CHAPITRE VII
De l'accouchement naturel.
Nous avons dit que si des causes accidentelles et
rares font quelquefois varier le terme de l'accoucliement , on devait plutôt les tirer, dans la femme, des déterminations propres du principe vital distrait ou troublé dans ses mouvemens ordinaires , que de la disposition actuelle de l'enfant, dont la vigueur ou la faiblesse , la grosseur ou la petitesse n'ont , ainsi que toutes les autres circonstances extérieures trop souvent et trop gratuitement alléguées, qu'une trèslégère influence sur l'acte qui produit l'accoucliement.
L'erreur, qui a fait chercber ailleurs les causes
i8o systèmt: physiqui-; et moral
tlélenninantes de raccouchement naturel , a donné naissance à nne infinité dliypotlicscs , la plupart ridicules, mais toutes fausses. Les uns ont cru que la faim excitait le fœtus à se débattre et à s'échapper de la matrice; les autres ont attribué sa sortie au besoin de respirer, quelques-uns au besoin d'uriner, quelques autres à la colique occasionnée par le mèconium ; enfin chacun s'est mis à la place de l'enfant, et lui a prêté les affections qu'il a le plus redoutées dans une prison pareille à celle où le fœtus est enfermé. On sent le vide de toutes ces explications , pour peu qu'on fasse attention que l'enfant est mort dans le sein de la mère sans que l'accouchement se fasse avec plus de difficulté, et ce fait seul démontre que le fœtus est ou peut être absolument passif dans cette opération naturelle.
Elle dépend donc directement de l'organe dans lequel le fœtus est contenu. En effet , cet organe , au terme marqué par la nature , combine ses mouvemens de manière que l'enfant qu'il tient en dépôt, pressé de tous cotés , est nécessairement forcé d'en sortir par l'issue qui lui est offerte , comme ferait le noyau d'un fruit dont l'écorce aurait la faculté de se contracter dans tous les points de son étendue. La ijiatrice, comme une écorce active et sensible, en s'agitant et en se contractant , rompt les faibles adhérences par lesquelles les membranes qui enveloppent le fœtus tiennent à sa partie concave , et répète ses secousses non-seulement jusqu'à ce que les membranes, Tenfant v\ les eaux dans lesquelles iî nage soient
sortis, mais encorejusqu'à ce qu'elle soit débarrassée des humeurs désormais superflues dont elle se trouve encore engorgée après l'accouchement.
On veut savoir tout , et on demande quel est le principe qui détermine la matrice à se contracter de cette manière. Un auteur célèbre (i) prétend que ce viscère successivement distendu pendant tout le temps de la grossesse, à mesure que le foetus augmente de volume, et parvenu , vers la fin du neuvième mois , au dernier degré d'extension dont il est susceptible , réagit contre l'objet qui le distend et l'irrite , et que l'accouchement est le fruit de cette réaction. Quoique les décisions de ce médecin méritent beaucoup d'égards , il nous senîble que si jamais la matrice doit être irritée par la présence du fœtus, ce doit être dans le commencement de la grossesse , lorsqu'elle est forcée , pour la première fois , de s'étendre , et que le corps étranger qui la presse commence à altérer ses dimensions naturelles; elle doit être alors d'autant plus sensible à la violence qu'elle souffre , qu'elle n'y est point encore accoutumée ; c'est alors qu'elle doit réagir avec force et avec tout l'avantage que lui assure l'ouvrage encore mal affermi de la génération. Mais , au lieu de réagir , elle se distend et s'épanouit. Les corps organisés ne se dilatent que pour le plaisir; ils vont audevant des causes qui le produisent ; ils étendent leur surface pour multiplier la sensation qui les flatte :
(i) M. Petit , mcdccin de la Faculté de Paris.
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nu contraire , ils se contractent et se resserrent pour se soustraire à la douleur; ils voudraient s'anéantir sous l'objet qui les blesse. La matrice se contracterait donc dans les premiers temps de la grossesse, et les fruits qu'elle doit porter ne parviendraient jamais à leur maturité.
Quelques-uns disent que l'enfant, après avoir faî); la culbute^ tombe sur le col de la matrice , et y produit , par son poids, une irritation qui excite cet organe à s'ouvrir, et à lui offrir un passage. Par la raison que nous venons d'exposer, l'impression que fait l'enfant s'opérant immédiatement sur l'orifice interne de la matrice, cet orifice devrait plutôt se fermer davantage que s'ouvrir; et rien ne formerait un plus grand obstacle à l'accouchement, que cette circonstance qu'on fait tant valoir pour expliquer le mécanisme de cette opération.
Nous nous bornons à ces réflexions que nous pourrions pousser plus loin , pour faire voir combien les explications mécaniques sont hasardées , lorsqu'il s'agit d'exposer l'enchaînement de fonctions qui constitue le système animal. Cet enchaînement offre sans contredit beaucoup d'effets secondaires et passifs qui sont une suite nécessaire de la disposition mécanique des organes. Dans la grossesse, par exemple, la compression qu'exerce l'enfant sur les différentes parties qui sont contenues dans le bassin , en gêne pendant quelque temps les fonctions ; les sécrétions et les excrétions y sont plus ou moins troublées, le cours des humeurs s'y trouve plus ou moins dérangé;
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mais , dans tout ce que les grandes opérations des corps vivans ont d'actif et de spontané , les idées de mécanisme sont plus propres à nous faire prendre le change, qu'à nous éclairer sur leur véritable nature; et on ne parviendra jamais à la connaître , sans recourir à un être indépendant des lois que suivent les corps animés , agissant avec choix: et mesure, et de la manière la plus favorable à un but déterminé.
Les causes finales que quelques philosophes voudraient bannir comme un principe stérile ( ce qui est peut-être vrai en physique ), sont, en médecine, le fondement des plus solides vérités que les anciens, et surtout Hippocrate , nous aient transmises. On a peut-être cru qu'il était trop trivial et trop vulgaire de penser que l'agent qui préside à la formation de nos corps, nous ait fait la bouche pour manger, les yeux pour voir et les oreilles pour entendre. Nous ignorons s'il faut beaucoup d'efforts et de subtilité pour se dérober aux premières notions du sens commun; mais il nous semble que ceux qui rejettent tout-à-fait les causes finales, s'écartent peut-être au tant du vrai que ceux qui en ont le plus abusé; car il faut avouer que certains écrivains en ont fait un étrange usage. Pour ne pas sortir du sujet qui nous occupe, nous pourrions citer M. Astruc, qui dit(i) que les enveloppes du fœtus, en s'engageant en même temps que lui dans l'orifice de la matrice , servent à tapisser ce passage , et à le défendre contre les frois-
(l) Maladie'! des femmes , tojne V, page 375.
semens du fœtus et des doigts de la sage-femme. Croire que la nature, en disposant les objets qui doivent seconder l'accouchement , ait pensé à la maladresse des accoucheurs et des sages-femmes, c'est lui supposer une prévoyance qui malheureusement ne serait que trop nécessaire, mais qu'elle n'a guère pour les fautes que nous pouvons commettre : elle a tout fait pour le mieux en notre faveur, tant pis pour nous si nous gâtons son ouvrage. Il fallait ., dit le même auteur, que son visage (du fœtus )yZ/^ tourné du cote de Vos sacrum , pour empêcher que son nez ne fût écrasé par les os du pubis , et quilne fût étouffé par V irruption des eaux de Vamnios (i). Un enfant qui vient de vivre neuf mois dans l'eau! «tre étouffé , lorsqu'il en sort , par quelques gouttes d'eau ! O Astruc ! y avez-vous bien pensé?
Sans prêter donc à la nature des craintes frivoles, ou l'astreindre à des détails qu'elle dédaigne , on peut raisonnablement croire qu'après avoir fait prendre aux différens organes destinés à concourir à la génération, les modifications les plus convenables à la conception de l'enfant, et à sa conservation pendant sa grossesse , elle leur donne aussi celles qui peuvent le faire sortir avec le moins d'inconvient du sein de la mère. Aux approches du temps où doit se faire l'accouchement, il s'opère un révolution sensible dans l'état physique et moral de la femme ; son ventre s'affaisse et présente moins de saillie. On prétend que
( I ) Maladies des femmes , tome V , page 36 1 .
DE LA. l'EIMMK. IQI
ce changement est Teffet de la culbute de l'enfant, qui , après avoir été pendant tout le temps de la grossesse situé la tête en haut, le visage tourné vers le ventre de la mère, et les membres ramassés en forme de peloton , tombe à la fin du neuvième mois , la têle en bas, et la face dirigée vers le dos de la mère , sur la partie de la matrice qui doit s'ouvrir pour le laisser passer. Il y a apparence que cette espèce de chute de l'enfant est plutôt le produit des premières oscillations de cet organe qui commence h s'ébranler, et (jui , semblable à un vase agité , change nécessairement la situation des objets qu'il contient , qu'une suite des lois de Thydrostatique dont il serait aussi difficile de trouver ici l'application, que de toutes les autres lois de mécanique qu'on invoque souvent si mal à propos. Soit que de cette chute il résulte une secousse qui , de la matrice, se communique à toute la machine , soit que les premiers mouvemens de cet organe aillent de proche en proche réveiller la sensibilité de tous les autres , la femme souffre alors moins de gêne et de malaise qu'auparavant; elle éprouve au contraire Ce sentiment de légèreté, de courage et de force qu'on montre pour les comniencemens d'une grande entreprise.
Mais cette heureuse disposition s'évanouit aux premières atteintes (i) de la douleur. Elles sont la suite des premiers efforts un peu considérables de la
( i) Les accoudieurs appellent mouches les premières douleurs , parce qu'elles sont assez passagères et peu vives. On
matrice et des autres parties auxiliaires qui influent sur l'accouchenient. A mesure que ces efforts augmentent, les tiraillemens et les contorsions qu'ils nécessitent , faisant aux fibres une violence proportionnée;! leurdélicatesse, la douleur, qui n'est peutctre de la part de l'ûme qu'une crainte extrême de les voir détruire, redouble, devient plus vive et plus continue : elle devient quelquefois si forte, que la femme succomberait à l'épuisement qui l'accompagne, si la nature ne prenait le parti de la faire cesser de temps en temps, en suspendant les efforts qui la produisent; elle leur fait même quelquefois succéder les douceurs du sommeil , pour réparer plus efficacement les forces perdues. Ce sommeil néanmoins est bientôt interrompu par de nouvelles douleurs, qui annoncent que la nature reprend son ouvrage.
Pendant ces alternatives de travail et de repos plus ou moins répétées , le sac membraneux oii le fœtus est enfermé, et dont la nature sollicite l'expulsion, s'engage dans l'orifice de la matrice : se trouvant de plus en plus comprimé par les secousses combinées du fond et des parois de cet organe, il se rompt; les eaux qu'il contient s'écbappent, du moins en parlie , et sont bientôt suivies de l'enfant. O Rubens ! je laisse à ton pinceau le soin de rendre cet état tou-
«ionne le nom àefaitsses à celles qui , bornt-es dans la région des reins, ne s'étendent point encore jusqu'à la partie inL*rieure de l'hypogastre.
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clmnt , où les dernières impressions d'une douleur qui s'éteint, se mêlent encore dans la femme à la sérénité de la joie la plus pure; oii l'abattement, produit par des souffrances qui viennent de cesser, n'est point encore effacé par les plus doux sentimens qui puissent remplir l'ame; oili la crainte, assez naturelle quand on souffre, de perdre le jour, vient faire place au plaisir délicieux de l'avoir donné à un nouvel être ! .
Mais pourquoi faut-il que cet état soit le prix d'une suite d'incommodités , et d'une gradation de douleurs souvent insupportables? et pourquoi sommesnous encore ici réduits à envier le sort des animaux, cliez lesquels la grossesse est sans embarras, et l'accouchement presque sans souffrance, ou du moins exempt des suites fâcheuses ou funestes qu'il a si souvent dans l'espèce humaine? On aurait tort cependant de taxer la nature d'injustice. On trouve encore des peuples en qui son empreinte primitive n'a point été détruite par les abus d'une société raf* fînée, et chez lesquels les femmes jouissent presque (les mêmes privilèges que les femelles des animaux. « Les femmes des Otiaks , est-il dit dans V Histoire i V géfïérale des Fojages (i), n'ont aucune inquié- « tude sur le temps de leur accouchement, et ne « prennent aucune de ces précautions que la délica- \ « tesse des Européennes leur rend presque indispen- « sables. Elles accouchent partout où elles se trou-
(i) Tome XVIII, page Sa;.
If)4 SYSTllUrE niYSIQUE l.T MOr.AL
«vent, sans être embarrassées; elles, ou les pcr- « sonnes qui les aident, plongent le nouveau-né dans « l'eau ou dans la neige; et les mères reprennent aus- (( sitôt leurs occupations ordinaires, ou continuent o leur marche, si elles sont en voyage. » Comme ce peuple est voisin des Samoïèdes, et se trouve situé entre le cinquante-neuvième et le soixantième degrésde lalitude septentrionale, on ne manque pas d'attribuer cette constitution vigoureuse à la rudesse du climat.
Cependant, dans la même Histoire (i), on lit que les femmes des habitans de l'île d'Amboine, vers le troisième degré de latitude méridionale, sont dans le même cas; et l'auteur ou le compilateur de cette liistoire, en rapportant ce fliit, en trouve la cause dans la chaleur du climat, qui rend, dit-il , les membres des femmes souples et capables de se prêter sans peine aux efforts de l'accouchement. On peut voir par là combien sont versatiles les explications qu'on tire ài\y/oïd et du cJunid ; et comment , dans le jargon des mécaniciens, des causes tout-à-fait opposées peuvent servir avec plus de vraisemblance que de vérité à rendre raison du même effet. Nous le répétons encore : on ne considère pas assez souvent ce (jue peuvent les mœurs et Ihabitude. Dans tous les climats, la nature a donné aux hommes et aux animaux les facultés nécessaires pour remplir les fonctions de la vie avec aisance. Les premiers , bien sou-
(i) Tome XVII, page yo.
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vent en pervertissent Tusage, et en croyant que la mollesse , les soins et rabondance de toutes choses , puissent les suppléer.
Sans aller chercher des exemples aussi éloignés que ceux que nous venons de rapporter, on se dés- ,'ibusorait peut-être d'une erreur si dangereuse, si on comparait sans prévention , même dans nos climats , l£S femmes de la campagne avec celles des villes. Les premières, continuellement distraites par des occupations nécessaires, se trouvent souvent au milieu de leur grossesse sans presque s'en être aperçues ; et c'est déjà beaucoup de gagné. Ce nouvel état, sans rien changer dans le cours de leur santé ni dans leur mai-iière de vivre, ne les oblige qu'à quelques ménagemens plus nécessaires pour l'enfant que pour telles. Parvenues à la fin du neuvième mois, comme elles ne sont point pressées d'accoucher, elles n'aggravent point les peines qui accompagnent cette fonction, par les inquiétudes d'une attente chagrinante. La nature les surprend quelquefois au miheu des travaux rustiques qui les ont occupées pendant leur grossesse, et qui n'ont fait que les disposer à mieux supporter celui de l'accouchement. Trouvant en elles des organes robustes et une âme calme, elle opère sans contradiction , et les délivre par conséquent avec moins de souffrance , et plus de célérité. Les suites de l'accouchement, qui sont en partie une maladie réelle pour le plus grand nombre des femmes de la ville, et en partie une espèce d'étiquette et de convention qui les assujettit, pendant un temps
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(léterniinc , au régime des malades , lorsqu'elles ne le sont plus, ne sont presque rien pour les femmes de la campagne. La nature n'ayant ni caprice ni excès à combattre en elles, ne s'occupe que de leur rétablissement; et , comme elles ne donnent rien à l'opinion ni à Tusage, elles jouissent , aussitôt qu'il leur est possible, des bienfaits de la nature. Elles n'ont pas le temps de se traîner méthodiquement, pendant plusieurs semaines , du lit sur une chaise longue; elles ont presque toujours ce courage qui multiplie les forces et que la nécessité donne quelquefois niême aux. femmes de la ville. Parmi celles-ci, il n'est pas rare de voir des femmes d'ouvriers peu aisés, qui s'en vont à pied chez une sage-femme au moment de leurs couches, et qui s'en retournent de même le lendemain , libres et exemptes des accidens que la femme riche n'évite pas toujours au milieu des précautions étudiées qu'on prend pour elle : leur fortune ne leur permet pas d'être incommodées plus de trois ou quatre jours. Il semble que la nature nous donne des forces en proportion du besoin que nous avons d'en faire usage. Nous avons connu une jeune mie qui trouva le moyen de dérobera la connaissance de tous ses parent les marques humiliantes d'une faiblesse , et l'opération qui l'en délivra. Comme sa grossesse n'avait point été légitime, elle n'eu^ pas le droit d'être malade.
Quant à la plupart des femmes delà ville , et surtout des fennnes riches , au lieu du courage capable tl'anéanlir le sentiment du mal, tout concourt à
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nourrir en elles la pusillanimité qui le rend plus vif. L'avide curiosité avec laquelle on tâche de découvrir si elles sont enceintes , le nouveau régime auquel on les soumet lorsqu'elles sont déclarées telles , les égards, les soins empressés, les alarmes feintes ou vraies qui régnent autour d'elles, le nombre de gens qui les assiège, l'inaction à laquelle on les condamne, doivent leur donner une idée effrayante de leur état, et semblent les dispenser de se servir de leurs propres forces , et par là les rendre nulles. La faiblesse et l'inertie de leur âme passant jusqu à leurs organes , ne peuvent que les disposer à une grossesse orageuse , et leur préparer un accouchement douloureux, et quelquefois fatal. L'instinct qui veille à la conservation de nos jours, qui sait si bien se ménager des ressources dans les maux les plus graves, doit s'affaiblir et se perdre dans la foule des secours dont on accable quelquefois les malades. Qu'auraitil à faire, lorsque tant de gens agissent pour lui ?
L'accouchement est une fonction animale , dont vraisemblablement la nature n'a pas voulu faire une maladie. Celte fonction s'exerce presque sans douleur et sans danger dans les animaux. Dans tous les lieux oîi les moyens de la seconder n'ont point été réduits en art, les femmes ont pour l'ordinaire des couches moins pénibles et plus heureuses que dans les endroits qui fourmillent d'accoucheurs et de sagesfemmes. D'oii viendrait cette différence , si ce n'est de celle des mœurs et de la différente manière dont les unes et les autres sont traitées, ou de l'abus
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qu'on fait, clans ces derniers lieux, d'un prétendu savoir?
Si la délicatesse qui résulte d'une vie molle et inactive rend les mouvemens de la matrice plus douloureux, on doitiniputer l'irrégularitéqui Icsrendquelquefois funestes pour la mère et pour Tenfant, à une sensibilité égarée qui l'excite à des efforts presque toujours mal dirigés, et presque toujours exécutés à contre-temps. C'est dans ce désordre que l'enfant prend ces situations désavantageuses dont les accoucheurs et les sages-femmes exagèrent sans contredit le péril , pour mettre plus de prix à leur manœuvre, mais qui rendent en effet raccouchement plus long et plus laborieux; désordre entretenu et augmente par l'embarras que doit naturellement faire naître la présence d'une multitude de personnes, les unes chères, les autres odieuses, quelques-unes inconnues, qui remplissent pour l'ordinaire la chambre d'une femme (jni accouche; par les tourmens d'une pudeur trop peu ménagée; par un air d'importance trop affecté que les assislans, et ceux qui doivent opérer, mettent à la chose dont ils sont occupés Tous ces objets doivent exciter dans la femme différens sentimens qui, en partageant son âme, croisent nécessairement l'action organique des parties qui doivent exécuter l'accouchement. Heureuse, si des sages-femmes ou des accoucheurs trop entreprenans ne vont point, par des tentatives précoces, solliciter en elle une nature qui n'est pas encore prête à se donner, précipiter ses mouvemens , et par conséquent faire
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avorter le fruit qu'on en doit attendre; fatiguer des parties déjà trop irritées, et rendues trop sensibles par l'orgasme et la tension qu'elles souffrent, et entraîner la mère et l'enfant dans une ruine inévitable !
Les femmes qui ont le bonheur de n'être point excédées par une cour nombreuse , et en qui rien ne déconcerte la nature , sont peu sujettes à ces catastrophes, qui, bien loin de décrcditer l'opérateur qui en est souvent la cause , ne font que le faire paraître plus nécessaire. La nature , lorsqu'elle agit seule, sait tellement combiner et graduer son action , qu'elle ne fait que ce qu'elle doit faire. Eh ! comment ne viendrait-elle pas aisément à bout d'une opération pour laquelle elle a tout prévu et tout bien disposé ? Comment ne parviendrait-elle pas avec facilité à tirer du sein de la matrice, d'un organe actif, flexible, et même vigoureux, un corps qui lui est familier , et qui , par sa forme et par sa consistance , ne peut guère blesser les parties qu'il touche ? Comjnent serait-elle embarrassée pour mettre au jour un enfant dont le siège est si voisin de l'issue par laquelle il doit sortir, elle qu'on a vue quelquefois conduire sans accident des corps pointus ou tranchans à travers les détours des voies urinaires et les replis tortueux du long trajet des intestins ?
Il est d'ailleurs des opérations qu'elle aime à exécuter dans le silence et dans le secret. Cet instinct délicat se manifeste même dans quelques espèces d'animaux qui ne rempliraient jamais certaines fonctions en présence de témoins, et qui fuient les rc-
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gards de l'homme pour s'y livrer. L'accouchement, par sa nature, et par toutes les circonstances qui caractérisent cette fonction , est une de celles qui, dans l'espèce humaine, demandent le plus spécialement d'être couvertes d'un voile. Il n'est pas douteux qu'on ne la secondât d'une manière plus efficace , si le nombre de personnes qui doivent aider une femme en couches se bornait à deux ou trois de ses plus intimes amies, qui, par un air ouvert et gai, fissent diversion à ses souffrances , ou calmassent ses frayeurs par une contenance assurée; et à une sage-femme dont le sang-froid, la patience, la réserve et la sécurité lui servissent de garant pour se tranquilliser : il n'est pas douteux, dis-je, qu'on ne secourût plus utilement une femme par ce moyen que par l'assistance tumultueuse d'un grand nombre de gens effarés , tristes, impatiens, dont les soins multipliés et souvent déplacés grossissent à son imagination le mal qu'elle peut souffrir et le danger qu'elle craint, et surtout par l'aspect imposant d'un honnne toujours prêt à opérer, toujours armé d'instrumens suspects , et redoutable par son sexe.
Il faut l'avouer, quoique la fonction d'accoucheur tienne à l'art de guérir, elle n'était pas faite pour être exercée par des hommes. Le caractère de cette fonction, les connaissances peu étendues qu'elle demande, la confiance plus entière et plus absolue que doivent naturellement avoir les unes pour les autres des personnes du même sexe ; enfin tout y appelle les femmes : cet emploi semble leur être propre; elles