‹ SystèmeChapitre 35 sur 46 · G0 FRAGMl-XT DU SYSTÈMK PriYSTOCTE · texte numérisé non relu

G0 FRAGMl-XT DU SYSTÈMK PriYSTOCTE

Si cet état ne comporte pas ces plaisirs pénétrans el inoinentanés, qui accompagnent quelques-unes de nos fonctions , une respiration libre et un air pur sont la source d'un bien-être permanent que rànie goûte sans trouble et sans fatigue, et qui a plus d'influence qu'on ne pense sur le bonheur.

Les cinq dernières vertèbres de l'épine du dos répowlent à la partie postérieure du bas-ventre; sur elles sont adossés quelques-uns des viscères contenus dans cette cavité , qui n'est point entourée de parties dures comme la tête et la poitrine. Aristote (i) dit qu'aucun aninlal n'a le Ventre ceint d'une substance osseuse. Cette organisation est en effet celle de toits les îlnimaùx avec lesquels l'homme a le plus de rapports. Il aurait été dangereux qu'une partie si sujette à changer de volume et de dimensions, à éprouver des gonflemens considérables , soit par la graisse qui s'y accumule , soit par la raréfaction de^ alimens, eût été bornée par une matière incapable , telle que les os, de se prêter à ces vicissitudes.

Le canal des vertèbres se termine par un os d'une forme pyramidale , qui paraît en être une continuation. C'est l'os sacré (2) qui concourt, avec les os des hanches, à former le bassin. 11 est creux comme le canal des vertèbres ; mais la moelle que celui-cj

(1) Histoire (les Jrii/nau.r^ livre m, chap. 7.

(a) Il est ainsi nommé, dit -on, parce que la pariie de l'animal qui répond à cet os , était celle que dans les saci ifues on offrait particnlièremenl aux dieux.

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renferme ne s'y prolonge point : il contient seulement un faisceau de nerfs qui émanent de cette moelle. Cet os est composé, dans les enfans, de cinq pièces distinctes qui présentent tous les caractères des vertèbres mal exprimés. Ce sont à peu près les mêmes éminences articulaires, les mêmes trous par lesquels sortent les nerfs vertébraux. La dernière de ces pièces est la plus petite ; elle se joint à trois autres petits os placés l'un au bout de l'autre , qui forment ce qu'on appelle le coccix. Des pièces analogues, mais plus ou moins nombreuses , constituent la queue des animaux. Cette partie, qui serait pour le moins inutile « à l'homme, est pour eux une espèce de balancier, qui assure leur démarche et leurs diverses attitudes. Selon quelques auteurs, cette partie n'est pas toutà-fait étrangère à l'espèce humaine : les géographes anciens ont cru qu'il existait des hommes sans tête; ce n'est pas trop pour les modernes de supposer les hommes avec une queue. Marc Paul , Jean Shuis et autres en ont vu ; Gemelli Carreri en a vu un , dans l'île de Mindoro , dont la queue avait quatre à cinq pouces de long, et assurément on ne peut pas se réduire à moins. Quoi qu'il en soit, le fait est trop particulier pour qu'on ne soit pas en droit d'en douter, même quoiqu'il soit attesté par des Jésuites. L'os sacré et les deux os innominès constituent le bassin , c'est-à-dire , cettq partie inférieure du tronc qui porte et soutient la masse des viscères du bas-veptre , et où commencent les ejjtrémités inférieures. Les os innominès sont , dans fenfance ,

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composés de trois pièces, qui , par la suite de l'âge, n'en font qu'une; des os des iles ou des hanches, situés aux parties latérales du hassin; des ischium , qui en forment la partie inférieure , et des os pubis , unis antérieurement par ijn cartilage. La forme et la disposition des os du bassin sont un des principaux caractères qui distinguent la conformation de Thomme. Il diffère essentiellement , pour cette partie , des quadrupèdes, du singe, et même de l'orang - outang (i), en qui les os des iles sont étroits, longs et plats, au lieu d être larges et concaves, comme dans 1 homme. Cette dernière disposition des os du bassin est très-avantageuse pour un bipède dont la situation verticale eût fait sans cesse retomber, sans cela , tout le poids des viscères sur la partie inférieure de l'enceinte que forment les muscles et les tcgumens du bas-ventre, ce qui nécessairement eût détruit le ressort de ces organes, accident que la largeur du bassin ne prévient pas même toujours dans les personnes dont l'embonpoint est extrême.

La longueur de l'os de la cuisse, qui s'articule avecle bassin ,se rapporte évidemment aussi à la nature d'un être fait pour se tenir debout; car cet os est beaucoup plus court dans les quadrupèdes que dans riiomme. C'est dans cet os surtout qu'il est aisé d'observer la forme cylindrique que prend la moelle dans la cavité des os longs ; au lieu que cette

(i) M. de Baffon ^ Histoire natitref/e , tome XXVIII, page 98. é«Uiion in-is.

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substance onctueuse , qui sert à donner ùe la souplesse aux os et à les rendre moins cassans, est répandue indistinctement dans les cellules des os plats. La nature sépare aussi , dans la cavité des articulâr tions, une humeur analogue qui en facilite le jeu , en diminuant les résistances , et prévient les mauvais effets du frottement réciproque des pièces osseuses. Elle empêche l'épanchement de cette liqueur nécessaire, en l'enfermant dans la même capsule qu'elle emploie pour contenir la tête des os dans leurs cavités articulaires. C'est ainsi qu'elle retient , avec la synovie, la tête arrondie du Jëmiir ou de l'os de la cuisse, dans la cavité formée par le concours des trois pièces qui composent les os innominés; et cet artifice de faire servir à plusieurs usages les mêmes moyens, lui est très-familier.

Le fémur, par sa partie inférieure, s'unit nxiïihiaf qui est la pièce principale de la jambe. La tête évasée de ce dernier présente aux deux éminences qui terminent le fémur, deux cavités superficielles , où les mouvemens se bornent presque à ceux de flexion et d'extension , au lieu que son extrémité supérieure se meut en tous sens dans son articulation avec le bassin. Son articulation avec le tibia serait trop raboteuse ; et par le fréquent mouvement qui s'y exerce , elle ne pourrait manquer de blesser les tendons des muscles qui étendent la jambe, sans la rotule placée sur l'intervalle vide que les éminences du fémur laissent entre elles. Cet os , en arrondissant le genou , garantit tout ce qui passe dans son voisinage, et

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contribue en même temps à rendre la forme de eette partie plus agréable et plus régulière.

Quoique la jambe soit composée de deux os , c'est sur le tibia que porte tout le poids du corps. Le péroné f qui l'accompagne dans toute sa longueur, est nul à cet égard ; mais il assure l'articulation de la jambe avec le pied , qui serait incomplète sans lui ; car V astragale y ou le premier os du tarse ^ n'étant retenue que par l'éminençe du tibia , qui constitue la malléole interne, il s'échapperait par le coté opposé , si le péroné , dont l'extrémité forme la malléole externe , ne lui opposait une forte barrière.

Le pied est remarquable par le grand nombre des pièces qui entrent dans sa composition; le tarse, qui tient immédiatement à la jambe , en présente sept ; \e métatarse y dont les os s'articulent antérieurement avec les orteils , en a cinq , et chacun des cinq orteils est composé de trois os , excepté le pouce qui n'en a que deux. La nature ^ en les multipliant ainsi , semble avoir voulu les mettre à l'abri des puissances qui tendraient à les rompre ; ces puissances ne pouvant avoir de prise et agir sur eux que par un levier très-court. Tout le poids du corps serait tombé sur l'astragale et sur le calcaneiim , ou l'os du talon , sur lequel le premier est placé , si le pied eût entièrement porté à plat sur la terre. Les autres os du tarse , ceux du métatarse et les orteils se trouvant dans ce cas hors de la ligne du centre de gravité du corps , ils n'en auraient point du tout partagé le poids; et le plan }inr lequel cette ligne passe, dovenaiit par là

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très-limité, l'homme n'eût conservé qu'avec beaucoup de difficulté sa situation verticale. Mais toutes ces pièces étant conformées et unies de manière que de leur assemblage il résulte une espèce de voûte , dont la convexité forme la partie supérieure du pied, toutes concourent plus ou moins à soutenir la masse du corps.

Dans la structure, du pied réside une des principales différences que la nature a mises entre l'homme et les quadrupèdes. Mais ce qui distingue le premier des autres , c'est moins le raccourcissement des os du tarse et du métatarse , comme le prétend l'auteur des Recherches sur les Américains , que leur position , qui est horizontale dans l'homme , et verticale dans les quadrupèdes (i). D'ailleurs, comme je l'ai dit plus haut, c'est moins l'organisation du pied, ou de toute autre partie, qui constitue seule la nature d'un animal , que la disposition générale des autres parties qui doivent toutes concourir à sa destination. Le singe et l'orang-outang se rapprocheraient beaucoup de l'homme, par la conformation du pied, si la forme et l'arrangement des autres parties ne les replaçaient dans la classe des quadrupèdes. Ils diffèrent cependant de l'homme même par le pied , qui , dans ces animaux, ressemble à une main grossièrement organisée, plus faite pour s'accrocher que propre aux usages que l'homme sait tirer de la sienne. Le singe et l'orang-outang sont des animaux frugi-

(i) M, Daubeatou , Flist, uatiu elle ^ tome VII, page 5oi.

■jC)6 fragment du système physique vores, qui grimpent sur les arbres ; ils se tiennent souvent debout sur les pieds de derrière, pour saisir les fruits avec ceux de devant ; ils vont d'ailleurs le plus souvent à quatre pâtes. Schoulten , dans son Voyage aux Indes orientales^ dit, en parlant de l'orang-outang, « qu'on en prend beaucoup avec » des lacs, qu'on les apprivoise, qu'on leur apprend » à marcher sur les pieds de derrière, et à se servir » des pieds de devant;» ce qui prouve que cette manière d'être n'est ni la plus commode, ni la plus naturelle pour l'orang-outang. En effet, selon plusieurs voyageurs , si un danger pressant l'oblige à fuir ou à sauter , en retombant sur ses quatre pieds , il décèle bientôt son véritable état, il est réduit à sa juste mesure, en quittant cette contenance étrangère qui en imposait, et l'on ne voit plus en lui qu'un animal à qui son masque spécieux, ainsi qu'à bien des hommes, n'ajoute aucune vertu de plus.

Ainsi l'homme a la prérogative d'être le seul bipède droit qui soit dans la nature. C'est déjà beaucoup pour lui de n'avoir point à employer ses quatre membres pour porter la masse de son corps; deux piliers d'appui lui suffisent; et, ce qu'il y a de remarquable, c'est que les usages qu'il en tire sont plus variés, plus étendus et plussiàrs que ceux que les quadrupèdes tirent de leurs quatre pieds. L'hommo n'a point les siens recouverts d'une corne; ils jouissent d'une grande flexibilité, et leurs doigts, sans être aussi mobiles que ceux de la main, servent à l'affermir dans ses différentes positions. Il ne le code

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à presque aucun quadrupède pour la vitesse : on sait que les sauvages poursuivent les animaux les plus légers à la course, et les atteignent; aucun d'eux surtout ne soutient aussi long-temps que l'homme , la fatigue de la marche, avantage qu'il doit peutêtre autant à la force intrinsèque de ses muscles qu'à la disposition mécanique de ses organes. Sa situation droite ne donne pas seulement à sa personne un air de liberté et d'assurance convenables à sa supério-r rite; mais, en le faisant tourner sur un plan très^ circonscrit, elle lui procure encore la facilité do porter rapidement ses regards autour de lui, et d y déployer toute la puissance de ses bras.

Les bras ne sont point, dans l'homme, des mem bres destinés à soutenir ou à traîner le poids d'un animal courbé vers la terre , mais des instrumens d'un être actif et intelligent, La mécanique profonde qui se manifeste dans leur structure et dans leur disposition, leur assigne des mouvemens plus variés et d'un ordre bien plus relevé que ceux que les pieds exécutent. Cependant les extrémités supérieures ont beaucoup de rapports avec les inférieures, et jamais deux objets ne furent si différens avec tant de conformité ; elles sont, les unes et les autres, une suite de leviers placés l'un au bout de l'autre, et se servant alternativement de point d'appui ; toutes les deux sont divisées en trois parties. Les anatomistes comprennent dans le nombre des pièces qui composent l'extrémité supérieure, ï épaule, qui est, à l'égard de \ humérus, ou de l'os du bras, ce que le

bassin est pour celui de la cuisse, c'est-à-dire, le point fixe sur lequel il se meut , avec cette différence, que l'épaule elle-même est un peu mobile, n'étant attachée sur la partie postérieure de la poitrine que par des muscles qui sont des organes de mouvement; elle le serait trop sans la clavicule qui la fixe sur le dos, et l'empêche de retomber sur le devant de la poitrine ; la clavicule est cet os situé au haut de la poitrine , attaché d'un coté au sternum et de l'autre à V omoplate, ou épaule ; il manque à la plupart des animaux , et se trouve dans le singe , la souris , l'écureuil , et autres espèces , qui se servent de leurs pieds de devant comme d'une main. Au surplus, le bras n'est, ainsi que la cuisse, composé que d'une seule pièce , moins longue , mais capable de se mouvoir en tout sens , comme le fémur.

L'avant-bras, qui répond à la jambe, est formé, comme elle, de deux os longs. L'éminence par la-» quelle l'os du coude s'articule avec celui du bras, a quelque conformité avec la rotule; elle remplit, pendant l'extension de l'avant-bras , la cavité placée entre les deux éminences de l'extrémité inférieure de l'humérus; mais le rayon qui représente le péroné, a bien d'autres usages que celui-ci. Les mouvemens par lesquels nous présentons tantôt le dos et tantôt le creux de la main , dépendent uniquement du rayon auquel elle est attachée , et qui , dans ces cas , tourne sur le cubitus ou l'os du coude, comme sur un axe; et c'est sur ces mouvemens combinés , variés et gradués d'une manière merveilleuse , qu'cat fondée prm-

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cipalement la dextérité qui caractérise la main de l'homme.

La main est encore plus différente du pied que l'avant— bras ne l'est de la jambe ; tout , dans la main ^ annonce la mobilité de cette partie. Les huit os qui composent le carpe ou le poignet, sont plus petits et moins étroitement liés que ceux du tarse. Les quatre os du métacarpe sont aussi plus mobiles que les cinq du métatarse. Quant aux phalanges des doigts de la main, elles sont plus longues et plus déliées que celles des doigts du pied. L'articulation de la première des phalanges de chaque doigt de la main avec l'os correspondant du métacarpe, lui permet de se mouvoir en tout sens ; et si les mouvemens des autres phalanges sont bornés à ceux de flexion et d'extension , ils sont plus précis et plus décidés que ceux que les doigts du pied peuvent exécuter. Le poude de ce dernier surtout diffère essentiellement de celui de la main, qui, outre qu'il a une phalange de plus, est placé hors du rang des autres doigts ; de manière que , lorsque ceux-ci s'efforcent de retenir un objet , le pouce , en se fléchissant dans un sens contraire, lui oppose une résistance active qui l'empêche de s'échapper.

Les divisions multipliées de la main, la manière dont elle est articulée avec l'avant-bras , la position respective des pièces qui la composent, donnent à cette partie la faculté de varier ses mouvemens d'une manière étonnante. Avec un instrument si admirable, l'homme cependant ne serait que le plus adroit

des animaux, si sa main n'était guidée par un principe supérieur à leur instinct (i), et qui la rend même capable de reproduire toutes les merveilles de ce même instinct dans les arts par lesquels l'industrie humaine les imite.

La conformation de cette partie la rend très-propre à être le siège principal de ce sens droit , exact, destiné à rectifier les illusions de tous les autres , et qui porte à l'esprit les premières sensations sur lesquelles il puisse compter. C'est la main qui lui donne seule l'idée véritable de la solidité des corps et de l'espace. Par la facilité qu'ont les doigts de s'éloigner et de se rapprocher les uns des autres , la main semble avoir offert à l'homme le premier modèle des in- ?l rumens avec lesquels il mesure ces mêmes corps. En lui mettant sans cesse sous les yeux les exemples les plus simples d'une quantité physique variable , les doigts l'ont peut-être aussi familiarisé peu à peu avec les notions des rapports abstraits des nombres. Cependant ce sens circonspect et sage quitte quel- (juefois la froideur naturelle de son caractère , et se laisse , comme les autres , égarer par l'impétuosité

(i)Le trait le plus caractéristique de l'homme est cette souplesse d'organisation qui lui permet toutes les manières d'exister, tandis que tous les autres êtres \ivans n'en ont qu'une invariable et toujours la même. II semble que l'insiinct de l'homme soit de s'approprier celui de tous les autres animaux , et que la faculté qu'il a d'imiter tout ce qui frappe le sens , et de prendre successivement toutes les formes , soit ce qui constitue sa perfectibilité.

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de ses sensations et du plaisir; mais alors il jouit et ne calcule pas , ce qui est sans contredit la meilleure manière d'être heureux.

Telle est l'esquisse des parties destinées à servir de base à toutes les autres, et dont l'ensemble con-= stitue le dessin fondamental de la machine humaine. Nous allons parcourir rapidement les différens ordres d'organes auxquels elles servent de support ou d'abri. Ils ne présentent pas un ordre aussi constant ni autant de régularité qu'elles dans leur structure et dans leur position. Ils sont destinés à briller par d'autres avantages : c'est par les puissances actives qui les animent, et qui, variant avec les circonstances, peuvent suppléer à la précision mécanique des instrumens qu'elles mettent en œuvre.

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