Ornemens de la paroi interne du test dorsal
Bien que l’observation directe de cette paroi soit assez rare, on peut indirectement reconnaître dans beaucoup de cas, la manière dont elle était ornée, si on étudie le moule intérieur. Or, il arrive le plus souvent, qu’on retrouve sur la surface de ce moule, les mêmes ornemens qu’on a reconnus sur la paroi externe du test dorsal. Cette reproduction offre seulement un degré d’intensité un peu moindre, On conçoit aisément ce fait, en se rappelant , que l’enveloppe des Trilobites est extrêmement tenue, et dépasse rarement £ de millimètre d’épaisseur. Il en résulte, que tous les accidens de l’une des parois se traduisent sur la paroi opposée, savoir, les grains par des cavités, et inversement les cavités par des protubérances. Le moule formé sur la surface interne, doit donc dans ce cas, retracer l’ornementation de la surface externe. C’est un fait que nous voyons constamment confirmé par l’observation de la plupart de nos Trilobites, qui sont ensevelis dans les schistes, où leur enveloppe calcaire a disparu. Nous citerons comme exemples, les Conocephalites (Pl. 13 et 14) et surtout Ch. claviger (Pl. 40) dont certains individus sont ornés de très-gros tubercules. Nous retrouvons de même, sur le moule intérieur de As. nobïlis, toutes les nervûres et stries, que nous avons en même temps occasion d’observer directement, sur la paroi externe des fragmens du test dorsal, qui se sont conservés. (Pl. 31, 32.)
Grâce à la circonstance que nous venons d’exposer, nous reconnaissons, que dans la plupart des cas, la paroi interne du test dorsal n’a aucune ornementation propre, mais reproduit uniquement celle de la paroi externe, avec un relief inverse, et un peu amoindri.
Ce fait ne doit pas être considéré cependant, comme une règle générale, car il dépend uniquement de la ténuité de l’enveloppe. Dès que celle-ci augmente d’épaisseur, les accidens de
NATURE ET ORNEMENS DU TEST DES TRILOBITES
la paroi externe ne se traduisent pas aussi fidèlement sur la surface interne, qui par conséquent tend de plus en plus à devenir lisse. Cette modification est une suite naturelle des progrès de l’âge, qui détermine l’épaississement du tégument crustacé. Nous en avons cité un exemple remarquable , dans Conoceph. Sulzeri (p. 234). L’observation de cette espèce nous a enseigné, que peu à peu la paroi interne perd non seulement toute trace des ornemens extérieurs , mais qu apres être devenue lisse, elle acquiert à son tour des ornemens propres. Bien que les circonstances ne nous aient pas permis de suivre le cours de ces modifications successives, dans d’autres espèces, nous sommes néammoins induit à reconnaître le même résultat final, sur divers Trilobites. L’analogie nous amène à interpréter dans le même sens, les apparences que nous offrent certaines formes , dont le test parvient à une grande épaisseur dans les adultes. Nous citerons parmi eux divers Cheirurus et notamment Ch. gibbus. En étudiant avec attention les meilleurs fragmens de ce Trilobite, les uns à l’état de moule intérieur, les autres encore partiellement revêtus de leur test, nous trouvons constamment sur les deux parois, la même apparence ornementale, c. à d. des grains entremêlés avec des cavités, de diamètre variable. Or, si nous examinons avec le plus fort grossissement, la section du tégument, partout où elle se montre, il nous est impossible de saisir la moindre connexion entre les ornemens des deux surfaces, sur la glabelle et sur le corps, tandisque nous la reconnaissons très-aisément, pour les grandes cavités de la joue, qui se correspondent une à une, sur les deux parois comparées. Cette différence s explique, par la dimension de ces cavités qui est assez grande, pour devenir sensible à travers un test relativement mince, sur cette partie de la tête. Au contraire, les grains et cavités sont trop petits sur le reste du corps, pour que leur trace puisse se transmettre à travers une plus grande épaisseur de l’enveloppe. Ce qui nous confirme dans cette considération, c’est que, dans le cas ou les ornemens se traduisent d’une paroi à l’autre , la différence de nuance entre le tégument et la roche du moule, nous permet de découvrir leur connexion, ainsi que nous l’avons constaté pour les perforations de Daim. Mac Coyi, ci-dessus (p. 235). D’après ces observations, nous sommes disposé à croire, que les impressions en creux ou en relief, que nous voyons sur le moule intérieur de la glabelle et du corps de Ch. gibbus , dérivent immédiatement des ornemens propres à la paroi interne du test dorsal, et ne sont pas comme dans les autres cas indiqués, la simple transmission de l’ornementation de la surface externe.
Calym. interjecta (PL 19 et 43) nous offre le sujet de semblables inductions, car c’est peutêtre parmi tous nos Trilobites, celui qui a le test relativement le plus épais. Sa paroi dorsale externe est couverte de grains serrés et saillans , de forme assez aigue pour qu’ils sortent difficilement de la roche ambiante, quand on extrait le fossile. Cette espèce s’obtient donc ordinairement à l’état de moule intérieur, conservant çà et là, quelques fragmens de son enveloppe crustacée. Ce moule est constamment couverts de cavités serrées, dans chacune desquelles on aperçoit encore une pointe brisée qui la remplit. Ces pointes ne sauraient être autre chose, que celle des grains spiniformes propres à la paroi interne, et analogues aux grains mentionnés sur la paroi externe. La section du test est parfaitement homogène, et ne permet de saisir aucune relation entre les ornemens des deux surfaces, à travers son épaisseur d’au moins un millimètre. On concevra d ailleurs, que si une semblable connexion avait lieu dans cette espèce, les cavités du moule supposeraient nécessairement des cavités semblables sur la paroi externe, comme sur la joue des Cheirurus. Or, le fait est, qu’il n’existe pas la moindre trace de cavités quelconques, sur la surface extérieure du test, dont nous examinons des fragmens parfaitement conservés. Il faut donc admettre, pour expliquer les cavités du moule' intérieur, la présence d’une granulation particulière à la paroi interne du test dorsal. Nous ne nous étendrons pas davantage sur ce sujet; les exemples que nous venons de donner, nous paraissent suffisamment démontrer l’existence d ornemens indépendans, en certaines circonstances, sur la surface qui nous occupe.
Nous terminerons cet article par une remarque, qui probablement aura déjà été faite par le lecteur. C’est que, dans tous les Trilobites par nous observés, les ornemens de la paroi interne du test dorsal sont analogues ou semblables à ceux de la paroi externe. En d’autres
termes, cette surface intérieure, lors même qu’elle ne reproduit pas les ornemens extérieurs, en présente toujours une fidèle imitation, sans qu’il s’y mêle jamais d’autres élémens. Cette observation est destinée à contraster avec celle que provoquera ci-après, la comparaison entre les surfaces externes du test dorsal et de la doublure.
En définissant les diverses parois du test, nous avons fait remarquer, que le long des bords, une partie de la paroi interne du test dorsal, s’applique plus ou moins immédiatement sur la surface interne de la doublure. Cette partie peut être observée dans plusieurs Trilobites, comme sur le bord du pygidium de III. Bouchardi (PL 34), de Bront. Brongniarti (PL 46), et de plusieurs de nos Dalmania. Dans tous les cas, nous avons reconnu qu’elle paraît lisse, quelle que soit la nature des ornemens de l’espèce. Il en est de même de la paroi interne de la doublure, soit qu’elle se trouve en contact, soit qu’il existe un remplissage entre l’une et l’autre.
§. 7. Ornemens de la paroi externe du tégument ventral, doublure et hypostôme.
A. Doublure.
Divers paléontologues ont déjà porté leur attention sur la surface externe de la doublure, dont il n’est pas rare de trouver l’empreinte, sur le moule des Trilobites. Le ProfL Burmeister s’en est spécialement occupé dans son traité, (p. 16 à 18) et il en a décrit les apparences, avec son talent ordinaire d’observation, aussi bien que le permettaient les matériaux très-restreints, dont il pouvait disposer. Ce savant a cru remarquer, que l’épaisseur de la doublure était généralement moindre que celle du test dorsal. Ce fait nous paraît purement accidentel, ou peut-être particulier à quelques Trilobites; mais nous voyons la doublure aussi épaisse que la carapace dorsale, dans la plupart de nos espèces, parmi lesquelles nous nous bornerons à citer les Bronteus , Plmcops , III. Bouchardi $c. Nous avons eu occasion d’indiquer l’étendue de la doublure sous chacune des parties du corps, dans l’étude spéciale que nous avons faite de chacune d’elles. Nous rappélerons seulement ici, que la largeur du test ventral, qui est à peu-près uniforme dans tout le contour de l’individu, pour chaque espèce, varie beaucoup de l’une à l’autre, et peut ainsi fournir de très-bonnes distinctions spécifiques.
Quant aux ornemens de la paroi externe de la doublure, ils consistent le plus souvent en stries ou plis-sillons, plus, ou moins concentriques aux contours des parties correspondantes, ainsique l’a très-bien reconnu Burmeister. Cependant, ce genre . d’ornementation n’est pas le seul que nous ayons observé sur cette surface. Elle présente aussi, dans certains genres, des giams et cavités analogues à ceux qui distinguent la paroi dorsale. On pouvait presque s attendre à ce fait, en voyant la constance avec laquelle ces deux genres d’ornemens se maintiennent dans divers types signalés ci-dessus, comme Acidaspis, Calymene, Cyphaspis, Dalmania, Cheirurus Sçc. Nous citons d’abord ces genres, pareeque la multiplicité des formes spécifiques que nous avons lieu d’observer pour chacun d’eux, donne un plus haut degré relatif de généralité et de certitude à nos observations. Or, toutes les espèces de ces types, dont nous avons pu examiner la doublure, nous ont constamment montré sa paroi externe, soit lisse, soit faiblement ornée de, grains et de cavités. Cette recherche est facilitée par l’état de conservation et la taille développée de certains Trilobites, tels que: Acid. Buchi (PL 57), A. Verneuili (PL 38) diverses Dalmania (PL 23 à 26) &c. Il ne nous est jamais arrivé de découvrir la moindre trace d’une strie, sur la surface qui nous occupe, ni dans ces grandes espèces, ni dans les plus petites. Nous serions donc porté à croire que dans les genres cités, les stries sont entièrement exclues de la doublure. Nous . ne voulons pas cependant affirmer qu’il en est ainsi , pour toutes les espèces de cette catégorie , car une des anomalies si communes dans la tribu, pourrait renverser demain la loi que nous croirions bien établie aujord’hui. Cette réserve que l’étude des Trilobites nous a inspirée en général, .nous est encore plus particulièrement imposée dans cette circonstance, par ce qui a heu pauni les Phacops. Nous avons constaté ci-dessus, que la paroi dorsale externe était exclusivement granulée dans toutes les espèces de ce genre, moins une, même dans l’étendue des facettes articulaires. Il y
NATURE ET ORNEMENS DU TEST DES TRILOBITES
aurait donc toute probabilité à croire, que cette sorte d’ornemens serait aussi la seule sur la paroi externe de la doublure. Cette supposition se réalise en effet, sur presque tous les Phacops qui sont sous nos yeux, mais quelques espèces font contraste avec les autres, savoir: Phac. latifrons do 1 Eifel et Ph. faecundus de notre terrain. L’un et l’autre portent des stries ou plis-sillons bien marques , sur la paroi externe de la doublure sous-frontale, et nous retrouvons les mêmes stries sur la doublure du pygidium de la forme Bohème. Nous en avons donné les figures 11. 21. Ph. cephalotes et Ph. Sternbergi nous montrent une tendance à la même ornementation, sous le front, où leur granulation paraît se transformer en stries, dans les adultes. Nous ferons remarquer, que la doublure de la plèvre thoracique reste invariablement lisse, ou finement granulée, dans ces espèces exceptionnelles, comme dans les autres, mais elle est couverte de cavités et de grains dans Ph. Volborthi, qui porte ces ornemens sur la paroi dorsale.
L exemple des Phacops nous fait voir, combien seraient hazardées les conclusions qu’on pourrait établir, à 1 égard des genres dont on connaît peu d’espèces, tels que Deiphon, Encrinurus, Sao, Sphaerexochus et autres, enumeres ci-dessus, comme ayant le test dorsal exclusivement orné soit de granulation , soit de grains et de cavités. Nous voyons distinctement la doublure lisse ou très-faiblement granulée, dans Sao hirsuta et Sphaerexochus mirus ; mais qui pourrait affirmer quil en sera de même, dans d’autres formes congénères? Nous laisserons donc à l’avenir le soin de constater les faits, à mesure qu’ils se présenteront.
Il est remarquable, que le genre Lichas, dont la paroi dorsale externe se montre si constamment ornée de grains ou tubercules , présente au contraire exclusivement des stries , sur la paroi externe de la doublure. Tel est du moins, le résultat de nos observations en Bohême, (PL 28) et nous les voyons confirmées par quelques espèces étrangères.
Nous trouvons sur la doublure frontale de Trinucleus ornalus des stries prononcées, entre les rangées concentriques, formées par les perforations du limbe. (PI. 29).
De tout ce que nous venons de dire, il résulte, que la granulation et les cavités ornant exclusivement la paroi dorsale de certains types , s’étendent aussi dans quelques uns d’entr’eux, sur la paroi externe de la doublure. Mais les faits [trouvent, que parmi ces genres eux-mêmes, il en est, qui dans une partie, ou dans la totalité de leurs espèces, montrent cette dernière surface distinctement striée. H y a donc dans la nature des Trilobites, une certaine tendance à
produire des stries sur la paroi externe de la doublure. Il est donc plus concevable, que dans
les types où le test dorsal offre ce genre d’ornemens, on le retrouve toujours sur le tégument ventral. G est ce que nous remarquons parmi les Bronteus, dont toutes les espèces ont invariablement la doublure couverte de plis-sillons, lors même que le test dorsal est uniquement granulé, comme Bront. tardas , ou orné de grains et de cavités, comme Br. porosus , ou entièrement lisse, comme Br. furcifer, caelebs <$çc.
Par une anomalie très-inattendue , la doublure des plèvres de Br. Brongniarti est lisse, tandisque cette espèce est une de celles qui nous offrent les plis-sillons les plus marqués, non seulement sur la paroi dorsale, mais aussi sur la paroi de la doublure de la tête et du pveidium. (PL 44 à 48).
Dans les Paradoxides, nous trouvons toujours la doublure striée, sous la tête, les plèvres et le pygidium, bien que la surface dorsale soit granulée ou lisse. (PL 9. à 14.)
Par une singulière bisarrerie, la bordure sous frontale de Conoc. striatus est exclusivement
granulée, tandisque celle de Con. Sulzeri ne présente que des stries, ce qui fait un contraste
avec les faits mentionnés ci-dessus.
Parmi nos Illaenus , toutes les espèces ont la doublure striée, sans excepter III. laticeps, dont la surface dorsale est exclusivement ornée de petites cavités.
Le genre nombreux des Proetus donne lieu à la même observation, que celui des Bronteus. Nous reconnaissons la doublure ornée de plis sillons, non seulement dans les espèces dont le
test dorsal est strié, mais nous la voyons aussi prononcée, dans celles qui ont la paroi dorsale
lisse, comme Pr. Ryckholti et Pr. fallax , et dans celles qui sont fortement granulées sur la sur¬
face dorsale , comme Pr. Lovénî et Pr. tuberculatus. Ces details sont trop petits pour pouvoir paraître sur les figures de ces Trilobites.
D’après ce que l’on connaît déjà de l’ornementation des Asaphus , il est tout naturel, quon trouve constamment des plis-sillons sur leur doublure.
Nous croyons inutile de passer en revue les genres moins importans , au sujet desquels le
tableau général qui va suivre, donnera d’ailleurs les documens restreints que nous possédons.
D’après les faits indiqués dans ce paragraphe, le lecteur remarquera, que les stries dominent sur la paroi ventrale externe des Trilobites , ce qui contraste avec 1 observation faite ci-dessus, relativement à la prédominance de la granulation , sur la paroi dorsale extérieure. Il y a donc une sorte d’opposition marquée, dans l’ornementation de ces surfaces de 1 enveloppe crustacée.
B. Hypostôme.
Les ornemens de la surface externe de l’hypostôme ont généralement une grande analogie avec ceux de la doublure, mais dans certains casr ils offrent aussi quelques traits particuliers, que nous avons déjà indiqués ci-dessus (p. 157). L’article auquel nous renvoyons le lecteur, a été placé par inadvertance dans la section II. Les documens qu il renferme et ceux qui se trouvent dans le tableau synoptique de l’ornementation, qui va suivre, nous dispensent de nous étendre ici sur ce sujet.
§. 8. Ornemens de la paroi interne du test ventral, doublure et hypostôme.
A. Paroi interne de la doublure.
Nous avons l’occasion d’observer directement cette paroi, soit sur le contour des joues, soit autour du pygidium, dans divers Trilobites des genres Phacops, Dalrtiania, Bronteus , IUaenus &c. Ainsi que nous l’avons fait remarquer ci-dessus, elle est tantôt immédiatement appliquée contre la paroi interne du test dorsal; tantôt elle en est séparée par un intervalle occupé par la roche dans le fossile, et probablement par des parties molles dans l’animal vivant. Dans ces deux cas, nous la trouvons ordinairement lisse sur les espèces soumises à nos observations, toutes les fois que la doublure est un peu épaisse. Mais lorsque la doublure est très-mince, comme dans Bront. planus et quelques autres , les ornemens de sa surface extérieure se reproduisent sur sa paroi interne, avec un relief renversé. C’est analogue à ce que nous avons eu occasion de constater, relativement aux deux faces opposées du test dorsal. Le plus souvent, la paroi interne de la doublure est entièrement invisible dans les Trilobites; elle doit donc exciter peu d intérêt.
B. Paroi interne de l’hypostôme.
Il est extrêmement rare de pouvoir observer cette surface, soit directement, soit indirectement , parcequ’elle ne se sépare pas aisément de la roche. Cependant , nous avons deux Trilobites, qui nous donnent occasion de constater, que ses ornemens diffèrent de ceux de la paroi externe de la même pièce. Ce sont nos deux Asaphus, nobilis (PI. 32) et ingens (PL 33). On voit que cette dernière surface, dans l’une et l’autre espèce, est irrégulièrement semée de stries et de grains. La paroi interne de l’hypostôme est aussi striée dans les deux, mais les stries sont parallèles, rectilignes, régulières, et figurent des sillons dont les creux sont égaux aux saillies. Ce genre' d’ornement semble caractéristique pour cette paroi dans ce groupe. Nous ne savons pas cependant, si ces stries s’étendent au delà des deux branches du bord buccal, sur l’impression desquelles nous les avons remarquées, ainsi que le montrent les figures citées. ,
NATURE ET ORNEMENS DU TEST DES TRILOBITES. 24
>9. Tableau synoptique de l ornementation du test, dans les principaux genres
des Trilobites.
Paroi externe du test dorsal.
Paroi externe du test ventral.
benres et bspeces.
Observations.
Doublure.
Hypostôme.
Aeglina.
Barr.
speciosa.
Cord.
stries . . .
stries ....
rediviva.
Barr.
lisse? . . .
lisse? . . .
Acidaspis.
Murch.
Toutes les
espèces.
grains et tuberc
lisse ou granulation
lisse, grains, ca-
vités.
Agnostus. .
Brongn.
Rex. . .
Barr.
lisse . . .
granulatus.
Barr.
granulation fine.
Amphion. .
Pand.
frontilobus.
Pand.
granulation fine.
granulation fine.
granulat. fine.
Ampyx.
Daim.
nasutus.
Daim.
cavités . . ,
nudus. . .
Murch. Sp-
granulation . .
Arethusina.
Barr.
Konincki. .
cavités sur les joues grains rares sur le corps.
| lisse ....
Arionellus.
Barr.
ceticephalus.
Barr.
grains et stries.
stries ....
lisse.
Asaphus. . .
Brongn.
expansus.
Wahl.
stries et cavités.
stries ....
stries.
nobilis. . .
stries ....
stries . . .
stries et grains.
La paroi interne de l’hy-
ingens. . .
Barr.
stries . . ' . .
stries ....
id. id.
postôme est striée. (PI. 32, 33).
Bronteus.
Goldf.
thysanopeltis.
Barr.
lisse ....
stries ....
stries.
campanifer.
Beyr.
stries . . . .
angusticeps.
Barr.
stries et grains.
id .
id.
Brongniarti.
Barr.
stries et cavités.
id .
id. . . .
La doublure des plèvres est lisse, par exception.
porosus ,
Barr.
grains et cavités.
id .
id.
tardus, . ,
Barr.
granulation . .
id .
Calymene.
Brongn.
Toutes les espèces.
granulation . .
granulation . .
granulation.
Cheirurus.
Beyr.
Toutes les espèces.
grains et cavités.
lisse ou granulation.
grains et cavités.
Conocephalites.
Zenk.
Sulzeri.
Schl. Sp.
granulation et stries
stries et grains?
isse ?
striatus.
id. id.
granulation . .
isse?
Cromus. . ,
Barr.
Beaumonti.
Barr.
grains et tuberc.
granulat. fine.
intercostatus.
Barr.
grains et cavités.
grains.
Cyphaspis.
Burm.
foutes les espèces.
grains et tuberc.
lisse ou granulation.
Dalmania. . .
Emmr.
Hausmanni.
Brongn.
granulation . .
grains et cavités.
grains et cavités.
Mac Coyi. .
Barr.
granulat.et perforât.
grains
b'tetcheri.
Barr.
grains et cavités.
grains
Genres et Espèces.
Paroi externe du
Paroi externe du
test ventral.
Observations.
test dorsal.
Doublure.
Hypostôme.
Deiphom . .
Barr.
Toutes les espèces.
granulation . .
Dindymene. .
Cord.
Frid. Augusti.
Cord.
grains
Haidingeri.
Barr.
grains et cavités.
Dionide. . .
Barr.
formosa.
Barr.
cavités et perforât.
grains.
Ellipsocephalus.
Zenk.
Hoffi. . .
Germari.
Schl. sp.
stries . . .
Barr.
lisse ....
Encrinurus.
Emmr.
Toutes les formes.
tubercules . .
Griffithides. .
longispinus.
Portl.
Les stries dans ce genre
Portl.
grains et stries.
stries ....
ne sont signalées que sur le limbe céphalique. Portlock.
Harpes. . .
Goldf.
tisse.
unguia.
Sternb.
perforât, et cavités.
venulosus. .
Cord.
perf. grains et cavit.
id.
Harpides. .
Beyr.
hospes.
Beyr.
grains
Homalonotus.
Kon.
delphinocephalm. Murch.
tubercules ? . .
i D’après une tête citée l ci-dessus (p. 240).
Dekayi. . .
Green.
grains et cavités.
Hydrocephalus.
Barr.
lisse? . . .
Toutes les espèces.
Illaenus. . .
crassicauda.
Wahl. Sp.
stries et cavités.
stries • . . .
laticeps.
Cord.
cavités . . .
id .
Barriensis. .
Murch.
stries et cavités.
id .
Lichas. . .
Daim.
palmata.
Barr.
grains et tuberc.
stries ....
stries et grains.
Presque toutes les espèces suivent ce type.
scabra. . .
Beyr.
id. id.
id .
stries et cavités.
Nileus. . .
Daim.
armadïllo. .
Daim.
stries ?...
stries ....
Ogygia. . .
Brongn.
j Les documens existansl ) sont incomplets.
Toutes les
espèces.
stries ....
stries ....
stries . . .
Olenus. . .
Daim.
Paradoxides.
Brongn.
stries.
spinosus.
Boeck.
granulation . .
stries ....
Bohemicus.
Boeck.
lisse? . . .
rugulosus.
Cord.
stries et grains.
id .
id.
Peltura.
M. Edw
stries ....
Phacops. .
Emmr.
stries ....
latifrons.
Bronn.
granulation . .
faecundus.
id, . .
stries et grains.
grains.
Bronni.
Barr.
id. ...
lisse ....
id.
Volborthi.
Barr.
cavités et grains.
cavités et grains.
NATURE ET ORNEMENS DU TEST DES TRILOBITES
Genres et Espèces.
Paroi externe du test dorsal.
Paroi externe du test ventral.
Doublure.
Hypostôme.
Observations.
Phillipsia. .
Portl.
/ Les stries ne sont in-
Jonesi. .
Portl.
grains et stries.
stries ....
' diquées que sur le limbe
( du pygidium. Portlock.
gemmulifera.
Phill. sp.
grains
Placoparia.
Cord.
Zippei. .
Gord.
grains et cavités.
lisse?
Proetus.
Stein.
Ryekholti. .
Barr.
lisse ....
stries’ ....
lisse.
1 Parmi 10 formes con-
tuberculatus.
Barr.
grains
id. .....
/nues d’hypostômes isolés,
intermedius.
Barr.
grains et stries.
id .
lies unes sont striées, les
venustus.
Barr.
stries .....
id .
[ autres lisses.
Remopleurides.
Portl.
radians.
Barr.
stries ....
stries ....
stries.
Colbi. . .
Portl.
stries et grains.
Sao. . .
Barr.
hirsuta.
Barr.
grains et tuberc.
lisse ? ...
lisse.
Sphaerexocbus.
Beyr.
mirus.
Beyr.
granulation fine.
lisse ....
lisse?
Barr.
Murchisoni.
Symphysurus.
Barr.
Goldf.
grains . , .
Un individu que nous possédons, nous montre | sur le moule du pygidium
stries ....
stries ....
des cayités serrées, indi—
| quant une granulation fine
’ sur la paroi interne du test dorsal.
Telephus. . .
Barr.
fractus .
grains . . .
Triarthrus.
Green.
Becki.
Green.
granulation fine,
Trinucleus.
Lhwyd.
ornatus.
Stem.
cavités et perforât.
porforat. et stries.
lisse.
Zethus. . .
Pand.
Toutes les espèces.
grains et tuberc.
lisse?
Dans le tableau qui précède, nous nous sommes borné à citer dans chaque genre, une des espèces qui montrent les différentes natures ou combinaisons d’ornemens. Nous n’avons eu égard qu’aux deux parois principales du corps, les deux autres ayant peu d’importance. Bien que beaucoup d’élémens manquent encore, pour rendre ce travail complet, il nous semble, qu’il établit suffisamment la nature variable des ornemens, suivant les espèces, à l’exception d’un petit nombre de types génériques, qui conservent encore une forme exclusive d’ornementation; peut-être jusqu’à de nouvelles découvertes.
On peut résumer les résultats du tableau, ainsi qu’il suit :
1. Le mode d’ornementation des deux parois principales n’est uniforme que dans un nombre de genres relativement très-petit. La granulation sur les deux surfaces ne se rencontre que dans Acidaspis, Amphion , Calymene, Cypliaspis, Dalmania. Quant aux stries, nous citerions Nileus, Ogygia et Symphysurus , si les espèces nous étaient assez connues, pour avoir une certitude. Quoique les stries paraissent sur les deux parois de divers autres genres, elles sont ordinairement
associées sur la surface dorsale à d’autres, ornemens, qui ne reparaissent pas sur la paroi ventrale, ainsi que Burmeister l’a remarqué pour les cavités. (Or g. der Trilob. p. 16, )
II. En considérant l’ensemble de la Tribu, soit par genres, soit par espèces, on reconnaît que la paroi dorsale, uniquement granulée, est beaucoup plus fréquente que la même paroi uniquement striée. Ce rapport devient encore bien plus frappant, si l’on réunit d’un côté, tous les Trilobites offrant la granulation, soit seule , soit mêlée avec des cavités , y compris les formes lisses, à l’exclusion des stries; et de l’autre, tous les types qui portent des stries, soit seules, soit combinées d’une manière quelconque, La première catégorie comprend 29 genres , tandisque nous n’en comptons que 16 dans la seconde. Si nous passons à l’énumération des espèces, nous trouvons une disproportion bien plus grande, entre ces deux catégories, uniquement considérées entre les limites de notre terrain. Le nombre des espèces plus ou moins granulées, sans stries, est au chiffre des espèces portant des stries, comme 4 : 1.
III. Il en est tout autrement pour la paroi ventrale. En faisant abstraction de 18 genres qui ne permettent pas d’observer cette surface, nous en trouvons 10, dans lesquels elle n’a pas encore présenté de stries, tandisque nous en connaissons 17, offrant cette sorte d’ornemens. Si nous comparons sous le même rapport, le nombre des espèces de notre terrain, nous voyons que le chiffre de celles dont la doublure a été reconnue non striée, est un peu inférieur au nombre des formes spécifiques qui montrent des stries sur cette surface 100: 107.
Les stries dominent donc sur la surface ventrale, mais elles sont loin d’avoir sur cette paroi la prédominance absolue, qu’on aurait été tenté de leur supposer, avant l’établissement de ces faits.
S 10. Valeur des caractères fournis par les ornemens du test, dans les Trilobites.
11 nous semblerait, que les ornemens étant par leur essence inhérens à la surface, sont sans connexion nécessaire avec les traits de la conformation, dans lesquels le naturaliste a coutume de puiser des caractères pour des coupes importantes. Nous serions donc porté à considérer, en général, l’ornemental ion, comme ne pouvant jouer qu’un rôle très-secondaire dans une classification naturelle. Son utilité se bornerait communément aux distinctions spécifiques, ou au groupement des espèces, entre les limites d’un même genre. Tel est le point de vue sous lequel nous apprécions à priori la valeur des ornemens. Nous avouerons cependant que si nous trouvions dans des Trilobites , rapprochés d’ailleurs par quelques formes organiques , une apparence ornementale remarquablement constante, nous croirions, à défaut de meilleurs caractères, pouvoir recourir à celui-là pour circonscrire certaines familles, ainsi que Burmeister a essayé de le faire pour une. Malheureusement, il n’en est rien, et il résulte au contraire de tous les faits constatés, que les cas d’une ornementation exclusive et invariable, s’étendant à toutes les espèces d’un même genre, sont extrêmement rares. D’après nos connaissances actuelles , les types génériques un peu importans, que l’on peut citer comme exemples de cette invariabilité, abstraction faite de la nature de la décoration, sont les Acidaspis , Calymene, Cheirurus, Cyphaspis, Lichas, Ogygia? Trinucleus. Nous ne tenons pas compte des types jusqu’ici connus par un petit nombre d’espèces, parcequ’il est très-probable, que la constance apparente de leur ornementation s’évanouira, à mesure que leurs formes se multiplieront, comme cela est arrivé pour les Proetus, Dal-
mania, &c. D’ailleurs, lors même que nous ajouterions ces types à ceux que nous venons de
nommer, nous n’en serions pas moins obligé de reconnaître, que le groupement des genres par
l’analogie des ornemens de leur enveloppe, n’est point en harmonie avec les affinités de leurs
traits principaux, et conduirait à des rapprochemens inadmissibles. On ne saurait donc employer les ornemens comme lien de famille, dans la classification des Trilobites.
Le tableau ci-dessus prouve suffisamment, que sauf quelques exceptions, la superficie dé l’enveloppe ne conserve pas une apparence constante dans les limites d’un même type générique. Les faits nous ramènent donc à notre point de vue théorique, savoir, que parmi les Trilobites, l’ornementation peut rarement fournir des caractères d’une valeur qui s’étende au delà de la distinction des espèces ou des subdivisions d’un genre.
nature et ornemens du test des trilomtes.
§. 11. Relations entre V ornementation du test des Trilobites et les diverses époques
paléozoiques.
D serait intéressant de reconnaître, s’il existait quelque relation, entre le mode de décoration des trilobites et les diverses époques qu’embrasse l’existence de la tribu. Nous avons été conduit a. cette recherche, par les belles observations de M. M. d’Archiae et de Verneuil, sur les caractères des ornemens qui distinguent les Brachiopodes, appartenant aux trois périodes paléozoïques : Silurienne, Dévonienne et Carbonifère. fFoss. of the Rhen. Prov. 1842.) Malheureusement cette étude au sujet des Trilobites ne saurait amener des résultats aussi largement établis, et aussi satisfaisons, que ceux auxquels sont parvenus nos savans amis, relativement à la classe 'des mollusques, citée. La raison en est, que les Brachiopodes ayant été doués d’une force vitale bien plus intense que celle des anciens Crustacés, peuvent être considérés comme également bien représentés, sous le rapport des genres, des espèces et des individus, dans les trois systèmes paléozoïques. On sait qu’il en est tout autrement de la tribu Trilobitique, qui ayant eu son plus grand développement dans les formations Siluriennes, sous le double rapport de la variété des ormes et de la puissance prolifique, ne paraît dans les terrains Dévoniens, qu’avec les symptômes d une decadence avancée, et ne. traverse ce système, que pour reproduire quelques espèces rares destmees a seteindre finalement, dans le terrain Carbonifère.
, Les comparaisons à établir entre les Crustacés de ces trois systèmes, manqueront donc d’un element, qui leur donnerait plus de justesse et d’importance, savoir, la parité dans le développement des faunes. Malgré ce désavantage, le lecteur ne dédaignera peut-être pas les brèves observations que nous avons à lui soumettre.
I; , (jes J’’aunes Trilobitiques des deux divisions Siluriennes, considérées chacune dans son ensemble, offrent également toutes les formes d’ornemens soit élémentaires, soit combinées.
II. Dans la partie la plus élevée de la division Silurienne supérieure, on commence à apercevoir la prédominance des Trilobites granulés, et la rareté relative des Trilobites striés Prenant pour exemple la Bohême, considérons d’abord les genres de notre étage calcaire supérieur G (p. 84). Ils sont au nombre de dix :
Acidaspis.
Calymene.
Lic.has.
Phacops.
Dalmania.
Cheirurus.
Harpes.
Bronteus.
Proetus.
• 1°r’ P,™1 ce® d,*|fnres’ les (IuatFe rangés dans la première colonne à gauche, ont été
signales ci-dessus (p. 238) comme ayant leur paroi principale exclusivement granulée, dans toutes
les especes connues. Les deux premiers types de la seconde colonne avaient aussi le droit d’être
classes dans la meme catégorie, jusqu’à ce que notre terrain eût fourni pour les Dalmania deux especes, et pour les Phacops une seule, réunissant des cavités à la granulation de la surface orsale. Les especes exceptionelles des Dalmania appartiennent à l’étage G, mais celle qui trouble I uniformité dans les Phacops, est restreinte à notre étage calcaire inférieur E. On pourrait donc
dans la question qui nous occupe, ranger ce genre dans la première colonne. On sait que les
Cheirurus sont exclusivement ornés de grains et de cavités. Le Harpes de notre étaêe G n’a d autres ornemens que les perforations presque imperceptibles de son limbe. Voilà donc 7 genres granules^ et un huitième également dépourvu de stries, tandisqu’il n’en reste que deux qui ont des especes striees. Le rapport entre les genres sans stries et les genres striés est donc de 4: , c. a d. beaucoup plus grand que celui de 29: 16 que nous avons constaté parmi tous les types genenques de la Tribu, (p. 250).- Ainsi, notre étage calcaire supérieur G présente une diminution tres-sensible, dans la proportion des genres ornés de. stries, et nous pourrions montrer déjà la même tendance, dans l’ensemble de notre division supérieure.
Allons plus loin, et énumérons les espèces représentant les deux modes de décoration dans le meme etage calcaire supérieur G.
Granulation
exclusive.
Granulation et cavités.
Stries seules ou combinées.
Acidaspis . . •
Calymene . . .
Cyphaspis . . .
Lichas ....
Phacops . . .
Dalmania . . .
Cheirurus . . .
Harpes . . .
Bronteus . . ■
Proetus . . •
Totaux . .
En faisant abstraction d’un très-petit nombre de formes lisses, comprises parmi celles qui ont le test dorsal exclusivement granulé, nous voyons que leur somme est quadruple de celle des espèces portant des stries. Si nous unissons les deux premières colonnes, le total est quintuple de celui de la troisième. Or, le rapport trouvé ci-dessus, (p. 250) entre les especes sans
stries et les espèces striées, était de 4: 1, c. à d. moindre que celui que nous venons d établir
dans l’étage G.
Ainsi en considérant soit les genres, soit les espèces, il est constaté que dans notre etage calcaire supérieure G, le nombre des Trilobites granulés ou privés de stries compare a celui des Trilobites striés, est notablement plus élevé que dans l’ensemble de la tribu. Il y a , onc une tendance vers la diminution, ou vers l’exclusion des stries, dans la partie la plus elevee de notre terrain. Nous sommes loin de pouvoir confirmer ce fait par des chiffres relatifs aux autres contrées Siluriennes. Ces documens n’existent pas encore. Nous ferons cependant remarquer,
que les Homalonotus apparaissant dans l’étage qui couronne les formations Siluriennes d Angle¬
terre mais manquant en Bohême, ont été comptés comme caractérisés par la granulation exclusive, tandisque nous ne connaissons aucun genre strié, surgissant ou dominant a cette epoque.
III Si nous consultons les descriptions et les figures relatives aux Trilobites du terrain Dévonien, nous voyons que la paroi dorsale est uniquement granulée , dans presque tous les
genres et espèces.
Nous ne connaissons comme représentés dans ce système, que les 11 types géné¬
riques smvans :