrits agréables, consentent à y être nuls par leur personne. Presque toujours déplacés , ou par leurs prétentions , ou par cette indifférence apathique que donne la méditation , ils sont au milieu de leurs contemporains comme des hommes d'un autre siècle , ignorant les usages les plus communs et les plus indispensables, et toujours occupés^ d'autres objets que ceux qui conviennent à leur situation présente. «Cela, dit Montaigne, les rend « ineptes à la conversation civile , et les détourne « des meilleures occupations. Combien ai-je vu , de « mon temps , d'hommes abestis par une téméraire « avidité de science? m Le chancelier Bacon (i) avoue
(i) AUud vidutn lilteratis farnillare , quod faciliiis excu" sari potest quàtn negari , illud nitniriitn ^ qubd nonfacdù se applicent et accommodent ad personas quibusciim negociantur aut vivant. ( Fr. Bacon , de Augment. scicntiar. lib. I, page 22. )
('\ SVSTÏ'MK PHYSIQUE Et MOllAf,
que c'est un inconvénient assez ordinaire aux lettres; mais cet inconvénient serait plus sensible et plus choquant clans les femmes , dont Taffabilité et le caractère conciliant, qui leur ont été donnés pour tempérer la rudesse naturelle de riiomme , ne sauraient s'accorder avec la morgue du savoir. Enfin les idées des gens de lettres, même les plus exempts de ces défauts , ont toujours un air de contrainte qui leur ôte le naturel et la grâce ; et , comme le plus souvent elles ne leur appartiennent pas, on pourrait les comparer à des dépouilles qu'on a été chercher dans des tombeaux ; elles sont inanimées et froides comme les cendres des morts auxquels on les a dérobées ; ou bien , si elles leur sont propres , comme elles sont le fruit du travail, elles ne ressemblent pas mal à ces fruits avortés, sans beauté comme sans saveur, que l'art arrache à la nature, pour flatter la vanité ou soulager l'impatience des riches, (i) Au contraire, l'esprit des femmes, inculte, mais pétillant , brille d'autant plus qu'il n'est point étouffé par un savoir indigeste. Son caractère original le rend piquant; sa liberté lui donne des grâces. Leurs idées n'ont rien de gêné, de contraint ; leurs expressions sont la véritable image de leur âme , irregu-
(i) Nous ne disons point ceci pour détourner les femmes de donner à leur esprit une culture honnête, mais pour les éloififner d'un excès qui rend souvent ridicule , et qui nuit presque toujours à la santé. Au surplus, les études d'agromenl sont les seules qui leur conviennent. i
iières, mais pleines de naturel et de vie : leur conversation , toujours vive et animée, peut se passer de la science, et a par elle-même un intérêt que toutes les ressources de l'érudition ne sauraient lui donner. Tout lui sert d'aliment : leur esprit sait tirer parti des moindres objets ; il ressemble au feu qui convertit en sa substance tout ce qu'il touche , et communique son éclat aux matières les plus viles, et qui en paraissent le moins susceptibles. Enfin , comme les femmes sont un des plus grands mobiles et un des principaux liens de la société , la nécessité d'étudier continuellement quels sont les ressorts qui en font agir les membres, et d'y mettre leur faiblesse à l'abri des chocs que le jeu de ces ressorts nécessite, leur donne cette sagacité qui sait quand et comment on doit agir et parler, l'art de mesurer ses démarches, de graduer ses actions et son langage selon les circonstances, une certaine habitude de saisir d'un coup d'œil toutes les convenances; en un mot, l'esprit de société , que bien des gens disent être le meilleur de tous.
D'ailleurs, une femme en sait toujours assez; non point, comme, disait un duc de Bretagne, parce qu'elle sait mettre de la différence entre la chemise et le pourpoint de son mari, mais parce qu'avec une mémoire facile et une tournure d'esprit légère et agréable, elle a l'art de multipHer les connaissances que le commerce des hommes , ou quelques lectures furtives et passagères peuvent lui procurer. On ne sera point étonné de l'étalage scientifique que
fera un homme qui vient de pAIir sur des livres ; mais un des charmes de la conversation des femmes, surtout quand la prétention en est bannie , c'est de paraître savoir tout , sans avoir jamais rien appris.
Pourraient-elles sacrifier tant d'avantages réels à un vain fantôme; se livrer à des travaux où elles ont tout à perdre et rien à gagner, et se dessécher par des veilles multipliées, pour acquérir un titre qui ne peut jamais, chez elles , qu'être subordonné à un autre genre de mérite ? Leur intérêt est donc de tâcher de trouver des exercices qui soient propres à développer et à perfectionner leurs facultés naturelles, sans nuire à leur tempérament.
Parmi les moyens que les hommes ont inventés pour adoucir le poids d'une vie livrée à l'ennui et à l'inutilité, il en est un qui, comme un fléau contagieux, désole la société, et n'est pas moins funeste aux mœurs qu'à la santé, parce qu'il produit le double effet de la paresse et d'une passion vive. L'avarice, qui en est l'âme, pour mieux se déguiser, lui a donné les noms d'amusement et de jeu. Qu'on se représente un cercle de personnes clouées sur des chaises , autour d'une table , et dans une atmosphère usée et corrompue , dont le corps est immobile , tandis que leur esprit est dans une agitation extrême; alternativement ballotées par l'espoir et la crainte ; seulement occupées du soin de captiver les faveurs de l'aveugle dieu auquel elles sacrifient; qui , se laissant entraîner au gré de la passion qui les anin)e , oublient et les devoirs qui les appellent et les heures
qui s'écoulent, et ne sortent enfin de ce violent accès que pour se plonger dans des chagrins plus réfléchis , et on aura une idée de ce qu'on appelle jeu. D'après cette idée, on conçoit que rien n'est plus capable de troubler l'ordre des fonctions animales et la régularité des mouvemens vitaux, qu'un pareil défaut d'équilibre entre le physique et le moral ; que les humeurs dérangées par là dans leur cours, ne reçoivent point les préparations nécessaires aux sécrétions qu'elles doivent subir, et que, forcées de croupir dans quelque viscère, elles y forment des empâtemens dangereux, ou que, rejetées comme nuisibles vers la peau, sous la forme de dartres ou d'autres espèces d'éruptions, elles en détruisent le poli , la souplesse et l'éclat. Il faut ajouter que cet état d'agitation souvent répété doit à la longue faire contracter un caractère irascible , et donnera la sensibilité une énergie vicieuse qui tourne toujours au détriment de la machine.
Ainsi, une femme qui aurait quelque chose de plus à risquer que sa santé, serait doublement intéressée à éviter le jeu : il entraîne ordinairement des veilles trop prolongées, qui échauffent et affaissent le corps. Il semble , à la vérité , que les femmes les supportent mieux que les hommes; ce qui vient sans doute de ce que les sensations dans ceux-ci sont plus profondes , et que l'attention superficielle avec laquelle les femmes effleurent les objets , les sauve de la fatigue que leurs impressions produisent. Il se peut aussi que les travaux sérieux et contentils des hommes
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leur rendent le calme bienfaisant du sommeil plus nécessaire. Il est néanmoins toujours vrai que la lumière artificielle , par laquelle on lâche de remplacer celle du soleil, nuit aux ressorts de la vue; et que plus on en multiplie les foyers, qui sont toujours trop près de cet organe , plus on en augmente les mauvais effets, sans en corriger l'uniformité fatigante : car la lumière des bougies, bien loin de laisser aux objets leurs couleurs naturelles , comme fait la lumière douce et variée de l'astre du jour, au contraire les confond toutes, La variété des couleurs qui forment le tableau de l'univers, est peut-être une des causes qui nous le font contempler toujours avec plaisir , et sans produire en nous la lassitude. Enfin, par la clôture continuelle que le jeu exige , on se dérobe aux influences salutaires de l'air, qui est un des ingrédiens les plus essentiels à notre existence, qui nous anime, et donne à nos organes le ton et le ressort convenables. La fraîcheur d'un beau matin, les émanations restaurantes des végétaux , et le spectacle ravissant de la nature , sont perdus pour une personne qui passe la nuit à jouer et le jour à dormir.
Nous nous trouvons naturellement conduits à parler des effets des passions en parlant de Tamour du jeu, qui en est une. Les passions qui ont leur source dans ce principe, qui met eu mouvement tous les ptres animés , et qu'on appelle amour de nous-mêmes , sont une des causes les plus destructives de nos corps. Ce qui était fait pour nous mener au bien-être , de-
DE LA Fl'MME. (h)
vient rinstriuncnt de notre ruine par l'abus que nous en faisons. Les passions , dans l'institution de la nature , ne doivent être que des mouvemens brusques et passagers. L'animal en danger devait pourvoir à sa sûreté par des efforts et des moyens indépendans de la réflexion : une impulsion involontaire et irrésistible le devait porter à propager son espèce ; mais ces momens , aussi rares qu'orageux , étant passés, il devait rentrer sous la direction d'un instinct paisible. Ainsi, les passions étaient nécessaires. Les hommes ont rendu cette arme dangereuse pour euxmêmes, à force de l'aiguiser. Dans l'état actuel de certaines sociétés, les passions ne sont qu'un accès continuel qui en agite les membres; au lieu d'être comme un souffle léger, propre à leur imprimer un mouvement modéré, elles ont acquis un tel degré d'activité en se choquant, qu'elles ne forment plus qu'une tempête affreuse, ou plutôt elles sont devenues un feu dévorant qui consunie l'espèce humaine.
Ces expressions ne sont point outrées : elles sont les seules qui puissent désigner les effets réels qu'une passion vive ou lente produit sur l'économie animale. Quoique chaque passion ait un caractère particulier, et se manifeste par des signes sensibles qui lui sont propres, elles ont toutes cela de commun , qu'elles pervertissent l'ordre et la succession naturelle des mouvemens dont 1^ vie dépend. Dans les passions tristes, l'dme semble abandonner le soin du corps pour ne s'occuper que de l'objet qui l'affecte.
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On éprouve (i) à la région épigastrique une constriction permanente, une sorte de resserrement qui gêne la respiration, ôte l'appétit, ets'oppose à la digestion. Tous les mouvemens se ralentissent; les humeurs soumises à leur influence vitale s'altèrent, et les parties qu'elles doivent nourrir dépérissent nécessairement.
Quant aux passions fougueuses , outre les secousses irrégulières qu'elles produisent dans les différentes parties du corps, et les refoulemens tumultueux des liquides qui en sont la suite inévitable, elles opèrent un autre effet qui , pour être plus lent et plus caché, n'en est pas moins funeste. Les mouvemens de l'âme occupée d'une forte passion se communiquent à tous les organes ; toutes les fibres en sont agitées ; leur mouvement tonique en est accéléré, et l'intensité de ce mouvement , long-temps soutenue, nécessite entre elles des frottemens réitérés qui détruisent cette substance muqueuse qui leur sert d'enveloppe, et à laquelle elles doivent leur liant, leur souplesse, leur force. Cette substance, qui les défend contre les impressions trop fortes des corps étrangers, et en émousse la trop grande vivacité, dont les organes tirent leur volume et la beauté de leur forme, anéantie successivement, les abandonne à tous les désordres d'une sensibilité effrénée ; avec elle disparaissent la fraîcheur du tempérament et les agrémens du corps, qui font place à une maigreur et une faiblesse
'l) liicn (Je rhoinnie phyiiqiie et moral.
souvent incurables. Il serait sans contredit plus aisé d'exposer tous les ravages des passions que d'indiquer les moyens de s'en garantir. Chacun doit consulter ses forces; il nous suffit de lui présenter quelques-uns des motifs puissans qui doivent l'exciter à en faire tout l'usage possible.
Parmi les sources les plus fécondes des dérangemens de l'économie animale, l'abus des alimens et des boissons doit tenir un des premiers rangs. Hippocrate a posé, relativement au choix et à la quantité des alimens qu'on doit prendre , une maxime qui , bien entendue, comprend toutes les règles de la diète. Il dit qu'on ne doit point donner au corps plus d'alimens qu'il n'en peut digérer et consommer (i). Il s'ensuit que la quantité de nourriture nécessaire à chaque individu est déterminée par la constitution, le tempérament, la force et le genre de vie de ce même individu (2). La nature, dans les personnes du sexe, ne doit demander qu'une quantité proportionnée à la faiblesse de leurs organes , et aux exercices peu fatigans dont elles s'occupent. Mais les femmes, ainsi que les hommes, en écoutant un appétit trompeur ou factice , transgressent des bornes SI légitimes, sans s'en apercevoir : et lorsqu'on est
( I ) Hœc est ciboruin offerendoruin occasio , ut eâ copia exhiheanlur , quant corpus superare valent. (De Locis in horaine. )
(2) On trouvera des préceptes très-sages sur cette matière, dans le savant Commentaire que M. Lorry a donné sur les livres dit'-tt^tiqnes d'Hippocrate.
parvenu à confondre Thabitude ou le plaisir avec le besoin , ce n'est plus la nature qui décide de la fréquence et de la durée des repas; on la sollicite avant qu'elle désire; on la surcharge après qu'elle est satisfaite. Opprimée sous un poids excessif d'alimens superflus ou nuisibles, elle en digère et en assimile ce qu'elle peut; le reste, mis à l'écart, forme dans les viscères , et surtout dans les premières voies, des foyers de corruption qui préparent les maladies, ou du moins, deviennent, dans l'endroit où ils se trouvent, un principe constant d'irritation, qui, occasionnant des tiraiilemens et opérant une tension inégale des divers organes, en dérange le jeu et les fonctions respectives, et surtout en altère la forme et la couleur. Un visage défait et une certaine pâleur sont les symptômes inséparables du mauvais état des entrailles.
Il y a , à la vérité , des personnes en qui la nature, secondée d'un bon estomac et d'une disposition particulière à s'engraisser , vient à bout de convertir en substance animale tous les alimens qu'on lui présente; mais elles achètent cet avantage par une corpulence et un excès d'embonpoint qui ne sont pas moins contrantes à la beauté (i), et peut-être à la
(i) Quand je dis que l'excès d'embonpoint est contraire à la beauté, j'entends aux idées conventionnelles de beauté reçues parmi nous : car il est des peuples , tels que les Egyptiens, chez; lesquels l'embonpoint est un mérite, puisque leurs femmes font tout ce qu'elles peuvent pour se le pro-
DE LA FEIMMK. ^3
santé , que la maigreur : car ils ôtent au corps ses proportions naturelles , sa souplesse et sa légèreté. On pourrait presque partager les personnes que leur fortune met en état de commettre de fréquens abus dans le manger, en deux classes, l'une formée de gens excessivement maigres , et l'autre de gens excessivement gras.
La règle d'Hippocrate ne se borne point à la surabondance des alimens ; elle s'étend aussi à leur qualité, ainsi qu'à celle de la boisson. Un pbilosophe de ce siècle a dit qu'on pourrait juger du caractère des peuples par la nature des alimens dont ils se nourrissent. En effet , le caractère tient à la constitution physique , et celle-ci détermine le choix des alimens qui, à leur tour, renforcent le caractère. Il y a tel peuple auquel il faut des viandes et des boissons fortes, comme plus analogues à la constitution vigoureuse dont il est doué. Il en est d'autres où les individus , énervés par la chaleur du climat , se trouveraient accablés par ces mêmes viandes : des alimens aqueux et légers sont plus assortis à la faiblesse de leurs organes. La constitution des femmes se rap-
curer. Prosper Alpin [Medi'c. jEgjptior.) nous apprend les moyens dont elles se servent pour remplir cet objet. « Elles sont dans l'usage , dit-il , lorsqu'elles sont au bain, « de prendre un potage fait avec une poule engraissée avec « beaucoup de soin , et de manger ensuite toute la poule « dans le bain même. » L'auteur cité ne dit point si celle recette réussit : on conviendra du moins qu'elle n'est ni difficile, ni rebutante.
proche de celle des derniers. Aussi leur goiit, en général, quand il n'est point dépravé, les porte-t-il à donner la préférence aux mets et aux boissons qui n exigent pas une grande dépense de forces digestives, dont les principes constitutifs n'aient pas une action trop forte sur les fibres délicates de leurs solides : les végétaux , les fruits , le laitage , etc. , sont , pour l'ordinaire, les mets qu'elles recherchent.
Cependant, il n'est pas rare de voir des femmes passionnées pour les viandes de haut goût , et pour Jes liqueurs spiritueuses et aromatiques. Il est vrai que le plus grand nombre de ces femmes sont maigres et d'un tempérament bilieux ; tant il est vrai que ie goût n'est pas toujours un guide sûr pour décider le choix des alimens. La nature est tous les jours en défaut relativement aux sensations qui déterminent ses appétits. En général , elle est avide de celles qui nous remuent vivement. Comme l'agitation est un caractère inhérent à la vie, et que , par conséquent, nous n'avons jamais un sentiment plus intime de notre existence que lorsque nous sommes agités , nous courons après tout ce qui peut produire en nous cette agitation agréable. Elle est le principe de ce goût incorrigible qu'ont certaines personnes pour les alimens salés ou épicés, pour les liqueurs spiritueuses , pour le café , pour le tabac , etc. Mais toutes ces choses nous détruisent en nous flattant; car elles n'agissent qu'en augmentant le mouvement des fibres qu'elles agacent ; et l'ébranlement qu'elles causent fait toujours place à un affaissement qui nous rend
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de plus en plus leur action nécessaire, au point de ne pouvoir plus exister sans elles. On sait que le café ôte le sommeil à beaucoup de personnes , et que même celles qui sont le plus habituées à son usage, éprouvent, après l'avoir pris, une espèce de léger mouvement de fièvre , qui est précisément la cause de cette satisfaction, ou plutôt de cette ivresse momentanée que procure cette boisson séduisante. Comme un vent officieux, elle écarte tous les nuages qui offusquaient l'ame; elle ranime les ressorts assoupis de la pensée , et donne à nos idées un cours plus rapide et plus dégagé. Elle est la source où beaucoup de gens de lettres vont épurer leur verve , et puiser cette ardeur qui les dispose à produire : c'est riiippocrène de beaucoup de poètes. Mais le but qu'on se propose dans son usage , et l'effet réel qu'elle opère, prouvent qu'elle convient peu au sexe et à l'âge, destinés à briller par les avantages du corps plutôt que par les talens de l'esprit.
En exposant les effets de l'oisiveté , des passions et de l'intempérance , nous avons fait connaître les causes les plus actives et les plus universelles des altérations du tempérament. Il en est sans doute d'autres moins générales et plus accidentelles. Elles exigeraient un détail qui n'entre point dans notre plan. Nous nous contenterons de dire quelques mots de l'emploi trop fréquent que font les femmes de certains moyens qu'on appelle cosmétiques (i), parce
(i ) Cosmclifjue vient: du inot grec xacrttsf, qiii signifie
(jifils ont la beauté pour objet, et dont l'administration est souvent abusive; car on ne doit pas s'attendre que, sur une cliose qui toucbe de si près, elles soient plus modérées que dans tout le reste. Quand les moyens qu'elles mettent en usage n'ont pour but que la simple propreté, ils ne peuvent être qu'utiles. C'est assurément une pratique aussi saine ((ue louable d'enlever de temps en temps le limon et la matière excrémentitielle que la transpiration laisse sur la peau, surtout si on n'emploie que de l'eau, tout au plus légèrement aiguisée avec quelque acide, qu'on peut encore affaiblir en l'enveloppant dans quelque substance mucilagineuse. Le plus sûr, cependant, est de n'ajouter aucun ingrédient à l'eau simple , parce que telle liqueur dont l'action se bornera à donner du ton et de l'élasticité à la peau dans certains sujets, fera sur d'autres plus sensibles l'effet d'une liqueur styptique , et les exposera aux suites presque toujours fâcheuses de ces tentatives imprudentes qu'on hasarde trop souvent pour se délivrer de quelque difformité : telles sont celles où l'on se propose de faire disparaître de la peau des taches ,
ornement, ou de>«o(r^t<v,o/'rter. Les cosmétiques, oureraèiles destinés à perfectionner la beauté , sont une des branches les plus lucratives de la charlatanerie. Les femmes qui font dépendre leur existence de la beauté, doivent «ïtre aussi crédules sur ce qui intéresse un point aussi essentiel pour elles , que les hommes le sont en général lors(iu'il s'agit de leur santé.
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des rousseurs, des croûtes dartreuses qui en ternissent l'éclat.
De ces diverses impressions, les unes sont ineffaçables, parce qu'elles tiennent à la constitution primitive de cet organe; les autres sont nécessaires, parce qu'elles sont le résultat excrémentitiel des dernières disgestions, ou le fruit de l'impulsion active du principe vital qui pousse au dehors , et vers un organe dont les affections intéressent peu la vie, une matière qui deviendrait une cause infaillible de corruption, si elle séjournait long-temps dans des organes plus essentiels. Cette matière éruptive qui , même en dégradant la peau , atteste la vigueur et l'activité vigilante de la nature, doit être nécessairement évacuée; et les agrémens qu'elle ote , tout précieux qu'ils sont , ne doivent pas être mis en balance avec les inconvéniens attachés à sa suppression. Les moyens ordinaires qu'on met en usage pour dissiper les taches qu'elle produit, ne peuvent être que des remèdes qui , par leur action astringente sur la peau, répercutent vers les parties internes la matière dangereuse que la nature, plus sage, tâchait d'en écarter. Ne pouvant la chasser par la voie la plus favorable, elle tente de s'en débarrasser par d'autres émonctoires où cette matière laisse presque toujours des traces funestes, et qu'elle altère ou dénature tôt ou tard ; et l'effet le moins à craindre qui résulte de cette perversion des mouvemens naturels , est un état de langueur pire cent fois que les défauts superficiels et tout au plus incommodes qu'on voulait éviter.
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L'espoir trop crédule de redresser la nature a aussi fait inventer des moyens mécanitpes pour prévenir ou corriger des défauts qu'on attribue pour l'ordinaire à ses erreurs , mais que bien souvent on pourrait, peut-être avec plus de raison, imputer à nos vices. La nature simple et livrée à sa marche droite et uniforme, produit peu de bossus, de boiteux, et de tous ces êtres informes dont fourmillent tous les lieux où elle est continuellement outragée par des mœurs qu'elle réprouve. C'est aussi dans ces lieux que l'usage des corps de baleine est le plus en vogue. On prétend , par ce secours artificiel , perfectionner la taille , qu'au contraire on dégrade ou qu'on empêche de se former. Les médecins et les philosophes se sont élevés avec autant de force que de raison contre l'abus qu'on fait des corps ; ils l'ont représenté comme un obstacle qui , dans les enfans , s'oppose à leur développement, et peut, dans les personnes déjà formées, tellement gêner l'exercice des fonctions , qu'il en dérange l'ordre , et qu'il altéré la forme naturelle des organes ; enfin, comme une chose qui choque même les idées d'agrément qu'on se propose. Un grand préjugé contre les corps, c'est que, chez les peuples qui n'en font aucun usage , les femmes ont la taille plus avantageuse et sont mieux faites que chez ceux qui regardent ce supplément ou ce correctif comme nécessaire à l'ouvrage de la nature, et qui pensent que les hommes peuvent être façonnés comme les matières que l'art soumet au rabot et au ciseau. Le peu de succès de cette pratique de-
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vrait les éclairer sur la fausseté des idées d'après lesquelles on la fonde, leur inspirer plus de confiance pour les opérations simples de la nature , et les convaincre qu'autant elles sont salutaires et heureuses lorsqu'elles ne sont point contrariées, autant elles sont imparfaites et irrégulières lorsque nous essayons d'y mêler nos procédés et nos caprices.
Voilà par quels moyens , en général , on se hâte de flétrir un tempérament qui ne doit hriller que quelques instans , et comment on ruine ses facultés naturelles , en voulant trop en étendre l'usage , ou en voulant les élever à une perfection chimérique. On a beau faire, on ne reculera jamais les bornes que la nature a assignées aux choses. Le parti le plus convenable et le plus sûr est de se conformer à sa marche qui est toujours modérée; au lieu qu'en se fatiguant et en usant son être à poursuivre quelques biens imaginaires, on se donne mille maux réels; et le désir trop avide de multiplier les jouissances fait que bien souvent on ne jouit de rien.
8o SYSTÈME PHYSIQUE ET MORAL