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CHAPITRE III

Des rapports généraux des parties molles.

Le plus important et le plus remarquable de tous les organes qui brillent par leurs facultés actives, c'est celui qui renferme l'édifice osseux de la tôle, et le canal de l'épine du dos. Le cerveau semble être le seul organe vivant par son essence : il modère , il anime, il ralentit l'action de tous les autres. C'est en lui que réside le moi, et que vont se confondre les impressions de tous les sens : sans cet organe, nous n'aurions point le sentiment de notre existence ; semblables à ces êtres imparfaits, tels que les zoophyles,

•27'^ FRAGMEA'T DU SYSTÈME PIIYSIOrr

les végétaux: et peut-être beaucoup cVespèces d'insectes, qui n'ayant point de centre de sensibilité distinct , ne jouissent que d'une vie obscure et équivoque. En nous mettant en état de comparer nos sensations actuelles avec nos sensations passées, il constitue l'unité de notre être, tandis que les zoophytes et tout ce qui leur ressemble, bornés à des impressions momentanées, sans en pouvoir tirer aucun résultat permanent, et existant dans chaque point de leurs corps , et dans chaque instant de leur durée, sans pouvoir lier toutes ces existences, n'en ont véritablement aucune. Le Créateur ayant voulu que les opérations les plus spirituelles de l'âme fussent subordonnées à la constitution physique du cerveau , on peut dire que c'est de cet organe que sont émanés tous les prodiges de la pensée. En effet, elle en suit tous les différens états : facile et pure comme les mouvemens de cet organe dans la santé, elle s'obscurcit dans la maladie , s'égare dans le délire , ou s'éclipse dans le sommeil , pour reprendre son éclat et sa vivacité , lorsque le cerveau revient à sa manière d'être accoutumée*

Parmi les singularités que présente le cerveau , notre ignorance , relativement à son organisation et à sa manière d'agir, n'est pas une des moindres. Cet organe, si admirable dans ses effets, est le plus inconnu dans son action (i). Tous les anatomistes n'ont

(i) Les observations microscopiques du pcrc Dclla-Toi le lai onl fait voir dans la substance du cerveau un amas de

été à son égard que comme des dessinateurs occupés h représenter l'extérieur d'une machine, attachés à en rendre scrupuleusement tous les contours, à en retracer les plus petites inégalités et jusqu'aux plus légers linéamens, sans nous rien apprendre sur son mécanisme intérieur. Au lieu de connaissances réelles, ils nous ont donné des mots; toutes ces dénominations hétéroclites de nates et testes, de corps cannelés y de glande pinéale , etc. , ne représentent aucune idée. Enfin, cette nomenclature imposante des différentes parties ou inégalités du cerveau, a bien pu faire illusion, mais non point dissiper l'obscurité qui nous cache la véritable nature de cet organe.

On ne peut rien statuer sur ses rapports de grandeur. On a bien vu qu'en général le cerveau de l'homme avait relativement plus de volume que celui des animaux : mais rien n'est moins juste que les inductions qu'on a prétendu pouvoir tirer de ce fait , pour faire présumer que l'homme doit à cette différence sa supériorité sur tous les êtres vivans. On n'a point observé que les facultés intellectuelles, soit dans l'homme , soit dans les animaux , fussent en

globules transparens qui nagent dans une liqueur diaphane ; comme cette forme des parties constitutives de cet organe ainsi que toutes les autres formes qu'on pourrait y apercevoir ou supposer , n'a aucun rapport immédiat avec leis fonctions qui lui sont propres , l'organisation intime dont ces fonctions dépendent , ne nous en est pas moins inconnue.

proportion de la grandeur de leur cerveau. L'éléphant en a très-peu, relativement à la masse de son corps , quoiqu'il soit un des animaux, les plus intelligens. Les animaux carnassiers l'ont plus petit que les animaux frugivores, et chacun sait la différence qu'il y a entre la stupidité de ceux-ci et l'instinct raffiné des autres. A la vérité , les poissons, que nous croyons aussi stupides que muets , ont très-peu de cerveau. Cependant, sans vouloir prononcer sur l'instinct de ces êtres dont les mœurs nous sont aussi étrangères que leur élément, on peut observer que parmi eux il y a des espèces voraces et des espèces faibles destinées à leur servir de pâture, ce qui suppose un combat entre la ruse et la force , et par conséquent des combinaisons de moyens opposés. D'ailleurs, nous ne jugeons des choses que par les rapports qu'elles ont avec nous : un sourd a bien de la peine à paraître un homme d'esprit à ceux <|ui entendent ; parce que la perte d'un sens l'a privé de ces relations que ce sens lui donnait avec eux.

Les qualités sensibles du cerveau n'offrent rien qui réponde à l'énergie particulière de cet organe. On ne voit en lui qu'une masse pulpeuse. Cette pulpe offre deux substances diverses; l'une, qui est d'une couleur cendrée , et de l'épaisseur d'environ deux lignes , forme la superficie du cerveau : on la nomme substance corticale; et l'autre, qui compose la plus grande partie de cet organe, est blanche; on l'appelle médullaire : on retrouve la partie cendrée dans le centre de la moelle épinière.

ET MORAL DE l'hOMME. 2^5

La masse du cerveau se divise en cerveau proprement dit, en cervelet, en moelle allongée et en moelle épinière , toutes composées de deux substances distinctes , qui sont la substance corticale ou cendrée et la substance médullaire. La première partie du cerveau ou le cerveau proprement dit, occupe la partie antérieure du crâne ; le cervelet est situé dans sa partie postérieure ; la moelle allongée est une production commune du cerveau et du cervelet, et la moelle épinière un prolongement de celle-ci. Cette division naturelle de la masse eénéraie du cerveau a donné occasion d'en faire de systématiques sur ses facultés. D'après cette division , Willis avait cru pouvoir rapporter au cerveau proprement dit, les fonctions des sons et les mouvcmens volontaires ; et au cervelet , celles dont la vie dépend essentiellement, telles que les mouvemens de la respiration et du cœur. Cette hypothèse a été démentie par l'observation , ainsi que celles qui ont successivement assigné le siège de l'âme à différentes parties du cerveau, telles que le corps calleux, la glande pinéale , les corps cannelés, etc.

Une opinion plus extrême , sans être moins fausse , c'est celle qui présente le cerveau comme un organe dont riiomme pourrait à la rigueur se passer; parce qu'on a vu un enfant (i) sans cerveau et sans moelle allongée , et ces parties réduites en eau dans l'hydro-

(i) Mémoires de l'Académie des Sciences , années 1711 et 1713.

cépliale. Nous ignorons le point où finissent les puissances de la nature. L'observation a appris que la vie peut subsister long-temps dans des organes très-viciés; on a vu des gens vivre long-temps avec un poumon détérioré et presque détruit (i), avec un foie presque réduit en putrilage ; d'autres ont survécu long-temps à des lésions très-considérables du cerveau , surtout lorsque ces altérations ont été amenées par une gradation lente; car, dans ce dernier cas , il semble que la nature ait le temps de s'arranger pour tirer meilleur parti des moyens qui lui restent, et que si une partie est détruite, elle concentre ses forces dans une autre : au lieu qu'une très-petite lésion, mais subite, qui prend, pour ainsi dire au dépourvu , produit souvent une mort prompte. Notre manière de concevoir nos intérêts nous porte à accuser la nature de quitter , dans ce (;as , la partie trop légèrement; mais je ferai voir encore mieux dans un des chapitres suivans, que ce phénomène est une suite nécessaire de notre constitution intime, et tient à une des lois fondamentales de la sensibilité.

Ainsi un cerveau réduit en eau n'en est pas moins un cerveau. D'ailleurs, il ne faut pas croire que ce soit de l'eau pure. On connaît la disposition qu'ont les parties les plus fluides de nos humeurs à s'orga-

(i) Selon Morgagni, on a trouvé la substance du poumon presque enlièreraent calculeuss : De sedibus et causis inorboruin f episiola i5, art. 26.

niser et à prendre une forme solide. Quelques degrés de chaleur suffisent pour donner de la consistance à la sérosité du sang. Si l'on conçoit que celle du cerveau puisse diminuer par l'effet d'une altération lente, sans que la vie cesse, on peut bien supposer que cette consistance, diminuée de quelques degrés de plus par une altération plus prolongée , peut enfin être réduite à un état fluide, et que la vie peut encore s'y maintenir. Notre imagination, à la vérité, est effrayée de voir fluide ce que nous sommes accoutumés de voir solide : c'est faute de réfléchir à la consistance primitive du cerveau dans l'embryon , qui a été dans un état de fluidité. C'est ainsi que souvent, des effets très-naturels et très-communs nous paraissent extraordinaires , parce que la réflexion ou l'habitude de les voir nous manque.

Le phénomène le plus frappant de ceux qu'offre le cerveau , c'est cette division qui le partage en deux hémisphères , qui a lieu aussi dans le cervelet , et se rend sensible par une rainure, même dans les, parties qui paraissent solitaires, telles que le corps calleux, la protubérance annulaire et la moelle épinière; division qui entraîne celle de tout le reste du corps en deux parties latérales adossées l'une à l'autre. C'est de cette division que dépend ce grand nombre de rapports qu'ont entre eux les différens organes d'un même côté du corps , dont la connaissance est trèsimportante en médecine, et qui se manifeste nonseulement dans la paralysie, mais encore dans beaucoup d'autres affections moins tranchantes.

278 fFRAGMENT DU SYSTÈME PHYSIQUE

Ce partage, qui semble faire deux individus de notre corps, et qu'il est si difficile de concilier avec l'unité et la simplicité de ses résultats, est vraisemblablement fondé sur quelque grande combinaison de la nature, sur quelqu'une de ces lois à peine entrevues, qui régissent les êtres organisés; lois qui sont pour eux ce que d'autres lois sont pour le monde matériel et dépourvu de vie, dont tous les phénomènes dépendent de l'action et de la réaction réciproque des parties qui le composent. Ce partage du corps établit peut-être entre les parties divisées une sorte d'antagonisme nécessaire pour entretenir leur activité , et par l'effet duquel elles se servent d'excitant l'une à l'autre. Cet antagonisme , la nature le cherche et l'affecte partout, et elle fait peut-être, pour maintenir la vie des individus, ce qu'elle fait pour la leur donner. Le concours de deux individus de la même espèce , s'il n'est pas toujours nécessaire, est du moins la forme la plus constante et la plus générale que la nature suit dans leur génération. Il ne faut pas croire que cela tienne à la nécessité des sexes qui se trouvent ordinairement séparés; car il V a des êtres, tels que les limaçons, qui les réunissent tous les deux, et qui néanmoins ont besoin de se rapprocher et de s'unir pour se perpétuer. Il semble que le charme qu'ont l'un pour l'autre deux individus de la même espèce , en les animant d'une certaine ardeur, donne à leur action commune une intensité qu'elle n'aurait pas sans lui , et que les matériaux qu'ils y emploient, émanés de deux sources

différentes, n'en remplissent que mieux leur destination , par cela seul qu'ils sont étrangers les uns aux autres.

Il faut encore observer que, lorsque des différences introduites peu à peu dans une même espèce, sont parvenues à y produire des variétés constantes ou des races différentes , par le laps de temps , ces races s'affaiblissent , dégénèrent , comme si leur façon d'être était trop une , trop monotone ; elles semblent enfin lasses d'exister de la même manière. C'est ainsi que, par l'effet de l'habitude , à force de sentir toujours la même chose , on parvient à ne la plus sentir du tout. Il faut alors qu'un principe un peu étranger à ces races vienne se mêler à leur existence languissante, pour la ranimer, la réhabiliter et lui rendre son énergie. Si l'on prend soin d'unir les individus de races différentes , le produit de ce mélange est plus vigoureux et plus animé qu'elles. On observe que les animaux provenus de races croisées ont plus de force et d'activité que ceux qui sont nés de races simples. Les effets singuliers de la greffe des végétaux dépendent peut-être de ce principe général , qui fait que deux êtres sensibles vivent mieux à côté l'un de l'autre que séparés ; on dirait qu'ils s'excirtent réciproquement à vivre. On a cru observer qu'à Paris ( et il en est sans doute de même dans toutes les grandes sociétés) les vieillards jouissent plus longtemps de leurs facultés, et que l'agitation générale les soutient contre l'affaissement de la caducité. Par la même raison sans doute , deux organes sembla-

aSo FRAGMENT THJ SYSTÈME PHYSIQUE

bles, destinés à la même fonction, la remplissent mieux que ne ferait un seul avec le double de forces ou de facultés. On peut déjà entrevoir dans cet aperçu sur la grande division qui partage les animaux, en deux parties égales , et qui se manifeste même dans les végétaux par le parallélisme et la correspondance de leurs branches , de leurs feuilles , la tendance universelle qu'ont les êtres organisés à être plusieurs ensemble. Mais, outre cette disposition générale, on verra dans l'homme d'autres élémens qui tendent plus particulièrement encore à préparer le caractère social qui le distingue.

Cette division de la machine animale se marque d'une manière sensible, par une ligne qu'on peut aisément reconnaître dans certaines parties extérieures du corps. Lorsqu'elle disparaît à l'extérieur, on la retrouve dans les parties internes. La disposition symétrique des organes dans chaque région du corps la fait présumer. Si un organe est solitaire , tel que la langue , un trait longitudinal dans son milieu fait voir sa séparation , ou bien elle est indiquée par le nombre égal et correspondant des parties accessoires qui en dépendent , telles que les nerfs, les vaisseaux , les muscles, les cartilages, etc. Lorsqu'un organe est unique, il se partage quelquefois en plusieurs masses plus ou moins égales, situées les unes à droite et les autres à gauche. C'est ainsi que les poumons sont deux masses spongieuses, dont l'une occupe la cavité droite et l'autre la cavité gauche de la poitrine, quoi([ue la trachée-artère ou le canal

ET MORAL PE l'hOMMI!. 28 1

qui leur apporte l'air extérieur, et auquel elles tiennent comme à un pédicule commun, soit unique. La tête de ce canal, ou le larynx, offre aussi la même disposition dans les cartilages et dans les bandes ligamenteuses qui constituent la glotte, c'est-à-dire, l'organe de la voix.

Le cœur , placé de même dans la poitrine , est bien composé de deux cavités séparées par une cloison mitoyenne, comme les deux cavités de la poitrine elle-même le sont par la membrane qu'on nomme mèdiastiii ; mais cette division du cœur en deux ventricules, semble n'être pas une suite de la grande division du corps; elle paraît dépendre de la nature des fonctions particulières à cet organe.

Les viscères contenus dans le bas-ventre présentent aussi un ordre symétrique dans leur position. Si le foie , qui est un organe unique , est situé dans le côté droit, la rate, placée dans le coté gauche, et dont on prétend même que les fonctions ont quelque analogie avec celles du foie, lui sert de contrepoids. Les reins sont un organe double ; l'un est placé sous le grand lobe du foie et l'autre sous la rate ; de chaque rein il part un canal nommé uretère^ qui porte à un réservoir commun, c'est-à-dire, à la vessie, l'urine que le rein a séjiarée. Il faut observer que les deux masses longitudinales qui, par leur adossement , forment l'animal , ont des organes subsidiaires communs à l'une et à l'autre. La situation de ces organes correspond ordinairement à l'axe du corps : la vessie est dans ce cas.

282 FRAGMENT DU SYSTliME PHYSIQUE

Elle est située dans la partie moyenne et inférieure du bas- ventre. Il en est de même de l'estomac qui en occupe la partie supérieure. Le volume de ce \iscère, creux à la vérité , se partage de manière que sa plus grande portion occupe Thypocondre gauche, et par là il établit l'équilibre détruit par la masse du foie, trop peu contrebalancée par celle de la rate. Mais l'orifice par lequel l'estomac reçoit les alimens, est situé \is-a-vis le milieu du corps des dernières vertèbres du dos (i). Le canal musculeux qui les y apporte, ou V œsophage , en descendant le long des vertèbres du cou et du dos , suit l'axe du corps et 1 orifice par lequel ils en sortent pour passer dans. les intestins, est placé aussi vis-à-vis les premières vertèbres des lombes. Le canal intestinal , qui est une continuation de l'estomac, suivrait sans doute la même direction , si sa longueur ne l'obligeait de faire plusieurs circonvolutions. (2)

La division qu'entraîne celle du cerveau dans tout le reste du corps , ne paraît peut-être nulle part d'une manière aussi manifeste que dans les organes de la génération. Ces organes, tant ceux qui sont renfermés dans l'intérieur du corps que ceux qui paraissent à l'extérieur, ou sont doubles, ou partagés visiblement en deux parties latérales , s'ils sont solitaires. Il n'est pas surprenant que l'organe duquel

(i) Anatomie de Vinsloiv ^ tome III, page 3 12. (2) On croit que la lonp^ueiir de ce canal, dans l'homme, est st'pt à huit fois la longueur de son corps.

ET MORAL DE l'iIOMIME. 283

la me émane, et .ceux qui sont destinés à la propager , portent la même empreinte.

Ainsi la disposition générale des parties qui composent notre corps est évidemment subordonnée ri celle du cerveau. On verra que leur action et leurs mouvemens sont également assujettis à l'influence de cet organe , et que tout ce qui s'opère d'essentiel dans l'animal semble se faire pour lui et par lui. Il est présent à toutes les parties, par le moyen des nerfs; c'est par eux qu'il modifie, qu'il développe, qu'il anime ces parties , et que les affections de chaque organe lui deviennent propres.

Les nerfs sont des cordons dont la substance est la même que la substance médullaire du cerveau , duquel ils tirent leur origine. Ainsi que des branches symétriques qui sortent d'un même tronc , ils partent du cerveau et de la moelle épinière , et vont par paires répandre la vie et le sentiment dans tout le système animal , ou plutôt dans les deux parties latérales qui le composent. Neuf paires sortent de la Lase du cerveau ou de la moelle allongée par des ouvertures particulières , pour former les différens organes des sens, et pour animer toutes les parties de la face ; une dixième paire , que quelques anatomistes , tels que Vinslow (i) et Morgagni , rappor-

(i) Vinslow prétend que les nerfs de la dixième paire naissent d'un seul paquet antérieur de filets, et qu'ils n'ont point de faisceau postérieur comme les nerfs vertébraux. M. Huber, à force de recherches, a trouvé le faisceau pos-

5t84 FRACMKIVT DU SYSTEME PHYSIQUE

tent au cerveau; et que d'autres, tels que Haller et ses disciples, placent parmi les nerfs de la moelle épinière, naît de cette moelle entre le crâne éd la pcrmière vertèbre du cou , pour s'unir aux nerfs qui l'avoisinent , et pour se distribuer sur quelques muscles propres à cette partie, ainsi que sur différentes parties de la tête. Vingt-neuf paires sortent par des ouvertures latérales de cette colonne osseuse formée par la réunion des vertèbres et de l'os sacrum , et se rendent aux parties qui correspondent à leur origine. Les nerfs vertébraux prennent le nom de l'endroit de leur naissance : ainsi on appelle cervicales les sept paires qui naissent de la partie de cette colonne qui forme le cou; dorsales , celles que fournissent les os du dos ; lombaires , celles qui ont leur origine dans les vertèbres des lombes, et sacrées, celles qui sortent par l'os sacrum. Telles sont les principales branches de cette espèce d'arbre, dont le cerveau et la moelle épinière forment le tronc qui , par ses immenses ramifications, embrasse toutes les parties , leur communique la sensibilité et le mouvement (i), et concourt à former le fond et la substance de leur tissu.

teneur qui assimile la dixième paire à ces derniers , et a terminé celte controverse analomique.

(i) Tous les anatomistes conviennent qu'en général les nerfs sont les organes du sentiment et du mouvement. A la ■vérité , quelques faits particuliers semblent s'écarter de cette loi générale. M. l'abbé Fontana , par exemple, dit des poissons que, quelques stimulans qu'il ait appliqués aux nerfs

ET MOR\L DE l'iIOMME. 285

Les nerfs qui sortent de la coionne vertébrale, ne forment point, comme ceux du cerveau, de sens particuliers, si l'on excepte ce sens général connu sous le nom de tact, qui est commun à toutes les parties où le système nerveux s'étend. La destination principale de ces nerfs est d'animer les puissances qui exécutent les différens mouvemens du corps. Toutes les parties , depuis la tête jusqu'à l'extrémité opposée du tronc , se meuvent par finfluenre des nerfs.

Delà réunion de plusieurs branches des nerfs que fournissent les dernières vertèbres du cou , et les premières du dos , se composent ces cordons nerveux auxquels l'homme doit la force de ses bras. C'est de la même manière que des nerfs , que fournit l'autre extrémité de la colonne vertébrale, se forment les cordons qui donnent le mouvement aux extrémités inférieures.

Entre ces deux mobiles extérieurs et opposés de la machine animale, il en est un intérieur qui leur

qui vont au cœur, il n'a jamais pu accélérer le mouvement de cet organe. Ce sont certainement des faits bons à connaître , mais il faut se garder de tirer des conclusions trop rigoureuses de ces sortes d'expériences faites sur les organes désunis , lacérés , d'un animal aliéné par la douleur ; elles doivent être subordonnées au témoignage direct de l'observation médicale , qui a pour objet les êtres vivans considérés dans leur état d'intégrité ; état qui , laissant subsister ces rapports d'harmonie qui sont entre les différens organes , et dont ils tirent leur énergie , ne souffre aucune analyse.

sert de point d'appui lorsqu'ils ont à faire des efforts violens. C'est le diaphragme, ou cette cloison nnisculeuse et membraneuse, qui sépare la poitrine du bas-ventre, et qui flottant sans cesse entre ces deux cavités, presse alternativement les organes qu'elles renferment. Cet organe , qui tire ses principaux nerfs des vertèbres du cou , est aussi intéressé dans les vives affections de l'âme que dans les mouvemens extraordinaires du corps ; pour que chaque passion tende à des actions qui la c.iractérisent (i) , elle doit nécessairement faire éprouver une forte réaction au diaphragme, qui est le centre de tous les grands mouvemens du corps. Cette réaction se marque par cette impression fâcheuse qu'on éprouve au creux de l'estomac ou à la fossette du cœur, lorsque l'âme est vivement affectée : effet qui dépend sans doute d'une constriction trop forte et trop prolongée du diaphragme, qui doit inévitablement gêner, troubler ou suspendre la respiration , et qui a faussement fait croire à plusieurs médecins que cette partie était le siège et la source de la sensibilité.

L'étendue et la multiplicité infinie des ramifications nerveuses ont porté une classe de médecins à considérer les nerfs comme la base de toutes les parties solides de notre corps. C'était l'opinion de Boerhaave et surtout de Baglivi (2). Le célèbre Bordeu

(1) On sait que la colère, par exemple, nous donne l'attitude et la disposition propre à l'attaque et à la dt*fense.

(2) Boglivii opéra : Spécimen défibra motrice , cap. 1.

ET MORAL DE l'hOMME. 287

avait rendu cette opinion encore plus originale, en soutenant qu'un nain n'a pas moins de fibres nerveuses qu'un géant , et que la différence des masses qui les distingue ne vient que de la différente quantité et de la diverse disposition du tissu cellulaire , modifié par les mêmes nerfs. Les deux membranes qui enveloppent et défendent le cerveau, avaient sans doute donné lieu à cette opinion. La plus extérieure, qui. est aussi la plus forte, porta meitie le noni de durè-mere , parce qu'on la regardait comme l'origine commune de toutes les autres membranes (i). Mais les découvertes ultérieures de l'anatomie ont fait voir que cette membrane n'accompagne point les tierfs dans tout leur trajet , et qu'en sortant du crâne et du canal des vertèbres , ils s'en dépouillemÊ pour en prendre une autre formée par une espèee de toile cellulaire. (2)

Les nerfs qui viennent du cerveau ne tirent point leur dénomination , comme les nerfs vertébtaux, du lieu de leur origine , mais de l'orgùile auxquels ils

(1) On la regardait aussi comme la source du sentiment ; ce (Jui est faux et 'ft'âJ)paf'tleHt qu'au cefveâu et aul'nVf-fs qui en sonturtè <!dntinûétion. Haller prétend ïnême'"qu'éllè est absolument dépourvue de sensibilité^ ce qui n'est point avoué de tous^ les médecins. 'fi.oifïiau ,'a]

(2) Il faut en excepter le nerf optique ,^-donl la dure-mète accompagne l'expansion dans les orbites des yeux, et les ner/'s intercostaux qu'elle n'àccômpagnfc jamais, et qui sortent nns du crâne par le canal ôsseuk de l'apophysd pierreuse des 03 des tempes. .i .

2 00 . FRAGMENT DU SYSTÈME PHYSlQUi:

aboutissent, OU delà fonction qu'ils y exercent. Ainsi on appelle olfactifs les nerfs qui servent à l'odorat ; hypoglosses , ceux qui sont les instrumens du goût; optiques , ceux qui transmettent à l'âme l'impression de la lumière et des couleurs : outre cette paire de nerfs spécialement destinés à la vision , la troisième paire et la quatrième, une branche de la cinquième, et toute la sixième, qui à la vérité est très-menue, sont employées par la nature aux différens mouvemens des yeux, ou des parties qui en dépendent. Ce grand appareil de nerfs est peut-être ce qui donne à cet organe ce caractère d'expression qui le rend si intéressant et qui le distingue de tous les autres ; car aucun ne réfléchit comme lui le sentiment , et ne manifeste au dehors l'état intérieur de l'âme. L'organe même de l'ouïe, à qui elle doit tant d'émotions vives ou douces , n'en retrace aucune à l'extérieur, et l'effet puissant d'une musique pathétique réagit plus et se fait mieux apercevoir dans les yeux que dans l'organe même qui en reçoit la première impression, (i)

Les nerfs de l'ouïe, que l'on nomme auditifs , et qui forment la ^septième paire , dans l'ordre étpbli par les anatomistcs , sont composés chacun de deu.v cordons qui diffèrent par leur grosseur, ainsi que par leur consistance. La portion grêle et molle est

(i) Les animaux en général ont plus d'expression que riiomme dans les oreilles. La gaité et la tristesse se marquent d'une manière bien sensible dans les oreilles du cheval, ainsi que l'attention dans celles du chat.

ET MORA.L DE l'hOMME. 289

celle qui est plus particulièrement consacrée à l'exei;cice de l'ouïe. La portion dure , qui est aussi la plus grosse , se répand sur les différentes parties qui en avoisinent l'organe , et il est étonnant que les rameaux de cette portion n'impriment sur la physionomie aucune des affections que l'autre éprouve.

La multitude des relations de la huitième paire avec les différens organes du corps , lui a fait donner le nom de vague ; car elle fournit des rameaux aux muscles de la langue, et s'unit aux nerfs propres de cet organe , ainsi qu'au grand nerf sympathique , dont il sera fait mention plus has : elle en distribue aux autres organes de la voix, aux artères et aux veines voisines , à l'œsophage , aux poumons , au diaphragme; elle concourt avec des filets fournis par le grand nerf sympathique, qu'on appelle aussi intercostal y à former ces, plexus , ou entrelacemens qui embrassent les poumons , le cœur, et lui soumettent ces viscères ; elle se répand sur l'estomac , et contribue à former ce plexus qu'on nomme coronaire; elle communique aussi avec tous ces autres enlacemens ou réseaux particuliet's , dont le grand nerf sympathique fournit les principales ramifications , et qui par conséquent mettent dans sa dépendance la rate , le foie, les reins, les intestins et les organes de la génération. Ces relations si étendues de la paire vague lient le cerveau aux organes les plus essentiels à la vie , y transmettent son influence , lui donnent à lui-même le sentiment des altérations qu'ils éprouvent, et y dirigent son action. Ceux qui nient que

agO FRAGMENT DU SYSTÈME PHYSIQUE

l'âme ait aucun sentiment de ce qui se passe dans nos viscères, n'ont pas observé les vicissitudes rapides auxquelles les tempéramens délicats et sensibles sont sujets. Un mélancolique qui digérait bien son dîne, avait de la gaîté , des idées fraîches et riantes. Son esprit et son visage prennent tout à coup une teinte sombre : que lui est-il arrivé d'extraordinaire? C'est qu'il a bu mal à propos un verre d'eau, qui a dérangé la marche de sa digestion , et que son âme a été avertie sans doute de ce dérangement parla huitième paire de nerfs.

Au nerf vague se joint un autre nerf qu'on nomme spinal , et qui diffère des autres par sa naissance et sa distribution irrégulière. Il est double camme tous les autres , c'est-à-dire qu'il naît des deux cotés de la moelle épinière du cou ; mais, au lieu de se distribuer de suite aux parties voisines , il remonte vers le trou occipital, entre dans la tête et en sort avec la paire vague, avec laquelle il communique, pour se répandre sur ces mêmes parties. Il me semble qu'on ignore encore , ainsi que tant d'autres choses relatives à l'organisation des autres animaux, la raison finale et les effets réels de cette singularité.

Une paire de nerfs encore plus digne d'attention par son origine, son étendue , sa situation et ses nombreuses liaisons , ce sont les nerfs qu'on nomme intercostaux ^ et que Vinslow appelle avec plus de fondement ^r^/zr/j" sympathiques y parce qu'ils communiquent avec presque tous les autres nerfs du corps. Ils s'étendent, un de chaque côté des vertèbres, de-

puis les premières du cou jusqu'à l'extrémité de l'os sacrum qui termine la colonne vertébrale, présentant d'espace en espace , dans leur trajet , des espèces de tubercules qu'on nomme ganglions , et qui servent de point de communication , soit entre les filets nombreux que les différentes paires vertébrales leur envoient, soit entre ces mômes filets et autres émanés des paires cérébrales.

On a beaucoup disputé sur l'origine du nerf intercostal sans décider la question , comme il arrive toujours lorsqu'elle est mal posée, et présentée sous un faux point de vue. Les uns veulent que ce nerf soit produit par une brancbe de la cinquième et une branche de la sixième paire des nerfs cérébraux. D'autres, et principalement Vinslow (i), le regardent comme une branche ascendante d'un nerf de la moelle épinière, qui , montant vers la tête et entrant dans le crâne par le canal osseux de l'apophyse pierreuse des os des tempes, va se joindre aux deux paires auxquelles on attribue sa naissance. Mais ce nerf, si l'on y fait attention , ne ressemble aux autres nerfs ni dans son origine ni dans ses distributions. Il paraît être un composé de tous ; et par conséquent on ne peut pas dire qu'il naisse à un endroit plutôt qu'à un autre. Cependant il appartient plus à la moelle de l'épine qu'au cerveau, c'est-à-dire qu'il reçoit plus de la première partie que de la seconde. Rien ne prouve mieux que ce nerf est presque

(i) Traité des Nerfs, §. 3 69.

un résultat des filets nerveux fournis par toutes les paires vertébrales, qu'une observation de Haller (i). Cet anatomiste a vu le nerf intercostal interrompu à la hauteur de la sixième côte; mais plus bas on en retrouvait un autre formé par les paires vertébrales suivantes , de sorte qu'on peut le considérer comme un cordon étendu le long des racines de tous les nerfs vertébraux qui en fournissent la substance , et prolongé jusqu'au cerveau par les cinquième et sixième paires , pour établir une communication facile et mettre de l'ensemble dans toutes les parties du système nerveux.

Cette idée sur l'usage des grands nerfs sympathiques s'accorde avec l'opinion de M. Meckel (2) sur celui des ganglions si multipliés dans ces nerfs, et que cet anatomiste regarde comme autant de centres où un nerf va se diviser et se mêler avec d'autres , pour réfléchir de là plus commodément ses divers rameaux sur les différentes parties. Quelquesunes des paires des nerfs cérébraux , telles que la cinquième, la sixième et la huitième, offrent aussi des ganglions. Tous les nerfs vertébraux en ont à l'endroit oîi se fait la réunion des deux plans opposés de fibres postérieures et antérieures qui les composent. Mais les anatomisles prétendent que ces ganglions diffèrent de ceux qui , comme autant de

(1) Physiologie , tome IV, page 261.

(2) Mémoirt^ de l'Académie de Berlin, pour l'année 17/49.

ET MORAL BE l'hoMHE. 2()3

nœuds , divisent les grands nerfs sympathiques. Ces derniers sont le fondement d'une hypothèse qui est très-ingénieuse, sans en être pius vraie.

M. Jonhston , médecin anglais , en tire la raison de la différence des mouvemens volontaires et des mouvemens indépendans de la volonté. Il prétend que tous les organes dont les mouvemens ne sont point soumis à l'influence de la volonté , tels que le cœur et les intestins, reçoivent leurs nerfs des ganglions des intercostaux ou sympathiques; de sorte que , d'après cette idée , ces ganglions sont une barrière contre laquelle l'empire de l'âme va se briser. Mais , outre que ce système n'explique point pour-^ quoi un ganglion est un obstacle insurmontable à l'action de l'âme, il porte sur une supposition gra-r tuite , puisque des organes qui tirent leurs nerfs d'un ganglion, exécutent des mouvemens subordonnés à la volonté.

Une autre production des grands nerfs sympathiques a aussi donné matière à des spéculations systématiques. C'est ce cordon (i) formé par la réunion de divers rameaux émanés de plusieurs ganglions ihorachiques ou de la poitrine , qui , après avoir traversé le diaphragme, produit derrière

(i) On appelle ce cordon le nerf intercostal antérieur^ pour le distinguer du grand intercoslal qui le fournit et qui est situé postérieurement ; on l'appelle aussi splanchnique y c'est-à-dire, viscéral , parce qu'il est l'origine de presque tous les nerfs des différens \iscèrcs du basventre.

chacune des doux glandes surénales , un ganglion qui a la forme d'un croissant, et qu'on nomme pour cela sémilunaire ; car ce cordon est double, ainsi que toutes les branches principales des nerfs, conformément à la division du cerveau et de la moelle épinière : et c'est ainsi qu'on doit toujours l'entendre lorsque, dans leur description, on ne nomme qu'une branche , pour ne point répéter la même chose au sujet de la branche correspondante. De chaque ganglion sémilunaire , il part des filets nerveux qui , par leurs anastomoses ou communications réciproques , forment ces plexus où se rendent aussi des rameaux du grand nerf sympathique et de la huitième paire, et qui dominent les divers organes du bas-ventre. On trouve un de ces plexus à l'origine de l'artère mésentérique supérieure ; et c'est ce plexus nommé solaire , que des auteurs ont choisi pour lui faire jouer un rôle important dans l'économie animale. Ils ont prétendu que tous les hommes rares qui ont donné une impulsion particulière au monde par de grandes actions ou par de grands talens , ont dû ce privilège à la manière dont la nature ou les événemens avaient modifié \q.\vc plexus solaire, de sorte que tout ce qui paraît résulter de ce système, c'est de nous apprendre qu'Homère, Alexandre et Platon avaient leur uénie dans le ventre.

La plupart des anatomistes ont expliqué les effets sympathiques que présentent les affections des divers organes par les communications des nerfs, surtout parcelle qui existe entre l'intercostal et la cinquième,

ET MORAL DE l'hOMME. ^qS

la sixième et la huitième paire des nerfs de la moelle allongée. C'est ainsi, par exemple, qu'ils rendent raison de l'éternument qui suit une impression vive faite sur le nez ou sur les yeux; et l'on ne peut nier que quelques effets ne dépendent réellement de la communication immédiate qui se trouve entre certains nerfs. Néanmoins , il s'en faut bien que tous ces rapports intimes et singuliers , qui subsistent entre des organes éloignés, puissent se rapporter à cette cause , comme l'a très-bien observé M. Robert Whytt (i). On voit des organes qui n'ont aucune communication entre eux, être cependant liés par une forte sympathie (2). Tels sont, entre autres , les nerfs de la rétine, qui reçoivent l'impression de la lumière, et ceux par le moyen desquels la pupille se dilate ou se resserre. D'un autre coté, il est évident que beaucoup de parties qui ont des relations entre elles, soit par le moyen de l'intercostal, soit par le moyen d'autres nerfs , ne sympathisent point. Cela prouve que la sympathie peut bien se réaliser par la communication des nerf; ; mais il en résulte que celle-ci n'est point la cause nécessaire de l'autre, et que les rapports sympathiques des organes tiennent à un principe plus caché de l'économie animale. Les dépendances du grand nerf sympathique ou

(i) Traité des maladies nerveuses , cliap. i, §• i4* (52) On appelle sympathie ce rapport de plusieurs organes, qui fait que l'un est affecté par les altérations qui surviennent à l'autre : une blessure du cerveau, par exemple , excite des vomisseraens bilieux.

de l'intercostal sont si étendues , un si grand noml)re de parties sensibles ont des rapports de communication avec lui , que si , à l'occasion d'une impression faite sur une de ces parties , toutes les autres étaient nécessairement affectées , l'ordre de nos sensations serait interverti ; d'où l'on peut certainement conclure que la nature a encore mieux ordonné que les anatomistes les ressorts de la machine animale.

Robert Whytt en a conclu que les organes ne sympathisent ou n'agissent l'un sur l'autre que par la médiation du cerveau; c'est-à-dire que lorsque, par exemple , un objet dégoûtant frappe nos yeux , et occasionne un mouvement convulsif de l'estomac, ce dernier effet n'est point une suite de la communication immédiate des nerfs de ces deux organes , mais le résultat de l'impression faite sur la vue, et transmise au cerveau , qui réagit à son tour sur l'estomac. Il est très-probable que cela s'opère de cette manière, en général, dans tous les animaux d'une structure très-composée, dans tout système de matière organisée, où une partie dominante donne le branle à toutes les autres , et devient le centre de toutes les impressions qu'ils reçoivent , comme le cerveau l'est dans l'homme. Cependant , il n'est pas impossible que des organes , aussi liés entre eux que le sont ceux qui composent un animal, se communiquent leurs affections , et soient unis par des rapports^sympathiques , soit en vertu de leur contiguité , soit par le moyen de leurs émanations spécifiques, capables de pénétrer le tissu cellwhurc ([iii lent' sert île lien

commun f i). C'est sans doute de cette manière que s'affectent réciproquement les parties des corps organisés qui n'ont point de cerveau : car, sitôt que deux parties d'un même être, quelque simple qu'il soit, doivent concourir au même but, il faut qu'elles puissent s'avertir, pour s'adapter et prendre la disposition convenable à cet objet. Quelques naturalistes ont cru déjà avoir observé quelques mouvemens spontanés dans les parties sexuelles des plantes; et les fleurs, qui n'ont jusqu'à présent charmé nos sens que par leur coloris et par leur parfum suave, vont peut-être bientôt nous intéresser encore par leurs affections.

Mais la faculté de sentir, dans les animaux qui ont un point de réunion, des sensations ou un cerveau, semble ne s'effectuer que par le moyen des nerfs. Si on lie ou si l'on coupe un nerf, tous les organes auxquels il se distribue , perdent le sentiment et le mouvement. On fait perdre à volonté la voix à un animal, en lui liant ou coupant le nerf récurrent , qui est une branche de la huitième paire. Cette loi est si générale , qu'on peut regarder comme trèsdouteux les faits particuliers qui paraissent y déroger; et û les exceptions qu'on allègue étaient fondées , elles rentreraient dans la classe des sympathies qui s'effectuent par la contiguilé des parties ; c'est-

(i) On sait que chaque partie du corps a une odeur particulière j de très -fortes raisons portent à croire que cette odeur varie selon les divers étals d'organes ou d'activité que cette pratique peut éprouver.

a-dire que , si la lésion (Viin organe rlepourvu de nerfs (i) nous faisait éprouver de la douleur, il est probable que le cerveau serait , dans ce cas, affecté de la même manière qu'une partie d'un corps organisé qui n'a point de nerfs , l'est par la lésion d'une autre partie. Mais si, dans les animaux constitués physiquement comme l'homme, les organes n'agissent en général les uns sur les autres que par l'entremise du cerveau , l'ordre le plus constant est qu'ils ne sentent que par celle des nerfs. Cependant on ne saurait inférer de là que la faculté de sentir appartienne exclusivement aux nerfs, puisque des classes très - nombreuses d'êtres qui n'ont point ces organes (2), donnent des marques évidentes de sensibilité, de sorte que la loi qui borne la faculté de sentir aux nerfs, n'est que relative à la constitution particulière de certains êtres.

Ainsi le cerveau , la moelle épinière et les nerfs qui en sont un prolongement, sont la puissance qui donne l'impulsion à tout le système animal, et la seule qu'on puisse considérer comme essentiellement active par elle-même. Car , en supposant même que tous les autres organes soient doués d'une sorte d'activité qui leur soit propre, comme les expé-

(1) Plusieurs anaiomistps prétendent que la dure-mère, le périoste, les tendons et les ligamens sont dans ce cas.

(2) Tels sont les zonphytes , les plantes iniineiisex , c'està-dire , qui ont des mouvemcns spontanés , comme la Dio— nœa muscipula, ou attrape -mouche , et les diverses espèces de sensitives.

ET MORAL DE l'hOMME. SQQ

riences qu'on a faites sur ce qu'on appelle irritabilité, paraissent le démontrer, Faction en toutes ces machines vivantes n'en est pas moins subordonnée à celle du cerveau. Il règle, il modifie leurs mouvemens , pour les faire concourir, de la manière la plus avantageuse , au bien commun et à la conservation du tout. Le sommeil même ne les dérobe point à l'influence de ce mobile principal , comme le pense M. de Buffon (i). Le repos que le sommeil amène, ne suspend l'action du cerveau que relativement à l'exercice des sens et de la pensée. Mais cette action subsiste tout entière par rapport aux organes des fonctions vitales , qui ne manquent point de se troubler , et même de cesser , lorsque la correspondance qui est entre eux et le cerveau vient à être interrompue ou dérangée. Une chatte , à qui on lia les nerfs de la huitième paire qui vont au cœur et au poumon , mourut dans le même instant (2). D'ailleurs , il serait difficile de croire que la nature eût répandu en vain une si grande quantité de nerfs dans les différens viscères , (3) quantité qui , en gé-

(i) Discours sur la nature des animaux.

(2) Mémoires de l'Académie des Sciences, année 1706.

(3) On appelle viscères , les organes particuliers el circonscrits qui sont renfermés dans les grandes cavités du corps, comme le cœur et le poumon le sont dans la poitrine , l'estoinac , les intestins , le foie , la rate , les rerns et la vessie dans le bas -ventre. Les organes sont toutes les parties capables de quelque fonction. Winslow, Traité sommaire de toutes les partiesdu corps , §. 26 et 27.

3oO FRAGMENT DU SYSTEME PHYSIQUE

lierai, semble proportionnée à l'importance des fonctions qu'ils remplissent.

Enfin , la partie fondamentale de l'animal doit être celle dont les affections intéressent toutes les autres parties, et qui subsiste le plus constamment dans le plus grand nombre des espèces. Or, on sait l'influence que non-seulement tes lésions du cerveau et de ses dépendances, mais encore les passions et même la seule contention de l'âme, ont sur tout le système organique. Le cerveau et la moelle épinière, ou du moins leur enveloppe , sont la première partie qu'on aperçoit dans l'embryon. C'est celle qu'on retrouve jusque dans les espèces, telles que les insectes , dont l'organisation s'éloigne le plus de celle de riiomme et des animaux qui lui ressemblent par leur constitution pliysique : les sens dont ces espèces sont pourvues supposent même cette partie, quelle que soit sa forme. Cette partie, c'est-à-dire, le centre OLi toutes les impressions que reçoit l'individu vont se réunir, est ce qui caractérise l'animal. Les espèces auxquelles ce point de réunion qui constitue le moi, manque, ne doivent pas être mises danfe la classe des animaux; et l'buîlre, qui n'a ni cerveau, ni nerfs, quelle que soit la ressemblance que ses attributs extérieurs lui donnent avec les animaux, se rapprocbe encore plus des végétaux par ses qualités intrinsèques.

Le cœur est le centre d'un- autre ordre d'organes, dont le domaine est aussi étendu que celui des nerfs. Ce sont les vaisseaux , dont les principaux

ET MOU AL DE l'hOMME. 3oI

troncs s'abouchent avec ce viscère creux qui a son siège dans la poitrine. Les uns qu'on appelle artères , recevant de lui le sang qu'il chasse de ses ventricules, dans le moment où il se contracte, vont, par leurs branches et leurs ramifications innombrables, les répandre dans toutes les parties du corps. Les autres qu'on nomme veines , reprennent ce fluide que les extrémités artérielles leur transmettent, et, par des ramifications, des branches et des troncs à peu près correspondans à ceux des artères , le ramènent au cœur, où il entre dans le moment où ce viscère se dilate.

Ces instrumens de la circulation générale des humeurs ne sont pas tout-à-fait disposés comme les organes du sentiment. Les vaisseaux ne sortent point du cœur ou de leurs troncs principaux, comme les nerfs sortent d|Li cerveau et de la moelle épinière, par branches correspondantes entre elles ou par paires. Cependant ils se conforment, à quelques différences près , à la division générale du corps eu ' deux parties latérales , et à la disposition particulière des organes. Lorsque ceux-ci sont doubles, les artères et les veines le sont aussi. Un seul tronc se distribue et se ramifie clans un organe qui est solitaire ; ainsi, lorsque \ aorte, ou le tronc principal des artères , après avoir donné au cœur et à ses deux appendices deux petits troncs artériels, en partant du ventricule gauche de ce viscère, est parvenue au haut de la poitrine , elle en fournit deux plus gros qu'on appelle carotides , pour les deux parties laté-

raies de la tête. Ils se partagent chacun en deux' branches, dont l'une porte le sang au cerveau par le canal osseux de l'apophyse pierreuse, et l'autre le distribue dans les parties extérieures. Deux autres artères qu'on nomme sous-clavieres , prennent naissance à coté des carotides, et vont, en jetant des branches sur les parties voisines et en changeant de nom dans leur trajet, se ramifier le long des bras.

Mais l'aorte qui , après avoir donné ces branches , se courbe pour redescendre et passer de la poitrine dans le bas-ventre , en traversant le diaphragme , fournit , dans l'étendue de la première de ces deux cavités, de petites branches, qui tantôt sont impaires, telles que \' intercostale 'supérieure , la bronchiale, \ œsophagienne, qui cependant varient beaucoup quant à leur origine et au nombre de leurs branches; et tantôt sont paires, telles que les intercostales inférieures (i). De même lorsque l'aorte est entrée dans le bas-ventre , elle ne donne qu'un tronc commun, qu'on appelle artère céliaque, pour l'estomac , le foie et la rate , auxquels il se distribue par trois branches différentes. Les intestins grêles ne reçoivent aussi de l'aorte qu'un tronc principal, qu'on nomme artère mésentérique supérieure , comme les gros intestins n'ont que la mésentérique inférieure. Mais il y a deux artères pour les reins et deux pour les organes de la génération , parce que les uns et les autres sont doubles ; et l'aorte fait une bifurca-

(i) "NVinslow, Traité des Artères , §. i5.

ET MORAL DE L HOMME. 3o3

tion conforme à celle du corps, pour gagner, sous différens noms, les deux extrémités inférieures.

Les vaisseaux qui reportent le sang au cœur, ou les veines, ne sont pas même exactement correspondans aux artères par leur nombre et par leur direction ; car, à ne considérer que leurs principaux troncs, on voit que le sang qui , en sortant du ventricule gauche du cœur, est reçu dans le seul gros tronc de l'aorte, revient au ventricule droit par deux gros troncs veineux qu'on appelle veines-caves. La circulation en petit que le sang, de retour de toutes les parties du corps, subit dans le poumon, présente les mêmes différences ; il y passe du ventricule droit du cœur par la seule artère pulmonaire, et revient au ventricule gauche par quatre troncs veineux.

Cependant les artères et les veines représentent assez bien deux arbres unis par les extrémités de leurs rameaux et tenant par leurs troncs à un fond commun qui est le cœur; de manière que le sang qui sort par l'un de ces troncs, y revient par l'autre. L'arbre que représente le système nerveux , n'est point double comme celui des vaisseaux; les ner£> qui vont, du cerveau à la moelle épinière, se répandre dans toutes les parties du corps, ne sont point accompagnés d'autres nerfs correspondans qui , de ces parties, retournent au cerveau et à la moelle épinière; car ils n'ont rien à faire circuler, quoi qu^n disent ceux qui supposent un fluide ou des esprits circulant dans les nerfs.

Quoique le système vasculeux et le système ner-

\cux diffèrent par leur disposition comme par leur nature, ils se trouvent cependant plus ou moins liés intimement. Les dernières divisions des vaisseaux s'étendent aussi loin que celles des nerfs, et l'union des unes avec les autres , cimentée par le tissu cellulaire , semble former la substance de toutes les parties. Les vaisseaux et les nerfs pénètrent dans celles dont la consistance est la plus dure. Il n'y a pas jusqu'aux dents qui n'aient chacune une artère, une veine et un nerf.

Les vaisseaux y apportent sans doute les matériaux nécessaires à la nutrition , et la faculté vitale qUi réside dans les nerfs, les façonne et leur imprime le caractère spécifique de chaque animal et celui de chaque organe. Aristote aurait dit que les uns fournissent la matière et les autres la forme. Les artères situées en général plus profondément dans les parties , et formées d'un tissu plus dense , se laissent moins apercevoir aux yeux que les veines, dont la texture plus mince et la situation plus extérieure leur permettent souvent de mêler des traits de pourpre à la blancheur de la peau. Les artères se distinguent aussi des veines par la pulsation , qui est moins sensible et moins générale dans ces dernières. Ce mouvement des vaisseaux , uniforme tant que le corps est dans une assiette naturelle et calme, varie au gré des impressions pliysiques et morales qu'éprouve l'individu. L'irritation d'un nerf produite par une épine , occasionne quelquefois la fièvre ; et la pudeur, qui colore si subitement le visage, fait assez

ET MORAL DE l'hOMME. 3o5

voir combien le mouvement des vaisseaux est subordonné à Tinfluence de l'âme ou des nerfs, qui sont les instrumens de son action.

Cependant il ne faut pas croire que , dans ce cas , les affections qu'éprouvent les nerfs , se transmettent aux vaisseaux par une suite nécessaire d'une communication réelle entre ces deux genres d'organes. Il est probable que cette transmission s'opère d'une manière sympathique; car des observateurs très-habiles , tels que M. l'abbé Fontana , n'ont jamais pu parvenir, malgré les recherches les plus exacte^., à découvrir des nerfs ni des fibres musculaires dans les petits vaisseaux.

Les vaisseaux , à force de se diviser en branches et en rameaux toujours plus petits que leurs troncs, et par une dégradation successive de leur calibre , parviennent enfin à n'être plus que des filières déliées, qui, par leurs circonvolutions et en se pelotonnant, forment, ou du moins concourent à former ces grains plus ou moins sensibles , semés dans les différentes parties du corps, qu'on appelle glandes. Ces grains glanduleux composent la plus grande partie de la substance de certains viscères, tels que le foie , la rate , les reins , etc. C'est là que les humeurs destinées aux divers usages de l'économie animale , s'élaborent : telles sont la salive , la bile et les autres sucs qui servent à la digestion des alimens ; celle qui doit propager l'espèce , la lymphe qu'un système particulier des vaisseaux ramène au réservoir du chyle , pour imprimer sans doute à ce

3o6 FRAGMINT DU SYSTEME PHYSIQUE

résultat do la digestion des alimens un caractère d'animalité qui la fasse admettre sans trouble dans les grandes routes de la circulation du sang. Dans les glandes se séparent aussi des humeurs qui doivent être expulsées du corps , telles que l'urine et l'humeur de la transpiration ; mais c'est aussi dans* ces organes que se trouve une quantité relative de nerfs très-considérable. H paraît que les nerfs sont les instrumens actifs de ce travail des glandes , que les affections de l'âme font languir et dérangent si souvent.

Les rapports que les nerfs ont avec les orgaaies du mouvement, sont beaucoup plus apparens que ceux qu'ils ont avec les organes des sécrétions, soit parce que celles-ci sont une de ces fonctions intérieures de l'animal dont nous n'avons point la connaissance, tandis que la plupart des mouv«mens musculaires sont dépendans de la volonté, soit parce que ces mouvemens se terminant à des effets sensibles , tels que sont nos actions extérieures , ils rentrent dans la classe des objets qui affectent en nous le principe de la connaissance. La nature est capable de produire et produit en effet du mouvement dans toute partie vivante; car l'idée de la vie ne saurait même se séparer de l'idée du mouvement. Mais ce mouvement est insensible dans un grand nombre de nos organes. Il est tel dans toutes les parties des corps organisés qui,comme les végétaux, n'ont point de mouvement progressif, et sont constamment fixés au même lieu.

Quant aux animaux faits pour se transporter d'un

ET MORAL DE l'hOMME. So^

lieu à un autre , et dont certaines parties doivent produire des actions très-marquées , il leur a fallu des organes d'une structure particulière et propres à ces effets. Ces organes sont les muscles. Ce sont des faisceaux de fibres , dans lesquels on remarque une partie blanche et ferme , qui est ce qu'on appelle le tendon du muscle (i), et une autre partie moins dense, et d'une couleur rouge, qu'on nomme proprement \si partie charnue, La première constitue l'extrémité par laquelle le muscle s'attache aux os , et elle est absolument passive. L'autre en est la partie moyenne , et c'est la partie vraiment active du muscle , celle qui , par le raccourcissement spontané de ses fibres , attire le corps ou le levier auquel son extrémité tendineuse est attachée. La structure intime de ces fibres est sans doute plus favorable aux grands mouvemens que les fibres de tout autre genre. Elle nous est inconnue ; mais les muscles ont tant de rapport avec les nerfs , que plusieurs médecins ont regardé les fibres musculaires comme des nerfs mo-

(i) Il était naturel de croire que la partie tendineuse des muscles était de la même nature que leur partie charnue. Celait en effet l'opinion commune des anatomistes : ils croyaient que le tendon n'était qu'un faisceau de fibres rausculeuses , seulement plus rapprochées que dans le muscle. M. l'abbé Fontana ( des Poisons et du Corps animal , tome II, page 21 4) a trouvé que les fibres de l'un n'étaient point une continuation des fibres qui composent l'autre, qu'elles sont unies par une sorte d'engrenure, et que d'ailleurs leur organisation est différente.

3o8 FRAGMENT DU SYSTKME PHYSIQUE

difics d'une manière particulière; et M, Cullen ne fiîit pas difficulté de donner aux muscles le nom ôHexlrémités mouvantes des nerfs, (i)

Les extrémités des nerfs, soit mouvantes, soit sentantes, vont se perdre, ainsi que les vaisseaux, dans ce tissu cotonneux, qui sert de fondement à toutes les parties du corps. On l'appelle cellulaire , parce qu'il est composé de petites cellules qui , communiquant entre elles , laissent flotter en tout sens , et se transporter d'un lieu à un autre , les humeurs que les ramifications collatérales des vaisseaux y versent, et que son caractère spongieux lui permet d'absorber; ce qui rend ce tissu le siège ordinaire de ces dépôts critiques, résultats plus ou moins vicieux des maladies. Bordeu (2) , qui en a si bien décrit les différentes expansions, lui donne le nom de tissu muqueux , parce qu'en effet il ressemble à une substance muqueuse et gélatineuse plus ou moins organisée. Il paraît offrir le premier degré du changement des humeurs en parties solides. Interposé non-seulement entre les différens organes, mais encore entre les fibres dont ils sont composés , il leur sert de lien et de moyen de communication ; il les nourrit et les fortifie, et c'est de lui que dépendent ces modifications accidentelles connues sous les noms de maigreur et ai embonpoint,

(1) Institutions 0/ médecine ,part. I , Ph/siolugy , icct. a , 5. 19.

(2) Recherches sur le tissu muqueujc.

ET MORAL I)E l'iIOMME. Sog

Ce tissu est la matière des membranes qui tapissent les différentes cavités du corps , de celles qui enveloppent les viscères , ainsi que de celles qui , roulées sur elles-mêmes, forment les vaisseaux sanguins et certains conduits , tels que ceux de la bile, des sucs digestifs, etc. Il fournit la plus grande partie de la substance même des nerfs. Enfin , la peau peut être considérée comme une production du tissu cellulaire plus ou moins développé (i). Il met non-seulement beaucoup de différence dans la forme et l'habitude extérieure des individus, mais il constitue encore un des caractères essentiels et généraux qui distinguent les deux sexes. Cette espèce d'organe universel , auquel on refuse la sensibilité (2) , est du moins animé d'un mouvement tonique , qui , le dilatant ou le resserrant dans les impressions du chaud et du froid , et surtout dans les diverses émotions de l'âme, prouve que cette substance a aussi sa manière de sentir particulière.

En faisant l'exposition du cerveau et des nerfs dans l'homme et dans les animaux qui ont un centre de sensibilité, on se trouve faire celle de toutes les autres parties qui sont intimement unies avec eux. En effet, le cerveau et les nerfs tenant à tous les organes , et leur communiquant l'action et le sentiment, ils pourraient être considérés comme un

(1) M. l'abbé Fontana {^des Poisons et du Corps animal, tome II, page 286).

(2) Haller , Mémoires sur les parties sensibles et irritables.

3lO FRAGMENT DU SYSTÈME PHYSIQUE

polype , dont les bras étendus au loin vont faire mouvoir et mettre en jeu diverses machines nécessaires à sa conservation. Les unes sont employées à broyer, à dissoudre les alimens, pour être transformés en ime nouvelle substance ; les autres transportent le résultat de cette première élaboration dans la masse commune des humeurs. Des vaisseaux mobiles s'en emparent et les font rouler vers des viscères, où elles subissent encore divers degrés de dépuration ; ils les font surtout passer à travers ia substance de cet organe important où elles s'imprègnent des quahtés vivifiantes de Tair. Ici, elles deviennent propres à réparer les ressorts qui les mettent en œuvre , affaiblis par leur action même, et à maintenir l'existence de l'individu ; là, elles reçoivent les attributs convenables pour perpétuer celle de l'espèce. Certaines agitations de ce polype sont favorablement disposées pour lui faire apercevoir les objets extérieurs sous leurs difiércns rapports avec nos sens. D'autres expansions , ainsi que des machines puissantes, soumises à son impulsion , le transportent vers ces objets, ou l'en éloignent, selon ce qu'il a à espérer ou à craindre de leur rencontre , les saisissent ou les repoussent par la force.

Tous ces instrumens divers tirent du cerveau et de ses dépendances l'activité par laquelle ils se remontent et résistent à la dissolution à laquelle ils tendent sans cesse par leur nature (i), ainsi qu'à

(i) Les principes cliimiques qui composent la siibslance

LT MORAL DE l'hOMME. 3iI

l'action d'une multitude de causes extérieures qui les menacent continuellement ; de sorte que la durée des corps vivans au milieu de tant de chocs , de secousses et d'agens destructeurs, n'est pas un des moindres phénomènes qu'ils présentent.

anirnale, assemblés, combinés par les puissances de la vie , n'ont entre eux qu'une légère adhérence. Quelques-uns de ces principes , tels que les parties aqueuses et les parties huileuses, ne sont pas même faits pour être unis ; ils ne tiennent l'un à l'autre que par le moyen des matières salines et terrestres qui leur servent d'intermède. C'est de leur combinaison que résulte cet alliage fragile dont nos organes sont formés ; ces principes n'étant retenus ensemble que par un si faible lien, ils tendent sans cesse à se séparer pour se précipiter vers de nouvelles combinaisons; mais la putréfaction , toujours prête à s'emparer des substances animales, en est écartée par l'action vitale, et ce n'est que lorsque celle -ci est affaiblie ou éteinte par quelque cause délétère, que l'organisation s'altère et se détruit. Tout médecin pénétré de celte vérité lira avec étonnement, dans le Dictionnaire de Chimie de M. Maquer ( tome III , page 285 ), que le changement des matières végétales en matières animales se fait par un commencement de putréfaction lente et insensible ; ce qui est un grand exemple du peu de succès des raisonnemens chimiques appliqués à l'économie animale.

3l2 TRAGMKNT DU SYSTEME PHYSIQUE

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