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de l'ouïe, du toucher, tant d'autres effets imitatifs ou sympathiques , tels que ceux de la pitié , de la peur, du rire, des larmes, du bâillement, des convulsions, du fanatisme et de l'enthousiasme (i). Roussel était persuadé que la doctrine des sympathies, agrandie et perfectionnée , jetterait quelques lumières sur des phénomènes encore ignorés, et spécialement sur le problème de la génération et sur l'étiologie des maladies épidémiques. Il remarquait une analogie très-manifeste entre le virus particulier

(i) « Il faut voir, dit le docteur Roussel , les effets de « C' tte contagion sociale dans ces grands mouvcmens qui « ajjitent quelquefois les troupeaux hureiaîns , tels que les « émeutes populaires, les alarmes, les terreurs paniques. « Alors la passion d'un ou de plusieurs individus devient , « par la plus rapide des communications, la passion de tous, « et acquiert, comme la flamme, une force qui se multiplie « en s'étendant. Elle ne se transmet point par l'expression « froide et lente de la voix articulée , mais par le langage « prompt et pénétrant des accens , par les regards , Tin aspect n effaré , le frémissement de tous les membres ; ou plutôt on « n'a qu'à se rencontrer, qu'à se voir, pour se transformer « l'un dans l'autre; de sorte qu'il n'y a plus de volonté par- « ticulière , mais une impulsion commune, qui a le caractère « d'un effet physique , tel que la chute d'une montagne ou le « bouleversement des vagues émues de la mer. Cette force a aveugle agit même plus ou moins siir les réunions par- « lielles d'hommes; et pour peu qu'une assemblée soit nom- « breuse, la raison y cède bientôt la place à un pouvoir d'un t autre ordre, à celui des impressions affectives et conta-? (n gieuses, qui s'emparent d'elle et la maîtrisent à son insru. »

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qui communique la vie et le principe contagieux qui développe une affection morbifique. C'est ainsi que la hardiesse de son génie savait envisager sous le point de vue le plus vaste, l'un des sujets les plus féconds pour le physicien, le moraliste et le philosophe.

On a vu jusqu'à présent avec quel zèle il ras- Succès

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semblait tous les laits qui pouvaient éclairer dans la prala' théorie de la médecine, dont il aimait l'étude Eecufe.^* avec transport. Mais on peut dire aussi qu'il n'était pas moins habile dans la pratique de cet art. Il est des médecins qu'TIippocrate compare à de médians pilotes. En effet, les fautes de ces derniers s'aperçoivent rarement, lorsque le vent est favorable. Dans le cas contraire, s'ils sont surpris par une tempête furieuse , on voit bientôt que c'est par ignorance qu'il ont laissé périr le vaisseau. Cette sage comparaison du vieillard de Cos ne saurait s'appliquer au docteur Roussel. Son zèle et ses lumières ont éclaté dans des circonstances difficiles. La femme d'un littérateur estimable était tombée dans un état de marasme et de langueur, par les suites presque toujours fâcheuses d'un enfantement laborieux. Qu'on se représente les angoisses de cet époux infortuné , lorsqu'il se vit menacé du malheur terrible de lui survivre !.... Roussel s'offrit comme un dieu bienfaisant. Il rendit l'espoir et le bonheur à la tendresse con-

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jugale. Dans l'ivresse de sa joie , le poète fit éclater sa reconnaissance dans une Epître pleine de charme, et qui mérita, quand elle parut, le suffrage de tous les gens de goût, (i)

(i) Cette Épître est de M. Blin de Sainmore. Elle fut adressée au docteur Roussel par la voie du Journal de Parisy durant son séjour aux eaux de Bourbonne-les- Bains , où ce dernier avait accompagné le docteur Richard, très -infirme et très-âgé. Nous pensons que le lecteur nous saura gré de transcrire ici ce morceau de poésie , qui honore autant son auteur que celui qui l'a inspiré.

J'ai lu vingt fois l'œuvre brillante Où, de Buffon heureux rival , Tu peins, d'un style original, De ce sexe qui nous enchante.

Et le phvsique et le moral.

Tout étonné de te comprendre, Comme mol chacun admirait Les fleurs, la grâce et l'intérêt Qu'à pleines mains tu sais répandre Sur l'acidité d'un sujet.

Mais en aimant le vrai qui frappe Dans tes ouvrages pleins de feu , Au fond du cœur je croyais peu A l'évangile d'Esculape; Tu penses bien qu'après ce dieu , Les prêtres n'avaient pas beau jeu.

Pardonne , le secret m'échappe ; Oui , pour moi le savant Bordeu Était encor, j'en fais l'aveu.

Moins infaillible que le pape.

Avec un corps robuste et sain , On n'est pas obligé de croire Aux grands lalens d'un médecin j

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Si je voulais fouiller dans la vie modeste du docteur Roussel, je pourrais citer beaucoup d'autres traits analogues à ceux que je viens de

Stahl lui-même était du grimoire , Et son livre , quoique divin , Dormait en paix dans mon armoire.

Cette inaltérable santé.

Que je ne dois qu'à la nature, Bravait avec impunité Le charlatanisme en fourrure.

Qui préside à la Faculté.

Aujourd'hui, grâce à tes miracles, Esculape est un dieu pour moi; Quand ta voix dicte ses oracles , Il m'y faut bien ajouter foi.

J'aime Eurydice ; à cette belle L'hymen m'unit des plus doux nœuds ; Aux sermens que j'ai faits pour elle, Dans ce siècle , époux scandaleux, J'ai le malheur d'être fidèle.

Quand ma compagne mit au jour, Avec une douleur mortelle , Le premier fruit de noire amour.

J'étais mourant presque autant qu'elle ; Et je n'ai pu, dans ce moment.

Goûter la douceur d'être père j Mais cette crainte passagère M'annonçait un plus long tourment.

Qu'elle a payé bien chèrement L'unique fils dont elle est mère !

Son lait s'aigrit dans sa prison.

Doux nectar pour qui le consomme, Ce premier aliment de l'homme S'est changé pour elle en poison.

Pendant six mois , avec courage , Soufflant sans cesse un mal nouveau , Elle allait, au printemps de l'âge,

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rapporter. Une femme, dont le nom excite l'estime et l'intérêt, et qui doit la vie aux soins touchans qu'il lui a rendus, m'écrit ces paroles mémorables : « Je lui ai personnellement tant « d'obligations , il a donné à ma famille tant de « preuves de zèle et de dévouement, et j'ai tou- « jours été si pénétrée de la rareté de son mé- « rite et de l'excellence de son cœur, qu'il était « pour moi un être surnaturel. « On me permettra d'ajouter ici une anecdote curieuse qui m'a été racontée par M. Imbert, son ami, et qui méritaitde l'être, parce qu'il luiressemblaitsous

Pour jamais descendre au tombeau.

Tu vis ses maux et mes alarmes ;

Ton cœur sensible en eut pitié.

Ton savoir et ton amitié ,

En doux transports changeant mes larmes ,

Ont Aiit revivre ma moitié.

A mes vœux pour jamais ravie.

J'allais donc la pleurer sans toi !

Oui , c'est à tes soins que je doi

L'unique charme de ma vie.

Que ne puis-je , par mes écrits , Immortaliser ce service !

Ah ! si Plu ton , sourd à mes cris , M'eût enlevé mon Eurydice, Tu m'aurais vu , dans mon malheur.

Descendre avec elle aux lieux sombres, Et des accens de ma douleur, Comme Orphée attendrir les ombres.

Mais , par ton art et tes secrets , A l'Eurydice qui m'engage Tu rends la vie et les attraits , Et tu m'épargnes le voyage.

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plusieurs rapports. Bordeu avait été contraint de faire un voyage ; il chargea Roussel de veiller, pendant soii absence, à la santé d'une jeune dame , dans le cas où son assistance serait réclamée. Quelque temps après, il fut effectivement appelé ; mais , comme le vulgaire ne juge souvent du mérite d'un homme que par le faste qui l'environne , on trouva Roussel dans un appartement si modeste , qu'on augura mal de son talent ; on ne le reçut pas , en conséquence , avec les égards qui convenaient à la dignité de ses fonctions. Roussel se retira en dédaignant cette injure , et en annonçant une hémorragie, qui arriva effectivement à l'heure qu'il avait indiquée. On imagine aisément qu'un tel accident dut commander l'estime et la confiance • on alla supplier le docteur Roussel de revenir; il y consentit avec bonté, et la malade fut bientôt guérie.

Avec un talent si supérieur pour l'exercice Ledocteur de sa profession , Roussel néanmoins se vit J^»"*'**'.' J^^

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bientôt contraint d'y renoncer. Le spectacle tude de la

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continuel de la misère et du malheur fatiguait trop la sensibilité excessive de ses organes; il se livra dès lors, avec Une ardeur soutenue, à l'étude de la politique. Personne n'ignore que la science des gouvernemens est infiniment simplifiée par celle de l'homme. Roussel méditait avec d'autant plus de fruit sur les formes j

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la nature et le génie des sociétés, qu'il y était en quelciue sorte étranger. II observait d'autant mieux le monde, qu'il n'en était ni trop loin ni trop près , et qu'il avait l'air de n'être qu'un témoin de ce qui se fait dans la vie. Personne n'a mieux parlé que lui des maladies politi^ques ; il disait que l'instabilité et l'exagération des idées étaient aux actes de l'entendement ce que les convulsions sont aux mouvemens du corps; il ajoutait qu'une irritabili té extrême était l'effet constant de cette dégradation organique , et se manifestait par l'intolérance; que l'énergie de ceux qui en étaient atteints, était hors des limites de la nature , et par conséquent vicieuse; que c'était une force déréglée , comme celle des maniaques qui ne savent que renverser et détruire ; car il n'y a que les mouvemens mesurés et bien ordonnés qui puissent créer. Dans ses méditations constantes sur l'organisation politique des Empires, il avait vu des traits de différence bien remarquables entre les mouvemens qui ont précédé ou suivi la fondation des républiques anciennes et les troubles suscités au sein des révolutions modernes. Dans celleslà, les hommes qu'on a vu produire et fomenter ces agitations extraordinaires avaient un but qu'ils voulaient atteindre, et jamais ils n'ont franchi la limite posée par leurs entreprises et leurs pensées; dans celles-ci, au contraire, c'est une fatale divagation des esprits, sans

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motif comme sans objet, qui les précipite aveuglément dans tous les écarts, ou les fait errer sans cesse au gré des passions et des emportemens populaires.

Le docteur Roussel avait beaucoup réfléchi Son opisur les principes de 1 ordre social; il a peint droit de tesavec la plume de Cicéron , la foi des engage- ^"• mens , et le respect pour la propriété. Il regardait ce dernier droit comme si essentiel au bonheur politique d'un État, qu'il ne croyait pas que la mort même dût en borner l'exercice dans certaines circonstances. Il admirait cette loi deSolon , qui , lorsque Athènes eut agrandi ses richesses et ses relations, permit que tout homme qui n'avait point d'enfans pût disposer à son gré de sa fortune. La propriété, disait-il, comme la plupart des autres biens , perdrait beaucoup de ses charmes , si , par la pensée , on ne pouvait en étendre la jouissance au-delà de notre courte existence. L'imagination agrandit l'espace où la nature nous a circonscrits ; elle n'embellit pas seulement la vie ; mais encore elle nous délivre en quelque sorte de la mort, en nous faisant espérer de nous survivre à nousmêmes parles bienfaits, en nous faisant croire qu'après avoir cessé d'être , nous tiendrons encore à ceux que nous aimons par quelque chose qui dure plus que nous.

Mais pour mieux juger des vertus et du carac- Ses idées

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