V. Connexions entre les Faunes Trilobitiques
Les connexions entre les Faunes Trilobitiques se trouvent déjà appréciées indirectement, d’après ce que nous venons de dire sur leur indépendance réciproque. Cependant, nous croyons devoir présenter encore au lecteur quelques observations directes, en considérant séparément les genres et les espèces. , , „
1 La seule connexion incontestable entre la Faune primordiale et la Faune seconde,
consiste dans la propagation du genre Agnoslus , représenté dans chacune d’elles par des espèces différentes. En exprimant ce lien par des chiffres, nous trouvons quil consiste dans i des genres de la Faune primordiale, et dans 3\ des genres de la Faune seconde
2 Entre la Faune seconde et la Faune troisième, les connexions basées sur la propagation des types génériques s’accroissent rapidement, car nous reconnaissons 18 genres qui sont communs à ces deux Faunes. Ce chiffre représente plus de la moitié G!) des genies constituant la Faune seconde, et «= * du nombre de ceux qui composent la Faune troisième Dans ce calcul, nous faisons abstraction du genre Trinucleus, dont 1 existence dans la divisio supérieure, ne nous paraît pas encore suffisamment constatée.
DISTRIBUTION VERTICALE DES TRILOBITES DANS TROIS SYSTÈMES. 289
3. Entre la Faune troisième Silurienne et la Faune Dévonienne, il y a 11 types génériques communs, c. à d. un peu plus de la moitié (IJ) des genres de la Faune troisième et la totalité, sans exception, des types reconnus dans la Faune Dévonienne. La connexion, sous ce rapport, ne saurait être plus grande.
4. Les 11 genres que nous venons de mentionner, disparaissent durant le dépôt des formations Dévoniennes, excepté Phillipsia, qui se propage dans le système Carbonifère. S’il doit être établi, comme nous sommes porté à le croire, que Griffithides n’est pas indépendant de Phillipsia la Faune Trilobitique Carbonifère se réduira à la dernière apparition d’un type préexistant.
Les connexions établies entre les Faunes successives, en considérant les genres Trilobitiques, sont de telle nature, quelles peuvent être aisément constatées, et aussi être admises sans aucune grave contestation. Il en est tout autrement, si nous cherchons à reconnaître des liens plus intimes entre les Faunes, au moyen des espèces qui se propagent de l’une à l’autre. D’abord, dans divers pays, les formes spécifiques, bien que nommées, sont la plupart trop imparfaitement décrites et figurées, pour fournir les élémens d’un jugement fondé, quand il s’agit d’établir des identités. En second lieu, lorsque ces espèces ne sont connues que par des fragmens incomplets, ou par une seule partie du corps, elles peuvent aisément faire supposer des identités, qui ne seraient pas confirmées par les parties encore inconnues. Enfin, lorsqu’il s’agit de déterminations rigoureuses, certains savans admettent dans une même espèce d’assez notables variations, comme résultats de l’influence des temps et des localités, tandisque d’autres ne reconnaissent aucune modification de cette nature. On sait même, qu’un célèbre paléontologue tient compte de la date géologique des fossiles, plutôt que de leur ressemblance, pour déterminer l’espèce. D’après ces diverses circonstances, il est clair que, d’un côté, nous manquons de documens convenables pour constater l'identité des Trilobites, qui peuvent être communs à diverses Faunes successives, et que, de l'autre côté, les doctrines zoologiques d'après lesquelles ces identités devraient être établies, sont loin d’être fixées. Ce serait donc un travail inopportun et ingrat, de chercher en ce moment des connexions entre les Faunes Trilobitiques, par le moyen des espèces. Nous nous* bornerons donc à citer un petit nombre de faits relatifs à ce sujet. — 1. Fous n’avons connaissance d’aucune forme spécifique qui puisse être considérée comme commune à la Faune primordiale et à la Faune seconde, dans aucun pays.
2. Aucun Trilobite de la Faune seconde de Bohême proprement dite, ne reparaît dans la Faune troisième. Les 7 espèces communes entre nos étages D — E (PL 50) appartiennent toutes aux colonies, et par conséquent ne font pas partie de la Faune seconde (p. 7 2a). En Angleterre, au contraire, on a constaté l’existence de plusieurs Trilobites, passant de la Faune seconde dans la Faune troisième, comme Calym. Blumenbachi, Dalmanites caudala, Sphaerex. mirus, &c.
En outre, quelques espèces de la Faune seconde d’Angleterre et d’Irlande paraissent se reproduire dans la Faune troisième de Bohême, comme: Sp aer ex. mirus , Stauroceph. Murchisoni, Calym. Baylei? [As. duplicatas. Murch.) Ce fait semblerait indiquer une lente diffusion dans une direction déterminée.
En Suède, nous ne connaissons encore aucun Trilobite commun entre les Faunes seconde et troisième.
Entre la Faune troisième Silurienne, c. à d. celle de la division supérieure et le système Dévonien, nous n admettons encore que très-peu de Trilobites communs, malgré de grandes analogies entre certaines formes. Nous citerons Acidaspis radiata, qui se trouve à la fois en Bohême et dans FEifel.
Nous pensons qu’il en est de même entre les systèmes Dévonien et Carbonifère.
En somme, si on considère l’ensemble des terrains paléozoïques, les passages d’espèces Trilobitiques d’une Faune à l’autre ne constituent que de rares exceptions, et ne sauraient établir que des liens locaux et accessoires entre les Faunes successives, surtout, si on les compare aux connexions générales fondées sur les genres, dans toutes les contrées.
VI. Distribution horizontale, ou diffusion géographique , des genres et des Faunes Trilobiliques.
Les divers groupes de genres que nous nommons dans le système Silurien: Faune primordiale, Faune seconde, Faune troisième , sont loin de présenter la même fréquence géographique ou la même diffusion horizontale, sur la surface du glohe. La Faune primordiale est jusqu’ici la plus réduite, sous ce double rapport, car elle n’est connue qu’en Bohême, Angleterre, Suède et Norwège, et elle n’occupe dans chacune de ces 4 contrées qu’une surface comparativement très-petite. On peut cependant admettre avec vraisemblance, que partout comme en Bohême, la superficie de la Faune primordiale parait si exigue, par suite de la superposition des étages postérieurs, qui cachent à nos yeux son étendue réelle. Par contraste, la Faune seconde existe dans presque toutes les contrées paléozoïques et elle offre, sur le globe, le maximum de fréquence, combiné avec la plus grande surface apparente. La Faune troisième, en comprenant sous ce nom toute la division Silurienne supérieure, est beaucoup plus restreinte que la Faune seconde, sous le rapport de la fréquence géographique et de l’aire occupée sur les continens, mais cependant, elle l’emporte encore notablement sur la Faune primordiale, sous ce double point de vue.
La Faune Trilobitique Dévonienne, est, après la Faune seconde Silurienne, celle qui se distingue le plus par sa fréquence géographique et la surface quelle couvre.
La Faune Trilobitique Carbonifère, quoique réduite peut-être au seul genre Phillipsia, offre une assez grande fréquence, mais nous n’avons pas encore les données nécessaires pour apprécier l’étendue de son aire de diffusion.
D’après les documens que résume notre planche 51, on pourrait exprimer par des chiffres la fréquence géographique des diverses Faunes que nous venons d’indiquer. Bien convaincu que ces documens sont encore très-inçompiets, nous nous abstenons de présenter au lecteur ces rapports éphémères, que chacun peut d’ailleurs établir d’après les éléinens que nous fournissons. Il serait aussi intéressant de comparer les aires occupées par les diverses Faunes, mais les motifs auxquels nous venons de faire allusion noifs forcent à léguer ce travail aux savons qui seront mieux informés que nous.
Chap. 2. Diffusion horizontale des espèces de Trilobites.
Nous aurons à considérer:
§. i. La diffusion horizontale des espèces de Trilobites en Bohême.
§. 2. Espèces communes entre les principales contrées Siluriennes.
§. 1. Diffusion horizontale des espèces de Trilobites en Bohême.
Pour qu’on puisse apprécier l’étendue de la surface sur laquelle cette diffusion a eu lieu, nous rappèlerons ici les deux dimensions principales de la partie centrale , fossilifère , de notre bassin, en faisant abstraction de la zone extérieure azoïque. La plus grande longueur mesurée suivant l’axe, depuis les environs d’Auwal au Nord-Est, jusqu’aux environs de Rokitzan, au Sud- Ouest, est d’environ 12 milles géographiques Allemands, ou 88 kilomètres. La largeur la plus grande entre Skrey et Ginetz dépasse trois milles et s’élève à environ 2 5 kilomètres.
Cette surface est ovalaire; mais si, pour plus de simplicité, on la considère comme un parallélogramme , ayant les deux dimensions indiquées, nous trouvons que sa superficie sera de 22 00 kilom. carrés. Pour fournir à la pensée un terme de comparaison, nous dirons que cette superficie ne forme pas la soixantième partie de celle qui est occupée aujourd’hui par la mer Adriatique.
On serait tenté de croire, que sur une surface si limitée^ comparativement à celle de nos mers intérieures, la Faune devrait être uniformément répandue sur tous les points. Mais il n’en