Asaph. ingens. Barr
1846. Asaph. ingens. Barr. Not. prél. p. 29.
1847. » » Cord. Prodr. p. 68.
L’ensemble du corps, quoique incomplètement connu, paraît être ovalaire. La tête a une longueur égale à celle du thorax. Son contour extérieur est parabolique. Il est formé par un bord large, qui présente au droit du front une légère concavité sur le moule. L'angle gênai se prolonge par une pointe large, forte, creuse, appliquée contre le thorax et atteignant le cinquième segment. Le contour intérieur est une courbe très-peu concave vers l’arrière, sur la majeure partie de la largeur du corps. Son raccordement avec le bord extérieur couvre les extrémités des trois premières plèvres.
La glabelle (PL 34) doucement bombée, a très-peu de relief, et n’est séparée du reste de la surface, que par une indication très-faible des sillons dorsaux. Elle s’étend sur les trois quarts de la longueur de la tête, laissant en avant le limbe à peine concave déjà indiqué. Sa forme est ovalaire, et s’amincit vers l’arrière, où elle forme une sorte de protubérance, surmontée par un petit grain, un peu en avant du sillon occipital, peu marqué. Au droit des yeux, nous apercevons la trace de 3 paires de sillons latéraux, réduits à de faibles traits transverses et courbes. Le sillon antérieur se traduit sur le moule que nous observons, par une petite proéminence ovale. Le sillon moyen figure un crochet, ayant aussi un léger relief, et concave vers l’arrière. Le sillon postérieur, au contraire, se montre par une dépression peu sensible.
La suture, faciale est composée de deux branches isolées, qui coupent le contour frontal au droit du centre de l’oeil. Elles divergent un peu, en tournant leur concavité vers, l’axe, pour atteindre cet organe. Leur cours, vers l’arrière, forme une ligne oblique à 45° par rapport à l’axe, vers lequel elle est un peu concave. Puis elle s’arque fortement pour couper le contour postérieur, au droit du tiers extérieur de la Ie plèvre. — Une solution de continuité du bord frontal, sur l’axe, observée sur deux exemplaires, nous semble indiquer l’existence d’une suture médiane.
Les yeux, en demi-cercle, sont placés à peu-près au droit du milieu de la glabelle, et occupent T'n de la longueur totale de la tête. Ils sont donc proportionellement petits, et ils ont aussi un faible relief. Le moule ne permet pas de reconnaître la réticulation. Leur surface inclinée à 45° sur l’avant, se relève peu à peu, et devient verticale en arrière. Leur base est cernée par une impression creuse, concentrique, dilatée vers le front, où elle a 4 m. m. de largeur.
La joue fixe forme, en avant, une surface peu inclinée, et à peine distincte de la glabelle. A l’arrière, elle est légèrement bombée, et porte un sillon postérieur bien marqué, jusqu’à la rencontre de la suture faciale, où il disparaît, ainsi que le bord postérieur peu saillant, qui l'accompagne. La joue mobile, très-étendue, a la forme d’un triangle curviligne, très-aigu aux deux extrémités. Aux environs de l’oeil, elle est presque horizontale, mais à partir de ce point, elle s’incline de plus en plus, vers l’extérieur, en formant une surface arrondie, qui, sur le bord, paraît s’enfler notablement. (Fig. 2. PL 33.)
L’hypostôme, que nous connaissons en place, est presque en tout semblable à celui d’As. nobilis, décrit ci-dessus. Nous ferons seulement observer, que l’échancrure est plus large, et
n’offre pas une dilatation vers le fond, comme dans l’espèce comparée. Nous apercevons aussi les traces des ailes, qui naissent sur la partie frontale, en dehors du bord latéral, et augmentent de largeur en s’éloignant. Leur surface prend une inclinaison croissante par rapport au corps central, et elles vont s’ajuster à l’intérieur de l’enveloppe céphalique, sous la trace de la suture faciale, en avant de l’oeil. C’est ce que nous permet d’observer un fragment non figuré de notre collection.
8 segmens au thorax. L’axe, bombé en arc de cercle, est distinctement marqué par les sillons dorsaux. Sa largeur égale les deux tiers de celle d’un lobe latéral, et reste invariable, depuis la tête jusqu’au pygidium. Les plèvres sont horizontales sur environ la moitié de leur étendue; puis elles forment une coude arrondi, et s’inclinent à 45°. En même temps, elles se courbent en arrière, et se terminent en une pointe obtuse et large, appliquée sur la plèvre suivante. Leur surface est creusée par un sillon oblique, étroit et profond, dirigé d’avant en arrière, à partir du bord antérieur. Ce sillon détermine deux bandes plates, dont la postérieure est un peu plus large que l’autre, et il s’efface à peu de distance au dessous du coude. Dans l’étendue du talus, les plèvres ont une beaucoup plus grande largeur que sur la partie horizontale. Lorsqu’elles sont assemblées, cette partie dilatée, qui n’est autre chose que la facette ou biseau, très-développé, se trouve recouverte par la plèvre précédente. Nous avons indiqué çette disposition sur une plèvre isolée, PL 33. Fig. 3.
Le pygidium nous est imparfaitement connu. Il n’en a été trouvé que des fragmens, qui montrent une -forme très-analogue à celle que nous avons décrite pour Av. nobilis. Les côtes et les sillons s’effacent assez loin du contour.
Ornemens du test. Cette espèce ne se présentant que dans les quartzites, n’a pas conservé son enveloppe crustacée. Nous trouvons seulement l’impression des diverses parois. La figure 1 PL 34 nous montre l’impression de la surface extérieure de la glabelle sur la roche. Elle est couverte de stries fines, courbes, très-courtes et irrégulières. Elles sont un peu plus prononcées au voisinage du contour frontal, et* sur la protubérance formant la base de la glabelle, où elles figurent des courbes' concentriques autour du grain saillant. Nous voyons, au contraire, l’impression de la paroi interne du test dorsal, et celle de la paroi externe de la doublure, sur la fig. 1. PL 33, représentant un moule intérieur. Tout ce qui paraît lisse sur la tête, correspond à la paroi interne du test dorsal, tandisque la partie striée, tout autour, nous montre l’étendue de la doublure, dont elle est l’impression.
Au thorax, nous trouvons sur l’axe la trace de stries en relief, irrégulières, un peu concaves vers l’arrière, et tendant à former des accolades, comme dans As. nobilis. La partie horizontale des plèvres paraît lisse, parcequ’elle nous montre seulement l’impression de la paroi interne du test dorsal. Au contraire, au dessous du coude, nous voyons l’impression de la paroi externe de la doublure. Elle est ornée comme à l’ordinaire, de plis-sillons irréguliers, dirigés dans le
sens de l'axe du corps. Nous avons réussi à trouver quelques fragmens qui présentent la trace
des ornemens de la paroi supérieure des plèvres, (fig. 4 PL 33.) On y voit des nervures dont la disposition est toute différente de celle des plis-sillons de la doublure. Leur direction, presque transverse au corps, est tout opposée. Sur les fragmens du pygidium, nous reconnaissons des courbes de forme parabolique, dont les sommets sont disposés concentriquement à l’extrémité de l'axe, à des distances qui croissent jusqu’au bord. Ces ornemens montrent la plus grande analogie avec ceux que nous avons décrits sur As. nobilis.
Dimensions. En supposant le pygidium d’une longueur égale à celle du thorax, ce qui est
un minimum, l’exemplaire figuré aurait une longueur de 24 centimètres, et une largeur de 18
cent, mesurée au milieu du corps. C’est la proportion de 4:3. Le défaut d’un nombre suffisant d’exemplaires ne nous permet pas de juger, si c’est la forme large ou la forme longue de cette espèce.
Gisent1, et local. Cette espèce, rare, n’a été trouvée jusqu’ici que dans le ravin de Wesela, localité très-restreinte et située sur la grande bande des quartzites des monts Drabow. Cette
GENRE AEGLINA. BARRANDE
bande occupe à peu près la moyenne hauteur, dans notre étage des quartzites D, mais les formations qui sont au dessous d’elle, sont presque dénuées de fossiles. Ainsi, As. ingens apparaît dans le groupe des Trilobites qui ont repeuplé les mers Siluriennes de Bohême, longtemps après l’extinction totale de la Faune primordiale, ensevelie dans les schistes de l’étage C. Calym. pulchra, Acid. Buchi, Daim, socialis, fyc. font aussi partie de ce groupe, dans lequel As. ingens domine par sa grande taille. Tandisque les autres espèces que nous citons, se perpétuent plus ou moins, dans les formations supérieures de l’étage D, celle qui semble le plus fortement constituée, disparaît la première, après une existence très-limitée, dans les bancs de quartzite. As. ingens doit nous étonner aussi, par le peu d’étendue de sa diffusion horizontale, contrastant avec le pouvoir de locomotion qu’on est porté à lui supposer, à cause de sa taille gigantesque.
Rapp. et di/fer. Nous avons déjà indiqué les grandes analogies qui existent entre cette espèce et sa congénère. Il y a cependant entr’elles des différences faciles à saisir, et que nous avons aussi énumérées en décrivant As. nobilis.
Xs. Famille, comprenant le seul genre: Aeglina.
Genre Aeglina. Barrande.
Aeglina. (Egle.) Barrande.
Cyolopyge. Corda.
Micro paria. Corda.
1846. Ce genre est fondé par nous et ses caractères sont succintement définis, d’après
une seule espèce: Aegl. rediviva. ( iSot . prélim. p. 34.)
1847. M. Corda rejette le nom générique proposé, sous la forme Egle, et lui substitue
celui de Cyclopyge. Il décrit et figure, sous le nom de Cycl. megacephala, notre espèce rediviva , à laquelle il compose une tête imaginaire. 11 reproduit le pygidium du même Trilobite, comme, Cycl. marginata, et décrit: Cycl. pachycephala. fProdr. p. 63. PL IV. fig. 32.) Enfin, il établit le nouveau genre Microparia, sur une autre espèce, Micr. speciosa, qu’il décrit et figure. fProdr. p. '62. PI. III. fig. 26.)
Caractères génériques.
La trilobation, très-marquée sur le thorax, est à peine indiquée sur les deux autres parties du corps. La tête prédomine par son étendue. Sa surface en demi-ovale, tronqué à l’occiput, ne présente aucune trace de la glabelle, et porte tout au plus une impression, ou sillon, de
chaque côté de l’axe. Le sillon et l’anneau occipital sont rarement indiqués. Les yeux très-
développés, sont appliqués le long des bords, et ils en occupent la plus grande partie. Leur surface est réticulée. Les branches isolées de la suture faciale suivent le lobe palpébral et aboutissent au contour, près des extrémités de l’oeil, variant ainsi de position, suivant l’étendue de cet organe.
L’hypostôme est inconnu.
5 ou 6 segmens au thorax, suivant les espèces. Ce fait a été indiqué dans le tableau (p. 192) de nos études générales. Outre cette variation, constituant un caractère spécifique constant, on observe, dans les individus d’une même espèce, le développement successif des anneaux thoraciques, suivant l’âge. L’axe, toujours bien déterminé par les sillons dorsaux, occupe plus de largeur que chacun des lobes latéraux. Ses anneaux sont très-distincts. Les plèvres sont doucement bombées dans le sens de leur longueur, sans former aucun coude prononcé. Elles portent un sillon profond et oblique. Leur extrémité est obtuse, non prolongée.
Le pygidium, rapproché d’un demi-cercle, plus ou moins voûté, montre seulement un axe rudimentaire, atteignant au plus, la moitié de la longueur. Ce rudiment porte, dans 2 espèces, la trace de la segmentation, qui se manifeste aussi par quelques cotes rayonnantes, sur les lobes latéraux.
Le test, peu connu, paraît le plus souvent lisse et quelquefois orné de stries, ainsi que sa doublure.
La faculté d’enroulement n’est pas constatée.
Dimensions. Les trois espèces connues sont très-petites et deux d’entr’elles dépassent à peine la taille de Agnostus rex. La plus grande, Aegl. speciosa atteint une longueur de 30 m. m. sur '16 m. m. de largeur.
Métamorphoses. Nous avons déjà indiqué dans le thorax, la variation du nombre des segmens suivant l’âge. Nous ne connaissons point d’individus ayant moins de 4 anneaux dans cette partie du corps, tandisque l’adulte en a 6. Entre les limites d’âge observées, la tête ne varie point dans ses formes. Le pygidium au contraire, montre des apparences diverses, suivant le développement, parceque sa surface fournit successivement les segmens passant au thorax. C’est ce que nous observons sur Aeglina rediviva . (Voir ci-après.)
Distribution verticale et horizontale des espèces.
En Bohême, le genre Aeglina appartient exclusivement à notre division Silurienne inférieure, où il caractérise trois formations de l’étage des quartzites D, savoir, en partant de la plus basse — 1. Les schistes noirs feuilletés. — 2. Les schistes très-micacés. — 3. Les schistes gris-jaunâtres. Ces trois formations sont consécutives dans l’ordre vertical, et la dernière couronne notre étage D. Leur ensemble présente une grande puissance, variant de 1000 à 2000 mètres. Ainsi, l’existence des Aeglina a dû être très-prolongée. Cependant, le nombre des espèces limité à 3, la grande rareté des individus, et le peu de surface occupé par les localités où on les trouve, concourent à montrer, que leur développement a été très-faible.
Dans les contrées étrangères, le genre Aeglina est représenté par une seule espèce , encore inédite, et que M. J. W. Salter a nommée Aegl. mirabilis. La tête, que ce savant nous a récemment montrée, à Londres, se rapproche beaucoup de celle de notre Aegl. rediviva. Elle se distingue par le développement monstrueux des yeux, dont chacun occupe environ le tiers du volume de cette partie du corps. Ce fragment a été trouvé dans le midi de l’Irlande, à Chair-Kildare , dans des roches qui représentent, par leur position verticale et par leur Faune, le groupe de Llandeilo du pays de Galles. Nous avons déjà fait observer, que cet étage et sa Faune correspondent à notre étage D et à la Faune seconde de Bohême. Ainsi, Aeglina occupe, dans les deux contrées, une hauteur géologique analogue et elle est également associée avec les genres Illaenus, Remopleurides , &c. et avec les derniers des Agnostus.
Rapports et différences .
Le genre Aeglina, considéré sous différens aspects, offre des analogies avec plusieurs autres types.
1. Si l’on s’arrête à la configuration générale du corps, à sa petite taille, à la trilobation peu marquée de la tête et du pygidium, au petit nombre des segmens thoraciques, on croirait avoir retrouvé les formes des Agnostus. Cette affinité apparente ne tarde pas à s’évanouir, si l’on remarque, combien la tête d' Aeglina diffère de son pygidium, et combien le développement exagéré de ses yeux contraste avec le manque absolu de ces organes dans le genre comparé. On sait d’ailleurs que dans les Agnostus, il n’y a jamais plus de 2 segmens au thorax.
2. Illaenus se rapproche beaucoup plus dé Aeglina, par la forme de sa tête non lobée, et par celle du pygidium, dont l’axe est réduit à l’état rudimentaire. Cependant, le premier genre