CHAPITRE V
De la grossesse.
Comme l'instant où la femme conçoit ne se ma^ nifeste en elle par aucune expression bien caractérisée, et que les suites de cet acte restent quelque temps couvertes d'un voile épais, cet esprit d'inquiétude qui fait que l'homme, peu satisfait du présent dont il pourrait jouir, s'élance toujours vers l'avenir qu'il ne verra peut-être pas , le porte à rechercher avec empressement les signes encore cachés de la grossesse, et à interroger la nature long-temps avant qu'elle daigne parler. On pourrait à cet égard s'épargner les tourmens d'une impatience inutile, puisqu'elle ne saurait en accélérer ni en retarder l'objet. Il serait d'autant plus dans l'ordre d'attendre tranquillement que les signes naturels annonçassent
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eiix-mémes la grossesse, que les tentatives par les- «jiieiles on se flatte de les prévenir, peuvent incommoder les femmes assez faciles pour s'y soumettre , sans les éclairer davantage sur le motif qui les y fait recourir.
Ces tentatives sont l'ouvrage d'un charlatanisme effronté qui les sollicite, et qui se joue de l'honnêteté et de la décence, pour établir son empire sur les débris d'une vertu à laquelle le sexe doit les plus solides fondemens du sien. Nous nous croyons obligés de dire ici aux femmes, que ceux qu'elles emploient à cette sorte d'essais les trompent, en affectant des connaissances qu'ils ne sauraient avoir. Tous les éclaircissemens tirés du toucher sont très-incertains. On ne peut compter que sur le concours des signes extérieurs et sensibles , tels que la grosseur du ventre, le gonflement du sein, précédés des envies de vomir, des dégoûts, et de la suppression de^ menstrues. Mais le plus décisif de tous , de l'aveu même de tous les accoucheurs, le seul démonstratif, consiste dans les mouvemens de l'enfant, qui se font sentir vers le quatrième mois de la grossesse. Ainsi les femmes peuvent elles-mêmes mieux que personnt.* connaître si elles sont enceintes ; et les accoucheurs . qui sont forcés d'en convenir eux-mêmes , devraient retrancher de leurs traités d'accouchemens les impertinentes règles qu'ils donnent sur le toucher. Pour donner une idée de la solidité et de la sagesse de ces règles, je n'en citerai qu'une, prise dans un ouvrage d'un des plus célèbres accoucheurs. « Lorqu'il s'agit ,
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w dit-il, de touc/ier une fille pour quelque soupçon j) de grossesse, on doit d'abord porter le doigt avec «circonspection, de crainte de la déflorer, si elle » ne l'était pas ». N'est-ce point le comble de l'absurdité de vouloir, sur le simple soupçon d'un mal qui peut-être est imaginaire, produire un mal réel; de s'exposer, pour savoir si une fille a commis une faute, à lui rendre plus faciles toutes celles qu'elle peut commettre à l'avenir, en renversant la première digue qui s'oppose en elle au vice; enfin, de déflorer une fille pour connoître si elle a été déflorée ? Et , par malheur encore pour la règle , le moyen qu'elle indique est insuffisant pour parvenir à la connaissance qu'on désire.
C'est du temps seul qu'on doit attendre cette connaissance. Trois ou quatre mois de patience vous éclairciront mieux que ne fera une pratique dangereuse , dont les essais flétrissans sont pires que les soupçons qu'on veut dissiper. Quoique les inconvéniens de cette pratique ne soient pas aussi considérables pour les femmes que pour les filles, nous ne leur ferons point l'injure de penser qu'il ne soit pas pénible pour elles de consentir à un examen qui doit les humilier à leurs propres yeux, et qui quelquefois peut les avilir à ceux d'autrui : elles peuvent s'exempter de cette cérémonie gênante, quand il n'y aurait d'autre raison que son inutilité pour l'objet qui les porte à s'y assujettir.
En attendant que la femme grosse s'éclaire sur son état et en sorte , examinons comment l'individu
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surajouté au sien s'y nourrit et y grossit. Ce phénomène de la nutrition du fœtus, si agité par les physiologistes, se trouvera expliqué de lui-même, lorsque nous aurons exposé les relations et les liens physiques et moraux par lesquels il tient à la mère.
Le fœtus est, dans la matrice, contenu dans une douhle poche qui ressemhle assez à un œuf sans coque. Harvey a vu la poche extérieure, qui s'appelle le chorion , se former comme une toile d'araignée. Il en a aperçu les premiers filets tendus d'un coin de la matrice à l'autre, s'entrelacer, former d'abord un réseau clair , et , la trnme se serrant peu à peu , former ensuite un tissu ferme et uni ; ce qui prouverait qu'elle est l'ouvrage d'un travail particulier de la matrice , comme nous l'avons fait entendre ailleurs. Cette poche est appliquée à une aulre poche qui est intérieure et plus mince, qu'on appelle am- Jiios , sans être unie avec elle.
Ces deux poches sont remplies d'une liqueur dans laquelle le fœtus nage. Celte liqueur est d'une nature lymphatique, douce dans le commencement de la grossesse , mais acre et saline sur la fin, La quantité relative de cette liqueur est aussi plus grande dans les premiers temps de la grossesse que dans les derniers. L'origine de ces eaux est sans doute la même que celle des humeurs qui arrosent toutes les cavités du corps; elles sont vraisemblablement le produit d'une exsudation de toutes les parties qui forment l'arrière-faix. Peut être que l'urine du fœtus y est pour quelque chose; car dans l'espèce humaine il
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n'a pas la même ressource que dans les autres animaux. Dans ceux-ci le fœtus envoie son urine, par nn canal nommé ouraque , dans une espèce de vessie, qu'on appelle allantoïde ^ située entre le chorioii et Xamnios.
L'utilité des eaux de l'arrière-faix est trop évidente, pour que nous perdions le temps à la démontrer. Le contact de tout autre corps qu'un fluide eût été sans doute dangereux pour un être aussi délicat que le fœtus , qui commence lui-même par être presque fluide. Il se balance librement dans cette liqueur , à l'abri des choses et des accidens destructeurs.
Le chorion n'adhère pas immédiatement à la cavité de la matrice. Il y a entre lui et ce viscère un corps spongieux, vasculeux, épais dans son centre , et qui s'ainincit vers sa circonférence. On l'appelle placenta , parce qu'il a la forme d'un gâteau. La matrice et le placenta sont unis par des cotylédons ou tubercules qu'ils s'envoient réciproquement l'un à l'autre. Ces liens , d'abord suffîsans pour le fœtus encore petit, deviennent plus solides à mesure qu'il grossit : on prétend (i) que, se bornant d'abord à transmettre au placenta une humeur laiteuse, pour l'entretien du fœtus, ils dégénèrent ensuite en veines, pour lui fournir du sang pur. Cette dernière opinion n'est pas unanimement admise ; plusieurs croient qu'il ne passe jamais qu'une liqueur laiteuse de la matrice au placenta.
(i) Hist. de ï Acad. des Sciences , année 1748, page 21.
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Le placenta l'envoie au fœtus par le cordon ombilical. Ce cordon, dont la grosseur, la longueur et la forme varient souvent, est attaché d'un coté au nombril du fœtus, et de l'autre au placenta. Il est formé de trois vaisseaux sanguins, de deux artères et d'une veine souvent situées parallèlement, quelquefois entortillées; ce qui, dans ce dernier cas, donne au cordon une forme noueuse. Ces vaisseaux sont renfermés dans une tunique commune qui semble être une continuation du chorion et de l'amnios. Dans les animaux , ce cordon contient aussi Touraque; dans le fœtus humain , l'ouraque ne va pas plus loin que le nombril, et on n'en découvre aucun vestige au-delà.
Les deux artères ombilicales portent le sang qu'elles puisent dans les deux artères iliaques internes du fœtus, dans le placanta, où elles forment plusieurs branches qui se subdivisent en une infinité de petites artères. Celles-ci , répandues sur toutes les parties de l'arrière-faix, s'abouchent avec une infinité de veines capillaires qui , se réunissant successivement, forment enfin la veine ombilicale, laquelle rapporte le sang au fœtus ; mais avec le sang elle y conduit les sucs laiteux fournis par la mère pour le soutien et raccroissemont du fœtus.
Le sang repris par la veine ombilicale, et Thuiiieur laiteuse qui s'y joint, parvenus au nombril de i'enfant, sont portés vers le foie, entrent dans le tronc de la veine-porte, et par le canal veineux passent dans la voino-cave asccndiinto. Celle-ci le trans-
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met au ventricule droit du cœur, où, au lieu d'enfiler l'artère du poumon qui est sans action dans lo fœtus, il coule par le trou ovale dans le ventricule gauche de ce viscère, et revient par l'aorte aux artères iliaques.
Cette espèce de circulation, hors des organes du fœtus , est un phénomène dont les usages ne nous sont pas bien connus. Il est certainement bien nécessaire que l'enfant reçoive à chaque instant une nouvelle nourriture par le cordon ombilical; mais il ne semble pas essentiel que le sang du fœtus sorte de son corps pour se répandre dans le placenta. Il faut , ou que le sang artériel qui passe par le cordon ombilical soit destiné à nourrir et à faire croître Tarrière-faix , ce que la matrice pourrait exécuter , puisqu'elle en a fait les premiers frais; ou que le but de son passage soit de préparer dans le placenta les humeurs maternelles qui y abordent, et de les y rendre plus analogues à celles de l'enfant dans lequel elles vont entrer. Il y aurait peut-être un saut trop brusque qui choquerait ces nuances douces par lesquelles la nature marche ordinairement, si les humeurs animalisées dans le corps de la mère passaient subitement dans le fœtus. Il fallait peut-être qu'elles fussent modifiées dans le placenta par le mélange du sang de l'enfant, pour paraître moins étrangères lorsqu'elles seraient reçues dans les faibles organes du dernier. Dans ce cas, le placenta servirait d'estomac au fœtus; il digérerait les sucs laiteux que la mère lui envoie , et le produit de cette digestion
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singulière serait porté, par la veine ombilicale, dans le foie , comme, dans les autres individus, le chyle y est en partie porté par les veines mésaraïques.
Après l'exposé que nous venons de faire, on ne doit plus demander comment le fœtus est nourri dans le ventre de la mère ; il est clair qu'il l'est par les humeurs que celle-ci lui fournit, digérées dans le placenta, et transmises à la veine- porte par la veine ombilicale. Il est étonnant qu'on ait mis en question si le fœtus prenait sa nourriture par la bouche. Le fœtus a plusieurs organes dont il ne doit faire usage que lorsqu'il sera séparé de la mère , et qui sont inutiles à son existence actuelle. Sa bouche, son estomac , ses intestins, sont sans exercice comme ses poumons; toutes ces cavités sont seulement, en attendant, arrosées par une humeur qui en empêche la coalition, et qui s'y épaissit jusqu'à un certain degré. Dans les intestins, elle se mêle avec la bile, et forme avec elle ce qu'on appelle le meconiam. Ainsi , demander comment se nourrit le fœtus , c'est demander comment se nourrit la matrice, le foie et la rate de la mère. Le fœtus est uni à ces parties par le placenta ; il est comme un organe ajouté aux organes de la mère; il a le même aliment qu'eux, h la préparation près que cet aliment subit dans le placenta , avant de parvenir à l'enfant.
En effet , le placenta , la matrice , les enveloppes du fœtus, le cordon ombilical, le fœtus, tout cela se nourrit et croît en même temps. Les canaux qui porhMit hi nourriture ;\ ce dernier, augmentent de
calibre à mesure que son volume et ses besoins s'étendent.
Cependant on peut conjecturer que le fœtus, en qualité d'être individuel et en vertu de son moi, assimile et dispose lui-même les sucs déjà vivans et animalisés que la mère lui envoie : mais il serait trop difficile de déterminer jusqu'à quel point l'enfant croît par sa propre impulsion , sans que celle de la mère y contribue , et si l'activité du fœtus peut s'étendre jusqu'aux enveloppes et au placenta , qui semblent plus appartenir à l'enfant qu'à la mère, ou si la végétation de ces parties est lout-à-fait l'ouvrage de celle-ci. Si ce dernier point est problématique , il est du moins vraisemblable que l'enfant n'a aucune action sur la matrice , qui grandit et suit les progrès du fœtus. Quant à celui-ci , il y a apparence que son accroissement est l'effet combiné de l'action vitale de la mère , et de sa propre activité. On est fondé à croire que la mère n'est point à son égard dans un état aussi passif que bien des gens le pensent ; et si elle le porte , si elle le nourrit , c'est en elle l'effet d'un instinct vigilant. Bien souvent cet instinct semble si occupé du bien-être du fœtus, qu'il oublie pour lui le soin des organes de la mère, et ne travaille à l'embonpoint du premier qu'au.^ dépens de l'autre. Stahl croit avoir observé que les femmes qui maigrissent pendant la grossesse , font le plus souvent des enfans bien nourris ; tandis qu'il est commun de voir des femmes qui gardent leur embonpoint, mettre au monde des enfans chétifs. Enfin il
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est vraisemblable que le fœtus et ses dépendances sont sous la tutelle et sous la sauvegarde du principe actif (jui anime la mère, et que leur accroissement est le fruit d'un travail que ce principe dirige.
Cette direction , sans laquelle l'ouvrage de la génération s'écoulerait à chaque instant, peut être troublée par les fausses idées qu'on s'est faites de la grossesse. On croit communément que , parce que la femme nourrit un enfant dans son sein , elle a besoin de manger, comme on dit, pour deux; et que, pour ne point l'incommoder par ses mouvemenâ, elle doit se condamner à ne remuer ni pieds ni tête.
Pour ce qui regarde la quantité d'alimens nécessaire à une femme grosse, on n'aurait peut-être jamais cru qu'il lui en fallût moins que quand elle est libre , si l'observation ne nous en avait point convaincus. Les envies de vomir, la gêne qu'une femme grosse éprouve pendant long-temps, la nécessité qui la force de recourir à de fréquentes saignées , annoncent en elle une surabondance d'humeurs qui en dérange le cours. Aussi l'instinct lui inspire-t-il pour l'ordinaire du dégoût pour les alimens trop succulens, tels que la viande. Nous avons vu des femmes qui n'avaient cessé de vomir pendant toute leur grossesse , et qui pouvaient h peine parvenir à faire arrêter quelque mets léger dans leur estomac, mettre ensuite au jour des enfans bien constitués. Nous en avons vu d'autres ne prendre pendant tout le temps de leur grossesse que du café à l'eau , dans lequel elles trempaient quelquefois un morceau de pain,
sans aucun inconvénient pour l'enfant dont elles ont accouché. Ces exemples ne sont point à suivre; mais ils prouvent qu'une femme enceinte et son enfant peuvent vivre avec une nourriture très-bornce, et que l'excès opposé est beaucoup plus à craindre. Celui-ci est une des principales causes des accidens trop fréquens , auxquels sont sujettes les femmes qui sont en état de se procurer une nourriture abondante et recherchée. Les femmes du peuple, qui vivent, quand elles sont grosses , comme elles avaient accoutumé de vivre avant de l'être , sont moins exposées aux catastrophes qui sont assez communes parmi les premières.
Les femmes du peuple tirent aussi un grand avantage du travail auquel leur condition les oblige ; elles y trouvent un exercice nécessaire et indispensable, dont un faux raisonnement porte les femmes riches à se priver; car les égards qu'exigent la grossesse ne leur interdisent que les efforts violens. Mais si un exercice modéré convient à la santé de la mère, pourquoi serait-il nuisible à celle de l'enfant ? Les humeurs qu'elle lui fournit n'en seront que plus saines, lorsqu'elles auront été épurées par une légère agitation du corps; au lieu qu'en les laissant croupir par l'inaction , on leur permet de contracter des qualités vicieuses qui se communiquent nécessairement à celles de l'enfant. La grossesse et l'allaitement , fonctions incompatibles avec les travaux forcés , devant remplir le plus grand intervalle de la vie de la femme, déterminent le genre d'occupations le phn
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propre h chaque sexe ; et de cette diverse destination naissent vraisemblablement en partie les inclinations, les goûts , et la plupart des autres différences morales qui distinguent l'homme et la femme.
Un des plus grands biens que produise le travail , c'est de nous soustraire à l'empire des passions; c'est dans le calme et la tranquillité du corps qu'elles fermentent, et qu'elles exercent leur furie. Si elles troublent pour l'ordinaire les fonctions vitales, elles ne sont pas moins funestes à celle à qui la conservation de l'espèce est due. Elles sont la source de la plus grande partie des fausses couches qui arrivent: c'est pourquoi cet accident est plus commun parmi les femmes que les sociétés oii elles vivent , ou que l'état 011 elles se trouvent placées, exposent aux secousses violentes des passions. Les fausses couches que font les femmes de la campagne sont presque toutes causées par des efforts excessifs, ou par des chutes; elles sont rarement chez elles dues à des causes morales. Les animaux , qui sont encore plus à l'abri de ces dernières causes, ne sont sujets à l'avortement que lorsqu'il est sollicité par la violence des hommes.
Ce ne sont pas seulement ces accès des passions, qui sont d'autant plus terribles qu'ils sont plus courts, et qui bouleversent en un instant toute la machine , qu'on a à redouter; on doit aussi craindre les effets de cette morosité habituelle que certaines âmes nourrissent, qui fait qu'elles s'indignent de tout, et que le moindre objet les blesse. Ce caractère irritable, toujours prêt à repousser tout ce qui le touche , est
très-capable de déranger les opérations de la nalure , occupée du soin du fœtus ; il peut très-bien se faire que , dans certains momens d'inquiétude , où tout semble l'importuner, elle perde de vue l'objet le plus cher, et le rejette au loin comme un fardeau qui la gêne. On a remarqué que les femmes les plus sujettes à faire de fausses couches sont délicates, sensibles, et faciles à irriter. Il y a cela de particulier, que l'empire de l'habitude, dont il a été question ailleurs , se manifeste encore ici ; les femmes qui éprouvent plusieurs fois ce funeste accident, le subissent presque toujours à la même époque de leur grossesse.
Ainsi la modération , la sobriété et l'exercice doivent régler la conduite des femmes grosses. Elles y sont peut-être encore plus astreintes que quand elles ne sont point dans cet état. Cette conduite est d'autant plus essentielle pour elles , qu'elle peut les dispenser de recourir aux remèdes assez souvent employés dans les grossesses , en prévenant les causes qui les rendent nécessaires. Les saignées et les purgâtions sont plutôt des secours contre les suites d'un mauvais régime que contre la grossesse , qui n'est point une maladie : elle entre, au contraire, dans le système des fonctions de l'homme sain. Les femelles des animaux, et les femmes dont la constitution n'a point été dépravée par la mollesse , ne sont point malades pendant la gestation. La grossesse n'est une maladie que pour les femmes en qui des organes énervés rendent toutes les fonctions pénibles ; que
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pour ces machines frêles et délicates , en qui cliaqne digestion est une courte maladie. Les autres parviennent pour l'ordinaire au terme de leur grossesse, sans autre infirmité que la gêne inséparable de cet état.