ftlétamorphoses des 'Trinucleus
Deux espèces de Bohême, Tr. ornatus et Tr. Goldfussi nous permettent d’observer des métamorphoses. Elles nous présentent, dans leur développement, des variations du 2™f ordre, définies p. 262, et consistant principalement, dans l’apparition successive des segmens libres ou thoraciques, (voir. p. 2 64.}.
Tr. ornatus nous a fourni des individus, qui montrent tous les degrés de développement du thorax, à partir de 0 jusqu’à 6 segmens. (PI. 3 0.) La taille de ces individus varie en raison du chiffre de leurs anneaux libres. Celui qui ne présente aucun segment thoracique, a une longueur totale de 1.00 mm., comprenant la tête et le pygidium : c. à d. A, de la longueur observée sur les adultes les plus développés. (2 2. mm.) Le tableau que nous donnons, ciaprès, en décrivant cette espèce, fait voir la progression de la longueur , à mesure que les autres segmens se développent, jusqu’à l’âge adulte.
Tr. Goldfussi ne se prête pas à des observations aussi étendues. Nous n’en possédons que des individus à 4, 5 ou 6 segmens thoraciques. Nous attribuons le manque des premiers âges à la nature de la roche dans laquelle celle espèce se trouve. C’est un quartzite à grains assez grossiers, et peu propre à conserver l’impression de corps très-petits et très -délicats. Nous recueillons, au contraire, les jeunes individus de Tr. ornatus t, dans des schistes ou dans des quartzites d’un grain fin, qui peuvent par conséquent recevoir aisément l’empreinte de tégumens très-légers.
Nous avons déjà mentionné plusieurs fois le genre Tretaspis , fondé par le Profil. MacCoy, sur un exemplaire de Trin. selicornis, présentant seulement 5 segmens thoraciques. Le manque du 6e. segment, observé sur un seul individu, pourrait résulter d’un accident. Mais si ce fait se répétait sur plusieurs exemplaires, il nous induirait à considérer la métamorphose de cette espèce comme constatée en Irlande. Nous possédons en effet un specimen de ce Trilobite, provenant de Tyrone, et montrant 6 segmens très-distincts au thorax. La forme Bohême très-analogue, Tr. Bucklandi , ne s’est encore présentée à nous qu’avec le nombre complet de ses anneaux.
Rapports et différences.
Le Profil. Lovén nous semble être le premier qui ait fait remarquer les affinités entre les Trinucleus et Harpes (184 5. mém. cité.). Le Prof. Beyrich a ensuite comparé le genre qui nous occupe, avec Ampyx, Harpes et Harpides , mais sans énumérer tous les élémens qui rapprochent ces divers types. C’est ce que nous essayerons de faire, en ajoutant le genre Dionide , inconnu à nos savans devanciers.
L Ampyx a de commun avec Trinucleus: — 1. La forme analogue des segmens thoraciques, dont les plèvres sont à peine coudées vers l’extrémité. — 2. Le pygidium, dans les deux genres, est sub-triangulaire et offre une surface horizontale, entourée d’un bord presque vertical, représentant la doublure du test, particularité que nous ne remarquons à ce degré dans aucun autre type. — 3. Dans tous les Ampyx connus, les yeux manquent, comme dans la plupart des Trinucleus. — 4. Les ornemens du test, dans l’étendue actuelle de nos connaissances, consistent dans de petites cavités, que nous observons sur les espèces Bohèmes des deux genres.
Malgré ces rapports importans, les Ampyx et les Trinucleus se distinguent génériquement: — 1. par la forme de la glabelle, prolongée d’une manière insolite dans le premier type. — 2. par la suture tracée sur sa surface céphalique. — 3. par le limbe perforé qui orne le second genre, et qui manque au premier. Le Trilobite nommé Trin. nudus. Murch. et indiqué comme privé de limbe, a été décrit comme un Ampyx, par le Prof. E. Forbes. — Tr. asaphoides Murch. également annoncé sans limbe, a été reconnu par J. W. Salter, comme le jeune âge de Ogyg. Buchi. ( Mem . geol. surv. Dec. II. )
II. Harpes. Nous avons indiqué (p. 3 4 6) les rapports qui lient ce genre aux Trinucleus , savoir: — 1. La conformation générale de la tête et son grand développement. — - 2. Le limbe
GENRE TRINUCLEUS. LHWYD.
perforé qui l’entoure. — 3. Le cours de la grande suture sur l'arête marginale de ce limbe.
4. La forme des segmens thoraciques. — Les différences qui distinguent ces deux types,
consistent principalement: — 1. dans le nombre des segmens thoraciques, ne dépassant pas 6 dans Trinudeus , tandisqu’il s’élève à 2 5 ou 2 6 dans Harpes. — 2. Dans la forme contrastante du pygidium des deux genres. — 3. Dans f hypostôme. — 4. Dans l’existence d’ une suture spéciale, qui, dans les Harpes, paraît diviser le corps de la tête, du limbe qui 1’ entoure, de sorte que la séparation de ces deux parties se fait aisément, par la percussion, sans brisure. — 5. Les perforations du limbe des Harpes , toujours beaucoup plus nombreuses et plus petites que celles des Trinudeus, ne se présentent pas, comme dans ces derniers, par séries concentriques au contour. — 6. Les perforations, dans les Harpes, ne sont pas bornées au limbe, mais elles occupent une partie de la surface des joues.
Ainsi que nous l’avons indiqué en commençant, M. le Prof". Beyrich avait déjà fait ressortir, en grande partie, les analogies et différences, entre les Harpes et Trinudeus, en développant et rectifiant les vues antérieurement exprimées à ce sujet, par le ProfL Lovén.
III. Harpides. Ce type ne nous est encore connu que par une espèce incomplète, qui,
suivant M. Beyrich, créateur du genre, se rapproche des Trinudeus, par l’absence de la suture faciale. Là se bornent tous les rapports entre ces deux types, qui diffèrent d’ailleurs trèsnotablement, par la conformation de la tête, et par celle des segmens thoraciques. Nous
avons établi (p. 4 9 3) un parallèle entre Harpides et Arethusina.
IV. Dionide. De tous les types, c’est celui qui a la plus grande affinité avec Trinudeus, dont il se rapproche: — 1. par la conformation générale de la tête. — 2. L’existence d’un limbe rudimentaire, analogue, perforé et terminé par de longues pointes génales, dépassant le
corps. 3. L’absence des yeux, du moins dans l’espèce Bohême que nous décrivons et
dans l’espèce Suédoise, Dion. (Polytom.) euglypta Ang. (Pal. suec. PL 9.) — 4. La grande suture tracée sur l’arête externe du limbe, détachant la pointe génale avec la doublure. — 5. Le nombre normal de six segmens au thorax. — 6. Enfin, la forme sub-triangulaire du pygidium, dont le grand nombre d’articulations se reproduit presque, sur quelques Trinudeus, tels que Tr. fimbriatus. Murch.
Après avoir cité tant de points de rapprochement, entre ces deux genres, il nous reste autant de différences à opposer. Elles consistent: — 1. dans la forme de la glabelle, sub-carrée et aplatie dans Dionide, et au contraire, toujours globuleuse et très-proéminente dans tous les Trinudeus connus. — 2. La fusion insensible de la surface génale avec le limbe a lieu dans
le premier genre, tandisque ces deux parties sont tranchées dans le second. — 3. Les cavités
ornementales ne paraissent pas toutes perforantes dans Dionide. — 4. L’ hypostôme dans ce type est très-différent. — 5. Les segmens thoraciques montrent, dans les anneaux de l’axe, une sorte de lobation, inconnue dans les Trinudeus. — 6. Enfin, l’absence du bord vertical autour du pygidium de Dionide, établit un contraste facile à saisir, par rapport au pygidium du genre comparé.
Classification des espèces.
Le nombre des formes de Trinudeus que nous reconnaissons dans nos formations, se réduit à quatre, qui nous semblent pouvoir être classées en deux catégories distinctes, suivant la présence ou l’absence des tubercules oculaires. Nous leur adjoignons les espèces étrangères les plus connues.
Section
2L Section
avec tubercules
oculaires.
sans tubercules
oculaires.
Trin. Bucklandi.
Tr.
ornatus. .
Sternb. sp
'fi
Trin. seticornis.
. His. sp.
Tr.
Goldfussi.
Barr.
Trin. radiatus?
. Porll.
Tr.
ultimus. .
Barr.
Tr.
granulatus.
Wahl sp.
Tr.
concentricus.
Eaton sp.
Tr.
Caractaci.
Murch.
Tr.
Pongerardi..
Rom.
Au lieu des quatre formes que nous énumérons, l’auteur du Prodrome a décrit huit espèces de Trinucleus de Bohême, sans compter un nouveau genre Tetrapsellium, qui lui a fourni une neuvième dislinclion spécifique. Après avoir examiné avec soin tous les matériaux de la collection Hawle et du musée Bohême, qui ont servi aux observations de M. Corda, nous avons reconnu: — 1. que le genre Tetrapsellium a été fondé sur des individus incomplètement développés de Tr. ornatus. — 2. Que la plupart des noms spécifiques du Prodrome, sont fondés sur des différences individuelles, ou sur quelques légères modifications, tenant aux localités. Nous avons donc fait les réductions nécessaires, et nous avons établi la synonimie, comme il suit:
( Trinucleus
ornatus.
Cord.
, fr.
Senftenbergii.
Cord.
Trin. ornatus. Sterub. sp. correspond k:(Tr.
cribrosus.
Cord.
elegantulus.
Cord.
' Tetrapsellium pulclirum.
Cord.
i Trinucleus
Barrandei.
Cord.
Trin. Goldfussi. Barr. correspond, à: {Tr.
minor.
Cord.
(Tr.
Pragensis.
Après avoir décrit chacune des espèces, nous exposerons, en détail, les motifs qui nous ont décidé à opérer les réunions que nous indiquons ici.
Le genre Tretaspis, MacCoy, ne nous semble pas pouvoir maintenir son indépendance. Le savant qui fa établi, reconnaît qu’il porte les caractères généraux des Trinucleus -, cependant, il croit pouvoir le séparer, en fondant sa distinction sur quatre traits, que nous allons passer en revue, dans l’ordre qu’il leur assigne. — 1. Tretaspis ri a que 5 segmens thoraciques. Nous avons en effet vérifié l’exactitude de ce chiffre, sur l’exemplaire original, conservé au Musée Woodwardien à Cambridge. Mais ce spécimen unique pourrait être incomplet, par accident. On aurait aussi le droit de le considérer comme en voie de développement^ d’après le fait de la métamorphose, constatée pour deux espèces Bohèmes. Nous sommes porté à adopter l’une ou l’autre de ces deux suppositions, parceque nous possédons un exemplaire d’Irlande, paraissant appartenir à la même espèce, et montrant 6 segmens distincts au thorax, comme Trin. selicornis de Suède, décrit avec ce nombre normal, par le ProfL Lovén. En faisant abstraction de ces faits, si nous admettons que Trin. selicornis adulte, d’Irlande, n’a jamais plus de 5 segmens, ce chiffre n’entraînera pas la distinction générique de Tretaspis , puisque le tableau (p. 192) constate des variations semblables et de beaucoup plus grandes, entre les limites de 12 genres divers. Dans ce cas, Trinucleus serait un nouveau genre à ajouter à ce tableau. — 2. Tretaspis a 2 sillons de chaque côté de la hase de la glabelle. Ces deux sillons sont aussi bien marqués sur Trin. selicornis de Suède et sur Trin. Bucklandi de Bohême, qui, ayant 6 segmens thoraciques, ne sauraient être séparés des Trinucleus. On voit aussi, d’ailleurs, 2 sillons sur les bons exemplaires de Tr. ornatus. et l’on sait, d’après les exemples cités (p. 1 1 1) que le nombre des sillons latéraux de la glabelle varie, entre les limites d’un même genre. Le second caractère attribué au genre Tretaspis ne saurait donc le distinguer des Trinucleus. — 3. La suture faciale existe sur les joues de Tretaspis. Nous avons déjà discuté ce fait ci-dessus (p. 617), et nous considérons comme une nervure, la ligne observée sur les joues de Trin. selicornis d’Irlande, et manquant sur la tête de l’espèce homonyme de Suède. Nous rappélerons aussi, que dans le genre Conocephalites , les branches faciales de la grande suture s’avancent vers l’intérieur de la tête dans les espèces pourvues d’yeux, comme Con. striatus, tandisqu’elles ne dépassent pas le limbe gênai ^ dans les espèces sans yeux, comme Con. Sul%eri (PL 14). D’après cet exemple, nous ne serions pas disposé à séparer génériquement des Trinucleus , une espèce dans laquelle les branches faciales de la grande suture traverseraient le lobe latéral de la tête si ce fait était bien constaté, en opposition avec le cours de ces joints, sur les autres formes de ce genre. . — 4. Il existe un tubercule oculaire ? sur la joue de Tretaspis. Un tubercule analogue se voit, dans la même position , sur Trin. Bucklandi, et sur Trin. selicornis de Suède , fixés au genre Trinucleus par 6 segmens thoraciques bien constatés. Ainsi, ce caractère ne serait pas distinctif pour Tretaspis.
GENRE TRimCLEUS. LI1WYD.
En résumé, les traits de conformation que nous venons de discuter, ne nous semblent pas assez tranchés, pour autoriser le démembrement du genre Trinucleus, et l’établissement du nouveau type proposé par le ProfL MacCoy.
Nous nous sommes borné à classer les espèces de Bohême en deux sections, pour l’étude, mais nous n’essayons pas de faire une classification de toutes les espèces étrangères, publiées. Ce travail entraînerait la discussion de l’indépendance spécifique de beaucoup de formes qui nous sont trop peu connues. Nous ne possédons pas les matériaux nécessaires pour cette étude,' qui a déjà appelé l’attention de M. J. W. Salter, ainsi que le prouve le mémoire cité ci-dessus. Nous aurons encore occasion de le mentionner, en décrivant les espèces Bohèmes qu’il a identifiées, soit entr’elles, soit avec les formes congénères d’Angleterre.