III. Partie historique du Prodrôme
Les documens historiques annexés aux ouvrages relatifs à l’histoire naturelle ont un double but, également recommandable. Ils doivent d’abord constater tous les travaux existans sur une matière, en traçant pour chaque époque une sorte de limite entre le connu et l’inconnu. En second lieu ils sont destinés à conserver à la postérité le nom de tous ceux qui ont enrichi la science, en faisant à chacun la part de mérite qui lui est dûe.
M. Corda concevait sans doute ce double but, lorsqu’il s’est fait l’historien de la découverte des Trilobites de Bohême, car, avant d’entrer en matière, il nous dit. (p. 11.)
Qu’il nous soit permis de donner une courte histoire de la découverte des gîtes des Trilobites en Bohême, afin de défendre sous le rapport de la priorité , les droits des anciens investigateurs, contre les prétentions clés modernes.
Bien de plus, louable que ce début de l’historien, qui après avoir accompli sa tâche, prend soin de nous dire : (Prodr. p. 12.)
G est uniquement par amour de la vérité générale, que nous avons donné l’histoire de la découverte des gîtes des Trilobites de Bohême.
Examinons quelles assertions ont été encadrées entre ces deux solemnelles assurances , de justice et dé véracité.
Si nous parcourons .d’abord cet abrégé historique, nous sommes frappé de la partialité qui a exclu sans aucune exception, le souvenir de tous les savans étrangers à la Bohême. Brongmar , Dalman Schlottheim, Boeck, Zenker et Emmrich qui ont nommé et décrit es cinq sixièmes des premiers Trilobites connus dans ce pays, et ont fourni au C. Sternberg la principale matière de ses notices, ne sont pas même mentionnés par M. Corda. Le Prof„r. Beyrich qui en 1845 et 1846 a successivement publié la description d’un assez grand nombre de lormes nouvelles de la Bohême, en étendant notablement les limites de la science, a été passé de meme sous silence. Si l’auteur du Prodrôme ne nous a pas fait l’honneur de placer notre nom parmi ceux qui ont fait quelque découverte en Bohême, nous devons du moins lui témoigner notre gratitude, de ce qu’il ne nous a pas ostensiblement nommé comme celui contre les prétentions de qui il se fait le chevalier des droits antérieurs.
Nous sommes obligé de passer en revue toutes les assertions fabuleuses du résumé historique de M. Corda, parcequ’ elles sont imaginées et combinées de manière à induire le lecteur dans la fausse persuasion, que depuis longues années il n’y avait réellement ni nouvelles localités , ni (jîtes de Trilobites à découvrir en Bohême. (Prodr. p. 42.)
Après quelques mots sur les indications dues à Zeno et au C1»'. Kinsky, M. Corda entre en ma 6 ère dans les termes suivans: (Prodr. p. 11.)
1. L’ingénieur des mines Lindacker décrivit en 1191 les calcaires de Kônigsliof.
Cette assertion est complètement dénuée de fondement. Lindacker n’a jamais décrit les calcaires de Konigshof. Ce savant dans un voyage scientifique (1791) analysé ci-dessus, (p. 1;-) a donné un aperçu des formations sur lesquelles est tracée la route de Prague a Pilsen. Mais il n’a pas même nommé Konigshof, et il n’a fait aucune mention quelconque des calcaires, tout ce qu’il dit des environs de Béraun se rapporte exclusivement aux roches quil nomme: bandstein, Sandsteinschiefer, Grünstein, Wacke, &c. &c.
Deux auteurs à notre connaissance ont publié des notices sur la seigneurie de Konigshof et ont parlé des calcaires qu’elle renferme, savoir: Irasek en 1786 et le IL. Fr. Ambr. Beuss en 1798. Par une singulière fatalité, ni l’un ni l’autre de ces travaux n’a été mentionne par M Corda. Le IL. Beuss n’a pas connu ce prétendu travail de Lindacker quil n aurait pas manqué de citer et de comparer avec ses propres observations, ainsi qu’il le fait a chaque pas, pour tous les objets observés par Irasek.
Lindacker a publié en 1791 une petite notice analysée ci-dessus (p. 11), sur deux Trilobites trouvés dans les quartzites fSandsteinJ de Prague et de Wraz, et dans ce travail il annonce la description de certains autres fossiles du calcaire. Mais il n’a jamais publie ce mémoire e ou es nos recherches pour le découvrir ont été inutiles ; M. Corda lui-même n’a pu nous donner aucun renseignement à ce sujet.
2. Lindacker découvrit plus tard avec le C. Sternberg les gîtes de Trilobites de Chodaun, Jarow, Mnienian, Konieprus, Wraz, St. Johann, Iihoda, Kolednik et Tetin. (Prodr. p. •) e t assertion est dénuée de tout fondement.
-M. Corda ne cite aucune publication constatant ces découvertes, et ne leur assigne aucune date, mais l’ordre établi dans sa narration montre assez, que cette vague indication: plus tant, ne dépasse pas 1795, puisque à partir de cette année, il admet une grande période de repos jusqu’après 1820.
La préoccupation de l’auteur du Prodrôme l’a empêché de voir les impossibilités et les absurdités qu’il accumulait dans cette fable.
On admettra d’abord, que si Sternberg et Lindacker eussent découvert neuf gîtes de Trilobites, chacun de ces gîtes leur eût fourni au moins une espèce, car c’est le minimum que la richesse locale permet de supposer, et c’est aussi le chiffre indispensable pour constater < e telles découvertes. Or il est impossible de trouver la trace d’aucune de ces especes parmi les
INTRODUCTION HISTORIQUE
quelles les Trilobites de Konieprus et Mnienian seraient si aisés à distinguer. Le premier mémoire de Sternberg, date de 1825 et il porte le litre de: Revue (Übersicht) des Trilobites ' actuellement connus en. Bohême. Dans cette Revue l’auteur décrit six formes qu’il considère comme distinctes, et il indique très-explicitement les localités d’où elles proviennent: pour les unes les schistes de Ginetz, pour les autres les calcaires entre Karlstein et Prague, et nommément Kosorz et Branik. Aucune des neuf localités en question n’est mentionnée, dans ce mémoire , et si on regarde la carte, on voit que ces neuf localités, situées sans exception au Sud-Ouest de Karlstein, sont complètement exclues de la masse des calcaires indiquée par Sternberg entre Karlstein et Prague. (Voir ci-dessus p. 20 et 21.)
En 1833. le C'î. Sternberg fait une seconde Revue de tous les Trilobites de Bohême, et il décrit deux nouvelles formes: Iril. ornatus et lr. unguia, qu’il dit provenir, la première des environs de Praskoles, la seconde des conglomérats calcaires de Karlshiitte. Aucune des neuf localités en question n’est encore nommée dans ce second travail, pas plus que dans le premier. Le seul gîte nouveau que Sternberg signale dans les calcaires, est celui des conglomérats de Karlshiitte ; mais pour qu’on ne soit pas tenté de rapporter cette localité' aux prétendues découvertes qui lui sont attribuées entre 1791 et 1795, en compagnie de Lindacker, l’auteur a soin de nous dire, que les Trilobites -provenant, de ces conglomérats n’ont été découverts qu’en 1829 et qu ainsi on n aurait pu en parler au plutôt qu’en 1830. fp.p. 17 et 53 du mémoire cité.J
Les oeuvres de Sternberg nous présentent donc la négation complète des découvertes dont M. Corda a voulu l’honorer gratuitement dans l’assertion qui précède. Mais ce n’est pas le seul malheur qu’ait eu l’auteur du Prodrôme en composant cette fable. Parmi les neuf localités citées, se trouve Wraz, dont Lindacker avait décrit des Trilobites en 1791, dans le mémoire analysé ci-dessus, (p. 11) M. Corda ignorant ce travail, place la découverte de Wraz après 1791 et 1 attribue en partie au Cîf. Sternberg, qui n’est pas même nommé par Lindacker. La méprise de l’historien est encore plus grave au sujet de Kolednik, car ce hameau composé de 3 ou 4 maisons, n’a été bâti et par conséquent n’a pu être nommé qu’en 1825, c’est à dire environ 50 ans après l’époque où M. Corda emploie ce nom pour désigner une des principales localités attribuées à Lindacker et Sternberg. Enfin pour comble de malheur, M. Corda nomme les gîtes de Chodaun et Khoda. Ces gîtes n’existent que dans l’imagination de cet auteur, car les environs de ces villages n ont jamais fourni la moindre trace de Trilobites, ainsi que nous avons eu l’occasion de le constater ci-dessus, (p. 46.)
3. Le Profit. DI. Fr. W. Schmidt énuméra en 1795 dans le recueil: Physikalisch-Ôkonomische Aufsiitze (p. 100.) quatre Trilobites de Ginetz, Prague et Karlstein. (voir ci-dessus, pag. 16.)
4. Alors commença une grande période de repos. Après la prise de Regensburg par les Français fl 80 9 J le Comte Gaspard Sternberg transporta complètement sa résidence en Bohême à Brezina, y établit sa bibliothèque, et - devint un centre qui réunit les membres les plus jeunes et les plus anciens de la société. Là se trouvaient Lindacker, Wilibald Schmidt, le Comte Malabaila- Canal, Sykora et beaucoup d autres pour jouir de la bibliothèque la plus riche du pays en trésors, d histoire naturelle. Les employés des mines de la contrée, et entv autres Preissler connu comme Entomologue, se Rapprochèrent étroitement du savant Dynaste qui exerçait la plus courtoise et la plus prévenante hospitalité. Alors o'n consacra la plus complète attention aux ■ pétrifications du terrain houiller et du terrain de Transition, sur la limite desquels habitait le Comte. Dans les premières années après 1 820 Preissler et le Comte Sternberg découvrirent Skrey; le Profü. Zippe découvrit Straschitz et de nouveau Praskoles, Wesela, et le Stadtberg près Béraun. (Prodr. p. 11 et 12.)
Nous rendons avec le monde savant au Comte Sternberg, le tribut d’hommages qui lui est dû pour ses belles recherches relatives aux fossiles végétaux des bassins houillers de la Bohême. Mais il serait difficile de croire M. Corda, lorsqu’il prétend que le Comte et ses nombreux hôtes scientifiques consacrèrent la plus complété attention aux fossiles du terrain de Transition , sur la limite duquel ils se trouvaient. En effet dès notre première course dans cette contrée, en 1841, nous avons découvert un gîte de Trilobites, à la limite même du bassin houiller de Radnitz, à la distance d’une simple excursion à partir du château habité par le Comte. Cette découverte ne
nous a coûté aucune fouille, et nous pouvons dire aucune peine, car c’est sur les bords d un chemin battu, en aval de Klein-Lohowitz, que les schistes de notre étage C nous ont fourni des Paradoxides et Ellipsocephalus , attirant par leur couleur jaune saillante, les yeux les moins exerces. Comment tant de savans secondés par les nombreux employés des mines de la contrée, et cherchant des fossiles avec le Comte Sternberg pendant tant d’années, auraient-ils pu ne pas voir ces schistes fossilifères? Comment M. Corda qui a aussi séjourné dans le pays, a-t-il négligé cette découverte ?
5. Suivant le texte cité: Premier et le Comte Sternberg découvrirent Skrey, dans les premières années après 1820. (Prodr. p. 12.)
Cette assertion est dénuée de tout fondement. D’abord il est notoire que parmi les espèces décrites et figurées par le Comte Sternberg, soit en 1825 soit en 1833, aucune ne dénote par
ses formes l’origine de Skrey. 11 est également constant que le nom de Skrey na jamais ete
cité par ce Savant ni par aucun de ceux qui se sont occupés des Trilobites de Bohême, soit avant lui, soit après lui, jusqu’à notre Notice Préliminaire. 1846.
Le Comte Sternberg a d’ailleurs pris soin de repousser de la manière la plus explicite l’hommage indû que M. Corda veut lui faire de cette découverte. Dans son premier mémoire 1825,
il dit page 72: Les Trilobites de Bohême se trouvent tous dans la bande de Terrain de Transi¬
tion qui traverse le cercle de Béraun ; Tril. Tessini, Sulzeri, Hoffii dans le Grauwackenschiefer de Ginetz; Tril. m a cr o p h t al mu s et H au s m an ni dans le calcaire de Transition
entre Karlstein et Prague.
Dans son principal mémoire, en 1833, le Comte Sternberg est encore plus explicite à ce sujet, car il dit (p. 54.):
Tous les Trilobites connus jusqu à ce jour en Bohême se trouvent à la vérité dans les formations de Transition du cercle de Béraun, mais seulement dans sa partie Sud , à gauche de la
qrand’route qui conduit de Prague à Pilsen . voir ci-dessus p. 26. le passage entier qui
finit par ces mots : On n’a trouvé jusqu’ici aucun Trilobite sur le côté droit , ou bien au Nord de la grand’ route, dans la Grauwacke plus pâle qui accompagne les houilles dans les cercles de Pilsen et de Béraun, et qui ne se rapproche pas du calcaire de Transition.
Or Skrey est situé dans le cercle de Rakonitz, à droite et à plusieurs milles de distance de la grand’route qui conduit de Prague à Pilsen. Il résulte donc évidemment des passages cités, que le Comte Sternberg ne connaissait pas Skrey, en 1853, tandisque suivant M. Corda il aurait dû découvrir cette localité peu après 1820.
Comme confirmation, nous invoquerons le mémoire publié en 1851 par le Prof,!. Zippe, sous le titre: Übersicht der Gebirgsformationen in Bôhmen , déjà analysé ci-dessus. L’auteur indique (p 47 ) les fossiles qui se trouvent dans le Grauwackenschiefer, savoir, uniquement les Trilobites les plus communs de Ginetz. Le nom de Skrey n’est pas même mentionné dans tout ce travail.
6. Le professeur Zippe découvrit Straschitz et de nouveau Praskoles , Wesela et le Stadtberg près Béraun. (Prodr. p. 12.)
Cette assertion est dénuée de tout fondement. Nous avons eu recours à MI. le Profl. Zippe pour bien constater les faits. Ce savant qui est trop riche de ses propres mérites, pour vouloir se parer de ceux d’autrui, nous a dit: qu’il avait en effet reconnu le gîte de Praskoles, mais seulement après la publication du second mémoire de Sternberg. Quant aux trois . autres^ gîtes , il a loyalement déclaré que non seulement il ne les avait pas découverts, mais quil ignorait même, au moment où nous l’interrogions , fl 847 J le lieu exact de leur existence.
Un semblable témoignage n’exige aucune confirmation, mais on peut remarquer combien il s’accorde avec les passages de Sternberg cités ci-dessus. En effet, Wesela et le Stadtberg près Béraun sont situés à droite et au Nord de la grand’ route de Prague à Pîlsen, région qui selon Sternberg n’avait encore fourni aucun Trilobite en 1853, et par conséquent ces gîtes ne pouvaient
INTRODUCTION HISTORIQUE. g [
pas avoir été découverts clans les premières années après 1820 par le Prof!: Zippe. M. Corda en écrivant sa fable, n’avait pas . pensé à cette impossibilité.
Le gîte de Wesela n’a été découvert qu’en 1842 dans une partie de chasse, par M. Ludwig Hawle, ûls du Capitaine du cercle de Béraun. C’est lui -même qui nous a indiqué cette localité, et nous saisissons avec plaisir cette occasion de constater sa découverte, que M. Corda n’aurait pas passée sous silence, s’il n’avait tout sacrifié à un système de fables. Quant au gîte dit Stadtberg par M. Corda, nous en avons déjà parlé ci-dessus (p. 47) et les faibles traces de Trilobites qu’il présente, n’ont été découvertes qu’en 1843, par nous même.
Enfin le gîte de Straschitz indiqué déjà par Sternberg en 1833 au sujet de Tril. Zippei, n’a jamais pu être retrouvé, et tout nous porte à croire qu’il n’existe pas.
7. Après la fondation du Musée Bohême (1823) les divers commissaires des routes envoyèrent soit à cet établissement, soit à son président, des Trilobites de presque toutes les couches actuellement connues comme renfermant ces fossiles. (Prodr. p. 12.)
Les commissaires des routes ne pouvaient envoyer que les fossiles des couches exploitées pour leurs travaux. Or si M. Corda eût pris la peine de parcourir le terrain , il aurait reconnu que les seules couches fossilifères fournissant des matériaux pour les routes, sont celles de Wiskocilka près Prague et de Luzetz près Lodenitz, les unes et les autres dans notre étage calcaire supérieur G. C’est aussi la première de ces localités plus connue sous le nom de Kuchelbad, qui a fourni en partie les premiers Trilobites observés par Zeno, Born, &c. Tous les autres gîtes de Trilobites, tels que Konieprus, Mnienian, Kolednik, Kônigshof, Zahorzan, Skrey, &c. &c. offrent des matériaux complètement impropres aux routes, et de plus ils se trouvent dans des localités, et à des distances qui ne permettraient pas de les exploiter pour cet usage. C’est encore une impossibilité à laquelle M. Corda n’avait pas réfléchi. Il existe d’ailleurs depuis l’origine du Musée Bohême, un protocole publié tous les trois mois, pour conserver le souvenir de tous les dons faits à cet établissement, et le nom des donateurs. Nous avons soigneusement parcouru ces documens authentiques depuis le commencement jusqu’à ces derniers temps. Or en prenant la dénomination de Commissaires des routes, dans le sens le plus étendu qu’elle peut avoir, c. à d. en comprenant sous ce nom tous les employés quelconques de l’administration des travaux publics ( Bau direction J, nous trouvons que depuis la fondation du Musée Bohême en 1823, jusqu’à la mort du C‘k Sternberg en 1838, deux ou trois pétrifications en tout, on été offertes par ces employés au Musée national. Mais comme le catalogue n’indique ni la nature de ces fossiles, ni les localités d’où ils proviennent, on peut douter qu’ils soient d’origine paléozoique. Si M. Corda eût pris la peine de parcourir les catalogues en question, l’assertion fabuleuse que nous réfutons n’aurait pas pu lui échapper.
8. Après avoir indiqué les notices du Comte Sternberg sur les Trilobites en 1825 et 1830, M. Corda ajoute que son principal travail parût en 1833, en même temps que l’ouvrage deZenker: Beytràge zur Naturg. der Vorwelt. Le Comte Sternberg analyse les descriptions de Zenker, il fallait donc que l’ouvrage de ce dernier fût publié avant la rédaction du mémoire où il est cité. On' sait que la date des livres publiés en Allemagne, diffère souvent de l’époque réelle de leur apparition.
9. En 1834 M. Corda entra au service du Musée national de Bohême, et fut attaché au Comte Sternberg qui en était président. Alors on collecta sans relâche; une foule de gîtes des Trilobites de Bohême jusqu’alors superficiellement exploités , furent ouverts et fouillés. (Prod. p. 12.)
Cette assertion en ce qui touche l’exploitation des gîtes de Trilobites , est dénuée de tout fondement. Il est notoire qu’aucune exploitation, aucune recherche spéciale n’a jamais été entreprise pour le Musée, et encore moins par M. Corda, pour enrichir la collection des Trilobites. Le petit nombre d’exemplaires ajoutés à ceux que Sternberg avait décrits, ont été recueillis par M. le Prof!. Zippe.
Pour faire apprécier à leur juste valeur les diverses assertions de M. Corda tendant à faire supposer d’immenses richesses paléozoïques du pays, accumulées par tant de prétendues recherches,
dans le Musée Bohême, nous invoquons le témoignage de Sir Rodéric Murchison et du Comte Keyserling qui nous ont écrit les lettres suivantes:
Prague le 31. Juillet 1847.
„En réponse à la question que vous m’avez posée relativement à l’état du Musée de Prague ■ à l’époque de ma visite en 1843, je n’hésite pas à dire que quant aux restes organiques des •roches paléozoiques, je n’ai pas observé qu’ils s’y trouvassent alors en plus grand nombre qu’en
• 1829, quand j’ai visité cette ville pour la première fois, en compagnie du Profl Sedgwick.»
•Dans ces deux occasions je ne pouvais trop admirer les belles collections de minéraux for- • niées par le savant Profl. Zippe, mais les fossiles paléozoiques se bornaient en grande partie
• aux échantillons ramassés et décrits par le C!,e. Sternberg.»
•Je ne puis vous déclarer ma conviction sur ce point, sans vous répéter par écrit ce que
• je vous ai dit maintes fois, et ce que j’ai imprimé dans le premier chapitre de l’ouvage sur. la •Russie : que c’était uniquement par suite de vos fouilles et de vos recherches, et par 1 inspection
• de votre superbe collection, que je me trouvai en état d’annoncer, que vous aviez ^ parfaitement •raison en regardant les formations des environs de Prague, comme appartenant au système Silurien.»
• Crovez-moi, mon cher M. Barrande, votre ami dévoué
Rod. Murchison.»
Prague le 3. Août 1847.
•Mon cher Monsieur,
•Vous désirez que je vous dise en quel état à peu-près, j’ai trouvé en 1846 la collection
• de fossiles Siluriens de Bohême, dans le Musée national de Prague. Je puis vous le dire
• d’autant plus facilement que lors de ma première visite, en votre absence, j’ai dû me former
• une idée des richesses paléontologiques du pays, uniquement d’après la collection du Musée. •Les tiroirs qui pouvaient m’intéresser sous ce rapport, mont été ouverts avec la plus grande «obligeance par M. Corda. Je me souviens d’y avoir vû un petit nombre d’espèces Siluriennes en
• sus de celles mentionnées par le Comte Sternberg, notamment les Ichthyodorulites à racines •bulbeuses; &c. Ce n’est donc que plus tard, en voyant votre collection, et par rapport aux Trilo- •bites, celle du Kreishauptmann Hawle, que j’ai pu concevoir une idée plus juste sur l’étonnante •richesse du bassin Silurien de Bohême, en espèces. Probablement cette branche de l’histoire na- •turelle du pays est plus dignement représentée au Musée national dans ce moment, car M. IIa\\le
• qui aime à faire un généreux et utile usage de ses doubles, ma dit en avoir donne aussi au Musée.
Tout à vous.
Keyserling.
Ces témoignages écrits sur les lieux, par des Savans d un caractère si elevé , n ont besoin d’aucun commentaire.
Nous ajouterons, que la seule trace qui reste dans les annales du Musée Bohême, de cette activité à collecter sans relâche des fossiles Siluriens, dont parle M. Corda, à paitir de son entrée dans cet établissement , jusqu’à la mort du C‘!. Sternberg , consiste dans la description d’une espèce de Polypier, Calamopora acanthopora, que nous avons mentionnée ci-
dessus (p. 27.)
12. Il n'y avait plus de localités réellement nouvelles, ni de nouveaux gîtes de lnlobites a
découvrir. (Prodr. p. 12.)
- Pour juger combien cette assertion de M. Corda est erronnée , nous prions le lecteur . de comparer deux listes que nous donnons. La première dans notre résumé historique ci-après (p. 55.) comprend toutes les localités indiquées par nos devanciers. La seconde placée à la fin de ce volume, énumère les localités que nous avons exploitées dans le cours de nos recherches. Les nombres des gîtes de fossiles énumérés dans ces deux listes sont entr’eux dans le rapport de 1 à 5.
11. Enfin M. Corda nous apprend dans son avant propos: que vivant depuis le commencement de sa carrière scientifique sur le terrain de Transition et au milieu de ses trésors paléontologiques, il leur q, consacré toute son activité, qui plus tard ( 1 834 ) par suite de sa position auprès du Comte Sternberg, fut encore dirigée d’une manière plus complète sur cette matière, et spécialement sur les Trilobites. Bientôt il s’unit à M. Hawle pour atteindre le but par leurs forces et leurs ressources combinées. Depuis plus de dix ans leur principale attention était dirigée sur les Trilobites, et ils rassemblaient les matériaux pour la monographie de ces Crustacés. (Prodr. p. 3.)
Nous laisserons ees fables retomber sur leur auteur de tout le poids de leur ridicule. Nous nous bornons à constater ici, que la belle collection de M. Hawle est le fruit exclusif de son zèle, sans aucune coopération de M. Corda. Ce fait est de notoriété publique.
Nous demandons pardon au lecteur de nous être si longuement étendu sur cette partie historique. Nous eussions volontiers passé sous silence toutes les fabuleuses assertions de M. Corda, s’il avait bien voulu reconnaître qu’il s’était trompé. Dans le but d’éviter toute polémique, nous n’avons rien négligé pour provoquer cet aveu sous une forme quelconque. Mais tous nos efforts ont été inutiles. Outre l’invitation publiée dans le document contenant la déclaration de M. Hawle (ci-dessus p. 57), nous avons écrit à M. Corda la lettre suivante:
Monsieur,
Prague le 13. Février 1848.
■ D’après vos déclarations verbales du 6 juillet 1847, j’ai cherché dans le recueil intitulé: -Mayer s Sammlung physikalischer Aufsàtze, la confirmation des assertions suivantes contenues dans ■votre Prodrôme:
>1. Lindacker décrivit en 1794 les calcaires de Kônigshof.
■2. Il découvrit plus tard en compagnie du Comte Sternberg les gîtes de Trilobites de Cho- •daun, Jarow, Mnienian, Konieprus, Wraz, St. Iwân, Khoda, Kolednik, et Tetin.
>Je n’ai pu trouver rien de semblable dans ce recueil. Je vous prie donc de me donner ■ des renseignemens plus exacts à ce sujet, afin que je puisse acquérir une conviction.
»En ce qui concerne Skrey, vous m’avez dit le même jour, qu’un fragment provenant de • cette localité vous avait été transmis par le Comte Sternberg dans un tiroir secret. Ce secret -suffirait à lui seul pour constater l’indépendance de ma découverte; ainsi ce point se trouve •réglé sans discussion.
•Attendant de vous une prochaine réponse, J’ai l’honneur, &c.
J. Barrande.
Après avoir attendu pendant plus de trois mois la réponse demandée , nous écrivîmes de nouveau à M. Corda le 21 mai 1848 pour lui rappeler nos questions. M. Corda a persisté dans . le silence le plus absolu, et nous a ainsi forcé à discuter les fables qu’il a substituées à l’histoire, soi-disant:» par amour de la vérité générale.
1849- Das Kônigreich Bohmen statistisch-topographisch dargestellt. — • Von J. G. Sommer. Prag.
Cet' ouvrage dont la publication a exigé une longue série d’années, contient quelques documens relatifs aux formations de Transition. Les volumes dans lesquels ces notions ont été insérées sont les suivans, que nous rangeons suivant l’ordre de. leur apparition.
Cercle
de
Pilsen.
Klattau.
Prachin.
Kaurim.
xiir.
Rakonitz.
Béraun.
Pour chaque cercle, M. le Prof!. Zippe a écrit une introduction renfermant la description sommaire de la contrée sous les rapports Orographique, Hydrographique, Géologique, &c. La nature de l’ouvrage excluant les considérations purement scientifiques, Fauteur s’est borné, en ce qui concerne la géologie, à distinguer les principales formations qui occupent la superficie. Il a indiqué partiellement leurs limites réciproques, ou du moins les seigneuries sur lesquelles les diverses roches offrent leur plus grand développement. Les notions relatives au terrain de Transition occupent dans chacun des cinq premiers volumes cités, de 1 à 4 pages.
Mais dans la description du cercle de Béraun, dont les formations anciennes couvrent la majeure partie, la notice s’étend entre les pages VIL et XIX. Nous y remarquons les observations suivantes :
L’auteur constate sur les bords de la Sazawa près Zambach, les alternances des schistes avec le Granit; phénomène dont nous avons fait mention dans notre Notice préliminaire (p. 5 et 5). Ge fait entraîne le Prof!. Zippe à déclarer que ces roches sont des formations contemporaines. fGleichzeitige Bildung.J II indique ensuite diverses parties plus ou moins étendues de schistes figurant des îlots complètement isolés dans le Granit et offrant à ses yeux des transitions avec cette roche. Il cite aussi diverses parties de calcaire enfermées de même dans les schistes.
Le Grauwackens chie fer et la schiefrige Grauwacke formant la masse principale du terrain, sont considérés comme pseudo-stratifiés, faus dünnen schichtenàhnlichen Abtheilungen zusammengesetzte Masse) tandisque les quartzites subordonnées à ces roches, sont indiquées comme stratifiées. fin Schichten von einigen Zoll Ms zu einem Schuh Machtigkeit abgelagert.) (p. XII.)
Le Prof„r. Zippe admet aussi que dans les montagnes Tremoschna et leurs contreforts, les quartzites se transforment en véritables conglomérats composés de galets roulés de Quartz et de Thonschiefer, unis par un ciment, qui considéré seul, forme un grès dur et à grains fins, (p XII.)
Ce fait constaté dans les termes les plus explicites, prouve que Fauteur éclairé par de nouvelles observations, a abandonné les opinions que nous avons eu le regret de trouver dans ses ouvrages de 1844 et 1846, où repoussant toute idée d’origine mécanique pour les roches des terrains de Transition, il les attribuait toutes sans exception, à l’action des forces cristallines.
Les pages qui suivent sont relatives au Kieselschiefer et aux Calcaires dont l’étendue géographique et les apparences minéralogiques sont indiquées en termes généraux. L existence des fossiles dans ces Calcaires et diverses autres roches est aussi mentionnée par le Prof!. Zippe, qui s’exprime ainsi à ce sujet: .Quoiqu’on trouve dans les écrits anciens quelques indications sur la •présence de ces restes remarquables d’une Faune appartenant à l’une des premières époques de Ta création de notre planète, cependant la richesse extraordinaire que renferme la Bohême en
• ce genre, n’a été connue que dans ces derniers temps. <
Enfin, Fauteur passe en revue les principales roches non stratifiées, ou soi-disant Plutonîques, du terrain décrit, savoir: la Diorite ou Grünstein 'et le Porphyre. Il mentionne les transitions de ces roches soit avec le Granit, soit avec les masses schisteuses, et il nomme quelques unes des localités où elles montrent le plus grand développement.
Le XL vol. de l’ouvrage, publié en 1842 contient dans un avant-propos de Sommer, la déclaration suivante: >Je remarque à cette occasion, que le Prof.'. Zippe considère les résultats de
• ses recherches communiqués jusqu’ici par lui pour la topographie, comme des travaux prélimi-
• naires pour un plus grand ouvrage sur la Géognosie de la Bohême, qui paraîtra dans son temps,
• en connexion avec une Carte, également dessinée par lui, composée de plusieurs sections, et en
• grande partie achevée.*
Ni l’ouvrage ni la Carte annoncés n’ont paru jusqu’ici, et nous regrettons de ne pouvoir espérer comme prochaine la publication de ces travaux, dont aucune partie ne nous a été communiquée.
INTRODUCTION HISTORIQUE
Résumé historique.