Test, sa doublure, ses ornemens
Le test des Conularia est généralement très-mince, et présente à peine un demi millimètre d'épaisseur, dans certaines espèces, telles que Conul. exquisita, Conul. Proteica &c. Par exception, Conul. fecunda, nous offre, au contraire, un test d’une épaisseur de plus en plus croissante avec l'âge de l'individu, ainsi qu’on peut l'observer sur les figures 7, 8, 9. PI. 8. Nous allons revenir tout à l’heure, sur cette apparence particulière. (8.)
La nature du test des Conularia paraît cornée et très élastique, comme celle du test de la plupart des Lingules. Nous remarquons aussi, qu'il conserve souvent une teinte bleue, plus ou moins foncée et qu'il résiste à la décomposition.
Dans presque toutes les espèces que nous avons pu étudier, le test de Conularia se compose de deux couches très distinctes. La couche extérieure porte les ornemens, dont la trace se reproduit très-souvent, mais cependant pas toujours, sur la couche interne. Celle-ci est souvent lisse sur la paroi qui était en contact avec l'animal, ce qui indique que les ornemens du test sont formés par un appendice ou organe externe. Ces deux couches paraissent s’être séparées facilement par la décomposition, et les fossiles que nous extrayons des roches nous offrent tantôt l’une, tantôt l’autre. Comme leur apparence est ordinairement assez différente, on pourrait être induit en erreur et considérer chacune d'elles comme indiquant une espèce particulière. En comparant un grand nombre d'exemplaires, dans divers états de conservation, on peut reconnaître l'identité spécifique sous des apparences diverses. Nous avons figuré plusieurs exemples de ces variations pour Conul. exquisita (PI. 4).
La coquille des Conularia étant exposée à se briser facilement, le long des angles rentrans qui la sillonnent, sur ses arêtes longitudinales, la nature a paré à cet inconvénient en renforçant le test dans ses parties faibles. Nous remarquons un fort épaississement de la coquille, le long de toutes les rainures soit des arêtes, soit des faces. Il en résulte, à l’intérieur du test, une sorte de nervure ou de membrure saillante, qui persiste lorsque le reste de la coquille se trouve décomposé. Il n’est pas rare de rencontrer dans les calcaires de notre étage E, de semblables membrures isolées. Nous les reconnaissons à leur apparence feuilletée, rappelant celle de la même partie, observée en place sur les fragmens de Conul. Proteica, qui se trouve assez souvent en fragmens dans les mêmes couches.
Les ornemens des Conularia présentent une sorte d’uniformité, en ce que presque toutes les espèces portent, soit des stries fines, horizontales, soit des stries fortes ou filets transverses, saillans,
GENRE CONULARTIA. MILLER. 17
qui, sur chaque face, forment des lignes arquées ou brisées, en chevrons, et parallèles au bord de l'ouverture. Le sommet de ces chevrons est dirigé vers le gros bout de la coquille et ils s'ouvrent vers la pointe de celle-ci. Rarement, ils sont interrompus, sur la ligne médiane des faces.
Par exception, dans Con. invertens, espèce non figurée, les chevrons s'ouvrent vers l’orifice, c. à d. dans un sens diamétralement opposé. C’est la seule anomalie de cette nature, que nous connaissons.
Les filets transverses, ornant les faces de la coquille, sont traversés par des lignes creuses, longitudinales. Il en résulte que leur sommet est crénelé, ou découpé comme une scie. Les tubercules plus ou moins gros qui forment ces crénelures, sont souvent ouverts à leur sommet, dans les exemplaires que nous observons. Il est probable, que dans certains cas, ces ouvertures sont le résultat du frottement qu'à éprouvé la coquille, par le ballottement des eaux, après la mort de l’animal. Mais, dans d’autres cas, les tubercules finissent par s'ouvrir, naturellement, en atteignant le terme de leur développement.
Lorsque les tubercules prennent plus de volume relatif, le filet transverse, qui leur sert de base primitive, disparaît complétement et l’ornementation se transforme en rangées transverses de tubercules, ordinairement en quinconce.
Par suite de cette disposition, plusieurs espèces présentent l'apparence d’ornemens longitudinaux, comme Conul. grandissima (PI. 3), Con. nobilis (PI. 6), Con. imperialis (PI. 16). Mais, en réalité, nous ne connaissons dans ce genre aucune forme, dans laquelle il existe des ornemens longitudinaux prédominans et indépendans de l’arrangement des ornemens transverses, du moins dans l’âge adulte. Ainsi, dans Con. grandissima (PI. 3) les premiers ornemens, qui se montrent au jeune âge, sont des filets minces longitudinaux, sur lesquels les séries de tubercules ne se développent que graduellement. Cependant, ils finissent par constituer des ornemens, dont la direction transverse devient très apparente.
Les lignes longitudinales très marquées dans Con. granulata Hall (Pal. of N. York. I. PI. 59. fig. 2) sont attribuées par le Prof. J. Hall à des plissemens, produits par la pression, dans les schistes renfermant cette espèce. L’apparence de ces ornemens rappele celle des Æyolithes.
Suivant l’âge des individus d'une même espèce, l'apparence des ornemens de leur coquille peut varier au point qu'on à peine à reconnaître l'identité. Nous prions le lecteur de jeter un coup-d’oeil sur la PI 5, où est figurée Conul. Proteica. Il verra que le sommet de la coquille est ornementé par de simples filets transverses, en chevrons, sur chaque face. On aperçoit à peine la trace de lignes saillantes et longitudinales, dans les intervalles entre ces filets. A mesure que la coquille s'étend, le sommet des filets transverses laisse voir quelques tubercules encore très-petits. Mais, si on observe le voisinage de l'ouverture, dans un exemplaire adulte, ces filets ont disparu, et on reconnait à leur place une série de petits tubes ouverts au gros bout, dirigé vers l'ouverture de la coquille. Dans ce cas, il est vraisemblable, que l'ouverture des tubes existait du vivant de l'animal, car les individus : sur lesquels nous les observons, paraissent parfaitement conservés. Il peut en être de même des tubercules ouverts, qui ornent d’autres espèces. Ce que nous venons de dire sur l’apparence variable de Conul. Proteica, s'applique à Conul. grandissima (PI. 3), et à quelques autres formes congénères.
Conul. anomala est la seule forme qui ne soit ornée, ni de filets, ni de tubercules. Nous ne connaissons, il est vrai, que des moules de cette espèce; mais la grande ténuité de la coquille permet ordinairement aux ornemens de se reproduire sur la substance moulée dans son intérieur. Or, dans l'espèce qui nous occupe, la surface du moule interne parait lisse sur tous nos spécimens, que nous comptons par centaines. Il en est de même du moule externe, que nous ayons fréquemment étudié. Nous devons donc considérer cette espèce, comme ayant une surface dénuée d’ornemens.
Ce serait la limite extrème de l'intensité décroissante de l’ornementation, que nous observons sur diverses espèces, comme Con. fecunda (PI. 8) et Con. Sosia (PI. 8), qui ne présentent que des
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stries horizontales au lieu des filets transverses, en chevrons, sur la surface externe. Ces stries elles mêmes sont si fines dans C. Sosia, qu’on ne peut les voir qu'avec le secours d'une loupe. Mais on retrouve les stries obliques, en chevrons, sur la surface interne. PI. 14. fig. 1—5.
Nous ferons aussi remarquer, qu'une autre espèce de la faune seconde silurienne, Con. Corium Salt. provenant du groupe de Lower Llandeilo, en Angleterre, a été décrit par M. Salter comme dénuée de stries transverses et comme complétement lisse. (Mem. Geol. Surv. III. p. 355. 1866.) Ces observations ont été faites sur le test bien conservé, et elles confirment celles que nous venons de signaler sur les moules interne et externe de Con. anomala.