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ont tous les avantages nécessaires pour le remplir avec succès. On sait avec quelle adresse et quelle dextérité leurs mains, petites et souples, se glissent, s'insinuent partout sans inconvénient, savent pénétrer jusqu'à la source du mal sans l'augmenter, et porter le remède sur une partie malade sans y réveiller des douleurs assoupies. Cesontces talens précieux , ainsi que cette attention délicate qui sait deviner les besoins qu'on n'a pas la force d'exprimer, et cette sensibilité éclairée qui sait respecter jusqu'aux caprices de la maladie qui ont donné lieu à ce proverbe (i) honorable pour le sexe , que partout où il y a un être qui souffre, ses soupirs appellent une femme pour le soulager.
On nous dira qu'il faut des études sérieuses ^ longues , savoir la physique , la mécanique , et même les mathématiques, pour se rendre habile dans l'art d'accoucher. Eh! oii est-ce qu'on n'a pas mis, surtout depuis quelque temps , la physique et les mathématiques? Tout ce qui est matériel, tout ce qui est du ressort des sens, tient sans doute à la physique et à la mécanique ; on ne peut point faire un pas, on ne peut point remuer un fétu , sans que cela s'opère par les lois de la physique : mais chacun fait des opérations mécaniques, comme le Bourgeois gentilhomme fait de la prose, c'est-à-dire, sans s'en douter. Il est une mécanique naturelle que non seulement tous les hommes , mais encore tous les ani-
(i) Ubi non est muUer , ibi ingeiniscit œger.
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maux, savent sans l'avoir apprise. Tous font, sans y avoir été dressés , des aetions oi:i brille la plus fine mécanique; tous savent d'eux-numes, et sans y avoir été exercés, prendre les situations les plus commodes que leurs différens besoins demandent. Ceux qui font des traités d'accoucbemens détaillent fort au lou"^ la
position que doit avoir la femme en couche, et celle qui convient à laccouchcur. Les jambes de celui-ci , dit-on , doivent faire un angle de quarante-cinq degrés. Un opérateur, pour donner du lustre à son art, peut bien appeler cela de la mécanique et de la géométrie , mais il ne doit pas dire que c'est au-dessus de la capacité des femmes. La seule différence qu'il y a peut-être entre eux, c'est que la femme , en s'abandonnant à sa dextérité naturelle, en s'alïranchissant de la contrainte d'une position déterminée, et en faisant plutôt les mouvemens que les circonstances exigent, que ceux que demande la règle, manoeuvrera mieux que l'accoucheur gravement affourché sur son angle de quarante-cinq degrés.
L'art des accouchemens, dépouillé des préceptes indifférens ou inutiles, et du vain étalage dont on l'a affublé, se réduit à un très-petit nombre de principes simples (i), faciles h. saisir, et très à la portée
(i) Dans le temps que cet ouvrage s'imprimait , il a p.''ru un Catéchisme dans lequel M. Dufot, médecin , qui en est l'auteur, se propose d'instruire les sages-femmes de la campagne, et leur expose d'une manière nette, claire et précise, les principes de l'art des accouchemens. 11 serait à dcsircr
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des femmes. On a bientôt appris quelles sont les positions vicieuses que l'enfant peut prendre dans la matrice; quelles sont celles qu'on peut rectifier, et celles qui , ne pouvant point être corrigées , ne laissent à l'adresse de l'artiste que le sage parti d'en di-
queces notions , qui sont suffisantes , se répandissent. Elles mettraient le public en état de se passer du secours des hommes dans une fonction où leur ministère semble devoir compromettre les mœurs. Cet objet , auquel il n'appartient qu'à quelques hommes de faire toute l'attention qu'il mérite, est ce qui a excité, sans doute, quelques intendans à s'occuper de l'instruction des sages-femmes. On vient d'apprendre par la Gazette de France , du 25 septembre 1776, que la dame Ducoudrai , brevetée et pensionnée de sa majesté, avait, par les soins de M. Fontette, intendant de Caën, formé plus de cent cinquante sage-femmes dans deux cours publics qu'elle a faits. Cet exemple , sans doute , ne sera pas perdu pour les provinces. Quel que soit le prix du savoir , il tient de si près à la tentation d'en abuser , que j'ose àpeine former quelques vœux pour ma patrie. Dans tout le comté de Foix , où je suis né, les accouchemens sont confiés à des femmes du bas peuple , qui n'ont jamais eu la moindre idée d'anatomie, et dont tout l'art se réduit à quelques pratiques routinières et traditionnelles. Mais elles mettent du zèle , de la patience et de la droiture, où les autres ne s'attachent qu'à faire briller le fantôme de la science ; et elles n'en réussissent que mieux. Je ne me souviens d'avoir vu périr , dans ma petite ville , qu'une seule femme des suites de couches : il est vrai que, contre l'usage, elle avait été accouchée par un homme. L'événement fut si malheureux , qu'on eut tout lieu de croire que la nature réprouvait une innovation si funeste.
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minucr, autant qu'il est possible, les inconvénient. Encore faut-il considérer que ces principes n'ont leur application que dans les cas oii la nature ne pouvant point se suffire à elle-même, demande l'appui d'une main étrangère ; car, de l'aveu des accouclieurs même, l'accouchement naturel, qui est et doit être le plus commun, peut se faire sans l'intervention de l'art. On peut donc conclure avec certitude que les accoucheurs qui manœuvrent, qui instrumentent tant qu'ils peuvent, le font le plus souvent sans nécessité , et par cette raison même nuisent aux succès de l'opération. On peut aussi par là réduire à leur juste valeur les détails exagérés qu'ils font des prétendus obstacles qu'ils ont eu à vaincre , de l'adresse et de l'habileté qu'il leur a fallu pour les surmonter; détails qui semblent tendre à faire voir que l'accouchement a été leur ouvrage, ou que du moins ils y ont mis beaucoup du leur, et la nature très-peu du sien.
Ou , du temps des Grecs, les femmes accouchaient avec plus de facilité qu'aujourd'hui , ou ils ont mieux jugé que nous du véritable degré d'influence que la sage-femme ou l'accoucheur a dans cette fonction. Par le nom qu'ils donnaient à leurs sages-femmes , il paraît qu'ils la bornaient au soin de couper le cordon ombilical ; ils les appelaient o/zi^aoto/^io/, coupeuses de cordon ombilical. Les femelles des animaux font cette opération avec leurs dents ; et , comme le cordon ombilical peut chez eux se passer de ligature, il y a des auteurs qui doutent que, dans ThonHue,
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elle soit aussi essentielle que bien des gens le prétendent. Il y a des observations pour et contre. Ce n'est pas ici le lieu de discuter cette question ; mais nous croyons qu'on pourrait bien se tromper , si on envisageait le cordon ombilical comme une simple continuation des vaisseaux de l'enfant ou de la mère , et qu'on ne le considérât pas comme une pièce de rapport qui ne doit servir qu'un certain temps , comme vu point de communication établi entre la mère et l'enfant, que la nature maintient tant qu'elle en a besoin , mais qu'elle laisse dépérir et tomber lorsqu'il ne lui est plus utile. Après l'accouchement elle contracte, resserre et ferme la partie de l'enfant à laquelle il s'abouche; et, en y interceptant le sang et la vie qui le faisaient végéter, elle le met dans le cas de s'oblitérer et de se dessécher bientôt sans aucun préjudice pour l'enfant.
Quoique la facilité de l'art d'accoucher pût être chez les anciens un motif pour le confier à des femmes , ils avaient sans doute aussi égard à la convenance naturelle qu'il y a que l'enfant, en venant au monde, soit reçu dans les mains d'une sage-femme pour passer dans celles d'une nourrice , et des mains d'une nourrice dans celles d'une gouvernante qui le dispose à recevoir l'éducation mâle des hommes. Un dépôt si faible et si délicat eût peut-être trouvé, dans la tendresse austère et roide de ceux-ci , des secours moins convenables à son état ; il lui fallait un appui doux, flexible , et qui sût se plier comme lui , pour le mieux défendre. Enfin le soin de l'enfance est la
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destination des femmes; c'est une tâche que la nalure leur a assignée. C'est une femme qui doit porter l'enfant pendant neuf mois dans son sein; c'est une femme qui doit lui faciliter les moyens d'en sortir; c'est une femme qui doit lui fournir la première nourriture dont il a besoin; enfin, c'est une femme qui doit veiller sur les premiers développemens de ses organes et de son âme , et les préparer aux leçons qui doivent l'élever à l'état d'homme.
Mais la principale raison qui ne permettait-pas aux anciens de penser que la fonction d'aider l'accouchement pût convenir à d'autres personnes qu'à des femmes, excepté dans les cas très-rares oii tout cède à un pressant danger, c'est le grand intérêt des mœurs. C'est un objet que les anciens gouvernemens ne perdaient jamais de vue; ils savaient qu'elles sont la base de toute législation, et qu'en vain ferait-on de bonnes lois, si de bonnes mœurs n'en assuraient l'exécution. La cruauté des opérations chirurgicales d'Archagallius fit chasser les médecins de Rome(0; elle bannit aussi de son sein les sophistes et les orateurs grecs qu'on accusait d'y avoir introduit et d'y nourrir le goût des arts et des vices de la Grèce: vraisemblablement elle n'y eût pas laissé subsister longtemps un art (jui, exercé par des hommes, aurait élé, sous une vaine apparence d'utilité, menacer le sanctuaire du mariage , et qui , en portant atteinte à la principale sauvegarde des familles, eût bientôt
(i) Aulu-Gcl. Lib. XIU.
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attaqué les ressorts de l'état; un art qni, à force d'alarmer la pudeur des femmes, les eût bientôt accoutumées à ne plus rougir de rien , et leur eût peut-être fait perdre jusqu'au souvenir de cette vertu sévère qui leur avait mérité l'estime et la vénération des Romains, et qui avait été jadis le principe des ])his grandes révolutions. Caton, qui dégrada un sénateur pour avoir embrassé sa femme en présence de sa fille, Caton, toujours attentif à repousser la corruption du cœur des citoyens, n'eût jamais permis que leurs femmes, en donnant des enfans à la république , ternissent ce bienfait par l'oubli de la première de toutes les bienséances.
Toutes les nations (i) se sont assez accordées,
(i) 11 faut en excepter les Athéniens , à cette époque où ils avaient interdit tout exercice de la médecine et de la chirurgie aux femmes. Comme les Alliéniennes avaient beaucoup de répugnance pour se soumettre à une loi qui violait leur pudeur , en les forçant de se faire accoucher par des hommes, une d'entre elles , plus courageuse , et, comme un autre Curlius , se dévouant pour sou sexe , se travestit en homme pour avoir le droit , à la faveur de ce déguisement , d'exercer la profession d'accoucheur. Toutes les femmes qui étaient du secret eurfent recours à elle , et les autres acfouclieurs jierdirent leurs pratiques. Une grande réputation est un crime aux yeux de l'envie. Elle arma donc bientôt contre Agnodice (c'était le nom de l'accoucheur femelle) tous les jaloux que la fortune lui faisait ; elle eut recours à ses armes favorites, à la calomnie. Heureusement ses imputations sont, pour l'ordinaire, concertées avec plus de méchanceté que d'adresse, et celles qu'elle employa contre Agnodice
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jusque vers le milieu du dernier siècle, à ne point ndinellre le ministère des hommes dans les accouchemens. M. Astruc (r) prétend (}ue ce n'est qu'en l663 qu'on a commencé, à la cour, à se servir d'accouclieiu'; et ce fut, dit-on , dans une de ces occasions (2) où l'honneur en danger ne prend conseil que du trouble qui l'égaré, et \iole une partie des règles pour sauver l'autre. Qui le croirait! ce fut la
t'taient de nature à pouvoir être aisément démenties. On l'accusa de séduire les femmes des citoyens. Par le seul aveu de son sexe , elle confondit limposlure. Les Athéniens virent les incoin éniens de leur loi , et pi'irent le sage parti d'en modifier les dispositions.
(1) Maladies des femmes , tome VII, Histoire sommaire de l'art d'accoucher.
(2) Ce fut , dit M. Astruc, aux premières couches de mademoiselle de La Vallière, et pour mieux s'assurer du secret. On craignit que la présence d'une sage-femme dans le palais, où les soupçons régnaient déjà , ne fournit un nouvel aliment à la maligne curiosité des courtisans : on se servit, pour leur donner le change . d'un cliirurgien que son ministère attachait à la cour. Au surplus, on ne peut pas discon- > enir qu'il n'y ait eu dans tous les temps des hommes qui ont étudié ou enseigné l'art des accouchemens. Nous avons des traités d'accouchemens très-anciens, faits par des médecins.
Les chiringiens, en s'exerçant aux autres opérations chirurgicales , ne négligeaient pas celle de l'accouchement. Mais l'usage habituel et journalier des accouchemens n'était point établi comme il l'est à présent ; ils n'intervenaient que dans les cas difllcilcs , où l'on croyait avoir besoin d'un opélateur cjitrcé.
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honte qui fît pour la première fois recourir à des hommes. Un roi qui connaissait le pouvoir de l'exemple sur le trône, et qui voulait cacher ses faiblesses, et ménager la délicatesse de celle qui les partageait, Crut ne point pouvoir t-emettre en de meilleures mains un intérêt si cher. C'est ainsi que Jupiter confiait quelquefois à des dieux subalternes, plutôt qu'à des déesses , son embarras et le soin de dérober aux yeux de Junon les fruits de ses infidélités. Quoi qu'il en soit, ce ne fut pas sans doute dans un moment tranquille qu'une femme dût , pour la première fois , se résoudre à s'abandonner à la merci d'un homme pour accoufcher. Les premiers exemples ayant été donnés par des personnes dont le rang et l'état forcent l'opinion , l'usage des accoucheurs s'est étendu et répandu depuis avec cette rapidité qu'ont toutes les inventions du luxe, quoique des médecins même (i) se soient efforcés d'en faire voir les inconvéniens. (2)
(i) Il y a un ouvrage de M. Hecquet , intitulé : de l'Indécence quil y a aux hommes d'accoucher les femmes.
(2) Il y a cependant encore des femmes qu'il serait impossible de résoudre à se faire accoucher par des hommes, on ne dit pas dans les lieux où cet emploi est confié aux femmes, mais dans les villes où les accoucheurs sont le plus en vogue. II y a, dit-on , une grande reine en Europe qui a un accoucheur dont elle ne se sert jamais. Des femmes l'accouchent , et l'accoucheur est dans l'antichambre , comme un témoin du tribut qu'on rend encore à un usage auquel on a renoncé.
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Revenons à la femme qui a accouché. Lorsque Tenfant est dehors, le travail est bien quelques momens suspendu , mais n'est pas encore fini. Le placenta et les membranes qui enveloppaient l'enfant , restent pour l'ordinaire encore attachés à la matrice après l'accouchement. Cet organe s'agite donc encore pour en procurer l'expulsion , mais moins fortement que pour opérer la sortie de l'enfant. Après s'être débarrassé de l'arrière-fiux, il travaille à évacuer toutes les humeurs qui lui deviennent inutiles; ce qui produit, pendant quelques jours, des écouiemens qui changent successivement de nature à mesure que les vaisseaux de la matrice se rétrécissent, et dont la cessation annonce que cet organe a repris entièrement son premier état.