DE PIERRE ROUSSEL. XJ
Bordeii, sur la théorie du sang et sur celle des tenipéramens? Les hommes , dans l'état de société, reçoivent une multitude d'impressions des lieux, du climat, et des lois politiques; impressions qu'Hippocrate avait aperçues, et dont aucune n'a échappé à la plume savante de notre médecin philosophe. Dans la seconde Partie de son ouvrage , il parle surtout du principe qui anime et fait mouvoir les parties vivantes. Il analyse tous les prodiges de l'entendement et de la pensée ; il déroule les lois mystérieuses de la sensibilité, d'où dérivent, comme d'une source intarissable et commune, tous les phénomènes de l'économie morale et physique de l'homme. Sa théorie des sentimens, surtout, a été retracée avec le pinceau qui lui convenait. Cette sublime esquisse ne contient en général que des réflexions grandes et nobles. L'auteur n'a pris dans son sujet que ce qui est véritablement utile et intéressant, et l'on peut dire de lui ce qu'on a dit de peu d'écrivains , qu'il est aussi habile à peindre que la nature l'est à créer.
Ainsi, cet aimable observateur, fortifié de II forme très-bonne heure par la méditation et par la donner un , lecture des bons modèles, savait donner la ^^^^^}^ ^^i-
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forme la plus heureuse à tout ce qui émanait ouvrages de
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de son cœur. Ainsi il avait appris a s exprimer avec cet éclat de pensées et cette élévation de
Xlj ÉLOGE HISTORIQUE
Fâme qui entraînent universellement les suffrages. Il avait fait une étude particulière de Stahl; or, on sait qu'une des raisons principales qui ont empêché la doctrine de cet auteur profond d'être plus connue, c'est qu'il négligeait de polir ses ouvrages. Tel est ici-bas le triste sort de la vérité, qu'elle a souvent besoin d'être parée de fleurs pour être accueillie. Aussi le docteur Roussel avait-il entrepris de composer un extrait raisonné de toutes les productions du médecin allemand, afin de les mettre à la portée d'un plus grand nombre de lecteurs. Cet extrait n'a point été publié , quoiqu'il ait été très-long-temps et très-impatiemment attendu.
Ses travaux Le doctcur Rousscl pensait et travaillait ha- 'ouniaiiste J^it^^llement beaucoup, sans s'assujettir à aucun plan. Il est auteur d'une multitude de morceaux détachés qui sont perdus pour la science, parce qu'ils sont épars dans des recueils scientifiques ou littéraires, Comme la modicité de sa fortune l'obligeait à coopérer à la confection des journaux, il y dissipait en quelque sorte les richesses de son esprit. On Fa vu souvent refaire pour ainsi dire un livre qu'il était chargé d'analyser, surtout quand l'intérêt des matières le captivait; il montrait d'ailleurs beaucoup de justice dans ses jugemens. Son goût pour la vérité s'était affermi
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par l'étude des sciences physiques et naturelles, et il fixait les objets sous toutes leurs faces avec une finesse de tact dont peu d'hommes auraient été capables.
Muni des plus saines doctrines de la géomé- Ses opîtrie et de la physique, il réfuta avec autant ouvrages de d'avantage que de modestie la fameuse opinion ■Bernarclm
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de Bernardin de Saint-Pierre, qui avait voulu Pierre et de
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fonder la théorie des marées sur la tonte alter- oeniis. native des glaces polaires. Mais cette contestation ne l'empêcha pas d'être équitable envers l'auteur immortel de Paul et Virginie. Il donna les plus grands éloges à cet écrivain solitaire, qui gagnait alors tous les suffrages par ses peintures touchantes, et par le charme pénétrant de son style; à ce philosophe religieux qui tirait sa morale des sources les plus pures et qui s'exprimait toujours par images, parce qu'il rendait la nature comme il la sentait. 11 professait la même estime pour les ouvrages de madame de Genlis. Il admirait en elle cette faculté prodigieuse d'écrire si vite et si bien, cette élégance continuelle d'expressions, et cette clarté émi* nente de langage; cette facilité d'invention , ces sages pensées qui raniment toutes les vertus, ce feu sacré qui ne s'éteint jamais et qui se communique à tant de lecteurs! Si je rapporte ici les opinions de Roussel sur quelques auteurs contemporains, c'est que je regarde comme