CHAPITRE IV
Des fluides dit corps humain en général , et de leurs rapports généraux avec les solides.
Notre corps n'est pas seulement composé d'organes solides; il entre encore dans sa constitution plusieurs fluides de différente nature, nécessaires à son développement et à la durée de son existence (i). Tels sont la salive , les sucs digestifs et la bile ^ qui sortent delà masse du sang pour y rentrer, du moins en partie, après avoir servi à la préparation du chyle , qui doit renouveler toutes les autres humeurs : tels sont la lymphe , qui développe , entretient et répare nos organes; la liqueur sémJnale , destinée à perpétuer l'espèce; les sucs gras , qui facilitent le jeu et le mouvement des parties; enfin les humeurs excrémentitielles qui les corrompraient si la nature ne prenait un soin continuel de les éloigner par les voies de latransjnralionet pard'autres émonctoires.
(i) L'agrégation des corps organises et même de ceux qui ne le sont point , ne s'opère que par les parties insensibles lU* la matière. Us ont été fluides avant de prendre une forme solide ; leur accroissement ne se fait que par l'entremise d'un fluide, et, à cet égard, une montagne même ne se forme pas îiulreinciit (in'un'î mousse.
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La source commune de toutes ces différentes humeurs est le sang, qui, dans le cours de sa circulation , les verse dans leurs organes sécrétoires respectifs. Elles y reçoivent , sans doute par l'action vitale que la nature exerce dans ces organes, de nouvelles modifications et des qualités si particulières qu'elles rendent ces fluides étrangers à la masse même du sang dont ils émanent; car si quelques-uns d'entre eux, tels que la bile, le lait, etc., y sont reportés par quelque mouvement irrégulier, ils y deviennent un principe de maladie.
Je bornerai ici mes considérations au sang proprement dit , pour parler des humeurs particulières qu'il fournit, lorsque je traiterai des sécrétions.
La masse du sang ne doit pas être considérée simplement comme un réservoir passif des sucs nourriciers ; elle semble encore être une partie nécessaire d'un tout qui ne peut subsister que par son ensemble et par l'harmonie de ses parties constitutives. Si on lie les artères qui se distribuent à une partie du corps , les nerfs de cette partie perdent aussitôt la faculté de sentir. Dans ce cas, les rapports sympathiques qui unissent ces deux ordres d'organes, et qui assurent l'exercice de leurs fonctions, sontsans doute intervertis. La prompte défaillance qui suit une évacuation considérable de sang, manifeste un défaut d'équilibre entre les parties , qui porte le trouble dans toute l'économie animale , et déconcerte toutes les puissances de la vie. On ne saurait attribuer avec fondement cet effet à la privation instantanée des
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SUCS réparateurs que les parties souffrent. Il est bien plus vraisemblable que le sang exerce à leur égard une sorte d'antagonisme qui les soutient, et leur rend la présence de ce fluide nécessaire (i). Elle semble être moins essentielle dans certains animaux, tels que les grenouilles , qui peuvent perdre tout leur sang sans perdre la vie, tant il y a de variété dans la manière dont le principe vital est affecté , selon les différens ordres d'êtres.
Le sang est encore un moyen de réaction que la nature oppose aux causes qui la blessent. Lorsqu'une partie est stimulée par quelque corps, aussitôt un torrent de sang ou d'humeurs, qui en dérive, est dirigé contre ce corps , comme pour le repousser et l'entraîner loin de l'organe que sa présence irrite.
On s'est attaché de toutes les manières , depuis quelque temps , à connaître la composition matérielle du sang. La voie d'examen la plus simple, et peut-être la plus sûre , est la séparation spontanée de ses parties constitutives. Le sang paraît, au premier aspect , un fluide homogène ; abandonné à luimême, lorsqu'il a été tiré d'un vaisseau, il prend, par le froid et le. repos, une consistance solide et uniforme ; mais il se divise bientôt en plusieurs .substances distinctes. Les plus remarquables sont une partie solide, rouge, qu'on appelle le caillot, et une
(l) Aussi les hommes ont - ils tellement lié l'idée de la -vie avec celle du sang , qu'ils ont quelquefois place le siège do l'âme dans ce fluide. {^Dcutèronome , chap. 22.)
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sérosité jaunâtre qui reste fluide , et dans laquelle la partie solide surnage. Celle-ci n'est presque qu'une substance glutineuse qui devient blanche lorsque , par des lavages réitérés, on en sépare la partie rouge. Ce gluten, que quelques-uns ont appelé la partie Jibreuse du sang , est quelquefois si apparent , comme dans le sang des pleurétiques , qu'il forme une espèce de membrane qui en recouvre la surface , membrane qu'on peut faire artificiellement en battant le sang avant qu'il soit figé, avec une petite branche, à la manière de Ruisch , ou en l'agitant dans une bouteille , comme a fait plus facilement Dehaen.
La sérosité du sang ne contient pas sensiblement de matière glutineuse; mais elle se coagule comme le blanc d'œuf, à une chaleur beaucoup moindre que celle de l'eau bouillante.
Le sang présente aussi , lorsqu'il est mêlé à l'eau, une substance gélatineuse, qui ne se coagule point par la chaleur, et qui répond à la partie muqueuse des végétaux dont elle manifeste le caractère, en ce que sa fermentation passe sensiblement par l'acide avant d'arriver à la putréfaction , au lieu que la partie coagulable se putréfie , selon Bucquet , sans donner des marques d'acidité. Cette partie gélatineuse ou muqueuse du sang est celle que les alkalis teignent en rouge dans le lait. Cette expérience connue de Boerliaave, sur le lait, a été la source de l'illusion qui a fait croire à quelques chimistes qu'ils parviendraient à faire du sang, comme si l'essence de ce fluide consistait à n'avoir qu'une couleur rouge,
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La partie muqueuse du sang se trouve dans le caillot et dans la sérosité. Les divers degrés de fermentalion dont ces diverses substances sont susceptibles , ainsi que leurs autres propriétés , font voir qu'elles ne sont pas toutes également animalisées. Celles qui ont été nouvellement fournies par le chyle, et qui en sont le résultat le plus voisin , doivent encore se ressentir de ses qualités, et n'avoir pas encore au suprême degré ce caractère d'animalité qu'ont celles qui ont long-temps circulé dans les vaisseaux. Il doit y en avoir qui ayant été détériorées par le mouvement , comme dans les animaux qui ont longtemps supporté la faim , sont plus ou moins altérées, et prêtes à échapper à l'influence conservatrice du principe vital.
L'alkali libre que Rouelle a trouvé dans le sang , est peut-être le résultat de cette détérioration ; car on peut mettre au nombre des principes évidens contenus dans ce fluide , cet alkali libre qui , dissous dans la sérosité, se manifeste au goût par une saveur salée. Rouelle a démontré que c'était l'alkali marin , étant parvenu à en faire du sel de Glauber, en le combinant avec l'acide sulfurique.
Il est une partie du sang qui est encore inconnue, c'est cette matière halitueuse, sensible à l'odorat qui, s'en exhale lorsque le sang est récemment tiré d'un vaisseau , et dont l'évaporation lui fait perdre une partie de son poids.
Un principe constitutif du sang plus apparent, sans que sa nature en soit plus connue, c'est celui
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qui le colore en rouge. M. Mengliini (i) croit que cette couleur dépend des parties ferrugineuses contenues dans le sang. Cette opinion est très-incertaine, quoiqu'on l'appuie sur des inductions tirées des effets salutaires du fer dans les pâles couleurs. Ces effets sont plus vraisemblablement la suite d'une augmentation de ton que le fer produit dans les fibres de l'estomac , et que cet organe communique à tous les autres, en vertu de la relation sympathique qui est entre eux.
Le for donne sans doute de la fermeté a la fibre animale, comme à celle des végétaux dans lesquels cette substance métallique se trouve ; mais la couleur rouge, ainsi que les autres propriétés du sang, tient à l'intensité des forces vitales. Le sang pâle et décoloré d'une personne flegmatique et valétudinaire s'avive et prend de la couleur, à mesure qu'elle se fortifie avec ou sans l'intervention du fer. La seule action vitale développe dans le poulet la couleur rouge du sang , qui n'existe point avant l'incubation.
Le principe matériel de cette couleur est peut-être celui qui, selon Meyer, donne de la causticité aux alkalis, que ceux-ci transmettent au lait dans l'expérience citée de Boerhaave , et que les acides lui enlèvent. Ce principe est celui qui colore les fleurs, surtout la poussière de leurs étamines, et le jaune de l'œuf; c'est, en un mot, la matière de la lumière et du feu que M. Opoix regarde avec vraisemblance
(i) Mémoires de l'Institut de Bologne^ tome III.
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comme le principe de toutes les couleurs. Il s'incorpore avec toutes les substances, et s'accumule surtout dans les corps organisés, sous la forme d'huile ou de graisse , pour des usages relatifs à leur genre d'existence. On croit en effet que la partie du sang qui contient le plus de phlogistique est la partie rouge ; et si le fer contenu dans le sang se trouve principalement uni à la partie colorante , c'est sans doute en vertu de la grande affinité du principe inflammable avec cette substance métallique.
La médecine n'a pas tiré un grand avantage des recherches des chimistes sur le sang, soit parce que ce fluide, déjà dénaturé lorsque la chimie s'en empare , se dénature encore plus dans les opérations auxquelles elle le soumet, soit parce que la manière dont le chimiste considère le sang n'a presque aucun rapport direct avec les notions qui doivent guider le médecin. Le premier fait voir que le sang contient de l'eau , de l'huile , différens sels , du fer, etc. ; mais la proportion dans laquelle ces principes doivent être, nous est inconnue; et, quand même on la connaîtrait , on n'a aucun moyen direct de la rétablir lorsqu'elle se dérange. La composition du sang est l'ouvrage du principe vital dont les seules affections sont l'objet de la médecine.
Les observations microscopiques des physiciens n'ont pas été moins stériles. Indépendamment de l'illusion à laquelle elles sont sujettes par leur nature , comme elles n'ont guère de rapport qu'à la fluidité du sang , elles nous laissent dans une parfaite igno-
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rance sur les attribuls- de ce fluide. Leuwenhoëck crut y voir des globules de différens ordres de grandeur. Selon ce physicien, les globules rouges, qui sont les plus gros , sont composés de six globules jaunes ou blancs plus petits , qui forment la lymphe ; ils se séparent facilement, s'allongent, deviennent ovales , pour s'adapter au calibre étroit des petits vaisseaux , et reprennent ensuite leur forme sphérique. Chaque globule de la lymphe contient à son tour six autres globules d'un troisième ordre, qui constituent le chyle et le lait , et chacun de ces derniers peut se diviser eu six globules d'un quatrième ordre. Il est probable que la fluidité des corps tient à la figure sphérique de leurs parties intégrantes qui, ne se touchant que par un point, tirent de cette disposition mécanique la mobilité qui fait l'essence des fluides. Ces parties , qu'on ne peut apercevoir dans les fluides limpides et transparens , ne deviennent sensibles que lorsqu'elles sont colorées, comme dans le sang et dans le vin; car on en voil aussi dans cette dernière liqueur. Il est d'autant plus vraisemblable que les globules du sang n'ont de rapport qu'à son état de fluidité, que ceux qu'on voit dans le sang de différens animaux, ont exactement la même forme et le même diamètre. Cependant il n'est pas douteux que ce fluide ne diffère beaucoup , selon les espèces et les individus, par des qualités qui échappent à nos 'sens.
Dans des lettres attribuées à M. le professeur Rosa, médecin de Modène, on prétend que le sang est la
plus petite partie du fluide qui coule dans les artères, et qu'elles sont remplies par une vapeur élastique , animale, fournie par l'air que l'animal respire, et mêlée avec une très-petite partie de sang véritable. L'auteur fonde son opinion sur l'expérience suivante. Si on lie le tronc et les ramifications d'une artère , et qu'après avoir séparé la partie comprise entre ces ligatures, on la mette sous le récipient de la machine pneumatique, elle se dilatera considérablement. Il est difficile d'admettre les conséquences trop étendues que l'auteur de ces lettres tire de cette expérience , et dont il se sert pour expliquer la plupart des phénomènes de la vie. Il semble que tout ce qu'on en peut conclure, c'est que le sang contient une grande quantité d'air : ce que Haies avait démontré , en faisant voir que le volume de cet air égale trente fois celui du sang. Mais ce fluide a cela de commun même avec les corps les plus solides. L'idée de la solidité est en général celle qui nous est la plus familière ; elle plaît à notre âme , parce qu'elle nous fait concevoir celle de la durée. Néanmoins, dans le fond, les corps les plus durs , ceux qui résistent le plus à leur destruction , ne sont que des simulacres passagers, des modifications accidentelles que le temps fait évanouir. Ces corps peuvent même, dans un instant, se réduire en une vapeur légère , si on les livre aux agens énergiques qui sont en notre disposition, tels que le feu et les acides minéraux.
Ces diverses considérations physiques sur le sang n'ont point contribué aux progrès de la médecine.
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Elle se sert encore plus utilement de la doctrine ancienne des tempéramens. M. Piquer a beau dire que les différentes dispositions du sang dont on les fait dépendre ne sont que des intempéries; qu'importe , si ces intempéries constituent un état permanent? On n'entend, en effet, par le mot tempérament qu'une manière d'être constante et habituelle qui modifie toutes nos affections, et leur donne un caractère particulier.
Selon Stahl , elle tient à la constitution intime non-seulement des fluides, mais encore des solides, et peut-être d'une certaine disposition naturelle ou acquise du principe actif qui anime les uns et les autres. Cet auteur a exposé d'une manière très-ingénieuse les divers effets qui peuvent résulter de certains rapports entre la consistance des humeurs et la texture des solides , ou le calibre des vaisseaux dans lesquels elles circulent. Le tempérament sanguin est caractérisé par des solides d'un tissu spongieux, et par un sang riche et délié qui peut y circuler librement. On reconnaît ce tempérament à des membres charnus, à un visage plein et à un teint fleuri. Si, avec la même constitution des sohdes, le sang, au lieu de molécules actives et rouges, contient une trop grande quantité relative de principes aqueux et froids, il en résulte un tempérament flegmatique, qu'un ton de chair lâche et une couleur pâle rendent toujours sensible. Le caractère moral affecté k chaque tempérament dérive de la facilité plus ou moins grande avec laquelle les humeurs
coulent dans leurs vaisseaux, et par conséquent de la régularité plus ou moins grande avec laquelle les fonctions vitales s'exécutent. Si elles se font avec aisance, Taine en conçoit un sentiment de sécurité qui se marque dans toutes les actions morales de l'individu. Aussi ceux qui sont doués du tempérament sanguin , qui est celui ou les fonctions s'exécutent avec le plus de facilité, sont -ils en général d'un caractère gai , franc et décidé.
Au contraire , l'exercice difficile et pénible de ces fonctions , comme il l'est dans le tempérament flegmatique, réduit à un état d'indolence qu'on porte dans la conduite ordinaire de la vie. Un homme flegmatique est presque indifférent pour tout , parce qu'il sent qu'avec des organes sans consistance il ne peut presque rien; car les parties aqueuses, qui les humectent continuellement, leur ôtent le ressort et la force nécessaire aux grands mouvemens.
La méfiance et la timidité caractérisent le tempérament mélancolique, parce que, quoique les vaisseaux qui forment le tissu des solides dans ce tempérament, soient amples et d'un calibre spacieux, la nature craint toujours que les humeurs qui y sont excessivement épaisses et lentes, ne perdent leur aptitude à circuler, et ne subissent tôt ou tard une stagnation funeste : ce qui dçmande de sa part une sollicitude continuelle qui déborde sur les actes extérieurs de l'individu. On reconnaît ce tempérament à une teinte rembrunie, et h une maigreur occasionnée par le resserrement des solides, et surtout par
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ranéantissemcnt ou le rapprochement excessif des lames du tissu cellulaire.
* La texture des solides propre au tempérament bilieux, est compacte et serrée, comme dans le tempérament mélancolique, avec cette différence que le calibre des vaisseaux y est moins grand. Mais le sang y étant très-fluide et très-mobile par la grande quantité de matière phlogistique ou de parties actives qu'il contient, y circule avec rapidité, et toutes les autres fonctions s'y exécutent avec une promptitude que les personnes qui ont ce tempérament mettent dans toutes leurs actions : l'audace est la qualité distinctive de ce tempérament. Quoique ceux auxquels il est propre soient maigres , la couleur de leur visage est cependant vermeille et vive.
Cette théorie a l'avantage d'être fondée sur des rapports sensibles, et sur cette observation générale que nos penchans , nos mœurs et nos goûts sont subordonnés, jusqu'à un certain point, à la disposition physique de nos organes. En effet, qui n'a point aperçu combien ces modifications passagères que les élémens , les saisons, font éprouver à notre corps, altèrent l'état actuel de notre âme? Quel est le mortel assez heureux pour n'avoir jamais senti l'influence qu'une digestion facile ou laborieuse a sur la partie morale de son être ; dont l'esprit sait conserver sa sérénité au milieu d'une atmosphère chargée de vapeurs; qui peut exister isolé, détaché du monde sensible, et rester toujours inaccessible aux orages qui agitent la frêle machine?
On doit sentir que les quatre tenipéraniens qu'on vient de décrire peuvent se nuancer et se combiner d'une manière infiniment variée. Les diverses cir* constances où les hommes se trouvent placés, telles que l'exercice des différens arts , les divers genres de vie , les habitudes , les maladies , peuvent nonseulement altérer la forme primitive de ces tempéramens, mais encore introduire dans beaucoup d'individus des dispositions extraordinaires etsingulières qui modifient leur caractère naturel. Une indigestion a quelquefois donné pour toujours une antipathie invincible pour un aliment qu'on prenait auparavant avec délices. Les faits de ce genre étant des objets d'observations particulières, ils ne doivent pas entrer dans le plan de cet ouvrage.
Mais une des impressions les plus générales et les plus profondes que les hommes éprouvent , c'est celle qui leur vient du sol et du climat auxquels la nature les a attachés. Cette cause , toujours présente et toujours active, les empreint, ainsi que les plantes, de caractères ineffaçables. Un Chinois diffère autant d'un Européen que les végétaux d'Europe diffèrent de ceux de la Chine. La plupart des plantes de l'Amérique ont, comme ses habitans naturels, des formes, un port et une physionomie qui leur sont propres. Par le mot climdt, on ne doit pas entendre ici, comme en géographie, la simple latitude d'un pays , mais encore sa position relativement aux vents et à l'aspect du soleil, ainsi que les qualités du sol; car, sous la même lalitude. la température de
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l'air et les autres causes naturelles qui modifient les êtres vivans, peuvent varier beaucoup. Cette variété est surtout très -sensible clans les pays dont le sol est inégal , tels que les chaînes des montagnes. J'ai été dans le cas de l'observer dans celles des Pyrénées. Rien n'est plus curieux que de voir combien ses habilans , même ceux qui ne sont qu'à la distance d'une lieue les uns des autres , diffèrent entre eux , non-seulement par des nuances légères, mais par des traits marqués et caractéristiques. Les uns sont actifs, agiles, et ont la taille élevée; les autres sont plus petits, ou, avec la même taille, ont moins .de "vigueur et d'énergie ; ici , ils ont de la fraîcheur et le teint fleuri ; là , c'est une peau terreuse et décolorée. Ils diffèrent aussi par les mœurs, l'accent de la voix et le langage ; et il n'y a peut-être pas deux villages qui aient exactement le même idiome. L'uniformité de la Tartarie , qui est une espèce de montagne plate, produit des effets moins variés, et donne aux différens peuples qui occupent une si vaste éten- . due de pays, des rapports de traits et de mœurs qui ont frappé tous les voyageurs.
Personne n'a mieux observé qu'Hippocrate l'influence que le climat et les saisons ont sur la constitution physique et morale de l'homme , et le passage de son Traité de aère , aquis et locis , où il expose les effets de cette influence sur les différens peuples de l'Europe , de l'Asie et de l'Afrique , n'est point un de ces textes vagues qui se prêtent à toutes les interprétations, et dont par conséquent on puisse
abuser. Il trouve dans la température et la position des pays qu'ils liabitent , la cause de la différence de leurs mœurs et de leurs gouvernemens; il fait voir qu'une température presque toujours égale donne aux Asiatiques un caractère de stabilité qui se retrouve dans toutes leurs institutions; tandis que les Européens, au contraire, semblent participera l'agitation d'une atmosplière qui varie sans cesse, et dont les brusques et fréquentes altérations entretiennent dans les esprits une inquiétude qui développe leurs facultés naturelles. Hippocrate montre l'esclavage chez les uns et la liberté chez les autres, comme les fruits naturels des climats qu'ils habitent. A la mollesse des Asiatiques , que la douceur du climat rend peu propres à la guerre , et retient dans les chaînes du despotisme, il oppose l'état libre et le caractère belliqueux des Sarmates, peuple d'Europe qui habitait ime région plus froide. « Les femmes , )) dit-il , chez ce peuple, vont à la guerre, montent » à cheval et tirent de l'arc; elles n'ont le droit de se » marier qu'après avoir terrassé trois ennemis. » C'est ainsi que chez les anciens habitans des îles Baléares, les enfans n'obtenaient leur déjeuner qu'après l'avoir fait tomber d'un lieu élevé , à coups de fronde. Ce qui prouve que ce grand aperçu d'Hippocrate sur les peuples anciens est une de ces vérités puisées dans le sein de la nature, qui est toujours la morne , c'est que les nations qui habitent aujourd'hui les pays qu'il décrit , nous offrent encore les traits de leurs anciens habitans, plus ou moins altérés par dos causes
accidentelles. La permanence des usages est ce qui caractérise encore les Asiatiques. Les Persans modernes ont presque la même manière de vivre que les Persans du temps de Cyrus. La vie paisible, simple et uniforme des Arabes du désert, ramène notre imagination charmée sur ces temps antiques , embellis des vertus des patriarches ; tandis que les Européens , nos contemporains , en butte à la légèreté de leurs mœurs et à la mobilité de leurs goûts, lui offrent l'image terrible de toutes les passions en mouvement.
On a reproché à Montesquieu de n'avoir pas cité Charron, qui, dans son livre de la Sagesse, parle de l'influence des climats d'une manière assez détaillée. Ce reproche est d'autant moins fondé , que cette idée n'appartient point à ce dernier, et que lui-même n'a pas indiqué la source où il l'a puisée. Le germe de toutes les vérités philosophiques présentées par les modernes sur les effets du climat, se trouve dans les anciens; mais les médecins peuvent revendiquer ce système avec d'autant plus de raison , qu'Aristote n'en a parlé qu'après Hippocrate, Il se trouve assez développé par Galien , et encore plus dans X Examen des Esprits , ouvrage du médecin Huarte(i). Montesquieu lui a donné peut-être
(i) Selon cet auteur, et l'opinion commune, les peuples du Nord ne brillent point par l'éclat d'une imagination vive et féconde. L'un et l'autre sont contredits par un écrivain aussi célèbre par son génie que par ses vertus , qui pense
trop d'étendue , et Ta appliqué à des cas auxquels il ne s'appli(|ue point; mais d'autres écrivains ont encore plus de tort en lui contestant la vérité de ce système, qui est incontestable. On lui a objecté que des peuples que le climat semblait appeler à la liberté, sont dans l'esclavage politique, comme s'il avait prétendu que le climat seul détermine la nature des gouvernemens ; et de ce que l'influence du climat n'a pas toujours son effet, on a conclu qu'il n'influe jamais. Les médecins plus instruits des lois de l'organisation, seront toujours convaincus qu'il y
que la perfection de l'homme est le résultat de la seule éducation. Mais le principal défaut de cet écrivain est d'ériger toujours en principes des faits particuliers. De ce que le Nord a produit une fois un homme d'une grande imagination , il ne s'ensuit pas que ce pays soit naturellement aussi fertile en pareils hommes que les pays du Midi. Qui oserait avancer que le sol de la Provence n'a pas des qualités aussi productives que la Laponie , parce qu'on aurait dans celleci fait venir, par des moyens artificiels , des fruits qui sont propres à l'auiie ? il n'est pas douteux que les fruits du génie, dans certains climats , n'aient besoin , comme les orangers , de fourneaux et de serres , c'est-à-d're , d'efforts qui sont moins nécessaires dans des climats plus heureux. M. de Volney , dans sou Voyage en Syrie ctcn Egypte, rapporte que, dans cette dernière région, les melons de Malte dégénèrent en peu de temps , et que les Mameloucks, nés au pied du Caucase , ne peuvent point s'y propager. Malgré celte observation , la plus forte peut-être qui ait été faite en faveur du système des climats , M. de Vohiey cependant nie leur influence sur l'homme : en cela il ressemble à ceux qui niaient le mouvement en se promenant.
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a des peuples qui , par la nature du climat qu'ils habitent , par la manière dont la nature agit sur eux , par la nature des alimens dont ils se nourrissent , et par une multitude d'autres causes locales, sont plus ou moins disposés à un tempérament qu'à un autre; que par conséquent , ils doivevit être plus ou moins actifs, plus ou moins courageux, avoir des passions et des besoins que d'autres n'ont pas-, et, comme le législateur a toujours égard à ces diverses dispositions , avoir une législation relative aux circonstances physiques dont ils dépendent.
On peut présumer que les causes physiques qui modifient si puissamment les corps organisés dans les divers climats, ont une action directe sur le sang et sur les humeurs, et par leur moyen, sur le principe d'activité qui meut nos organes. Mais comme la constitution du sang et des humeurs paraît absolument soumise à l'empire de ce principe, c'est sans doute par les impressions qu'il reçoit lui-même directement, et qu'il leur transmet, que leur état est principalement modifié.
La persuasion ou l'on est, que c'est des parties solides que l'être sensitif tire son caractère , et que le principe d'activité qui donne le mouvement aux corps organisés, réside dans ces seules parties, fait regarder communément les humeurs comme absolument passives et mortes. Il est vrai qu'il est aisé de concevoir dans un fluide un mouvement intestin qui change la disposition relative de ses parties constituantes, et par l'effet duquel certaines particules se
portent d'un endroit de ce fluide dans un autre ; mais notre esprit se refuse à l'idée d'un mouvement progressif spontané dans la totalité de ce fluide. Ce dernier mouvement ne peut avoir lieu qu'à l'aide de certains points d'appui alternatifs, et l'usage de ces points d'appui suppose, dans les parties du corps qui se meut , une continuité que les parties des fluides n'ont point; car si elles l'avaient , elles ne seraient plus fluides. Elles perdent leur être spécifique, lorsque quelque cause accidentelle les rapproche et établit entre elles quelque adhérence , telle que celle que le froid produit entre les parties de l'eau, ou celle que le simple contact de l'air opère entre les parties du sang extravasé.
Il est incontestable que les fluides, pour parcourir les différentes régions d'un corps organisé, ont besoin des secousses successives des parties solides, et que celles-ci sont les vrais instrumens actifs de la circulation générale des humeurs. Mais serait-ce une raison concluante pour refuser aux fluides tout degré de vitalité, et les supposer entièrement dénués de forces actives? Ils doivent devenir solides, en s'assimilant aux diflerens organes; on peut concevoir par conséquent qu'ils n'ont pas toujours une égale dis- ])osition à s'animaliser , qu'il est des temps où les humeurs sont plus vitales , plus organiques que dans d'autres; que celles du vieillard ne doivent pas l'être au même degré que celles de l'adulte et de l'enfant, et ([ue, du sentiment intime que la nature a sans doute de ces différcns élats des humeurs, il doit ré-
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sulter divei-.es modifications dans la manière d'être soit physique , «^oit morale de chaque individu.
Les expériences et les observations des médecins et des physiciens de «u» siècle autorisent à admettre dans les humeurs des pi-ncipes et des rapports de vitalité qui les rendent susceptibles des affections propres aux corps organisés. Selon M. fabbé Fontana (i), lorsque certaines substances vénéneuses viennent à toucher le sang d'une manière immédiate , et sans affecter aucun nerf, aucune partie solide , l'animal éprouve une douleur extrême , le sang change de couleur et de consistance , et forme des concrétions dans les différens vaisseaux. Ce fait ne saurait rentrer dans la classe des phénomènes physiques ou chimiques; dans ce cas, il faut nécessairement que le principe de la vie soit affecté d'une manière sympathique par l'altération survenue dans le sang; car il n'entre en général , dans la structure des vaisseaux , ni fibres nerveuses , ni fibres musculaires , par lesquelles ce fluide puisse transmettre ses impressions au principe sentant. Le sang paraît même soumis à l'empire de l'habitude, qui n'a de l'action que sur les êtres sensibles ou organisés; il paraît avoir, comme eux, la faculté de répéter les mouvemens qui lui ont été une fois imprimés. Une expérience d'un médecin italien , rapportée dans le Journal de Médecine, tend à le prouver. Ce médecin ayant ap-
(i) Traité sur les Poisons et les Corps animés , tome I , page 169.
pliqiié à l'artère crurale d'un veau un witestin de poulet, et l'ayant séparé de l'artère après l'avoir rempli de sang, ce fluide continua pendant quelque temps dans ce vaisseau étrano<?r les oscillations régulières qu'il exécutait daps ses vaisseaux naturels. Le phénomène que présente un pareil mouvement du sang, paraît d'rtbord incompatible en général avec la nature des fluides , dont les parties constitutives sont supposées n'avoir aucun degré de cohésion entre elles; mais, en examinant particulièrement le sang, il est aisé de voir que les parties qui le constituent ne doivent point être considérées comme absolument isolées et telles que sont celles des fluides ordinaires; que des rapports dans lesquels se trouvent la substance membraneuse , la partie coagulable , la partie muqueuse , l'eau et les autres principes qui le composent, il résulte un mixte d'une consistance qui, en variant au gré des impulsions du principe vital et de la chaleur qui l'anime , le rapproche tantôt de la nature des véritables fluides, et tantôt l'assimile aux corps solides. Le sang hors de ses vaisseaux est dans ce dernier cas. On pourrait comparer le sang aux parties de certains végétaux , qui ne sont en apparence qu'une simple gelée , capable d'exécuter des mouvemens spontanés , et des actions semblables à celles des animaux (i). Cet état
( I ) Le valisneria est dans ce cas ; ses fleurs ne sont qu'une gelée épanouie et colorée de diverses couleurs , qui s'éloigne et se rapproche du cor{)S de la plante par des mouvemens spontanés.
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du sang le rapproche de la nature des organes solides y et le rend peut-être, jusqu'à un certain point, irritable comme eux. Le célèbre Bordeu lui donne le nom de chair coulante (i) , et c'est l'expression la plus propre à caractériser un fluide que quelques degrés ultérieurs de coalition , déterminés et dirigés par les puissances vitales , vont bientôt transformer en organes solides.
Quoique le sang soit la source commune de toute la matière nutritive que la nature emploie à l'entretien et à l'accroissement des différens organes , ceux qui conservent la trace la plus sensible de ce fluide, remarquable par sa couleur rouge , sont les muscles ; c'est au sang que ces parties , qu'on appelle proprement charnues , doivent leur volume, leur éclat et leur force. Les muscles des animaux qui ont souffert une perte considérable de sang, sont affaissés, décolorés et sans vigueur. Cependant , s'il est des cas où le principe de la vie semble devoir son énergie à la présence du sang, il est plus ordinaire que ce fluide emprunte ses qualités des diverses dispositions de ce principe actif; il semble lui devoir tout, jusqu'à sa couleur. En effet , la couleur du sang a beaucoup de rapport avec l'état des forces vitales; ce fluide est décoloré, dissous, lorsqu'elles sont languissantes : c'est ce qui a lieu dans les pâles couleurs, dans les maladies oii le principe de la vie est immédiatement affecté par l'impression d'un miasme
(i) Analyse médicinale du sang.
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délélère. En rétablissant alors le ton affaibli îles organes , on rend au sang ses qualités naturelles. Celte disposition des choses est très-avantageuse à l'art de guérir, qui a bien plus de prise sur les parties solides de notre corps que sur ses fluides.
J'ai laissé entrevoir plus haut quelle peut être la cause matérielle de la couleur du sang; mais son principe efficient paraît résider dans la puissance vitale. C'est lorsque cette puissance est développée par l'incubation , que la couleur rouge commence à se faire apercevoir dans les liqueurs du poulet. M. l'abbé Spallanzani Ta vu se former dans le réseau ombilical; observation qui prouve que les humeurs j pour se changer en sang, n'ont pas besoin de l'action du poumon , où Boerhaave plaçait le siège de la sanguification.
Ainsi, toutes les causes qui peuvent altérer les puissances de la vie, peuvent, par contre-coup, changer ou dénaturer la constitution du sang et des humeurs qui en dérivent. Cette disposition singulière qu'ont les fluides à se mettre à l'unisson avec les parties solides , et à prendre leurs différens caractères , selon les diverses causes qui affectent ces derniers , peut faire concevoir l'action des agens qui modifient les êtres organisés, tels que l'âge, le sexe, le climat , les saisons , les causes des maladies épidémiques. Ces divers agens, en imprimant aux parties solides du corps vivant différentes manières d'être, j)roduisent des changemens analogues et correspondans dans le sang et les autres iluidcs soumis à l'iu-
fluence de ces parties. Ce degré moyen de cohésion , qui lie les parties constitutives du sang, peut donc \arier, en suivant tous les écarts successifs par lesquels les parties sensibles peuvent passer depuis ce point 011 les humeurs , riches de toutes ces propriétés vitales, sont profondément pénétrées de cette vertu plastique qui les rend propres à s'organiser facilement, jusqu'à cet état de dissolution oii,tlénuées de toute activité , elles sont inhabiles à réparer les pertes du corps , à cicatriser les plaies , et même à maintenir l'existence de l'individu.
Mais parmi les causes capables de produire, dans la constitution du sang et des humeurs , les altérations les plus promptes et les plus marquées , il n'en est pas de plus puissante que Tétat d'orgasme et de convulsion des parties sensibles. On trouvera peutêtre la raison de ce phénomène dans l'exposition que je ferai , par la suite, des effets de l'imitation. Il me suffit ici de rapporter les faits qui peuvent faire entrevoir les changemens que l'influence du principe vital peut opérer dans les fluides. Stalil (i) a vu le sang d'une jeune femme qu'on saigna pendant un paroxisme d'épilepsie , absolument coagulé, réduit à un état solide , et assez imitatif de la roideur qu'un accès d'épilepsie donne aux organes de celui qui en est atteint. Cette observation a été répétée depuis Stahl , et on a vu que le sang reprend sa fluidité après l'accès. M. Hewson (2), dans les expériences curieuses
(1) Theoria medica vera , page ô^S.
(2) An expérimental inquiry intolhe propertics of Oic blood.
et Utiles qu'il a faites sur ce fluide encore si peu connu, a trouvé des résultats analogues au fait que je viens de rapporter. Il a vu que la frayeur rend le sang coagulable, disposition qui est sans doute la suite de cette immobilité qui est l'effet propre de la terreur. Gomme on a vu souvent le sang hors de ses vaisseaux se coaguler à l'air et par le repos, on pourrait croire que, dans les cas que j'ai cités, sa coagulation est un effet physique et nécessaire d'un défaut d'action dans les organes qui lui donnent l'impulsion, et le rendent par là fluide. Mais pour se convaincre que , dans les corps animés , tout a sa raison dans les diverses dispositions du principe actif qui les vivifie, il suffit de faire attention aux différens caractères que les passions peuvent imprimer aux humeurs animales. On a vu des accès de colère rendre tout à coup la bile caustique. Le lama , animal domestique au Pérou et dans d'autres contrées de l'Amérique , est un de ces êtres doux et utiles pour lesquels l'homme devrait avoir des égards et de la reconnaissance. On le fait servir de bête de charge ; lorsqu'on l'excède de travail et de fatigue, il se couche , et il n'est plus possible de le faire relever. Si alors on continue à le maltraiter, il conspue celui qui le maltraite , et lance sur lui une salive qui est corrosive : l'indignation et la colère de cet animal , empreintes dans cette humeur, le vengent par quelques ampoules qu'elle fait venir sur la peau de ceux qu'elle touche (i). Les effets de la rage sont encore plus
(i) M. de Bufloii, Histoire naturelle.
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imitatifs : un chien enragé a quelquefois transmis, avec sa salive , non-seulement le penchant à mordre, qui est presque commun à tous les animaux atteints de virus hydrophobique , mais encore des dispositions qui caractérisent plus particulièrement son espèce , telles que la disposition à aboyer. Enfin , M. Hewson (i) a trouvé que les propriétés du sang changent à mesure qu'on désemplit les vaisseaux et que l'animal s'affaiblit. Cet effet se marque sans doute très-sensiblement dans un poisson qui était fort recherché des Ptomains. Ces hommes, accoutumés à se jouer de la nature , et que l'exercice habituel de la cruauté avait rendu barbares jusque dans leurs plaisirs, l'achetaient fort chèrement pour le manger et pour le voir mourir; car son corps se peint, dit-on, de différentes couleurs, à mesure que les approches de la mort dépouillent son sang de ses propriétés vitales.