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CHAPITRE IL

Des rapports généraux des parties osseuses , et de celles qui ont quelque analogie avec elles.

Il fallait à des animaux destinés aux grands mouvemens , non-seulement des parties molles et flexibles , mais encore des parties solides , propres à servir de leviers et de points d'appui aux puissances motrices qui exécutent les opérations animales , ou de rempart aux organes délicats et faciles à blesser; les os remplissent ce double objet. Les animaux les plus remarquables par leur force, tels que le lion (i), sont aussi ceux qui, selon les naturalistes, ont les os les plus durs. Les insectes qui se traînent avec lenteur sur la surface de la terre, ou qui rampent dans son intérieur, et sont par conséquent à l'abri des chocs violens, n'ont point d'os, si l'on excepte ces corps durs, tels que les pioches, les scies, les

(i) Arislote , Histoire des animaux , Livre m, chap. 7.

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pinces, dont leur bouche est année pour prendre et pour broyer les abmens. Les insectes plus agiles, qui volent ou qui sautent, sont cuirassés d'une manière écaiileuse. D'autres , comme les coquillages, ne pourraient guère subsister sans le toit solide qui les défend contre l'atteinte des corps extérieurs.

Quoique l'ossification soit assujettie aux lois générales du développement des corps organisés, elle semble cependant suivre le progrès des forces de l'animal ; ainsi les dents ne lui viennent que lorsqu'il est en état d en fîiire usa£[e. Les os ne sont d'abord dans l'embryon qu'une substance gélatineuse et cellulaire (i) qui admet successivement les parties ter-

(i) Quoiqu'on suppose ordinairement quatre substances distinctes dans les os, ils n'en contiennent, à proprement parler, que deux , qui sont la substance gélatineuse et la matière crétacée. Le tissu cartilagineux n'est qu'un tissu cellulaire qui a subi un commencement d'ossification , et le tissu cellulaire n'est qu'une substance gélatineuse qui a reçu un commencement d'organisation. C'est par le même abus qu'on appelle substance cellulaire ces feuillets minces qui , en se croisant diversement , forment les cellules qu'on trouve à l'extrémité des os longs ; et substance réticulaire , ces filets disposés en réseau , qui servent de soutien à la moelle : l'un et l'autre ne sont que des modifications différentes de la même substance. Mais c'est sans doute par une illusion fondée sur de fausses apparences, qu'on a cru que les parties intégrantes des os étaient disposées par écailles et par fibres longitudinales ; on a été même jusqu'à dire que les lames osseuses étaient assujetties par dos petits clous , comme si la nature avoit besoin de clous pour unir les élcmeus des corps.

ET MORAL DE l' HOMME. qSq

reuses dont ils tirent leur consistance solide ; de manière qu'ils n'ont acquis toute leur fermeté que lorsque toutes les forces de l'animal, mises en action, lui rendent cette qualité des os plus nécessaire. Il n'est pas douteux que l'action répétée de ces forces ne contribue beaucoup elle-même à augmenter leur solidité. Il y a lieu de croire que les os des hommes qui vivent dans le repos et la mollesse, sont moins durs que ceux des hommes adonnés à un travail pénible et continuel , et dont le corps surtout est exposé aux impressions libres de l'air. On sait la distinction que fît Hérodote entre les crânes des Egyptiens et ceux des Perses, tués près de Peluse, dans l'expédition de Cambyse. On doit faire observer ici que la dureté des os n'est point, comme quelques-uns le prétendent, la cause qui accélère la vieillesse, puisque la différence qu'on remarque à cet égard dans la constitution des différens peuples , n'en produit point une dans la durée respective de leur vie. " Des causes accidentelles peuvent arrêter les progrès de l'ossification. Une des principales est le rachitis , maladie particulière aux enfans. On a observé que, pour l'ordinaire, ceux qui en sont atteints, sont doués d'un esprit vif et prématuré. Il est vraisemblable que , dans ce cas (i) , l'énergie prédomi-

(i) L'état précoce de certains organes et le défaut d'é— quitibre qui en résulte dans leur action respective, ne sont pas la seule cause du rachitis. Les différentes altérations des humeurs , et tout ce qui peut troubler la direction des

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nante du cerveau , en concentrant la plus grande partie dos forces vitales dans cet organe, abandonne les autres à l'action physique des sucs acides cpii surabondent presque toujours dans les enfans. Ces sucs , en s'emparant de la substance terreuse de laquelle résulte leur solidité , les entretiennent dans un état de mollesse qui permet aux muscles , destinés à les mouvoir, de les courber et de les defor-

mouvemens vitaux dans l'ouvrage de la nutrition on du développement des os , peuvent également arrêter ou dépraver l'ossification. Dans ces cas, on a vu souvent les urines déposer une grande quantité de cette matière terreuse destinée à donner de la fermeté aux os. Ceux-ci cependant ne sont pas attaqués toutes les fois que l'urine présente cette matière ; elle n'est souvent que le résidu de la nutrition des os , qui ne peuvent l'admettre toute , surtout lorsqu'ils ont achevé de prendre leur accroissement, et qu'ils ont déjà acquis une certaine dureté. Les dépôts considérables qu'elle forme dans les articulations des personnes goutteuses , re supposent pas non plus une décomposition de la substance osseuse , comme quelques auteurs le pensent. Si cette décomposition avait lieu , la goutte serait , sans contredit , de toutes les maladies celle où les os seraient le plus détériorés ; ce qui est contraire à l'observation. Il est bien plus vraisemblable que la matière crétacée des goutteux est le résultat d'une élaboration vicieuse des humeurs , analogue à celles qui produisent tantôt une surabondance de graisse, tantôt une quantité excessive de bile. Dans celui-ci beaucoup de pituite , dans celui-là beaucoup de sang. En un mot, la goutte est une cachexie terreuse , et l'effet d'une détermination erronée du principe vital , semblable à celle qui , dans quelques femmes, opère sans cesse et sans besoin la production d'une grande quantité de lait.

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mer. Get effet peut se rendre sensible par une expérience très -simple , qui fait voir en même tëiiips les principes constituans dont les os sont composés. Si l'on plonge Un os dans une liqueur acide , il y perd sa terre absorbante, il se ramollit et il ne présente plus que sa partie gélatineuse , avec le tissit cellulaire qUi servait de base à l'un et à l'aUtre. (i)

Le tissu cellulaire forme lé périoste , c'est-à-dire ^ la membrane qui recouvre les os. Diverses productions de ce tissu s'iusinUertt dans leUr substance, et sont, avec le concours des liérfs, le principal instru-^ ment ainsi que la matière primitive qui sert à leur nutrition et à leur accroissement. C'est à cette substance cellulaire qu'ils doivent la faculté de s'étendre; la matière terreuse qui vietit ensuite incruster en quelque sorte ses cellules , ne sert qu'à leur donner la solidité , et cette espèce d'incrustation commencé jDar le centre des os. Sans admettre la similitude exàéte que M. Duhamel tâche détâblir (i) entre le périoste des animaux et l'aubier des arbres, On ne peut nier qU'il n'y ait entré eUx quelque arialogie, puisqu'il y en a uiie très-grande entré le développement des végétaux et celui des animaux.

Le tissu cellulaire, destiné à recevoir dans ses interstices les parties qui doivent constituer les os, est déjà sans doute modifié dans l'embryon d'une mfi-

(1) M. Hérissant , Mémoires ilxr différens points cCOstéà' logie.

(2) Mémoires de F Académie des Sciences, année 1741-

a'ja FRAG?.iii:NT nu système physique nière relative à i.i forme qu'ils doivent avoir. Cette forme est déterminée comme celle de tous les autres organes; elle est constante, immuable, et les os ne changent que de volume et de densité; en prenant .de l'accroissement, ils conservent tous les autres rapports, si quelque maladie ne les altère point. Si quelque accident les détruit, ils ne se régénèrent plus ; mais la nature y supplée en versant à leur place Ja matière gélatineuse et la substance crétacée qui servaient à leur nutrition, l'une et l'autre fournies ou préparées peut-être par le périoste, c'est-à-dire, par le tissu cellulaire qui enveloppe et pénètre les os. Ces matières y acquièrent la consistance de l'os qui a été détruit , sans jamais reprendre sa forme régulière et originelle. Lorsqu'il n'a été que cassé, ces mêmes matières servent à le souder. C'est d'une manière assez analogue que se réparent les autres organes, lorsque leur forme primitive a été altérée par une déperdition réelle de substance ; car ils ne peuvent pas plus se régénérer que les os.

C'est de la forme et de la disposition primitive des os que dépendent les principales diiïereuces qui distinguent les divers animaux ; c'est sur la charpente osseuse que la nature a mis l'empreinte caractéristique qui détermine les traits généraux, la conformation extérieure, ainsi que l'allure de l'hoaune el des autres espèces vivantes. L'arrangement et la disposition des autres parties ne sont vraisemblablement qu'une suite naturelle et nécessaire de la structure et de la position des os. Ils rendent sensibles

ET MORA.L DE l'hOMME. a/}^

les différens modèles sur lesquels les diverses espèces ont été dessinées. Les différens os qui forment la charpente de chaque animal, sont tellement faits Tun pour l'autre , ils sont si manifestement destinés à concourir au même hut, que si la forme d'un d'entre eux était changée, les rapports de tous les autres organes se trouveraient plus ou moins altérés. On voit un exemple de cette vérité dans les bossus, en qui la seule distorsion de l'épine du dos entraîne un déplacement presque général de toutes les autres parties. Cette cause a un effet si constant et si marqué, qu'il en résulte un air de ressemblance entre tous les individus qui ont ce défout de conformation.

L'harmonie que doivent avoir les parties d'un animal bien conformé, serait bien plus sensiblement violée , si ce rapport d'organes qui constitue la forme propre à chaque espèce , était tel que la tête d'un être fait pour se tenir dans une situation verticale comme l'homme, fût jointe au corps d'un animal destiné It marcher à quatre pieds, à la manière des quadrupèdes. Dans l'être qui résulterait de cet assemblage bizarre , les vues de la nature se trouvant confondues, et les mouvemcns en contradiction avec les moyens , il périrait avant d'avoir rempli sa destination, tel que ces productions imparfaites qu'on appelle monstres , qui , par leur conformation irrcguhère , s'écartant trop du modèle commun à leur espèce , conservent rarement long-temps l'impulsion vitale qu'elles ont reçue. Une des parties

]):iv lesquelles l'orang-outang se rapproche le plus de riiomnie, c'est la tête; la conformité est frappante; cependant, comme cet animal, qui a la faculté de se tenir debout, est nécessité encore plus souvent à marcher sur ses quatre pieds ou mains, il s'en faut bien que l'articulation de sa tête avec son cou soit exactement semblable à celle de l'homme , qui, étant horizontale, serait très-peu favorable à l'allure d'un quadrupède (i); tant la nature a mis d'accord et d'ensemble dans la conformation de chaque être vivant!

Aucune partie n'est plus propre à manifester ce parfait accord, et cette exacte convenance de moyens, que la tête de l'homme, par la multiplicité des rapports qu'elle présente. C'est la partie la plus apparente du corps; elle en occupe la place la plus élevée, situation très-conforme au rôle brillant qu'elle y joue ; car elle commande à toutes les autres parties qui semblent n'exister que pour elle, et n'avoir de mouvement que celui qu'elle leur dispense (2). Elle

(i) M. Daubenton , Histoire naturelle, description du Jocko. Cette différence a été omise dans la description que les naturalistes ont donnée de l'orang-outang, et dans laquelle il n'est pas difficile d'entrevoir de la partialité. Peut-être ont-ils cédé au secret plaisir d'humilier l'homme en faisant voir qu'il a plus de conformité avec cet animal , que celui-ci n'en a avec le singe; et il est malaisé d'être exact , lorsqu'on a un parti pris.

(2) C'est sans doute l'importance même de celte jjarlie qui a donné l'idée des hommes acéphales, ou sans tête, à des j^éographes anciens, qui peut - être n'en avaient pas

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influe sur. tout ce qui s'opère d'important dans la machine : outre la respiration et la digestion auxquelles elle a beaucoup de part , ne fût-ce qu'en donnant entrée aux matières respectives sur lesquelles ces fonctions s'exercent , elle renferme le grand , l'inconcevable instrument de la pensée (i), ainsi que celui qui lui donne de la réalité et la rend sensible par la parole. Tous les organes des sens s'y trouvent réunis , et c'est par elle que passent toutes les impressions qui vont à Tame. C'est ce qui rend sans doute cette partie plus propre que toute autre à retracer au dehors , par des signes énergiques , tous les mouvemens que ces impressions y excitent. Ce commerce immédiat et continuel qu'elle entretient avec le principe qui nous anime , lui donne nécessairement un caractère de vie qui manque à toutes les autres parties. Nous sommes même tellement

beaucoup. Des hommes avec un doigt ou un pied de moins , n'auraient pas paru assez extraordinaires ; des hommes sans tête sont bien plus merveilleux. C'est d'après ces géographes que Pline en parle dans le cinquième livre de son Histoire naturelle, et saint Augustin dans le seizième de sa Cité de Dieu; ils les placent en Afrique : car c'est ordinairement en Afrique, dont on ne connaissait guère que les côtes septentrionales, que la géographie ancienne plaçait ses chimères , comme la philosophie a toujours placé les siennes dans la métaphysique.

(i) On se doute bien que le cerveau n'est ici considéré comme l'instrument de la pensée, que relativement aux lois de l'union actuelle de l'âme avec le corps , établie par la volonté du Créateur.

3i;6 ERAGMENT DU SYSTÈMT: PHYSIQUE

accoutumés à la regarder comme l'inlerprète le plus fidèle de Tame, qu'elle constitue à nos yeux, toute la personne; c'est elle qui est le seul objet de notre attention , à qui nous nous adressons, sur qui nous fixons nos regards. En effet , non-seulement les pathétiques expressions de la douleur, et les transports du plaisir s'y peignent fortement, mais encore les inquiétudes sourdes du mal-être , ou les douces émotions et le calme même de l'âme, s'y reproduisent avec tant de vérité dans les traits de la physionomie , que la voix ne suppléerait que faiblement à leur muette éloquence.

Ce qui frappe le plus Tanatomiste , dans l'examen de cette boîte osseuse et à peu près doublement ovale (i), qui renferme le dépôt précieux du cer-

(l) Pùen n'est plus singulier que la manie qu'ont presque tous les peuples sauvages , de changer la forme de leur tète. Les uns la veulent plate, les autres pointue, quelques-uns di'sirent de l'avoir ronde ; aucun ne la veut telle que la nature l'a faite. Les Omagas , selon M. de la Condamine ( Voyage dans V Amérique méridionale ) , aplatissent le visage de leurs enfans entre deux ])ianches. C'est là sans doute l'effet du preraiei mouvement de la vanité, qui se développe aussitôt que plusieurs hommes se trouvent réuuis. Mais dans ce faible commencement de société, ils ne saui'aient placer les distinctions dans des choses étrangères :i la personne, comme dans les sociétés policées. Dans cellesci , dont tout l'édifice est conventionnel, où l'apparence a plus de valeur que la r«'alilé , on ne s'oçiupe que de l'acccssoive; on se soucie fort peu que la lête soit bien faite, et on i4t>iine bien j^itis d'iinpmtancc à ce q;:i !a couvre.

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veau , c'est la multiplicité des pièces qui la composent. Elles sont au nombre de huit, qui pourraient très-bien n'en former qu'une seule, sans que l'économie animale parût en souffrir. Il en est de même de la face : treize pièces forment la mâchoire supérieure , sans compter les treize dents dont elle est garnie, ainsi que la mâchoire inférieure. Ces différentes pièces , par la manière dont elles sont jointes , ainsi que par leur destination, étant et devant être immobiles, il semble, au premier aspect, qu'il n'y aurait point d'inconvénient qu'elles fussent réunies de manière à ne former qu'un seul et même os. Quant à la mâchoire inférieure , il est évident qu'elle doit être détachée des autres pièces osseuses, puisqu'elle est la seule qui soit mobile, même dans le crocodile; car Aristote avait dit sans fondement que cet amphibie ne remuait que la mâchoire supérieure, qui , cependant, n'est pas moins immobile en lui que dans tous les autres animaux (i). Au surplus, il ne faut pas prendre à la rigueur la division établie par les anatomistes , qui ne comprennent point parmi les os de la face , celui du front, le rapportant à ceux du crâne, quoique cet os soit une partie essentielle de la face, et contribue plus qu'aucun autre à lui donner un air auguste et noble.

On peut bien supposer, pour rendre raison de cette multiplicité des pièces qui composent la têt€, qu'il s'est formé plusieurs centres d'ossification à la

(l) Histoire naturelle , torae IV, page 249 t édition inxi.

û48 FUAGMENT DU SYSTÈME PHYSIQUE

fois, et que les forces qui en partaient, venant à se rencontrer, en sens contraire, se sont réciproquement enchaînées , en se mettant en équilibre , et que, pour peu qu'il y ait eu d'inégalité dans les irradiations de ces forces, elles ont formé ces dentelures par lesquelles les os de la tête s'engrènent et s'unissent l'un à l'autrç. On pourrait même faire entrevoir pourquoi l'os sphénoïde (i) , qui occupe le milieu de la base du crâne , pressé inégalement par des forces supérieures entre l'os du front, et celui (jui forme la partie postérieure de la tête, a été enchâssé d'une manière irrégulière par ses deux ailes de chauve-souris dans les parties latérales du crâne; tandis que les pariétaux , plus libres dans leur forme carrée, se sont arrondis en voûte uniforme, pour en former la partie supérieure.

Il ne serait peut-être pas aussi aisé d'expliquer pourquoi la matière des os des tempes, dans leur partie supérieure , n'a formé qu'une écaille mince et unie qui glisse sur le bord inférieur des pariétaux; tandis que, du coté opposé, elle s'est accumulée pour former un rocher inégal, dans l'épaisseur duquel se trouvent creusés le conduit auditif, ainsi que ces canaux tortueux et ces voûtes élastiques qui, renforçant les sons, les transmettent à l'âme dans toute leur pureté ; elle a produit et arrangé dans la cavité de

(i) On doit le regarder comme la pièce fondamentale et la clef qui soulient l'assemblage des os du crâne , ainsi que celui d«;s os de la face, selon M. Berlin , Traite U'osléologce.

ET MORAL DE l'hOMME. Q.^C)

l'oreille interne, qu'on appelle la caisse du tambour, les quatre osselets nommés le marteau, V enclume , Xorhiculaire et Vétrier , pièces qui, sans être d'une nécessité absolue pour l'ouïe , contribuent néanmoins à la perfection de ce sens, en variant, par le moyen des muscles qui le font mouvoir, le degré de tension de la membrane du tympan. Enfin, il ne serait pas moins difficile de déterminer pourquoi l'os ethmoïde ou cribleux, qui est le siège principal de l'organe de l'odorat, n'est qu'un assemblage de feuillets minces et légers , dans lequel la nature semble plutôt avoir clierché à multiplier l'espace que la matière, disposition qui doit le rendre très-fragile, et qui l'exposerait à beaucoup d'accidens, s'il n'en était garanti par les os qui l'avoisinent, et surtout par ceux qui forment la base du nez , ce trait saillant qui est particulier à l'homme.

Quelques pièces osseuses sont percées pour donner passage à des vaisseaux. Les physiologistes, pour expliquer la cause de ces ouvertures , prétendent que les vaisseaux destinés à porter le sang au cerveau , se sont fait jour à travers la substance des os, lorsqu'elle était encore dans l'état de gelée liquide, et s'y sont maintenus par leur force oscillatoire , malgré les progrès de l'ossification. Mais cette expli» cation ne saurait s'appliquer aux ouvertures qui donnent passage aux nerfs et à la moelle allongée qui, étant sans action et sans mouvement sensible, n'ont pu contraindre les lames osseuses i\ s'écarlcr. Si, dans le premier cas, les vaisseaux ont forcé la

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substance des os , il faut que , clans le second , les os , bien loin d'être dans un état passif, se soient au contraire eux-mêmes arranges de la manière la plus avantageuse aux organes qu'ils doivent protéger.

Ce phénomène ramène nécessairement à l'existence d'un principe actif qui dirige sans doute l'ossification, ou qui du moins modifie beaucoup les causes physiques qui peuvent y influer. Ce principe, h la vérité, n'a pas choisi , dans les diverses espèces d'animaux, le genre d'organisation qui les distingue; mais c'est une observation constante que , dans toutes, il sait tirer le meilleur parti possible de la position où il se trouve. C'est ainsi que les abeilles ont choisi pour leurs alvéoles la figure hexagone, qui est une des plus propres à remplir exactement un espace donné. Dans toutes les espèces vivantes, le principe vital a établi tous les moyens de conservation et s'est ménagé toutes les ressources que leur organisation respective comportait. Il n'a peut-être multiplié les os de la tête , que pour qu'il échappât plus aisément aux coups qui la menacent, en leur cédant un peu. Si les dents de chaque mâchoire n'eussent formé qu'une seule pièce, aurait-on pu résister aux tourmens de la dentition, qui, en se faisant successivement , ne laisse pas d'en causer encore beaucoup? Quels progrès n'aurait pas fait la carie, lorsqu'elle aurait une fois attaqué leur substance?

Il n'est pas inutile de faire observer que la position et la forme des dents, et surtout cet émail aussi brillant que solide dont elles sont armées, ou plutôt

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ornées, sont exactement les plus convenables aux usages que l'animal doit en tirer, qu'elles naissent et se multiplient avec ses besoins. Elles ont la même origine que les autres os, et une organisation à peu près semblable. Des auteurs ont cru que les dents étaient autant d'extrémités de nerfs, durcies par l'air. Ils auraient dû remarquer qu'avant leur naissance , elles sont cachées par les gencives , et qu'elles ont acquis leur dureté avant d'avoir éprouvé le contact de l'air. Pourquoi la langue , qui est très-fournie de nei^fs, n'est-elle pas osseuse, et pourquoi a-t-elle a sa base, pour lui servir de soutien, un os (i) qui est moins exposé qu'elle aux impressions de l'air? Ainsi , il est plus aisé de voir les avantages qui résultent de la conformation des parties (2), que d'assigner les véritables causes qui les déterminent.

L'édifice des os de la face commence déjà à faire entrevoir ce plan général , d'après lequel toutes les parties doubles du corps sont disposées d'une manière symétrique le long de son axe.

La mâchoire supérieure, au Ueu de ne former qu'une seule pièce, est divisée en deux, qui laissent entre elles l'ouverture du nez. L'os appelé vomer ^ qui partage cette ouverture en deux, forme la cloison des narines , et devient l'axe de la face. De chaque

(i) L'os hyoïde.

(2) M. de Bordeu a fait voir parfaitement dans un mémoire, la manière avantageuse dont les os de la face sont articulés, et l'utiiité de leurs coups et de leurs engrcnures.

côté de cet axe viennent se joindre, dans un ordre correspondant aux os maxillaires , les autres parties accessoires qui tiennent à la mâchoire supérieure. Tels sont les deux os du palais, les cornets inférieurs du nez , les deux qui en forment la voûte extérieure, les deux petits os nommés iingais , qui concourent , avec plusieurs os de la face et du crâne , à la formation de l'orbite de l'œil ; enfui les os de la pommette, qui constituent l'éminence externe et supérieure des joues.

Une des principales différences qui distinguent l'homme matériel des autres animaux, réside dans la conformation des mâchoires qui , dans les uns , s'allongent en museau, dans les autres en bec, etc. La forme de ces parties n'est pas aussi indifférente pour la physionomie qu'on pourrait le croire. M. Daubenton (i) remarque avec raison que le museau allongé du chien danois lui donne un air de douceur, et que le museau large et aplati des dogues retrace un caractère de férocité. Toutes les races tartares sont remarquables par la conformation de la mâchoire supérieure, qui est en elles plus forte et plus élevée; et les Calmouks , en qui ce trait est plus marqué , sont aussi , de tous les peuples, celui dont l'aspect est le plus difforme et le plus farouche. On paraît fondé à croire que cette disposition et cette structure des parties de la tète, dépendent du cli-

(i) Histoire naturelle , tome X, p*ge 99.

ET MORAL DE l'iIOMME. 2,53

mat. M. Cîirigtedt (i) dit que les Lapons et les Samoïèdes ont le cou court, la tête grosse, le nez écrasé, le pied petit. Selon M. Gmelin (2), les Jakutes, qui sont à peu près sous la même latitude, ressemblent aux Calmouks. Le froid qui, dans ces peuples, raccourcit les extrémités inférieures , pourrait bien , en faisant refluer habituellement les humeurs vers la tête, opérer dans cette partie Un excès de développement qui en renforce l'ossification.

Quelque avantageuses que soient les proportions des pièces qui composent la tête , il résulte de la nature de leurs articulations et de la multiplicité de leurs usages , un très - grand nombre d'inégalités , d'enfoncemens , de trous, de saillies et de pointes, qui donnent un air hideux à la charpente de cette partie de l'homme. Mais la nature a su jeter sur cet échafaudage raboteux , un rideau sous lequel tout s'embellit , qui se modifiant de la manière la plus délicate et la plus variée , pour former les différens organes de la tête , fait oublier combien leurs fonctions sont nécessaires , à force d'en rendre les formes agréables ; car telle est la magie accoutumée de la nature , de faire servir à la beauté de ses productions , même les instrumens utiles qu'elle y emploie, et chez elle le beau est inséparable du bon. Les organes les plus essentiels de la face sont aussi ceux

( I ) Mémoire sur les Samoïèdes et les Lapons , Histoire générale des Voyages, tome XVIII, page 5o2. (2) Ibidem , page (jB.

2^4 rr.AGMEKT DU SYSTKMJi PHYSIQUE

qui contribuent le plus à la physionomie, et qui concourent le plus efficacement à faire de cette partie le tableau le plus intéressant et le plus animé. Ce double caractère d'utilité et d'agrément se montre d'une manière bien sensible dans la fraîcheur de la bouche , et dans le contraste délicieux de l'émail des dents, avec l'incarnat des lèvres. Si le nez , qui nous fait sentir les odeurs , met de la symétrie entre les parties du visage , et fait apercevoir la beauté de leurs formes et la justesse de leurs proportions, ce sont les yeux, qui les vivifient toutes, en leur communiquant le feu dont ils brillent. Cet organe n'est pas fait seulement pour étendre l'existence physique de l'homme et pour établir des rapports entre lui et les corps éloignés , il semble encore destiné à être le lien des âmes; c'est par lui qu'elles se touchent , pour ainsi dire ; il les met à portée de voir si elles se conviennent, en les éclairant par la flamme du sentiment qui s'y peint d'une manière si vive et si énergique ; enfin , c'est de cet organe qu'émanent cet attrait inexprimable et cette douce puissance qui les subjuguent et les livrent l'une à l'autre.

La tête porte sur une colonne osseuse, composée do plusieurs pièces qui la rendent mobile et propre à obéir aux différentes inflexions du corps. C'est à cette colonne que se rapportent toutes les parties doubles du tronc; elle est l'axe de la machine animale. Les pièces qui la composent, et qu'on appelle ■verlcbres , sont percées de manière que de lenr réunion il résulte un tuyau destiné à recevoir la

ET MORAL DE l'hOMMIî. 'jS^

moelle épinière , qui est une continuation de la moelle allongée et du cerveau. Les vertèbres sont dans l'homme au nombre de vingt-quatre : les sept premières forment le cou ; les douze suivantes , le dos , et les cinq dernières les lombes. Leur volume va en décroissant , depuis la partie inférieure du tronc jusqu'à la tête; de sorte que leur ensemble produit une colonne^ pyramidale, dont la base devient plus grande à mesure que le poids qu'elle doit soutenir augmente. Elles ne sont pas disposées sur une ligne droite; elles forment diverses courbures qui , en augmentant l'étendue du plan par lequel passe la ligne du centre de gravité du corps , mettent celui-ci en état de mieux conserver son équilibre, soit dans la station, soit dans le mouvement progressif Leur forme varie aussi : on aperçoit dans quelques-unes , telles que la première et la seconde vertèbres du cou , des différences qui sont relatives à leurs usages particuliers. En général, elles présentent plusieurs éminences , qu'on appelle apophyses, dont les unes servent à l'articulation d'une vertèbre avec ses voisines, et les autres à l'insertion des ligamens et des muscles. Enfin, un cartilage souple, interposé entre les corps des vertèbres, les unit fortement, sans ôter à leur assemblage la flexibilité nécessaire à ses mouvemens , tandis que d'autres liens , soit communs, soit particuliers, affermissent leur union, et concourent à rendre leur déplacement très -difficile.

Les cartilages sont une matière d'une consistance

256 FRAG3Ii:NT DU SYSTKME PHYSIQUE

moyenne entre la dureté des os et la mollesse des chairs. La nature en a formé les organes auxquels il fallait de la fermeté sans roideur, telle que la trachéeartère, l'oreille externe , la partie inférieure du nez. Elle en a revêtu les extrémités des os mobiles , pour adoucir la rudesse de leurs frottemens; enfin, elle en a fait un moyen d'union pour les os qui ne de* Vaient avoir que peU ou point de mouvement. Mais alors elle n'a pas compté sur les seuls cartilages, pour les maintenir dans leur place; elle y a ajouté des ligamens. Ce sont des faisceaux de fibres élastiques , fermes, d'une couleur blanche , tantôt aplatis comme des bandes , tantôt arrondis comme des cordes. La nature s'en sert toujours pour affermir les articulations des parties solides, et quelquefois pour contenir les parties molles , et elle a employé les plus forts (i) pour assujettir les différentes parties de la colonne vertébrale.

La souplesse et la fermeté devaient être les attributs d'une partie faite pour soutenir les efforts de la plupart des autres, et destinée elle-même aux mouvemens les plus forts et les plus variés. L'exemple des sauteurs peut seul faire concevoir jusqu'où peuvent aller la force et la flexibilité de la colonne vertébrale. C'est en effet par l'exercice du corps que les cartilages, les ligamens et les muscles, peuvent acquérir toute la vigueur et le ressort dont ils sont susceptibles. Les anciens devaient sans doute à la

(0 M. Berlin, Traité ci' Ostculos,ne , tome I, page lo3<

ET Moral de l'homme. i^-j

gymnastique , non-seulement ces qualités précieuses, mais encore ces belles proportions qu'on n'admire guère plus que dans leurs statues; car nos organes se développent par les mêmes moyens qui servent à les fortifier. Les mouvemens doux et lians de l'épine du dos donnent à la démarche, et à toutes les attitudes de l'homme, l'aisance et la grâce, sans lesquelles son tronc immobile et roide ressemblerait à uti mannequin porté sur des échasses.

Le canal de la moelle épinière est une des parties par lesquelles l'homme s'écarte le moins de la conformation des autres animaux. Si l'on met à part le nombre et la consistance des vertébrés, cette partie lui est commune avec le plus grande nombre des espèces : on la retrouve non-seulement dans les quadrupèdes , mais encore dans les reptiles , dans les poissons et dans les oiseaux.

Aux douze vertèbres du dos s'attachent , de chaque côté, autant de côtes. Ce sont des arcs solides et mobiles , situés obliquement , et faisant par en bas un angle aigu avec la colonne vertébrale. Les sept premières viennent par-devant se joindre chacune à un cartilage qui tient au sternum ; c'est cet os long et plat situé au milieu de la partie antérieure de la poitrine , toujours composé de trois pièces dans l'enfance , et quelquefois même dans l'âge adulte : la dernière de ces pièces, qui forme l'extrémité inférieure du sternum , est be qu'on appelle \ appendice xiphoïde. La longueur des sept premières côtes, qu'on nomme vraies , pour les distin-*

guer des cinq dernières, qui présentent des rapports différens, va toujours en augmentant depuis la première ; ce qui donne à la poitrine la figure d'un cône tronqué. La destination de l'enceinte formée par le concours des cotes , du sternum et des vertèbres du dos, est de mettre à couvert les viscères contenus dans la poitrine , comme les os de la tête garantissent les organes qu'elle contient. Mais le cerveau n'ayant point de mouvement d'expansion, il n'étail pas nécessaire que les os qui le défendent fussent mobiles : les côtes devaient l'être pour se prêter aux mouvemens alternatifs de la respiration.

Dans le temps de l'inspiration, pour que l'air entre dans les poumons et les dilate, il faut que les côtes, relevées par l'action des muscles intercostaux, présentent un plus grand espace à ce viscère, et que , pour cet effet, l'angle aigu qu'elles faisaient avec les vertèbres , devienne plus ouvert, et leur situation plus horizontale. Le mouvement des côtes près du sternum, qui est alors lui-même poussé en avant, est beaucoup plus sensible que dans leur partie postérieure , par laquelle elles sont fixées aux vertèbres ; parce que le mouvement d'un levier, qui se fait à peine apercevoir près de son point d'appui , est trèsapparent à son extrémité opposée , où l'espace qu'il parcourt dans le même temps est plus considérable. On présume bien que les côtes supérieures étant plus courtes et moins obliques que les autres, leur mouvement, par celle double raison, ne doit presque pas se faire sentir. L'action des muscles qui rcîc-

ET? MORAL DE l'hOMME. sSq

vaient les côtes et le sternum, venant à cesser, ceuxci retombent , par leur propre poids et par l'effet de l'élasticité de leurs cartilages , qui sisuls peuvent suffire pour chasser Tair de la poitrine et produire l'expiration paisible de l'état naturel ; car il n'est pas douteux que, dans les travaux du corps et dans les vives agitations de l'âme , d'autres puissances motrices ne concourent à la rendre plus précipitée.

La respiration étant une de ces fonctions essentielles qui ne peuvent être interrompues , parce que la durée de notre existence y est attachée, la nature semble avoir tout fait pour en rendre l'exercice facile et doux. Les cartilages des cotes en général eri adoucissent les mouveinens; mais ceux des cinq fausses cotes ayant plus de souplesse et moins de dureté que les cartilages des vraies, ils produisent encore bien ïnieux cet effet. Ceux des trois premières de ces fausses côtes ne parviennent pas même jus- ({u'au sternum ; ils sont seulement attachés l'un à l'autre, et les cartilages des deux dernières, entièrement libres et flottans, peuvent céder à la moindre impulsion: ils suivent surtout celle du diaphragme, dont une expansion membraneuse enveloppe leurs extrémités. Par ce moyen, la nature est venue à bout de ménager les forces nécessaires à une fonction qui devait s'exercer continuellement , et de nous faire exister sans effort. Les oscillations légères de la poitrine appellent, pour ainsi dire à notre insu , le soufile qui vient à chaque moment ranimer la flamme de la vie , prête à s'éteindre sans cet aliment salutaire.

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