Dépôt organique
Nous avons fait connaître successivement, dans deux mémoires publiés dans le Bulletin de la Société géologique de France, en 1855 et en 1859, le phénomène remarquable du dépôt organique, d’abord dans le siphon de divers Céphalopodes paléozoiques et ensuite dans les loges aériennes des Orthocères. A cette occasion, nous avons fait remarquer, qu'on trouve également un dépôt organique dans les coquilles de certains Gastéropodes, soit vivans, soit fossiles, et nous avons signalé le même phénomène dans notre Con. fecunda. (Bull. XII. p. 447.) C’est jusqu'ici la seule espèce connue, qui présente un dépôt organique. (PI. 8.)
Les figures 7 et 9 représentent deux de nos spécimens, dans les brisures desquels on reconnaît aisément une série de couches minces, internes, constituant ce dépôt. La fig. 8 est une section transverse, indiquant la disposition de ces couches, concentriques aux faces de la coquille.
D’après nos observations sur un grand nombre de spécimens de cette espèce, lorsque l'individu est jeune, tel que celui qui est dessiné fig. 10, la coquille est très-mince, comme dans les autres formes congénères. Nous reconnaissons aisément cette ténuité par les plissemens qu'éprouve le test, par suite de la compression dans les schistes. Il existe des plis dûs à cette origine, au bas du jeune
spécimen fig. 10, mais le dessinateur n’en connaissant pas l'importance, ne les a pas fait suffisamment ressortir.
Au contraire, la coquille des adultes étant fortement doublée à l’intérieur par les couches du dépôt organique, n’éprouve aucun plissement dans le voisinage de la pointe, que nous ne trouvons jamais aplatie, comme celle des autres espèces conservées dans les mêmes roches.
On doit concevoir que, durant sa croissance, le mollusque tapissait graduellement les parois internes de sa coquille. Ainsi, à mesure qu’il prolongeait les faces du côté de l'ouverture, il comblait derrière lui la partie qui restait vide, par suite de sa progression vers l'avant. La pointe de la pyramide finissait donc par devenir entièrement solide, tandisque chaque face était rechargée à l'intérieur par un dépôt, qui va en diminuant d'épaisseur vers l’orifice. Le corps de l'animal remplissait le vide interne, qui paraît conserver la forme d’une pyramide, semblable à la pyramide figurée par les faces externes.
Ce remplissage est exactement analogue à celui dont nous avons décrit les apparences dans le
siphon des Orthocères dits vaginati et dont nous avons donné diverses figures sur les PI. 233—236 de nos Céphalopodes. Vol. II.
Il est cependant important de remarquer que, dans Conul. fecunda, le dépôt organique se présente sous l'apparence de lamelles très minces et dont la nature paraît identique avec celle du test, tandisque dans les Orthocères comparés, la sécretion qui remplit le siphon semble être simplement du calcaire spathique.