Chapitre 2. Nombre des segmens qui composent le corps des Trilobites
Aperçu historique.
Les premiers paléontologues qui ont décrit des Trilobites, ont à peine remarqué le nombre des segmens que présente le corps de ces Crustacés. ^
1821. Wahlenberg a indiqué ce nombre comme fixe pour certaines espèces de Sue e et l’a passé sous silence, pour la plupart des autres. (Nov.act. R. Soc. sa. Ups.v. VIII. 18 J 1099 Le célèbre Al. Brongniart, à qui la science doit la première classification de cette famille fossile si intéressante, n’ayant à sa disposition que des matériaux fort incomplets, ne pu fixer que d’une manière approchée, le nombre des articulations du thorax dans les genres qui fonda q Mais il annonça ce chiffre comme constant dans Ogygia 8, dans Paradoxides SI, et comme variable dans Calymene de 12 à 14, dans Asaphus de 8 à 12, montrant ainsi, quil sentait i portance de cet élément, dans l’organisation des Trilobites. fCrust. foss.J
Depuis l’époque où parut l’ouvrage d’Al. Brongniart, la science s’est enrichie de beaucoup de nouveaux faits, mais la question du nombre des segmens souvent agitee, est cependant restee
sans solution satisfaisante.
1826 Dans le traité sur les Palaeades de Dalman, nous croyons remarquer, que ce docte naturaliste Suédois, n’attachait pas une grande importance au nombre des anneaux. Loin t y "deZaraèêres génériques , et de restreindre les chiffres mdsqu s pour cHue genee il étendit encore les limites posées par Brongniart et les porta de 10 a 23 pour Calymene,
6 à 10 pour Asaphus et de 15 à 21 pour Olenus = Paradoxides.
1837. Le Profit. Quenstedt fut le premier, qui considéra le nombre des seg.nens comme un caractère fondamental, pour la classification des Trilobites. fWiegm. Arch. III. 337. 1837 J. ii DOsa en principe que ceP nombre est invariable pour chaque espece, et a ce principe il ajouta l’observation du chiffre constant de onze anneaux, dans tous les Trilobites a gros yeux composes, qu’Emmrich a réunis plus tard, dans le genre Phacops. ,
I e nrincipe et l’observation de Quenstedt parurent devoir être si féconds en résultats , que Léop V Bueh n’hésita pas à les considère, comme plus importons que toutes les nouvelles classifications tentées sur les Trilobites. (Bdtr. ». Gré. Form. m ttmdani p. 41. 1840J
En effet l’observation sur les Phacops généralisée, conduisait à admettre la constance du ùo,nb7e de segmens dans le thorax, pour chaque genre, ftuenstedt essaya lu, même de classer Zrès ce nSau principe, tous W Trilobites alors connus, mais quoique le nombre en fut bien moindre qu'aujourd'hui, il reconlra de sérieuses difficultés, qui conduisaient dcs-ois
des exceptions. ,
183D Le Di Emmrich énonça un nouveau principe, savoir: que plus' il y a de segmens
au (B. Trilob. in, dtlleT T to
fixe nour tous les seemens du corps entier de tous les genres, il essaya de démontrer, que les
Trilobites doivent avoir 20 anneaux complets, comme Paradoxides Tessini. Mais 1 auteur e ce »
thèse avouait cependant, que plusieurs genres, échappaient a cette réglé
1843. Goldfuss applique le principe de Quejistedt. (Syst. Ubers. d. Tn . j ■ /
18/13 Le Profil Burmeister publia son excellent traité sur l’organisation des Trilobites, -et adopta tomme 2 des bases principales de sa classification le principe de ûuenstedt
NOMBRE DES SEGMENS DES TRILOBITES
relatif au nombre invariable des segmens dans le thorax de chaque genre. Ce docte professeur admit cependant une exception pour les Paradoxides. Il ne chercha pas d’ailleurs à résoudre la question du nombre normal d’articulations dans le corps entier.
1845. Le Prof, h Lovén publia en Suède un mémoire où il énonça l’opinion, que le nombre des anneaux n’était constant que dans l’ensemble du corps et non dans le thorax, pour chaque genre. fOfvers, of k. Vet. ak. Forh. april 18 45 J.
1845. Vers la fin de la même année, le DL Ernest Beyrich, dans un mémoire sur quel¬
ques uns des Trilobites de Bohême, s’associa au paléontologue Suédois, pour soutenir ce nouveau principe, et l’étendit aux limites d’une famille naturelle. A cette occasion, il tenta le premier
essai connu, pour évaluer le nombre des segmens soudés, formant la tête des Trilobites. (Üb.
Bôhrn. Trilob. p. 10 J.
1845- Dans le courant de cette année, le Prof, h Emmrich discuta de nouveau la même question, et persista dans l’opinion, que Parad. Tessini indique le nombre normal des segmens munis de plèvres, dans tous les Trilobites. Mais il n’admettait ni dans sa dissertation, ni dans le second travail dont nous parlons, la constance du nombre des segmens du thorax dans un même genre. (N. Jahr. f. Min. lift. I. 18 45 J.
1846. Nous avons publié dans notre second opuscule intitulé: Nouveaux Trilobites, quelques observations sur le nombre des segmens , et nous avons démontré par des faits assez
multipliés, que ce nombre n’était constant dans aucun des cas où sa constance avait été admise
comme normale, soit dans le thorax, soit dans le corps entier des Trilobites. Nous avons seulement reconnu avec Quenstedt, la constance du chiffre des segmens dans l’espèce.
1847- M. Corda sans discuter les opinions de ses devanciers, appliqua le principe de Quenstedt dans toute sa rigueur, et établit un nouveau genre, toutes les fois qu’il observa une variation quelconque dans le nombre des segmens thoraciques. Il admit cependant, sans chercher à la justifier, une seule exception en faveun des Paradoxides, parmi lesquels il rangea des espèces ayant un nombre de segments différent. (Prodrom.)
Le but de ce chapitre est de discuter les quatre lois conçues, relativement au nombre des segmens des Trilobites , et après avoir résumé les faits connus , d’apprécier l’importance que ce nombre peut avoir comme caractère.
§. 1. Constance du nombre des segmens dans l’espèce. — Quenstedt.
§. 2. Constance du nombre normal de 20 segmens munis de plèvres dans le corps entier de tous les Trilobites. — Emmrich.
§. 3. Constance du nombre des segmens du thorax dans un même genre. — Quenstedt, Burmeister.
§. 4. Constance du nombre des segmens dans le corps entier des Trilobites d’un même genre. — Lovén — et d’une famille — - Beyrich.
§. 5. Résumé des faits relatifs au nombre des segmens des Trilobites, et valeur des caractères qu’ils fournissent.
§. 1. Constance du nombre des segmens dans une même espèce. — Quenstedt.
Lorsqu’il s’agit d’une seule et même espèce, il est bien entendu, que le nombre des segmens dont nous considérons la constance, est celui de tous les segmens du corps, et comprend ceux de la tète., du thorax et du pygidium. Nous* avons donc à examiner séparément chacune de ces trois parties.
1 . Nombre des segmens de la tête , dans une même espèce. D’après ce que nous avons dit à ce sujet (p. 183) nous ne savons pas bien jusqu’à présent, de combien d’anneaux soudés se compose l’enveloppe céphalique, que deux savans seulement ont essayé d’analyser, sous ce rapport.
1845- Dans son premier travail sur les Trilobites, le Prof». Beyrich a admis, que le sillon occipital et chacun des sillons latéraux de la glabelle, indiquent les lignes de séparation des segmens. Le nombre de ceux-ci dans la tête, serait donc égal à celui de tous les sillons augmenté d’une unité. fUb. Bôhm. Trilob. p. 10).
1850. Dans une publication toute récente de M. le Profl. Mac Coy, nous trouvons des vues un peu différentes sur ce sujet. Ce savant se fondant sur les analogies qu’il indique, entre la tête des Trilobites et celle des Crustacés vivans, arrive à la conclusion suivante: Ainsi le bouclier céphalique des Trilobites serait formé par une extension des deux premiers anneaux. La protubérance appelée glabelle contient probablement l’estomac, qui dans tous les Crustacés est grand et placé au dessus de la bouche; les sillons segmentaires indiquant les anneaux qui portent les appareils buccaux. (Classif. of some Brit. Crust. — Ann. a. Mag. N. Ilist. Ser. 2. vol. IV. p. 397.)
Si nous interprétons bien l’auteur ■ cité , chacun des sillons de la tête, en y comprenant vraisemblablement le sillon occipital, dont il n’est pas question, correspondrait à un segment, et à ce nombre variable suivant les espèces, il faudrait ajouter le chiffre constant des deux anneaux céphaliques, antérieurs. Le premier de ceux-ci, portant les yeux comme dans les Crustacés modernes, serait représenté par les deux joues mobiles et le limbe frontal qui les unit. Le second correspondrait à la partie de l’enveloppe immédiatement placée à l’intérieur de la suture faciale, c. à d. aux joues fixes, suivant notre nomenclature. 11 porterait les antennes dont M. Mac Coy croit avoir reconnu l’existence et la position, dans plusieurs genres de Trilobites ; ce qui établirait encore une nouvelle harmonie, entre cette Tribu paléozoique et les Crustacés vivans.
En somme, M. Mac Coy admettrait dans la tête des Trilobites un segment de plus que M. Beyrich. C’est une question dont la discussion sort du cercle qui circonscrit nos études ; la Zoologie la résoudra un jour, lorsque la Paléontologie aura fourni les faits exigés. En attendant, nous voyons les opinions émises, concorder à considérer le nombre des segmens de la tête, comme proportionnel à celui des sillons, augmenté d’un chiffre constant. Or, nous avons toujours observé la plus grande constance dans le nombre des sillons qui distinguent la tête de chaque espèce ; ainsi dans chacune d’elles, le nombre des segmens céphaliques semble invariable.
2. Nombre des segmens du thorax dans une même espèce. Il ne peut être question ici que
du nombre des anneaux considéré dans le thorax des adultes. Nous avons eu déjà occasion de
soumettre aux savans, un des faits qui démontrent que certains Trilobites ne naissaient pas avec tous leurs segmens , et ne les développaient que peu à peu. (Sao lursuta. N. Jahrb. für Min. IV. Hft. 1849). Dans le cours de nos études, nous aurons à traiter de nouveau cette question
des métamorphoses, que nous réservons pour notre section VII. En nous bornant en ce moment
à exposer nos observations relatives au thorax des Trilobites, parvenus à leur développement complet, nous constatons la parfaite exactitude de la loi de Quenstedt, qui nous occupe.
3. Nombre des segmens du pygidium dans une même espèce. Les variations constatées dans le thorax, pendant la croissance des individus, dans diverses espèces, et même l’apparition tardive du pygidium dans Sao hirsuta , peuvent aisément faire concevoir, que non seulement dans ces Trilobites, mais encore dans beaucoup d’autres, le bouclier caudal ne montre pas toujours dès la naissance, toutes les articulations qu’il doit avoir dans l’âge adulte. La variation du nombre des segmens de cette partie du corps, dans les individus appartenant à une même espèce, est à la fois sensible sur l’axe et sur les lobes latéraux. En ce qui concerne l’axe, on peut observer ce fait dans presque toutes les formes des Dalmania, Cromus, Arethusina, Proetus, Cyphaspis <$fc: La différence s’étend de 18 à 22 anneaux, sur l’axe de Daim, auriculata. La variation du nombre des élémens distincts sur les lobes latéraux, se remarque en même temps dans les Trilobites que nous venons de citer, mais elle est surtout remarquable dans ceux des Proetus, dont chaque plèvre est indiquée par une pointe, sur le contour du pygidium. Ainsi, divers individus do Pinet. (Phaei.) Archiaci nous montrent sur chaque côté de l’axe, de six à huit pointes. Nous avons figuré (PI. 1 7) trois formes du pygidium de Proet. ( Phaet .) planicauda, qui ont sur chaque moitié du contour deux, ou trois, ou quatre pointes pleurales, suivant le développement des
NOMBRE DES SEGMENS DES TRILOBITES
exemplaires auxquels ils appartiennent. Ces faits une fois constatés, on ne saurait refuser d’admettre, que le nombre des segmens visibles varie, dans le pygidium des individus d’une seule et même espèce. Mais il n’existe, à notre connaissance, aucun moyen de juger, si un individu a atteint le maximum de son développement, caria taille ne peut être, en cela, un signe certain. On peut donc toujours considérer comme non adultes les exemplaires qui ne présentent pas le maximum des articulations, constalé dans l’espèce relative. On est ainsi conduit à admettre hypothétiquement, la constance du nombre des segmens dans le pygidium d’une même espèce. Il est d’ailleurs très-souvent impossible de bien distinguer sur l’axe les derniers anneaux, qui se fondent plus ou moins vers son extrémité, de sorte que deux observateurs pourraient aisément différer dans la manière de les compter.
En résumé, rien ne démontre qu’on puisse supposer une variation quélconque du nombre des segmens, soit dans la tête, soit dans le thorax, soit dans le pygidium d’une seule et même espèce, considérée dans les individus adultes. Cependant, nous ferons observer, que la nature des argumens sur lesquels est fondée la constance dans le pygidium, est purement inductive et théorique.
La première loi formulée par le Prof. Ouenstedt nous semble donc bien fondée, si on l’applique aux individus adultes d’une même espèce.
§. 2. Constance du nombre normal de 20 anneaux munis de plèvres, dans le corps
entier de tous les Trilobites. — Emmrich.
Ce principe énoncé avec quelque hésitation, à différentes reprises, par le Prof. Emmrich, repose nécessairement sur cette hypothèse: qu’un nombre indéfini d’anneaux peut être soudé ensemble dans le pygidium, et devenir insaisissable à l’observation. Une semblable supposition, sans limites, tendrait à confondre toutes les formes les plus éloignées, dans la classe des Crustacés. Nous ne pensons pas qu’on puisse 1 accepter, sans s exposer au grave inconvénient d’introduire dans la science des élémens imaginaires, qui devraient avoir la même valeur que les élémens tombant sous nos sens, pour la détermination du genre et de l’espèce. Sans doute, des segmens nouveaux se développent avec l’âge, et indiquent une certaine possibilité d’admettre des élémens Ialens; mais le fait même de leur apparition nous semble indispensable, pour démontrer leur préexistence en germe. Dans certains Trilobites, nous concevons un segment rudimentaire à 1 extrémité de 1 axe, et nous trouvons dans d’autres espèces congénères, par exemple, dans les genres Acidaspis et Cheirurus, le même segment bien développé; ce qui justifie la supposition. Mais nous ne connaissons aucun cas, où on puisse admettre l’existence d’un nombre indéfini de segmens, fondus en un seul. Lorsque le Prof. Emmrich adopta le chiffre 20, comme le nombre normal des segmens munis de plèvres dans tous les Trilobites, il prit pour type Pwi udoxides Tessini , qui offre en effet ces 20 segmens complets, suivis d’un pygidium qui ne montre des segmens que sur l’axe. Mais déjà, lors de la publication du mémoire cité, en 1845, le Prof. Goldfuss avait annoncé l’existence de 28 segmens dans Harpes maci ocephalus, et Harpes unguia Stern. en présente 2 9. Or, sur ce nombre, le segment rudimentaire qui termine 1 axe dn pygidium, est le seul privé de plèvres. Si on pouvait adopter un chiffre absolu, comme représentant le nombre normal des anneaux complets dans tous les Trilobites, il faudrait donc le fixer, de manière à comprendre aussi les 2 8 segmens des Harpes. La difficulté que nous avons signalée ci-dessus, s’accroîtrait donc encore, puisqu il faudrait ouvrir un champ plus vaste à l’hypothèse sur laquelle se fonde la loi d’un nombre constant d anneaux, dans toute la famille Trilobitique. Celte loi pourra cependant toujours trouver des défenseurs, en admettant l’existence des élémens invisibles dans l’organisation des Crustacés fossiles; mais elle ne saurait être soutenue^ si on veut la soumettre à l’épreuve des
faits qui tombent sous nos sens, et qui nous semblent devoir être la base principale de nos convictions, en histoire naturelle, s’entend. A l’appui de ses considérations, nous prions le lecteur de jeter un coup d’oeil sur le tableau (p. 19 5) montrant les variations du nombre des segmens, dans le corps des Trilobites des principaux genres connus.
§. 3. Constance du nombre des segmens dans le thorax de tous les Tnlobites d un même
genre. — Ouenstedt. Burmeister.
L’origine de cette loi date de l’observation de Ouenstedt, 1837, sur la constance de 11 segmens au thorax des Phacops. Par une singulière circonstance, aucune exception n’a été annoncée pour ce genre, ni pour le genre Dalmanites > qui en a été séparé depuis lors, ni pour les Calymene, et divers autres types génériques. Les faits acquis à la science ont cependant constaté un assez grand nombre d’exceptions, qui s’étendent aujourd’hui à 13 genres. Le tableau suivant montre pour chacun d’eux, les variations reconnues dans le chiffre des segmens thoraciques des diverses espèces. Pour chacune de ces variations, nous citons une des espèces qui ont permis de l’observer, quoique, dans la plupart des cas, il en existe plusieurs qui confirment les faits admis, ainsi que nous l’avons constaté dans la colonne des observations. Nous donnons d’abord un aperçu historique.
1826. Dalman remarque la différence entre lit. crassicauda et lit. cenlrolus. Ouenstedt frappé par leur grande affinité, n’a pas prononcé leur séparation générique, en établissant ses groupes d’après le nombre des anneaux, et Emmrich a suivi son exemple dans ses deux travaux. Burmeister, plus rigoureux dans l’application du principe de Ouenstedt, a créé le genre Dysplanus pour les Illaenus à 9 segmens thoraciques.
1827. Ch. Boeck admettant que Parad. Tessini a 21 segmens. en reconnaît 20 dans Parad. Bohémiens et dans Parad. spinosus seulement 1 8. Les traits caractéristiques qui unissent ces diverses formes sont si prononcés, que Burmeister et Corda, même en appliquant avec rigueur la loi de Ouenstedt, ont cru devoir les laisser réunies.
1835. Sars décrit dans l’ Isis , Ampyx rostratus à 5 segmens, tandisque le type du genre: Amp. nasulus. en a six. Portlock, en 1843, a confirmé ces différences.
1846. Nous confirmons les anomalies connues pour Illaenus et Paradoxides et nous en constatons de semblables pour les genres Proelus, Cyphaspis, Acidaspis (Odonlopleura) et Cheirurus. (Nouveaux Trilobites.)
1852. Angelin nous annonce la même anomalie pour les Olenus.
Cette revue historique montre que les faits ne manquaient pas-, mais ils avaient été négligés d’abord, et plus tard obligés de ployer sous la force d’une loi admise comme certaine, à cause de sa simplicité, et de l’extrême sécurité qu’elle assurait aux fondateurs des genres nouveaux. Durant le cours des dernières années, ces faits se sont confirmés et étendus, de manière à convaincre, nous l’espérons, les personnes à qui il répugne d’admettre les incessantes anomalies que nous présentent les Trilobites, comparés aux Crustacés vivans. Notre collection renferme les preuves les plus évidentes de l'irrégularité relative au nombre des segmens thoraciques, dans 10 des 13 genres cités, et ces preuves sont reproduites sur nos planches. Pour les genres Placoparia et Phillipsia, nous avons observé les exemplaires des espèces qui nous manquent, dans la belle collection de notre ami, M. de Verneuil. Les anomalies que nous constatons détruisent une régularité apparente et commode, pour établir les faits reels, c. a d. les seuls qui puissent être utiles, pour le but que se propose la science. Nos vues sur cette matière nous paraissent partagées par divers paléontologues, parmi lesquels nous citerons: M. M. Phillips, Forbes et Salter, dans leurs travaux pour le yeological Survey d’Angleterre, les Doct. Sandberger, dans l’ouvrage qu’ils publient en ce moment, sur les formations paléozoïques de Nassau-, le Prof. MacCoy, dans la classification déjà citée; le Prof. Fr. Ad. Boemer, dans son mémoire sur le Ilarz 1850. et N. P. Angelin dans sa Puleont. Süecica. 1851.
NOMBRE DES SEGMENS DES TRILOBITES
Variations du nombre des segmens thoraciques dans 13 genres de Trilobites.
Genres et Espèces
Segmens
Nombre des espèces
Observations
thoraciques
de Bohême
| étrangères.
Acidaspis. Murch.
Bnchi. Barr.
Keyserlingi. Barr.
Aeglina. Barr.
spedosa. Cord sp.
Suède. Angel.
rediviva. Barr.
Ampyx. Daim.
roslratus. Sars.
Angl. Irlande. Suède. Norw.
nasutus. Daim.
Cheirurus. Beyr.
tumescens. Barr.
insignis. Beyr.
daviger. Beyr.
Angleterre. M’Coy.
Conocephalites. Zenk.
Sulz-eri. Schlot. sp.
coronalus. Barr.
Cyphaspis. Burm.
depressa. Barr.
Barrandei. Cord.
elegantida. Ang. sp.
Suède. (Proet. elegantulus.kwg .)
Burmeisteri. Barr.
Ilalli. Barr.
Ellipsocephalus. Zenk.
Hoffî. Schlot. sp.
Germari. Barr.
Illaenns. Daim.
France. Marie Rouault.
Suède. Angleterre.
Hisingeri. Barr.
centrotus. Daim.
crassicauda. Wahl sp.
Olenus. Daim.
sp. Angel.
| Suède, inédit.
sp. Angel.
Paradoxides. Brongn.
Lyelli. Barr.
rotundatus. Barr.
spinosus. Boeck sp.
Sadieri. Barr.
Boliemicus. Boeck sp.
Phillipsia. Portl.
globiceps. Phill.
Angleterre, etc.
Verneuili. Barr.
Eifel. Collect. Verneuil.
Placoparia. Cord.
Tourneminei. Rou. sp.
France. Espagne. Coll. Verneuil.
Zippei. Boeck sp.
Proetus. Stein.
Barrandei. Roem.
Ilarz. Fr. A. Roemer.
sculptas. Barr.
concinnus. Daim. sp.
§. 4. Constance du nombre des segmens dans le corps entier de tous les Trilobites d'un même genre. — Lovén, et d’une même famille. — Beyrich.
En décrivant Proetus elegantulus lOfversigt of kongl. Velensk, Ak. For. 1846.) que nous reconnaissons pour une Cyphaspis, le Prof. Lovén indiqua d’une manière implicite, cette dernière loi, dont nous trouvons le germe primitif dans la dissertation du Prof. Emmrich. Suivant le paléontologue Suédois, la variation du nombre des anneaux dans le thorax, correspond à une variation en sens inverse dans le pygidium , le dernier perdant autant de segmens que le premier en gagne, et réciproquement. C’est ce qu’indiquent fort bien les termes de la thèse du Doct. Emmrich p. 10. Lex valet haec ut quo major thoracis, eo minor abdominis articulorum numerus sit. — Le Doct. Beyrich, admettant ce nouveau principe, l’étendit à la famille entière des Cheirurus. Justement frappé de la simplicité du pygidium dans Ch. insignis et dans Ch. claviger, il crut avoir trouvé des données suffisantes, pour constater le nombre total des segmens qui constituent le corps de tous les Trilobites d'un môme genre. 11 posa en principe, que le corps entier des Cheirurus offre 20 articulations, dont 5 soudées ensemble à la tête, 11 au tronc, et 4 au pygidium. La conviction du savant paléontologue, quoique fondée sur un petit nombre de faits, était si profonde, qu’il établit ce chiffre 2 0, comme normal pour une famille nombreuse, qu’il cherchait à grouper autour de son nouveau type. (Ü b. ein. bohm. Trilob. p. 10 j Malheureusement, des faits multipliés, soit antérieurs soit postérieurs à la loi énoncée, démontrent qu’elle n’existe pas dans la nature. Dès 1827, Ch. Boeck avait constaté dans les Paradoxales une variation de 18 à 21? anneaux thoraciques, et au lieu de la variation inverse du pygidium dans ce tyrp e , on voit le nombre des segmens de celui-ci croître avec celui du thorax. En second lieu, lorsque le D. Emmrich exprima la première idée de cette loi, dans sa thèse de 1839, il en démontra en môme temps le peu de fondement, puisqu’il admit dans son genre Phacops , des espèces dont le pygidium porte un nombre d’articulations variant entre des limites très-étendues (8 — 2 2). Ces circonstances avaient sans doute échappé à l’attention des Prof. Lovén et Beyrich, ou bien ils avaient cru pouvoir les considérer comme exceptionelles. A mesure que le nombre des espèces s’est augmenté, et que chacune d’elles a pu être exactement examinée, nous avons vu successivement disparaître, dans presque tous les genres, quelles que soient les limites qu on leur assigne, la constance supposée dans le chiffre total des segmens du corps. Suivant 1 état actuel de nos connaissances, on ne saurait plus chercher cette constance, que dans les types dont on ne connaît encore que très-peu d’espèces. Ainsi, on pourrait aujourd’hui établir avec toutes les probabilités désirables, la loi diamétralement opposée à celle que nous discutons, et admettre en principe: que le nombre total des segmens du corps n’est constant dans aucun genre. — Ce principe semble résulter des faits que nous avons rapprochés dans le tableau qui suit. L’intelligence de ce tableau synoptique exige quelques explications, sur la manière dont nous en avons établi les élémens.
1. Nous avons indiqué, dans autant de colonnes séparées, le nombre des segmens des trois parties du corps: tête, thorax, pygidium; en donnant le total dans une quatrième colonne.
2. Nous avons évalué le chiffre des segmens de la tête, d’après la méthode du Prof. Beyrich, mentionnée ci-dessus (p. 19 0). Un signe de doute marque l’absence de toute trace de divisions dans cette partie. Pour donner cependant une approximation du nombre total des segmens, nous avons, dans quelques cas, admis le minimum de deux segmens céphaliques, mais en avertissant
NOMBRE DES SEGMENS DES TRILOBITES
de cette supposition, par un signe dubitatif qui accompagne ce nombre total. Nous avons eu recours à la même notation, lorsqu’il s’est présenté un élément incertain dans nos calculs; ce qui a lieu quelquefois par rapport au pygidium.
3. Toutes les fois que nous avons trouvé la certitude suffisante pour nos indications,
dans les espèces étrangères déjà connues, nous les avons citées de préférence. Dans le cas contraire, nous avons eu recours aux Trilobites de Bohême.
4. L’ordre admis dans la série des genres est fondé sur le nombre croissant des segmens
thoraciques.
5. On remarquera aisément, que pour indiquer le maximum et le minimum du nombre des segmens , nous sommes obligé de citer des espèces différentes relativement à chacune des trois parties du corps. C’est aussi ce qui arrive pour le nombre total des segmens du corps entier. Il ne peut en être autrement, si l’on veut faire ressortir les principaux contrastes entre les limites d’un même genre, car la nature a établi parmi les espèces congénères, bien des combinaisons intermédiaires, qui montrent leurs affinités génériques, et la connexion de l’ensemble.
6. Nous n’avons pas évalué le chiffre des segmens des Agnoslus , quoique plusieurs espèces,
telles que: Agn. rex , Agn. granulatus tfc. nous montrent des sillons sur la partie médiane de
la tête et du pygidium. Nous connaissons si peu ces animaux, que nous craignons de con¬
fondre en eux les divisions segmentaires, avec les traits purement ornementaux.
Nombre des segmens des Trilobites.
'yos.
Dans la
Tête.
Dans le Thorax.
Dans
le Pygidium.
Total dans le entier.
corps
Agnostus .
Brongn.
N. constant.
Ampyx. . .
Daim.
Bouaulti.
. Barr.
Bouaulti. .
rostratus. .
Sars.
rostratus. . .
nasutus.
. Daim.
mammillatus. Sars.
nasutus. . .
latus. .
. M’Coy.
latus. M’Coy.
latus. . .
M Coy.
latus .
Trinucleus.
Lhwyd.
ornatus.
Stern.sp.
iGoldfussi.
. Barr.
Goldfussi. .
Bucklandi. .
Barr.
N. const. . .
fimbriatus
. Murch.
fimbriatus.
Dionide.
Barr.
formosa. .
Barr.
N. const. . .
Aeglina.
Barr.
speciosa. .
Cord. sp.
speciosa. . . .
rediviva .
speciosa. .
rediviva. .
Barr.
rediviva. . .
speciosa. .
rediviva. .
Asaphus. .
Brongn.
expansus . .
Wahl.sp.
expansus.
expansus. .
ingens. .
nobilis.
. Barr.
nobilis. . .
Symphysurus.
Goldf.
palpebrosus.
Dalm.sp.
Nileus. . . .
Daim.
N. const.
armadillo.
Ogygia.
Brongn.
Edwardsi.
Rou.
Portlocki.
. Sali.
Portlocki. .
Buchi. . .
Brongn.
Edwardsi.
. Rou.
Edwardsi .
Nos-
Dans la Tête.
Dans le
Thorax. J
Dans le Pygidium.
Total dans le corps!
entier.
Phillipsia.
Portl.
. Portl.
globiceps. .
Phill.sp.
globiceps
Jonesi.
gemmulifera.
Phill. sp.
gemmulifer
gemmulifera
Verneuili. .
Barr.
Verneuili .
Verneuili ■ ■
Grifflthides. .
Portl.
Hisingeri
Barr.
Hlaenus. . .
Daim.
Beaumonti
centrotus
Rou.
Daim.
crassicauda Wahl.
Beaumonti
. Rou.
Acidaspis.
Murch.
Dufrénoyi .
Dufrénoyi.
Barr.
Dufrénoyi
Dufrénoyi.
Verneuili. ■
Barr.
Verneuili.
Buchi. . .
Verneuili .
Bronteus. .
Goldf.
laticauda
Wahl. sp.
N. const. .
N. const.?
palifer
Beyr.
radiatus.
Münst.
Dindymene. .
Cord.
N. const.
lie
Sphaerexochus.
Beyr.
mirus. . .
Beyr.
Staurocephalus.
Barr.
Murclüsoni.
Barr.
Phacops. .
N. const.? .
Emmr.
N. const.
trapeziceps.
Volborthi
Barr.
Barr.
trapeziceps.
Volborthi.
Dalmanites
Emmr.
N. const.
isolit aria.
Barr.
solitaria . '
N. const.? .
auriculata
Daim sp.
auriculata .
Encrinurus. .
N. const.
punctatus.
Briinn sp.
Lichas.
Daim.
laciniata. .
p aima ta. .
Wahl.sp.
Barr.
N. const ?
; laciniata . .
laxatus.
M'Coy.
laciniata. .
laxatus.
Remoplcnrides.
Portl.
radians.
Barr.
Zethus.
Pand.
N. const.
Ibellatulus
bellatulus .
N. const.? .
Sverrucosus.
Pand.
verrucosus
Proetus.
Stein.
Barrandei Roem.
Barrandei.
Roem.
Cuvieri
Stein.sp.
sculptas.
Barr.
sculptus.
Barr.
sculptus
concinnus. .
Dalm.sp
Cuvieri
Bohemicus
Cord.
Bohemicus .
Archiaci. .
Archiaci
Barr.
Archiaci
Barr.
Archiaci. .
Cheirurus.
N. const.? .
Beyr.
insignis < cîaviger
Beyr.-
Beyr.
N- const. .
insignis.
cîaviger.
Placoparia.
Cord.
Zippei. . .
Cord.
Toarneminei.
Rou.
Ellipsoceplialus. Zenk.
Hoffi
Germari.
Schl. sp Barr.
N. const. .
ïïoffi. . .
Germari. .
NOMBRE UES SEGMENS DES TRILOBITES
Nos
Dans la Tête.
Calymene. . Brongn N. const.? . .
Ilomalonotus. Koen.
Bohemicus. Barr.
Olenus. . ■ . Daim.
humilia . . Phill.
gibbosus. . Wahl sp scarabeoides. Wahl sp
Conocephaliles. Zenk Sulzeri. . Schl. sp striatus. . Emmr.
Hydrocephalus. Barr.
Saturnoides. Barr.
carens. Barr.
33* Thriarthrus, Becki. .
Green.
Green.
Cyphaspis. . Burm.
Barrandei. Cord.
depressa. . Barr.
ArioneUus. . Barr.
ceticephalus. Barr.
San. . .
hirsuta.
Amphion.
Fischeri.
Barr.
Barr.
Pand.
Eichw.sp,
Paradoxides. . Brongn Lyelli. . . Barr.
Bohemicus. Boeck.
Sacheri. . Barr.
rotundatus. Barr.
spinosus. . Boeck.
Dans le Thorax.
Arethusina.
Konincki.
Harpides. .
Hospes.
Harpes.
unguia.
Cromus.
Deiphon.
44 Telephus.
Barr.
Barr.
Beyr.
Beyr.
Goldf.
Sternb.
Barr.
N. const.
N. const?
Dans le Pygidium.
Total dans le corps entier.
micrurus. Sait.
gibbosus. . . .
scarabeoides. .
Sulzeri. . . .
coronatus. Barr.
depressa.
Barrandei Cord.
Halli Barr.
diademata
Barr.
diademata
Baylei
Barr.
Baylei. .
\Knighti . .
Murch.
Knighti .
\Herscheli. .
Murch.
Herscheli.
'Bohemicus. .
Barr.
Bohemicus.
coronatus.
striatus.
Barrandei.
Burmeisteri.
depressa .
Barr.
coronatus.
striatus.
Fischeri.
Lyelli . .
rotundatus.
spinosus .
Sacheri .
Bohemicus
^ g ÀFischeri . .
i multisegmentalus
Portl. 28
Barrandei.
Halli.
depressa.
Lyelli. . .
spinosus. .
rotundatus.
Sacheri.
Bohemicus.
macrocephalus Goldf. ?
unguia.
Thorax incomplètement connu „ inconnu.
macrocephalus.
unguia..
Fischeri.
Lyelli . .
spinosus rotundatus.
Sacheri Bohemicus .
macrocephalus.
unguia.
JJ
inconnu.
Les paléontologues, en examinant le tableau ci-dessus, se pénétreront sans doute comme nous de la conviction, qu’il faut désespérer d’établir la constance du nombre des segmens du
corps entier, dans les Trilobites d’un même genre. A plus forte raison, faut-il renoncer désormais, à employer cette constance comme base ou lien de famille, entre les types génériques les plus rapprochés. En laissant à chacun le soin de commenter les faits exposés, de les grouper à volonté et d’en déduire les conséquences utiles, suivant le cours de ses idées, nous nous bornerons à faire quelques remarques. Elles sont relatives au minimum et au maximum du nombre des segmens observés dans chacune des trois parties du corps.
1. — Si on considère l’ensemble de la Tribu des Trilobites, y compris les Agnoslus , le Minimum des segmens observés se trouve:
Pour la Tête ? segmens. Toute trace tle segmentation disparaît dans un assez grand nombre de 1 rilobites.
Pour le Thorax 2 „ Dans tous les Agnostus. ,
Pour le Pygidium 2 „ Dans Sao hirsuta. Barr. et dans beaucoup d’autres especes de divers genres.
N*?.' Le pygidium de Olenus micrurus a été décrit par M. Salter, comme n ayant qu’un anneau à l’axe, mais ce savant ayant fait abstraction de l’appendice rudimentaire, très-bien indiqué sur la figure de cette espèce, nous considérons son pygidium comme offrant aussi deux segmens. ( [Déc . 2 PI. 9.)