‹ SystèmeChapitre 44 sur 46 · SUR MADAME HELVÉTIUS. ^O · texte numérisé non relu

SUR MADAME HELVÉTIUS. ^O

pour elle un objet continuel de soins et de sollicitudes; elle prenait le plus tendre intérêt à leurs succès , à leur santé, à leur bonheur; elle était dans les alarmes lorsqu'ils étaient absens, ce qui leur faisait une nécessité de retenir bientôt; mais ils portaient ce joug avec plaisir, parce qu'il était imposé par la bonté. Parmi ces amis, il y en avait un qu'elle regardait comme son fils

Une idée qui mêle à cette courte vie une longue espérance, ne peut échapper à une âme sensible. Madame Helvétius avait besoin de croire à un ordre de choses qui lui fît retrouver ses amis, après s'en être séparée. Elle croyait donc à une Providence, quoique affligée des imperfections et des maux que cet Etre a laissés dans son ouvrage. Un roi de Castille, astronome, disait qu il aurait donné de bons avis à l'ordonnateur de ce monde, parce que, dans l'arrangement des corps célestes il apercevait un désordre qui ne lui appartient pas, mais que les savans y avaientmis. Madame Helvétius, dans un ordre d'idées qui naissait de son cœur, croyait qu'elle aurait pu suggérer des vues bienfaisantes à la Providence. A Dieu ne plaise qu'une vile délicatesse m'empêche de rapporter des expressions qu'ennoblissait le sentiment. J'aurais désiré , dit-elle, que les fleuves de bouillie circulassent en toutes parts , afin que les hommes et les animaux, trouvant une nourriture facile, n'eussent plus rien à se disputer. C'était les rêves d'une âme bienfaisante, qui valaient bien ceux de Platon.

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C'était pour suppléer, autant qu'il était en elle , à ce qui lui paraissait manquer au système de ce monde, qu'elle nourrissait dans sa maison une foule d'animaux, chiens, chats, poules, canards, et une nuée de moineaux qu'elle attirait des environs par des libéralités et des soins journaliers auxquels elle se serait fait un scrupule de manquer. Mais, ainsi que les mauvais pauvres qui reçoivent l'aumône d'une main et qui volent de l'autre, cette multitude d'oiseaux , quoique bien repue , fondait sur ses arbres et dévastait ses fruits. Ses amis, et surtout son jardinier, l'exhortaient à ne pas se faire dévorer, comme Actéon, par les animaux ; elle répondait qu'ils devaient avoir leur part de ce que produit la terre , et c'était un plaidoyer touchant en faveur des êtres qu'elle chérissait, (jomme l'hiver multiplie les besoins des animaux encore plus que ceux des hommes , elle redoublait alors de soins ; sa sollicitude l'arrachait de son lit de grand matin , et, pour réparer de son mieux les torts de la nature, elle s'enrhumait. C'est ainsi qu'elle altérait une constitution naturellement forte, et qui aurait pu la conduire beaucoup plus loin. En cherchant sans cesse à se refroidir ( elle ne s'approchait jamais du feu, pas même dans les plus grands froids ) dans un âge où l'on a besoin d'être réchauffé , elle fut atteinte d'un catarrhe, maladie presque toujours funeste aux vieillards , qui , en l'enlevant à ses amis , les plongea dans une douleur qui doit durer autant qu'eux. Elle était née en 1 7 1 <J , et mourut le aS thermidor de Tan 8.

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