‹ Systême silurien du centre de la BohêmeChapitre 315 sur 469 · GENRE TR1NUCLEUS. LHWYD · texte numérisé non relu

GENRE TR1NUCLEUS. LHWYD

bien analysés et décrits, que dans les derniers temps, nous les trouvons plus ou moins indiqués par divers auteurs. Outre la figure donnée par Lhvyd en 1698, en Angleterre, nous citerons une description remarquable publiée en 1791, par Joh. Thad. Lindacker, en Bohême, au sujet d’une espèce des environs de Prague. Observant que le limbe est occupé par cinq séries concentriques de points creux , qui lui donnent 1 apparence d’un réseau ou d un grillage, il fonde sur ce trait le nom spécifique gegitlerte , qu’il applique à ce fossile, très-reconnaissable d’après sa description (voir p. 11.).

Green, en 1832, ne définit pas aussi bien ce caractère, quoiqu’il indique en passant, que le limbe des Cryptolithus est réticulé. Parmi les auteurs récens, Sir Rodéric Murchison est le premier, qui ait parlé distinctement de pores marginaux, pénétrant le limbe, particularité si grande parmi les Crustacés, gu’ elle V aurait induit à appeler ce geme, 'lretaspis ( bouclier perforé ,) si le nom de Trinucleus n’eût pas existé. (Sil. Syst. p. 659. 1839.) Depuis lors, en 1845, le Prof.» Lovén, décrivant Trin. selicornis de Suède,^ reconnaît aussi que le limbe des Trilobites de ce genre est orné de cavités, ou alvéoles, qu il dit cependant n’avoir pas observées intactes. Sa description laissait encore quelque chose à désirer. Ce vide a été parfaitement rempli en 1846, par le Profil. Beyrich, qui a exposé de la manière la plus claire, d’après une espèce de Bohême, toute la conformation du limbe des Trinucleus et de ses perforations à travers les deux lamelles qui le composent. La même année, M. Marie Rouault faisait, en France, des études simultanées et indépendantes, sur Trin. Pongerardi, dont il a décrit le limbe avec tous les détails et toute la précision désirables. Ses observations étant en complète harmonie avec celles du Profil. Beyrich, la question relative à la structure du limbe des Trinucleus doit être considérée comme entièrement résolue, à cette époque. Le résultat des travaux cités, et celui de nos recherches personnelles peut se résumer ainsi qu’il suit.

Le limbe des Trinucleus se compose de deux lamelles, dont l’une forme la doublure de l’autre, conformation commune à tous les Trilobites portant autour de la tête une expansion ornementale du test. Ces deux lamelles laissent entr’elles un certain intervalle, plus ou moins grand, suivant les espèces, et paraissant au maximum, dans Trin. Pongerardi. Par suite de l’existence d’une suture marginale, sur l’arête externe du limbe, dans les Trinucleus, le test et la doublure de cette partie se séparaient aisément, après la mort de l’animal. Les. têtes se présentent, tantôt avec le test sans la doublure, et alors on voit 1 angle gênai arrondi^ tantôt au contraire, avec la doublure sans le test, et dans ce cas l’angle gênai porte une longue pointe, dépendant uniquement de la lamelle inférieure ou doublure du limbe. Les perforations qui ornent le limbe, le traversent de part en part. Elles sont à peu-près circulaires, sur chacune des surfaces opposées. Nous voyons distinctement sur nos espèces, qu’elles forment deux troncs de cône, opposés, et dont les plus petites bases sont accolées, au milieu de 1 épaisseur du limbe. Cette conformation se montre parfaitement sur quelques individus très-développés de Tr. ornalus appartenant à notre collection j celte espèce offrant, près du bord, un épaississement ou bourrelet, sur lequel se trouve une rangée de perforations, plus grandes que les autres. Nous en avons donné le détail PI. 2 9. Les exemplaires qui ont conservé la lamelle supérieure, ou du moins la masse qui a rempli l’intervalle entre les deux lamelles , nous montrent des ouvertures plus ou moins profondes, suivant qu’elles sont plus ou moins dégagées de la roche moulée dans les perforations. Lorsque les lamelles supérieure et inférieure sont enlevées, on voit sur le moule au droit des cavités, de petits cônes saillans, formés par la matière remplissante qui a pénétré par les perforations de la doublure du test. C’est ce que M. le Doci.. Beyrich a très -bien décrit, en rectifiant les observations moins complètes du Profit. Lovén. Cette conformation se reproduit dans le limbe des Harpes , à un degré moins marqué.

Si. Yeux et suture.

Les rapports intimes qui existent entre les yeux et la suture faciale dans les Trilobites, ont déjà frappé les savans. Le Profit. Lovén, dans le mémoire cité, 1 845 , analyse ces rapports. Admettant

sans restriction, d'après les faits connus, que l’oeil se trouve toujours placé dans un hiatus de la suture, et que dans les Trinucleus la suture tracée sur l’arête externe du limhe représente la suture faciale, ce savant arrive naturellement à la conclusion, que toutes les espèces de ce genre sont privées d’yeux, car il ne rencontre nulle part, sur cette arête, un hiatus où on puisse les supposer logés.

M. le ProfL Beyrich a opposé à ces vues une autre interprétation des faits. (II. Stück p. 29.) D’abord, il considère la suture marginale des Trinucleus comme différente de la suture faciale, qu’il conçoit manquer complètement à ce genre. En outre, il admet la possibilité de l’existence des yeux, indépendamment de la suture faciale. Dans ce cas, il suppose, que les organes de la vue peuvent etre simplement fixés sur le test, comme dans les Harpes , ou comme dans les Limulus de nos mers. Il trouve une indication de leur existence , dans les tubercules observés sur les joues de Tr. selicornis, à la place ordinairement occupée par les yeux des Trilobites.

Depuis que ces opinions divergentes ont été émises, les faits en se développant et se multipliant sous nos yeux, nous semblent partiellement justifier et partiellement infirmer chacune d’elles. — 1. En ce qui touche l’identité d’origine et de nature de la suture marginale des Trinucleus, avec la suture faciale des autres Trilobites, la manière de voir du ProfL Lovén nous paraît parfaitement fondée. Nous avons exposé à ce sujet, dans nos études générales des considérations étendues, que nous recommandons à l’attention du lecteur. — 2. Quant au tait de l’existence des yeux, indépendamment de toute suture, nos observations confirment entièrement l’opinion du Prof'. Beyrich, à l’appui de laquelle nous avons à citer quelques nouvelles découvertes. — Parmi les Trinucleus , le nombre des espèces qui portent des tubercules oculaires, ne se borne plus à Tr. selicornis de Suède. Le CapL Portlock a constaté leur existence sur deux formes 5 l’une, selon lui, identique à l’espèce Suédoise, tandisque l’autre Tr. radiatus? serait indépendante, comme la figure porterait à le penser. Nous avons aussi découvert en Bohême, T. Bucklandi , qui porte des tubercules semblables et dans la même position. Voilà donc trois formes, qui s’accordent à présenter les mêmes protubérances, dans la région où l’on voit ordinairement les yeux. Le genre Trinucleus n’est pas le seul qui ne présenterait des yeux, que dans une partie de ses espèces. Nous avons reconnu parmi les Conocephalites, un fait du même genre, puisque C. Sulzeri et C. coronalus sont dépourvus de ces organes, qu’on trouve bien développés dans C. striatus, C. Emmrichi , et diverses espèces de Suède ( Calymene . Ang.). — Parmi les Harpes , outre l’espèce de l’Eifel, H. muer ocephalus, quatre espèces de Bohême, savoir: II. unguia, II. venulosus , H. viltalus , H. d’ Orbigny anus, dont les yeux ont été observés, montrent aussi des stemmates si distincts, qu’on ne saurait méconnaître en eux les organes de la vue. Le peu de volume qu’offre la protubérance oculaire des Trinucleus , et leur affinité reconnue avec les Harpes, nous porteraient à croire, que leurs yeux étaient également simples. L’ensemble de ces faits nous semble donc établir l’existence des yeux simples, dans ces deux genres, sans que ces yeux soient en connexion avec aucune suture. En outre, nos observations sur Acidaspis Verneuili (p. 7 il), Acid, vesiculosa (p. 715), nous ont convaincu que ces Trilobites possèdent des yeux composés, indépendans de suture quelconque. Ces anomalies inattendues , mais peu surprenantes parmi tant d’autres dans les Trilobites, élèvent hors de doute l’opinion émise par le ProfL Beyrich, sur l’indépendance accidentelle des yeux et de la suture faciale, dans ces anciens crustacés.

En passant, nous constatons comme fait intéressant, que dans Tr. Bucklandi , les protubérances oculaires, très-marquées, constantes au jeune âge, et pendant toute la croissance de chaque individu, disparaissent lorsqu’il a acquis tout son développement. Les exemplaires que nous connaissons s’accordent tous pour démontrer ce fait, tandisque tous conservent, à tous les âges, un autre tubercule ornemental, à peu-près de même grosseur, situé sur le haut de la glabelle (PI. 2 9). Quelque insolite que paraisse ce phénomène, si les tubercules situés sur les joues de certains Trinucleus sont réellement des yeux, il n’est pas sans exemple, parmi les Crustacés de nos mers. En effet, nous lisons dans l’Histoire naturelle des Crustacés par Milne Edwards,

( Vol. III. p. 489.) que l’œil disparaît presque toujours, dans l’ordre entier des Lernèides , à

Page 1