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CHAPITRE IL

Du JliLX périodique et menstruel auquel le sexe est assujetti.

Dans la constitution actuelle de l'espèce humaine, la femme est sujette à un écoulement de sang qui revient exactement tous les mois (i), et dont les retours périodiques sont, depuis la puberté, c'est-àdire l'âge de quatorze à quinze ans, jusqu'à celui de quarante-cinq à cinquante, une fonction caractéristique et nécessaire au sexe, à laquelle toutes les autres fonctions semblent subordonnées. Pendant cet intervalle de la vie, cet écoulement est dans la femnve le signe, et pour ainsi dire la mesure de la santé. Sans lui , la beauté ne naît point ou s'efface , l'ordre des mouvemens vitaux s'altère, l'âme tombe dans la langueur , et le corps dans le dépérissement.

Quoique cette évacuation revienne assez régulièrement tous les mois , puisque c'est de cette régularité qu'elle a pris le nom de règles , elle présente néanmoins des cas, assez rares cependant, qui dérogent à cet ordre général.

Il y a des femmes qui sont réglées deux fois par mois, et d'autres en qui cet écoulement suit dans

(i) Excepté pcndaut la groîscse.

ses retours une période différente de la période menstruelle , sans qu'il en résulte pour elles aucune incommodité.

Il y en a chez qui les règles coïncident avec les phases de la lune; et ce fait est sans doute ce qui a servi de fondement à l'opinion populaire qui admet l'influence de cet astre sur le flux périodique des femmes. Il se peut que la superstition ait profité du merveilleux que cette idée présentait, sans examiner, selon sa coutume , ce qu'elle pouvait renfermer de vrai. Mais des auteurs qui se croyaient bien philosophes, en rejetant tout-cà-fait cette idée, étaientils aussi sages qu'ils auraient voulu le faire croire par cette décision tranchante ? Il est certain que la difficulté de concevoir les rapports qui lient les révolutions de la lune avec celles de l'économie animale ne les justifie point. Outre qu'en général ce ne peut être jamais une raison valable de nier un fait que de ne pouvoir l'expliquer, il ne serait point impossible , dans le cas particulier dont il s'agit , de démontrer, par des inductions tirées de la physique, que la lune peut étendre sur le corps humain l'action qu'elle a sur beaucoup de corps sublunaires. Tout le monde connaît l'ouvrage de Méad, dans lequel cet auteur anglais prouve assez bien cette vérité. On n'a qu'à consulter les personnes affectées de maladies chroniques , on en trouvera beaucoup qui avouent éprouver des changemens considérables sous certains aspects de la lune. Floycr, à qui nous devons un Traité de l'asthme , (jui n'est que l'exprès-

sion de ce qu'il a senti lui-même (car il était atteint de cette maladie), dit que ses accès étaient aussi assujettis aux mouvemens de cet astre que les flots de l'Océan.

En défendant cette opinion, nous sommes bien éloignés de regarder la lune comme le principe efficient du flux menstruel ; nous ne l'envisageons, dans les femmes qui sont soumises au cours de cet astre , que comme une cause occasionnelle qui , par les modifications qu'elle produit régulièrement et périodiquement dans l'atmosphère , et qui de là sont transmises à leurs organes, réveille en elles la nature, lui rappelle une époque où elle a été soulagée, et la détermine à faire de semblables efforts pour satisfaire le même besoin , comme d'autres causes la déterminent dans les femmes qui sont réglées différemment. Dans celles-ci , ces causes, pour être insensibles , n'en sont pas moins réelles. Il y a une infinité d'objets qui échappent à notre entendement, et qui frappent fortement l'instinct. Combien d'impressions sourdes, combien de réminiscences confuses modifient et changent à notre insu l'état naturel de notre machine î Elles sont le principe de ces retours fixes et de ces accès périodiques qu'offre un grand nombre de maladies , et que les médecins qui n'admettent que des explications physiques ont vainement tenté de plier à leurs systèmes. Ce phénomène est un de ceux qui servent de base à la théorie simple et lumineuse de Stahl , la seule qui puisse expliquer d'une manière satisfaisante cette foule de faits relatifs à

JIO SYSTIMK PIIYSfQUF. ET MORAL

réconomie animale, qui, sans cela, eussent été ;V jamais incompréhensibles pour tout esprit dégagé du joug de la prévention. D'ailleurs , le flux menstruel , selon cet auteur, est une espèce de crise , et les crises suivent une marche septennaire. Le mois lunaire est composé de quatre septennaires : il n'est donc pas surprenant que, dans quelques femmes, les règles répondent aux révolutions de la lune. -

L'évacuation menstruelle dure ordinairement depuis trois jusqu'à six et sept jours , et la quantité du sang qui s'évacue s'étend depuis huit jusqu'à seize et dix-huit onces. Cette évacuation approche plus ou moins de l'état de maladie , selon qu'elle s'éloigne plus ou moins de ces limites naturelles , à moins que les écarts qu'elle peut souffrir n'aient leur raison dans la constitution particulière du sujet, ou dans quelque autre circonstance qui les excuse.

Le sang des règles est-il de la même nature que celui de la masse générale dont il dérive? ou faut-il croire ce qu'Aristote, Graaf, Verheyen, et une infinité d'auteurs , ont dit des qualités malfaisantes du sang menstruel? Comme les hommes ne sauraient être indifférens sur ce qui peut intéresser les femmes, les opinions relatives à la constitution de ce sexe ont aussi dii être extrêmes. Nous avons dit qu'on les a quelquefois regardées comme le plus digne organe de la Divinité; et, par une de ces contradictions qui sont assez compatibles avec le caractère de l'esprit humain , on les a d'autres fois représentées comme des animaux dangereux et perfides.

Pline (i) dit qu'il y a clans la Scythie des femmes dont le seul regard est capable de tuer les hommes lorsqu'elles sont en colère. Le même esprit qui avait donné cours à de semblables opinions, produit sans doute celle qui a fait croire que le sang menstruel des femmes était vénéneux. Il semble que les hommes, plus libres dans cette crise passagère , où les charmes de la femme sont obscurcis d'un léger nuage, aient voulu profiler de l'interrègne qu'elle leur laissait , pour se révolter et outrager ce qu'ils sont forcés d'adorer dans d'autres temps.

Pour ne donner dans aucuns excès, nous sommes portés à croire que le sang menstruel peut recevoir de nouvelles combinaisons dans l'organe qui le verse , comme il en reçoit dans tous les autres organes (2), et que les qualités qu'il y acquiert peuvent quelquefois avoir été exaltées par des circonstances particu-

(i) Lib. VII, c. 2.

(3) L'idée des fermens, introduite par Paracelse , n'est ])oint aussi ridicule et aussi absurde que quelques médecins modernes voudraient le persuader. Elle a peut-être un fondement plus réel qwe celle du prétendu mécanisme qu'on voudrait lui substituer. Un fait qu'on ne saurait révoquer en doute, et qui est du plus grand poids en faveur de la première opinion , c'est que chaque organe du corps a une mixtion et des qualités particulières, aussi sensible au goût et à l'odorat qu'à la vue. Qu'y aurait-il donc d'étonnant, qu'en vertu de cette mixtion et de ces qualités , chaque organe altérât ou changeât celle des humeurs qui y abordent , comme un levain communique les siennes aux matières qu'on lui associe ?

lières , ou dans des sujets d'une constitution extraordinaire, au point de le rendre capable des effets surprenans qu'on lui attribue , mais qui n'ont pas lieu dans l'état naturel des choses.

Les vaisseaux de la matrice, et quelquefois ceux du vagin , paraissent être les sources immédiates du sang menstruel. Les qualités sensibles de ce sang font présumer que ce sont les veines qui le fournissent; mais les raisonnemens même des auteurs sur cette matière font assez voir qu'on n'en a aucune preuve démonstrative. Il n'est pas plus aisé de démontrer que le sang des règles est versé par les appendices cœcales ^ sur lesquelles M. Astruc a établi son hypothèse. Des médecins, entre lesquels se trouve M. Van-Swieten , lui ont contesté l'existence de ces appendices; et, en effet, on n'en trouve aucun vestige dans les femmes qui ne sont point actuellement grosses. Il y a apparence que, dans celles qui venaient d'accoucher, les prétendues appendices qu'on y a aperçues n'étaient que les débris des cotylédons qui attachent le placenta à la matrice. D'ailleurs, quand même ces appendices seraient aussi réelles que le prétend ]\I. Astruc , comme elles n'ont été aperçues que dans des femmes grosses ou qui venaient d'accoucher, on n'en pourrait rien conclure pour l'état de la matrice dans les femmes qui ne sont point dans ce cas, parce que, pendant la grossesse, la nature opère dans cet organe une végétation rapide qui en change tous les rapports.

M. Astruc croit ces appendices si nécessaires pour

la menstruation^ qu'il ne pense pas qu'elle puisse avoir lieu sans elles, parce que, dit-il, si elle se fesait autrement i ce ne pourrait être que par la rupture des petits vaisseaux de la matrice; rupture, selon lui, toujours à craindre et toujours sujette aux suites les plus funestes. Cet auteur paraît n'avoir pas fait attention qu'il y a d'autres organes sujets à des hémorragies, même périodiques, qui ne sont suivies d'aucun accident fticlieux. Selon son principe, il faudrait aussi supposer dans ces organes le même appareil de vaisseaux qu'il a établi dans la matrice; supposition qu'aucune observation anatomique ne paraît jusqu'à ce jour autoriser. Cet auteur fait comme beaucoup de philosophes, qui réduisent la nature à cette alternative, ou de faire mal ce qu'elle fait, ou de suivre les idées dont ils sont préoccupés. Mais nous n'éprouvons que trop tous les jours que, dans la plupart de ses opérations, elle emploie des moyens auxquels nous n'avons jamais pensé; tous les jours elle nous offre des faits qui dérogent aux arrangemens frivoles auxquels nous croyons qu'elle doit se prêter.

Si j'avais à choisir parmi les systèmes où l'on se propose de développer le mécanisme des excrétions en général, et celui de la mensfruation en particulier, je me fixerais à celui qui suppose entre les extrémités artérielles el les dernières ramifications des veines un espace où le sang, affranchi de la contrainte des vaisseaux qui l'ont porté , n'a pour toutes barrières que l'action tonique du tissu cellulaire; de

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innnièrc que la nature puisse, selon ses vues et ses hesoiiis, laisser échapper au travers tles cellules de ce tissu j^dont elle dirige à son gré tous les mouveinens , le sang dont elle se trouve surchargée. M. de Bordeu (i) a fait voir que cet organe est, de tous ceux qui composent la machine humaine, celui qui est susceptihle du plus grand nomhre de modifications. On peut donc croire que, dans le temps des règles , la nature dispose la portion de ce tissu , qui entre dans la structure de la matrice, de la manière la plus convenable à l'excrétion qu'elle prépare, et qu'elle en fait de même à l'égard de toutes les autres excrétions.

Quant h la rupture des petits vaisseaux, qu'on croit être à craindre , l'expérience nous fait voir tous les jours combien cette crainte est mal fondée, qu'il n'y a que les grandes liaisons et la rupture des grands vaisseaux dont les suites étaient à redouter. Il n'en est pas de même des premiers; l'action du cœur presque éteinte lorsqu'elle parvient aux dernières ramifications des artères est assez contrebalancée par le ressort et la résistance active de ces petits vaisseaux , pour nous rassurer sur les suites de leur rupture.

M. Astruc, ainsi que beaucoup d'autres médecins, pensent que le flux menstruel n'est que le superflu de la lymphe destinée à l'accroissement avant l'âge de puberté , et à la nutrition après la puberté. La lym-

(i) RecJicrches sur le tissu muqueux.

pîie OU les molécules organiques s'accumulent, disent-ils, pendant Tespace d'un mois dans les vaisseaux vermiculaires de la matrice (i); lorsque ces vaisseaux sont tout-à-fait remplis, ils compriment nécessairement les veines de cet organe. Le sang arrtté dans son cours par cette compression , est forcé , selon M. Astruc , de se jeter sur des productions qui sortent latéralement des troncs veineux, et qui s'ouvrent dans la cavité de la matrice. Ces productions sont les appendices dont on a déjà parlé, et dont l'existence est encore problématique.

Ceux qui font dépendre un effet aussi constant <|ue la menstruation d'une cause aussi précaire et aussi peu certaine que cette pléthore locale et graduelle, paraissent n'avoir pas examiné tous les rapports qui dépendent de cette fonction : toutes les circonstances qui l'accompagnent démentent évidemment le principe mécanique auquel on veut l'assujettir. Tout annonce dans les organes qui l'exécutent une action momentanée bien différente des phénomènes qui suivraient l'entassement successif de la lymphe laiteuse. Cet entassement de sucs nourriciers dans la matrice, suppose que toutes les autres parties en regorgent; mais on voit tous les jours des femmes exténuées qui ne laissent pas d'être réglées , et même de l'être trop. Nous avons déjà dit que, dans bien des filles, l'évacuation menstruelle devance l'entier accroissement du corps. Quant à la

(i) M. Astruc , Maladies des femmes ^ tome i, ch. 2.

Il6 SYSTÈME PIIYSIQUK F-T MOHAL

tension , la douleur et le gonflement subit qui précèdent quelquefois la menstruation , rien ne cadre moins que ces symptômes avec une cause aussi lente ([ue la réplétion graduée de la matrice. Ces symptômes , ainsi que les maux de tête et Tengorgement de la poitrine qui ont quelquefois lieu , n'indiquant point une pléthore ou une surabondance universelle d'humeurs dans les sujets qui les éprouvent, puisque des personnes qu'on ne saurait soupçonner d'être pléthoriques n'en sont point exemptes ; mais ils sont l'effet des divers mouvemens spasmodiques qui concourent à la détermination des règles.

D'ailleurs, la quantité du sang qui s'écoule dan*; le flux menstruel , excède de beaucoup celle que la matrice peut contenir. Il faut nécessairement joindre il la cause mécanique à laquelle on a recours, une autre cause auxiliaire qui détermine un torrent d« sang vers les parties par lesquelles s'opère l'évacuation. Or , si on a besoin de recourir à une cause active dont les effets soient plus rapides et plus constans , la cause mécanique , dont les effets sont si lents et si incertains , est au moins inutile; et si à cette qua^ lité elle joint le défaut de ne s'accorder en rien avec les symptômes qui caractérisent la menstruation , elle doit être rejetée comme fausse.

Le sentiment le plus vraisemblable sur cette fonction, est qu'elle dépend d'une action particulière de l'organe destiné à lexercer, secondée quelquefois par l'effort sympathique des autres organes ; effort cjui produit la gêne de la respiration , les maux i\e

tête, et divers autres symptômes, selon la diverse direction des mouvemens spasmodiques. C'est l'idée de M. de Bordeu ; elle se trouve développée dans un de ses ouvrages (i) , qui est, sans contredit , de tous les livres de physiologie que nous connaissions , celui qui nous paraît offrir les notions les plus exactes sur quelqueS'Uns des points les plus intéressans du système animal, tels que les sécrétions et les excrétions. Gn croit communément que la nature , dans le flux menstruel , n'a pour objet que la fécondité. Comme ce flux n'arrive en effet que lorsque la femme est en état d'enfanter, qu'elle est stérile pour l'ordinaire lorsque cette évacuation manque , on a du naturellement penser que le sang menstruel fournissait la nourriture du fœtus, et par conséquent regarder les règles comme une des conditions essentielles qui rendent une femme féconde. On aurait cependant dû faire attention que la loi qui soumet le sexe h cette évacuation, n'est point générale, selon le rapport des voyageurs (a); elle est inconnue chez plusieurs nations sauvases. Les femelles des animaux qui se multiplient par la même voie que l'homme, en sont exemptes, à moins qu'on n'appelle du nom de règles ( ce qui serait étrangement abuser des termes) cette humeur limpide, et quelquefois rougeâtre, qui distille des parties irritées chez les fe-

(t) Recherches sur les glandes.

(2) Au Brésil, les femmes ne sont point sujellcs à l'évacualion périodique du sexe.

I iS SYSTlblE riIYSIQL'E l-T MORAL

Miellés de ces animaux, pendant le court intervalle de leur effervescence. L'évacuation menstruelle est plus tardive et moins abondante dans les femmes de la campagne, sans doute parce qu'elles participent moins aux vices des grandes sociétés. Enfin on trouve des femmes fécondes, sans avoir jamais été réglées. Tous ces faits nous induisent fortement à conjecturer qu'il a dû exister un temps où les femmes n'étaient point assujetties à ce tribut incommode; que le flux menstruel , bien loin d'être une institution naturelle , est au contraire un besoin factice contracté dans l'état social. Les hommes rassemblés ont toujours cherché à resserrer les liens de la cordialité dans les festins. La joie est plus vive, et les épanchemens plus tendres dans ces momens oii la machine se remonte par une nouvelle nourriture : on est alors plus content des autres, parce qu'on est plus content de soi-même : l'absence des soucis laisse alors à la nature la liberté de jouir de tous ses droits, et même d'en abuser; car il arrive souvent que, ne démêlant plus la sensation des mets d'avec l'impression de la gaîté, elle prend le change, et se surcharge d'alimens qu'elle croit encore nécessaires , long-temps après que le besoin est satisfont. Ces repas, dont l'amitié et le besoin de se voir et d'être ensemble avaient d'abord donné l'idée, l'intempérance les fit ensuite réitérer pour satisfaire la sensualité. Les saveurs simples et naturelles des alimcns qui suffisent à ceux qui n'ont que l'appétit à contenter, ne convinrent pas toujours à des gens qui

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voulaient manger sans appétit. Il fallut nécessairement recourir aux perfides raffînemens de Tart, pour réveiller un palais difficile et dédaigneux , et rendre agréable à la bouche ce que l'estomac eût refusé sans cet appât trompeur. Il se forma peu à peu une habitude générale qui porta les hommes à prendre beaucoup plus d'alimens qu'il ne leur en faut pour réparer les déperditions journalières du corps. Celuici dut se trouver gêné par une surabondance excessive de sucs nourriciers dont l'oisiveté et le défaut d'exercice durent augmenter encore les inconvéniens. La nature attentive à maintenir cette juste compensation de perte et de réparation qui entretient la vie, tâcha de se débarrasser d'un superflu dangereux par des évacuations convenables. Les effets de cette disposition furent communs aux deux sexes; les hommes comme les femmes se trouvèrent en général dans un état de pléthore habituelle qui nécessita , dans les uns et dans les autres , des écoulemens , à la vérité différens par leur forme , mais qui furent les mêmes par leur principe.

Dans les hommes , la nature suppléa aux règles par des hémorragies qui se font par des organes différens, selon les divers âges (i). Quand ces hémorragies , dans les sujets auxquels elles sont nécessaires , n'ont pas lieu, il en résulte une longue suite d'affections, ou une disposition plus ou moins prochaine à de certaines maladies , telles que les diverses affec-

(i) Stahl, Disse/1, de moi bis œtatum.

laO SYSTÈME PIIYSfQUK ET MORAL

lions de poitrine, le rhumatisme, riiypocondriacisme , le calcul , la goutte, l'asthme , Tapoplexie, etc. Il n'est guère possible d'éluder cette alternative dangereuse , que par un régime de vie propre à prévenir ou à détruire la cause dont elle dépend.

Les femmes , par leur manière de vivre sédentaire et inactive, sont moins capables de s'en affranchir; la nature de leurs occupations favorise la surabondance d'humeurs qui leur est commune avec les hommes, au lieu de la diminuer : mais aussi elles ont: un couloir plus commode pour se délivrer des humeurs surabondantes , et par là même nuisibles. Les animaux qui ne sont point soustraits à l'empire de la nature, et qui suivent encore l'instinct pour guide, n'ont pas besoin de cette ressource (ij; ils ne sont point sujets, comme l'homme, aux hémorragies, ni par conséquent aux affections morbifiques auxquelles elles servent de fondement. Ces hémorragies sont devenues une fonction nécessaire qui s'est intimement liée avec la constitution de l'espèce humaine; de sorte que, dans l'état actuel des choses, une femme naît avec la disposition à avoir les règles a un certain âge, comme elle naît avec la disposition à avoir la petite- vérole; car on peut contracter un nouveau besoin , comme on contracte une nouvelle maladie. Si on pouvait voir toutes les altérations par lesquelles l'espèce humaine a passé depuis son ori-

(i) Slaljl , Dissert, de fi equentict morhorum in Jtoininc j^œ hnitis.

gine jusqu'à nous , on ven ait peut-être qu'elle n'a pas toujours été sujette aux mêmes besoins, aux mêmes fonctions, aux mêmes maladies. Lorsqu'elle a une fois contracté quelque vice ou de nouvelles affections , et cela sans doute a lieu dans toutes les espèces d'animaux , ce vice ou ces affections se transmettent de génération en génération, et se perpétuent jusqu'à ce que quelque cause contraire vienne les détruire: voilà pourquoi les races dégénèrent, et pourquoi elles se trouvent altérées après plusieurs siècles. Ainsi l'évacuation menstruelle, une fois introduite dans l'espèce humaine, se sera communiquée par une filiation non interrompue; de sorte ><{u'on peut dire qu'une femme a maintenant les règles , par la seule raison que sa mère les a eues , comme elle aurait été phthisique peut-être si sa mère l'eût été : il y a plus , elle peut être sujette au flux menstruel , même quoique la cause primitive qui introduit ce besoin ne subsiste plus en elle. Et en effet, bien des femmes sont réglées sans être pléthoriques ou surchargées d'humeurs. Le flux menstruel , dans ces femmes, dépend de la seule direction habituelle des mouvemens de la nature , comme les hémorragies périodiques qu'éprovent des hommes épuisés.

L'hémorragie particulière au sexe se faisant par l'organe destiné à perpétuer l'espèce , elle ne peut commencer qu'à l'âge où la nature commence à s'occuper de ce grand objet. En développant et en préparant les instrumens qui doivent servir à cette fonction, elle dirige aussi vers le lieu où clic doit

s'exercer, les humeurs dont elle veut se débarrasser. L'évacuation qu'elle établit est moins la cause qu'un signe de la fécondité. Une femme n'est point stérile parce qu'elle n'est point réglée, mais parce que la nature n'exerce point sur la matrice le degré d'action qui la dispose à concevoir ; c'est parce que ses mouvemens, au lieu de se porter vers cette partie, se trouvent dirigés vers quelque autre organe où le sang, qui suit la même direction, s'accumule et se manifeste par des résultats qui sont les mêmes dans les deux sexes. Les hommes sujets à des hémorragies habituelles qui ont cessé, éprouvent, ainsi que les femmes en qui les règles sont suspendues, des regorgemens et des congestions d'humeurs dans des organes différens , selon le progrès de l'âge , et des affections telles que des maux de tête opiniâtres , la phthisie, l'affection hystérique ou hypocondriaque, la colique, le calcul, la goutte, et un grand nombre d'autres maladies , dont le flux menstruel , bien établi et bien ordonné, exempte les femmes. Cet écoulement doit être doublement nécessaire , lorsque la cause primitive qui l'a fait naître concourt avec l'habitude héréditaire qui la propage: ainsi les règles seront plus abondantes dans les personnes qui prennent une plus grande quantité d'alimens, et qui font moins d'exercice; aussi les fennnes qui habitent les villes où l'intempérance et l'oisiveté réunissent ces deux conditions , sont-elles plus souvent dans ce cas que les femmes de la campagne , accoutumées à ua régime plus simple et plus conforme à la nature.

DE LA FKMME. I -> -^

Le flux menstruel ne peut donc commencer qu'à l'âge de puberté, si l'ordre des fonctions n'est point interverti. Le nature, une fois soulagée par cette excrétion , la répéterait à la même époque , d'abord par un souvenir confus du bien-être qu'elle en aurait reçu, et ensuite par une espèce d'habitude, si la femme n'apportait déjà cette dernière disposition en naissant. Le flux menstruel n'est pas la seule fonction sur laquelle l'habitude ait une influence incontestable. Notre machine a un penchant singulier à produire certains actes à des heures marquées. Qui ne sait que l'appétit et le sommeil devancent ordinairement le besoin, et ne sont provoqués le plus souvent que par l'habitude? Si on y fesait attention, on verrait que beaucoup de nos mouvemens intérieurs sont réglés par ce principe ; et il n'y a peutêtre personne qui ne se soit aperçu que nos fonctions les plus grossières et les plus sensibles suivent des périodes plus ou moins remarquables. Cette disposition à répéter les mêmes mouvemens à des temps fixes et déterminés, fait, comme nous l'avons déjà dit, que des femmes en qui il n'existe aucune pléthore, sont réglées comme si elles étaient pléthoriques. Il en est alors de ces femmes comme de ces malades en qui la fièvre se soutient par une espèce d'impulsion habituelle, même après que le principe matériel qui la fomentait ne subsiste plus. Ce cas revient souvent dans les fièvres intermittentes : les accès continuent quelquefois de se suivre sans interruption , comme si la cause matérielle dont elle dé-

pendait existait encore; ce qui donne souvent le change aux médecins qui ne font pas celte considération.

Quoi qu'il en soit des causes et de l'objet du flux menstruel , il n'est pas douteux qu'il ne soit une incommodité dans toutes les femmes, et dans un grand nombre d'elles un travail qui approche plus ou moins de l'état de maladie. Cependant ce travail, en prévenant des affections plus graves , est devenu le fondement de la santé dans le sexe , comme les hémorroïdes ou d'autres écoulemens habituels le sont dans beaucoup d'hommes (i). Et tel est actuellement le malheur de l'espèce humaine, que les infirmités même sont pour elle des secours nécessaires , et qu'il ne lui reste plus que le choix des maux.

(i) Si les hommes sont moins généralement sujets à des écoulemens sanguins que les femmes , c'est vraisemblablement parce qu'un genre de vie plus exercé et plus actif les rend pour eux moins nécessaires que pour elles. Peut-être aussi que les premiers n'ont point d'organe aussi approprié à celte sorte d'excrétion que celui qu'ont les femmes ; de sorte que la matière de cette excrétion ne pouvant point èlre chassée, devient dans les hommes un germe de maladies chroniques , qui n'existe pas dans les femmes dont les règles n'ont point souffert de dérangement considérable. C'est ce qui fait sans <^oute que l'asthme , le calcul , la néphrétique, la goutte, la paralysie, l'apoplexie, et d'autres maladies, sont plus fréquentes chez les hommes que chez les femmes.

DE LA FEMME. l'Aii

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