CHAPITRE PREMIER
Idée générale de Vliomme.
La vie suppose, dans les êtres qUi eh sont doués, une organisation, c'est-à-dire, un assemblage d'instrumens liés entre eux par des relations plus ou mains. intimes , plus ou moins nécessaires, et destinées-, à xoncourir, par leur action combinée, au
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soutien , au développement et à la reproduction de chaque individu. Dans l'ordre d'existence des choses actuelles et sensibles, tout ce qui vit a des organes; les plantes même, qui jouissent d'une espèce de vie, puisqu'elles peuvent se nourrir, se développer et se reproduire , ont une forme organique ; on voit en elles différens genres de vaisseaux , des glandes pour en séparer les diverses liqueurs , des trachées pour respirer, etc. Au contraire, les corps du règne minéral , absolument dépourvus de facultés actives , n'offrent aucun vestige d'une véritable organisation. Les principes qui les constituent peuvent bien , dans certaines circonstances , prendre un arrangement et affecter des formes qui en imposent par une sorte de régularité. Tels sont, dans les mines, les filons des métaux , qu'on pourrait (Comparer aux branches d'un arbre ; telles sont ces végétations artificielles qui, dans des temps grossiers , ont pu donner un air de prestige à la chimie. C'est ainsi que la cristallisation, qui peut-être est un degré par lequel la nature passe pour s'élever à l'organisation , mais qui n'est point encore l'organisation , donne aux différens sels neutres, et même aux minéraux, des figures constantes et déterminées (i). Mais toutes ces productions ne
(i) D'après les observations microscopiques de M. M,..., professeur d'anatomie à Edimbourg , et de M. l'abbé Fonlana, il semble que les êlémens constitutifs de presque tous les torps ont des caractères communs. Le premier a vu des fibres spirales , et l'autre des fils tortueux , non-seulement dans les nerfs, mais encore dans toutes les autres partie»
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sont que de simples résultats de ces lois physiques , qui assemblent et unissent les ëlémens de la matière ; ne renfermant point en elles un principe d'activité qui veille à leur conservation , ne pouvant point recevoir d'autre accroissement que celui qui est opéré par une superposition de nouvelles parties, n'ayant point surtout, comme les animaux et les végétaux, les moyens de se reproduire et de se multiplier, elles doivent être rejetées dans la classe des corps bruts, dénués de toute puissance et de toute énergie qui leur soient propres.
La nature a extrêmement varié l'appareil d'organes sur lequel l'exercice de la vie est fondé. Selon notre manière de concevoir, il est plus compliqué dans certaines espèces d'êtres que dans d'autres; il est si simple dans quelques-unes, que toutes les parties qui les composent sont exactement similaires , comme celles des végétaux ; de manière que , pouvant, comme eux, se reproduire de bouture, ou par leur division, elles rendent incertaines les limites qui séparent le règne animal du règne végétal, (r)
des animaux , sans en excepter les ongles , les cheveux et l'épiderme. Ils ont cru voir un pareil système de fibres dans les corps du règne végétal et du règne minéral. Mais l'organisation ne consiste point dans la forme des parties élémentaires des corps.
(i) Les anciens avaient aperçu celte gradation et cette chaîne qui lie tous les êtres ; ils connaissaient ces espèces équivoques qui font la nuance entre le règne végétal et le règne animal , et le nom de zoophyten ou animaux plantes ,
Tels sont les polypes , dont chaque partie peut devenir un polype, comme chaque partie d'un arbre peut devenir un arbre. Il y a des espèces qui , avec une organisation plus composée , se rapprochent cependant beaucoup des végétaux, mais par d'autres côtés. Les organes de la respiration , ou les stigmates des insectes, ont d'autant plus de rapport avec les trachées des plantes, qu'ils peuvent, ainsi qu'elles, vivre dans un air méphitique. On trouverait encore d'autres points de rapprochement, en considérant les uns et les autres sous d'autres faces : les fourmis , par exemple , donnant un acide dans l'analyse chimique, ont cela de commun avec les végétaux qui fournissent un pareil résultat. Ainsi , la nature , en répandant la vie sur les différens êtres , n'a point été bornée par les formes, puisque toutes paraissent capables de la recevoir.
Mais elle n'a point attaché le même degré de puissance à tous ces différens degrés d'organisation. Les effets ont dû varier comme les moyens. C'est un spectacle bien imposant que cette prodigieuse diversité de mouvemens, d'actions, de desseins, de motifs et de ressources qui forment le système animal ! Le sage contemple avec un profond intérêt cette force toujours active, inépuisable, qui donne à toutes les parties de ce système l'impulsion et le mouvement, ces apparences fugitives d'un instinct
par lequel ils les désignaient , fait assez Toir Tembnrras où ils étaient ponr les classer. V. le livre De naturâ homims de Nemcsius, évéque et philosophe du qualrituie siècle.
qui semble être toujours le même , parce qu'il tend sans cesse au même but , et qui se montre toujours si différent par la variété des formes dont il cberche à se revêtir; cette fluctuation continuelle des espèces qui se pressent , se repoussent et se balancent, pour se maintenir chacune dans la sphère qui lui a été assignée. Dans ce vaste tableau de la nature, l'œil distingue de loin une figure sublime , qui semble moins se confondre avec les autres, que les dominer, qui ne les efface point , qui leur laisse tous leurs avantages, pour mieux faire ressortir les siens; cet objet important, qui captive et fixe les regards, c'est l'homme.
A ne considérer dans l'homme que sa partie matérielle , sa structure sensible , la vigueur et les proportions exactes de ses organes , le nombre et l'activité de ses sens , on reconnaît déjà en lui un être bien constitué. Ses facultés n'ont point été limitées par les lieux; elles bravent l'influence des climats, puisqu'il peut vivre et se multiplier dans toutes les régions de la terre. Son tempérament à la fois robuste et flexible , qui s'accommode de toute espèce d'alimens , le met dans le cas de trouver partout sa subsistance. Par sa force naturelle , dont une conformation avantageuse multiplie les effets, il est en état de se mesurer avec les animaux les plus redoutables. Quand il ne ferait de ses membres que cet usage borné que l'instinct suggère à tous les êtres vivans soit pour l'attaque, soit pour la défense, celui que le singe et l'éléphant font avec moins d'avantage,
l'un (le ses mains et l'autre de sa trompe , il lui serait aisé (le repousser leurs insultes; les pierres et les branches des arbres pourraient devenir dans sa main des armes aussi terribles que les griffes du lion. Ajoutez à cela , que la nature ayant constitué l'homme pour vivre en société, tandis qu'elle n'a départi ce caraclère social qu'àque](|ues espèces d'animaux faibles , il peut marclier en troupe et opposer les forces réunies de plusieurs individus à celles de quelque animal que ce soit; de sorte que l'espèce humaine, bien loin d'être destinée à devenir la proie des autres espèces, semble faite, au contraire, pour les subjuguer toutes ; et l'animal le plus redoutable pour l'homme, c'est lui-même.
Cependant cette organisation supérieure de l'homme, laisserait peu d'intervalle entre lui et les autres espèces vivantes, sans le principe actif qui dirige et fait valoir ses facultés physiques. C'est dans la nature de ce principe que résident sa principale puissance , et les véritables titres de sa grandeur; et il est vraisemblable qu'en le mettant dans la classe des animaux, on a moins prétendu l'avilir que désigner en lui un être animé (i). Envisagé sous ce point de vue, il est sans contredit l'animal par excellence ; son âme se manifeste de toute part; elle s'échappe, comme
(») Les anciens considéraient l'âme comme le principe du mouvement, et c'est en ce sens qu'ils donnaient le nom d'animal même aux dieux , les distinguant de tous les autres animaux par leur immortalité. Voyez le chapitre 3 des Institutions de Porphyre,
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une flamme subtile, h travers les organes qu'elle vivifie , et , se répandant au dehors , elle semble même éclairer par sa lumière , et animer par sa force expansive, tous les objets qui environnent l'homme. La matière brute se dépouille en quelque sorte de son inertie , pour obéir aux puissances de son entendement. Il donne de nouvelles directions à la matière organisée ; il façonne les végétaux , et sait les plier à ses goûts ou à ses fantaisies. Tous les animaux, jouets ou victimes de ses volontés , fléchissent , s'améliorent ou se dégradent sous son empire. Égal aux uns par la vigueur de son corps , aux autres par la finesse de ses sens , il commande à tous par son intelligence. Ce caractère de supériorité qui est empreint sur son front , frappe même les plus forts d'entre eux d'une impression de terreur qui les contraint de fuir ses regards, et de lui abandonner la terre, comme un domaine qui lui appartient légitimement.
Lhomme en effet dispose du globe qu'il habite, comme d'une conquête; il le mesure, il en parcourt les différentes régions avec la rapidité des oiseaux; il en embellit la surface, en y semant les arts : espèce de création , qui , en attestant la dignité de son âme, ajoute un nouvel attrait à ses jouissances, et un nouveau degré de perfection aux ouvrages de la nature. Cependant, comme si cette vaste domination ne pouvait point contenir son activité, il s'élance encore dans l'immensité de l'espace, pour y contempler ses rapports féconds, d où naissent l'ordre et la beauté de l'univers, et ces hens puissans qui en
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maintiennent toutes les parties clans une dépendance réciproque. Mais ce qui achève d'ennoblir et d'élever son être, c'est de descendre dans son cœur pour se connaître lui-même, pour y recueillir ses traits gravés par une main éternelle, et destinés à servir de base à l'ordre moral : traits qu'il reproduit et qu'il réalise, pour ainsi dire, dans des lois faites pour 6ter à sa liberté naturelle tous ses abus, sans lui rien faire perdre de son éclat.
Une vérité bien triste se présente ici, c'est qu'avec tant d'énergie et de facultés brillantes accumulées sur l'homme, il ait tant de peines à parvenir au bonheur, que tous les autres êtres vivans trouvent si aisément sur les traces d'un instinct limité. Car, par une fatalité singulière, les dons les plus précieux s'allèrent dans ses mains. Cette vigueur destinée à lui faire sentir toute la plénitude de son existence, il la perd dans la mollesse, ou la consume dans une vaine agitation et dans des mouvemens stériles pour lui-même et pour les autres. Ses sens, dénaturés par l'abus des plaisirs, privés de tout autre exercice capable d'en entretenir ou d'en augmenter l'excellence, laissent, à cet égard, aux autres animaux, une supériorité qu'il aurait pu leur disputer, et finissent par ne porter à son âme que des sensations importunes ou pénibles. Tous les élémens le blessent , pour s'être trop armé contre eux, et pour n'avoir pas su se familiariser avec leurs atteintes; ils reproduisent sans cesse en lui les maladies les plus funestes, au lieu d'affaiblir ou de dissiper celles qui
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sont la suite trop ordinaire de ses appétits désordonnés. Quant aux lumières de son esprit, je laisse à décider si les avantages qu'elles lui procurent peuvent compenser les erreurs qui les accompagnent , et la vanité qu'elles lui donnent; mais rien n'égale les maux qui lui viennent de ses passions : tourmenté par elles , il tourmente tous les êtres qui l'entourent ; dans le délire convulsif où elles le jettent, il tourne contre eux et contre lui-même les forces dont il a été doué ; il renverse , il détruit tout ce qui est bien , et , perdant jusqu'aux idées de Tordre, il viole ses propres lois et celles de la nature.
L'homme se présente donc sous deux aspects bien opposés , semblable à ces monstres bizarres créés par son imagination, qui, avec une tête dont les traits ravissans charment la vue, se terminent par une queue hideuse de serpent qui se roule dans la fange.
Les contradictions qui se manifestent dans la constitution humaine , ne dépendent point , comme quelques philosophes l'ont cru , de plusieurs principes d'action opposés entre eux par leurs déterminations. Je me propose de faire voir que l'homme est un ; que le principe de ses affections corporelles ne diffère point de celui qui détermine ses affections morales; que les passions de l'âme et les maladies du corps ne sont qu'une réaction de ce même principe entre les causes extérieures qui s'opposent au bien-être de notre individu , ou contre celles qui attaquent directement notre organisation. La srnipiicité que la nature montre dans toutes ses opérations
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ne se dément point ici. Comme dans le monde physique, tous les mouvemens, toutes les formes, tous les effets qui frnppent nos sens , sont le résultat d'un très-petit nombre de propriétés des corps , nombre qui serait sans doute encore plus petit si nos connaissances étaient plus étendues : de même dans le monde organisé , nos sensations , nos goûts, nos caprices et toutes ces scènes variées que produit le développement des passions, peuvent se réduire à un petit nombre d'affections primitives de ce principe (j[ui nous anime , diversement modifiées par les temps et par les circonstances.
Parmi ces affections de l'iiomme, qui toutes ont leur source dans les lois essentielles de la sensibilité, si la plupart tendent à le concentrer dans lui-même, il y en a qui, par une impulsion contraire, le portent à se répandre bors de lui, et semblent destinées à tempérer l'activité des premières. Tel est ce mouvement expansif qui le rapprocbe de ses semblables, qui l'intéresse à leur faiblesse ou à leurs souffrances ; il résulte de ce sentiment précieux, que si l'bomme peut jamais cesser de s'aimer lui-môme, il s'aime du moins quelquefois dans les autres. La pitié est en lui le contre-poids de cet amour de soi , qui est le premier mobile de tous les êtres sensibles. Les pbilosopbes , qui rapportent uniquement à ce dernier principe toutes les actions bumaines, n'ont peut-être examiné l'iiomme que dans les grandes sociétés , où son instinct primitif se trouve toujours plus ou moins altéré , où un égoïsme sec et froid , mal déguisé par
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le voile de réducation et par les vaines formules de la politesse, le montre moins tel que la nature l'a fait, que tel qu'il s'est fait lui-même. Son premier mouvement, sa disposition la plus constante sont, sans contredit , de se donner la préférence sur ses semblables. Mais la nature qui voulait faire de lui un être sociable , peut-être pour mieux assurer son existence et la durée de son espèce , lorsqu'elle lui donna le désir de sa conservation , prit soin d'adoucir ce ressort trop exclusif, en l'associant h des penchans affectueux qui tendent au même but, sans avoir l'âpreté dangereuse de ce premier sentiment. A la sociabilité tient de bien près une autre faculté plus remarquable et plus caractéristique , c'est celle de se perfectionner. Quoique la perfectibilité de l'homme ne soit pas une suite nécessaire de soncarac' tère social (i), c'est par lui néanmoins qu'elles se dévoloppe et qu'elle devient affective. Les individus ne feraient que de vains efforts pour rompre les entraves de leur stupidité naturelle, et pour s'élever jusqu'à la pensée; outre que leurs acquisitions périssant avec eux, l'espèce resterait toujours dans l'enfance, il est des connaissances qui ne peuvent être que le fruit du concours de plusieurs hommes, et les progrès que chacun pourrait faire en parti-
(i) Si la réunion des individus était le principe de la perfectibilité , les castors , les abeilles et les fourmis , qui sont des espèces sociables , se seraient perfectionnés comme l'homme.
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ciilier, seraient toujours bornés; c'est la société qui les étend et les multiplie. Cette disposition singulière qu'ont les facultés de l'homme , une fois mises en mouvement , de s'aiguiser et de s'étendre sans cesse, est ce qui a véritablement aggrandi son être. Par là il s'est , pour ainsi dire, séparé de toutes les autres espèces, qui, toujours placées à la même distance que la nature mit entre elles, restent irrévocablement renfermées dans le cercle étroit de leur instinct respectif.
A quelque degré d'élévation que l'homme soit parvenu, par l'impulsion de ses facultés morales, il tient cependant encore , par un grand nombre de rapports, aux autres êtres, môme à ceux dont l'organisation est la plus imparfaite ; toutes les parties de son corps ne sont point animées par le même degré d'énergie; il semble même que la nature ait mis entre elles la même gradation et les mêmes nuances qu'elle a établies entre les diverses espèces. I^es différens genres d'activité qu'elle a répartis dans ces trois règnes, se trouvent réunis dans la constitution individuelle de Thomme. Parmi les parties qui entrent dans la composition du corps humain, les unes sont douées de la plus éminente sensibilité, les autres sont bornées à un degré de vie plus faible, qui le devient encore davantage dans certains organes, pour se perdre et s'éteindre tout-à-fait dans 4'autres. Les ongles et les cheveux par exemple , ne sont qu'une espèce de végétation ; ils se noiurissent et croissent sans que la sensibilité parvienne jusqu'à
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eux ; les derniers même , examinés au microscope , présentent une organisation assez semblable à celle des végétaux (i) : l'épiderme est encore plus dépourvu de facultés vitales ; à peine paraît-il organisé. On le prendrait aisément pour une simple cristallisation d'une humeur qui transsude de la surface du corps , semblable à celle qui forme Tenveloppe des limaçons. Si l'on examine la manière dont il se reproduit, lorsqu'il a été enlevé de quelque partie , on verra que les premiers traits que forme cette humeur , en prenant de la consistance , ressemblent aux premiers linéamens qu'offre une liqueur qui commence à cristalliser.
L'organisation, dans les os, a un caractère plus apparent et plus décidé; ils reçoivent des vaisseaux et des nerfs; cependant ils ne semblent être qu'une production mixte , un résultat composé de plusieurs genres de forces combinées dans le même sujet. La nutrition et l'accroissement s'y font , jusqu'à un certain point , de la même manière dont ils s'opèrent dans les végétaux, sans le concours, du moins manifeste, de la sensibilité. Il est vrai qu'on a vu ces parties devenir quelquefois sensibles en se ramollissant : cette nouvelle modification des os permet sans
(i) Celte apparence ne doit pas faire prendre le change sur leur véritable nature , qui est la même que celle des autres substances animales, comme on peut s'en convaincre par l'odeur d'alkali volatil qu'elles exhalent lorsqu'on les brûle.
2j6 fragment du système physique doute alors au principe de la vie d y exercer librement une action auparavant étouffée et perdue, leur consistance étant trop dure (i). Mais si, dans leur examen , on n'a égard qu'à l'apparence extérieure et à la matière dont ils sont formés , on ne verra qu'un corps qui appartient plutôt au règne minéral qu'au règne animal (a), qu'une terre calcaire liée par une substance gélatineuse , semblable à celle que fournit la dépouille des testacées , et même susceptible de poli comme les marbres. Ainsi , l'bomme ressemble à la Renommée, dont la tête, selon les poètes, se cache dans le ciel , et dont les pieds touchent à la terre.
C est de ce fond matériel , où l'âme exerce inégalement son activité, selon l'usarre et la destination des diverses parties , qu'elle s'élève aux fonctions les plus importantes de la vie, et jusqu'aux opérations les plus sublimes de Tintelligence.
(i) Les mouvemens ordinaires de la vie ne sont point peut-être aussi gênés dans les os que la dureté de leur matière pourrait le faire croire. Baglivî a vu une femme à qui il survenait, pendant ses règles , un gonflement de clavicules , qui disparaissait lorsque cette évacuation cessait. Spécimen de fibrây motrice , cap. i.
(2) Cette terre tient cependant à la nature animale par l'acide phospliorique qui s'y trouve contenu et qu'on ne rencontre que dans les substances animales , ou tout au plus dans les matières organisées; mais lorsque cette terre a clé dépouillée de cet acide , elle est susceptible , comme toutes les autres terres calcaires , d'être convertie en chaux par la calcination.
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Il ne sera question , dans les autres chapitres de ce livre, que de cette partie matérielle de l'homme , de son organisation sensible , et des rapports qui constituent sa forme extérieure ; pour traiter ensuite de ses facultés actives, de ses fonctions vitales et de son être moral, qui, dans l'ordre de son existence actuelle , est nécessairement lié à ces facultés et à ces fonctions.