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Chapitre 1. Métamorphoses des Trilobites

Nous comprenons sous le nom de Métamorphoses , toutes les modifications de forme éprouvées par un même individu , durant le cours de son existence. Nos études sur ce sujet seront divisées comme il suit:

§. 1. Documens historiques.

§• 2. Analogies fournies par les métamorphoses des Crustacés vivans.

§• 3. Métamorphoses constatées pour les Trilobites.

§■ 4. fous les genres d une même famille, toutes les espèces d’un même genre, subissaient-ils un même mode de développement?

§. 5. Tous les genres des Trilobites éprouvaient-ils des métamorphoses?

§. 6. Distribution verticale des Trilobites dont la métamorphose est connue.

§. 7. Résumé des faits et considérations relatifs aux métamorphoses.

§. 8. Oeufs des Trilobites.

$■ i. Documens historiques.

La question des métamorphoses des Trilobites n’a été touchée qu’en passant, par les paléontologues.

1825. Le C!,e. Gaspard Sternberg est le premier dans les ouvrages duquel nous ayons remarqué un passage , faisant supposer qu’il admettait des transformations parmi les anciens Crustacés. Au commencement de son premier mémoire sur jes Trilobites, il énumère les causes qui entravent la détermination de ces fossiles, et il indique en seconde ligne: la variation des formes dans les divers âges de ces animaux. = ( Die Wandelbarkeit der Formen im verschiedenen Aller der Thiere.J (Verhandl. des vaterl. Mus. in Bohm. p. 69.)

Ce savant s’est borné à cette laconique expression d’une opinion, sur laquelle il n’est revenu, ni dans le cours de ce premier travail, ni dans le second publié en 1833. Nous ne trouvons d’ailleurs dans ces deux mémoires, qu’une seule indication qui paraisse en connexion avec cette idee, et qui la peut-être provoquée. Ln décrivant Parad. Tessini, Sternberg après avoir discuté les analogies et les différences entre la forme de Suède et celle de Bohême, termine par ces mots: .Au jeune âge, les joues paraissent aussi différer, et la queue ne se montre pas encore libre et développée entre les côtes., fin juvenili aetate genae quoque differre videntur, et cauda inter costas nondum exserta et libéra prodiit. (1825. p. 85. PL I. fig. 4. C.)

Or, si nous examinons la figure représentant le fossile qui a donné lieu à cette observation, nous reconnaissons en effet un jeune exemplaire de Paradoxides Tessini — Bohémiens, mais les différences remarquées par 1 auteur , entre cet individu et les autres fragmens qu’il figure à côté, proviennent simplement de l’état relatif de conservation. En effet, la tête du jeune Paradoxides tres-mutilée sur les bords, ne montre point les lobes palpébraux indiqués dans l’adulte, et elle ne porte aussi qu’une fraction du limbe frontal, bien conservé dans la glabelle comparée. Quant à la queue (pygidium) on voit aussi qu’elle ne manque au jeune individu, que par une mutilation accidentelle. D’autres exemplaires de cette taille, et même de plus petits, nous permettent d’observer constamment cette partie, qui paraît développée dès la naissance, suivant ses

proportions par rapport au corps. Ainsi, la seule observation qu’on pourrait supposer en connexion avec l’idée de Sternberg, sur la . variation des formes suivant l’âge, dans les Trilobites, est fondée sur une erreur. Mais, lors même que cette idée eût été d’origine purement intuitive, à l’époque où elle a été exprimée, elle ne mérite pas moins d’être remarquée.

1826. Dalman reconnaît toute l’importance de la question soulevée par Sternberg, au sujet des métamorphoses des Trilobites. Il ajoute même un nouveau poids à 1 opinion du savant Bohême, en citant les travaux de Jurine, Degeer et Savi, qui démontrent le développement progressif suivant l’âge, dans les Monocalus , Branchipus et Mus, parmi les Crustacés modernes. Cependant, malgré ces puissantes analogies, le Prof!. Suédois croit devoir se fonder uniquement sur les faits connus, pour résoudre négativement la question relativement aux Trilobites. Il emploie dans ce but, les trois argumens suivans: (Palaead p. 26. )

1. Les monoculus et autres Crustacés n’ont une forme différente, que pendant une courte durée du premier âge. Or, à cette époque de la vie, si les Palaeades avaient une autre apparence, elles devaient être si petites et si peu consistantes , qu’elles ne pouvaient opposer à la masse ambiante, la résistance nécessaire pour passer à l’état de pétrification. Ainsi, leur empreinte ne s’est pas conservée.

2. Les formes adultes des Trilobites ne sont point accompagnées d’une manière constante, par d’autres formes plus petites, que l’on puisse considérer comme leurs larves.

3. Tous les individus grands et petits d’une même espèce montrent constamment le même nombre de segmens , et les mêmes ornemens du test ; Ex. Asaphus expansus , augustifrons , extenuatus fyc. IÙ. crassicauda, Ampyx, Calymene fyc.

Nous devons reconnaître, qu’entre les limites des faits observés par Dalman, sur la Faune Suédoise, les argumens par lesquels il établit son opinion, sont parfaitement fondés.

1843. Le Proff. Burmeister reprend la question de la métamorphose des Trilobites, et il n’hésite pas à la résoudre affirmativement, en suivant l’analogie démontrée par lui, entre ces anciens Crustacés et les Phyllopodes vivans. Nous traduisons le passage dans lequel cette opinion est clairement exprimée : -D’après la métamorphose: des Phyllopodes que je viens de décrire , je

• suis très-naturellement porté à présumer, que les Trilobites en éprouvaient aussi une semblable. •Je ne doute pas un instant de la parfaite justesse de cette manière de voir, et je suis très-

• disposé à reconnaître le jeune âge de divers Trilobites, dans les formes énigmatiques dont on a

• fait le genre Agnostus ou Battus .* ( Org . der Trilob. p. 55. J

Ce savant décrit ensuite les diverses apparences des Agnostus de Suède et arrive à les considérer comme le premier âge, les unes de Olenus scarabeoides, et les autres de Olen. « pi-, nulosus. Si dans ce cas particulier, le Prof:. Burmeister n’a pas eu le bonheur de faire une application confirmative de ses inductions, nous n’en devons pas moins rendre hommage aux vues élevées qui l’ont guidé, dans l’établissement à priori d’un fait, dont d’heureuses circonstances nous ont permis de démontrer plus tard toute la réalité.

1845- Le Prof:. Emmrich en définissant le genre Olenus Daim. = Paradoxides Brongn. indique le thorax comme composé de 20 segmens, du moins dans l’âge adulte, et il ajoute: Vraisemblablement les Olenus subissaient une métamorphose , en ce que le nombre de leurs segmens thoraciques croissait avec l’âge. Parad. (Olen.) Tessini est la seule espèce que ce savant énumère dans le genre ainsi défini. Or, nous avons déjà eu l’occasion de dire en commençant cet exposé historique, que l’on trouve constamment dès le premier âge, 20 élémens au thorax de l’espèce Bohême, comprise sous le nom spécifique Tessini. Ainsi, l’opinion du Prof:. Emmrich a été provoquée comme celle de Sternberg, par un même fait, inexactement constaté.

1845. Le Proff. Beyrich en publiant la découverte de Battus integer en Bohême, établit pour ces formes jusques là douteuses, une indépendance générique aussi bien fondée que celle des autres types parmi les Trilobites. Mais il ne s’explique pas sur la question de la métamorphose en général. (Ub. bohm. Tril. p. 44.)

MÉTAMORPHOSES DES TRILOBITES

1847. J. Hall en décrivant Calym. (Triarthrus) Beckii s’exprime ainsi: <11 y a encore quelque

• difficulté pour déterminer le chiffre des articulations du thorax, car le plus grand nombre des

• exemplaires est incomplet; et dans un seul grand individu, il paraît y en avoir 1 4 ou 15. Ce

• fait indique une augmentation des segmens thoraciques suivant l’âge, caractère attribué aux Olenus par Emmrich. (N. York's Pal. I. p. 251. )

Dans un passage antérieur relatif à la même espèce, J. Hall la considère comme ayant 13 segmens. L’étendue des variations supposées dans le nombre des élémens du thorax serait donc de 13 à 15, mais cette dernière limite n’est indiquée qu’avec doute. Les nombreuses figures données par l’auteur montrent d’ailleurs, combien les matériaux à sa disposition étaient encore incomplets. Il nous semble donc qu avant d admettre definitivement un développement progressif dans cette espèce, il est nécessaire d’attendre de nouveaux documens.

Quant au caractère attribué par Emmrich aux Olenus, il provenait d’une erreur d’observation.

1849- Au mois de Mai, nous avons communiqué à l’académie Impériale des sciences de Vienne , un extrait de notre travail sur les Trilobites , relatif aux métamorphoses de Sao hirsuta, figurées sur une planche jointe à notre mémoire. Le même extrait a paru dans le IV. cahier du Jahrbuch de Leonhard et Bronn, dans le courant de la même année.

1849. J. W. Salter a constaté au sujet de Ogygia Portlocki, que de jeunes individus présentent 4 ou 7 segmens au lieu de 8. Bien que le Prof,!'. Mac Coy ait fait quelques objections contre cette interprétation, nous avons tout lieu de considérer les observations de.M. Salter comme fondées. (Déc. 2. pl. 7.)

Après avoir passé en revue tous les documens historiques, nous rappèlerons ici quelques faits relatifs aux métamorphoses des Crustacés vivans , afin de montrer les puissantes analogies qui nous ont conduit à admettre un genre de développement analogue, parmi les Trilobites.

§■ 2. Analogies fournies par les métamorphoses des Crustacés vivans.

I. En exposant ses opinions contraires au fait de la métamorphose des Trilobites , Dalman mentionne les travaux de Jurine, démontrant que les Monoculus et Branchipus dans les premières périodes de leur vie, ont une apparence qui diffère notablement de celle de l’animal adulte; de telle sorte que Müller a décrit ces larves comme un genre particulier. Il ajoute que Degeer et Savi ont observé dans les Julus en sortant de l’oeuf, un pétit nombre de pattes, en Comparaison de celui qu’ils possèdent plus tard. ( Palaead . p. 26. J Nous citons d’après le savant Suédois, ces faits déjà assez anciens, parceque les ouvrages originaux d’où ils sont tirés, ne sont pas à notre disposition.

II. Le Prof». Milne-Edwards a publié dans les Annales des sciences naturelles (t. xxx) un mémoire sur les changemens. de forme que les Crustacés éprouvent dans le jeune âge. Il en a rappelé les résultats principaux, dans les études générales qui occupent la moitié de son premier volume sur les Crustacés. Nous en extrairons les passages suivans:

•Les jeunes Crustacés , au moment de leur sortie de l’oeuf, ressemblent souvent presqu’en-

• tièreinent , sauf le volume, à ce qu ils deviendront par les progrès de l’âge, mais d’autres fois

• ils diffèrent alors tellement des adultes, qu’on pourrait 1 es ■ croire appartenir à une autre race,

• et que pour arriver à létat parfait, ils doivent subir de véritables métamorphoses. Tantôt ces

• différences portent sur une partie du corps., tantôt sur une autre; par les progrès de l’âge on •voit les mêmes organes prendre chez les uns un développement extraordinaire, tandisque chez

• d autres ces mêmes parties, tout en grandissant, deviennent plus petites proportionnellement aux

• organes voisins; et ce qu’il y a de plus singulier, c’est que la nature de ces changemens varie, •non seulement d’une famille à une autre, mais quelquefois aussi entre les genres les plus voisins, (p. 196.)

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