DE PIERRE ROUSSEL. S^^'J
rance et de frugalité, mais qui servaient à resserrer les liens de l'union publique et de l'amitié confiante, comme si l'instant de la journée où l'on satisfait un besoin, dont le but est de jremonter les forces physiques de l'économie ^ était aussi le plus favorable pour donner plus d'énergie et de constance à tous les sentiniens affectueux du cœur humain. Cependant, quelle que fut l'admiration du docteur Roussel pour un gouvernement qui prouve à la fois, suivant la peîisée de l'auteur, et la puissance de l'éducation , et l'extrême flexibilité de l'homme, il éiait loin de croire que les institutions des républiques anciennes pussent être à l'usage de tous les temps et tous les peuples. Aussi fut-il profondément épouvanté des maximes de quelques démagogues forcenés qui , à l'exécrable époque de la terreur, pervertirent toutes les idées, et couvrirent la France de sang et de pleurs.
J'ai déjà fait mention de l'habitude très-re- Ses remarquable que le docteur Roussel avait con- i'oîv°raLde
mndan Staël.
tractée, de s'associer au travail de tous ceux î,"''^?™^ ^^
dont il était chargé de faire connaître les ouvrages, en agrandissant leurs pensées. Cela tient au privilège particulier qu'avait son esprit , de se féconder par les idées des autres, au point qu'il paraissait toujours en savoir davantage que ses lectures ne lui en avaient appris,
XXvlij ÉLOGE niSTOniQUE
même sur les sujets les plus difficiles et les plus élevés. C'est, par exemple, ce qui lui arriva lorsqu'il rendit compte de l'ouvrage de madame de Staél, sur les rapports de la littérature avec les institutions sociales. Il fut d'abord pénétré d'un sentiment d'admiration qu'il ne put dissimuler, pour cette réunion étonnante d'observations aussi neuves que profondes ; mais bientôt, en discutant sur des matières d'un ordre si supérieur, il ajouta des éclaircissemens sur les Grecs et les Romains , qui firent preuve de son long commerce avec l'antiquité. C'est à cette même époque qu'il chercha à combattre le principe de la perfectibilité indéfinie de l'esprit humain. La seule considération de quelques peuples anciens qui ont tout embrassé dans leurs conceptions, qui ont aplani les routes de tous les arts et de toutes les sciences ; qui , enfin, ont rempli le monde des monumens de leur gloire : cette seule considération , dis-je , lui parut une objection insoluble contre le dogme de la marche progressive de la pensée. Il est sans doute manifeste que chaque siècle peut ajouter à la masse de nos acquisitions morales et intellectuelles; mais en est-il de même pour la force active qui les combine, et n'y a-t-il pas en effet une certaine mesure do puissance répartie sur nos facultés, qu'il n'est pas donné à l'homme de dépasser, sans sortir en quelque sorte de lui-même ? Que prouyernit