II. Caractères paléontologiques de l’étage D
Nous avons déjà appelé .ci-dessus (p. 66.) l’attention du lecteur sur l’extinction totale de la Faune primordiale de Bohême, qui caractérise notre étage C. Par suite de ce phénomène, on
doit donc s’attendre à voir reparaître la vie sous de nouvelles formes, dans l’étage D. En effet, de tous les genres préexistans, le genre Agnostus parmi les Crustacés, et le genre Orthis parmi les Brachiopodes, sont les seuls qui se trouvent à la fois représentés dans les deux étages superposés, mais, bien entendu, par des espèces différentes. Malgré cette scission dans la chaîne des êtres qui ont animé les mers Siluriennes de la Bohême, on peut cependant remarquer une grande analogie entre les deux Faunes des étages C et D, et un ordre bien apparent, dans le développement successif des animaux appartenant aux différentes classes, dans cette région isolément considérée. Les Trilobites qui dominaient dans la Faune primordiale, prédominent encore dans la seconde, par la multiplicité de leurs formes et le nombre des individus. L’apparition des nouveaux genres et des nouvelles espèces n’a pas été simultanée, mais au contraire, elle a eu lieu avec des intermittences marquées, et qui correspondent au dépôt des diverses formations siliceuses ou schisteuses que nous avons distinguées dans la hauteur de l’étage D. En d’autres termes, les accroissemens ou modifications successives de la tribu Trilobitique, sont en relation constante avec les variations du milieu dans lequel ils ont vécu. Vers la fin de la période de temps représentée par l’étage D, la classe des Crustacés s’est enrichie en Bohême de quelques représensentans de la famille des Cythérinides, que nous trouvons dans les schistes gris-jaunâtres.
Parmi les Mollusques, les Céphalopodes ont fait leur première apparition dans la bande des quartzites des monts Drabow, où nous avons recueilli quelques rares fragmens d’Orthocères. Ce genre a aussi laissé des traces dans toutes les autres formations, au dessus de celle que nous venons de nommer, mais elles sont le plus souvent indistinctes et permettent rarement la détermination exacte des espèces, apparemment peu nombreuses. Aucun autre genre de Céphalopodes n’a été observé jusqu’à ce jour dans l’étage D. Les Ptéropodes datent de la même époque que les Céphalopodes et nous offrent diverses espèces de Gonularia , auxquelles se joignent bientôt après les Pugiunculus, dans les diverses formations schisteuses.
Les Hétéropodes se sont montrés aussi pour la première fois, dans les quartzites des monts Drabow, qui nous fournissent quelques formes de Bellerophon.
Les Gastéropodes ont apparu dans les schistes très-micacés, sous la forme de Pleur otomaria, et d’autres analogues à celles que J. Hall a récemment nommées Holopea. (Pal. of New-York.)
Les Acéphales sont, contemporains des Céphalopodes et sont représentés, à partir des quartzites des monts Drabow, par quelques espèces des genres Avicula et Nucula.
Les Brachiopodes offrent dans toutes les formatios fossilifères de l’étage D, un petit nombre d’ Orthis propres à chacune d’elles. Les genres Orbicula, Lingula , Spirifer , Leptaena et Terebratula, apparaissent seulement dans les schistes très-micacés, et se perpétuent dans les formations supérieures. Chacun des trois premiers présente de une à trois espèces, et le dernier tout au plus quatre ou cinq.
La grande classe des Fchinodermes est représentée dans l’étage D par des Crinoides , des Cystidées , des Astériades, &c. Les Crinoides n’ont laissé que des traces presque insignifiantes, mais les Cystidées forment des couches entières, sur une épaisseur d’un à deux mètres, dans certaines localités, au milieu des schistes très-micacés. Les Astériades très-rares, appartiennent à la même formation, dans laquelle nous trouvons encore un corps très-analogue à celui qui a été récemment décrit par le Profil. Ed. Forbes, sous le nom de Prûtaster Sedgwickii (géol. Surv. dec. I'.j. Le genre Agelacrinites qui nous paraît allié à ces formes, date du dépôt des quartzites des monts Drabow.
Les Polypiers sont extrêmement rares dans l’étage D. Calamopora fibrosa est la première espèce qni apparaît dans les schistes très-micacés. Cette formation nous a aussi fourni : Gàlam. Gothlandica, mais seulement dans les enclaves de schistes à Graptolites et de sphéroïdes calcaires, que nous avons décrites ci-dessus.
Nous venons de rappeler l’apparition des Graptolites, qui est aussi un fait isolé, dans ces enclaves. Ils sont d’ailleurs extrêmement rares dans les schistes très-micacés, et dans les schistes gris-jaunâtres. Ils n’ont jamais été observés au dessous de la première de ces formations.
ESQUISSE GÉOLOGIQUE
En résumé, si on excepte les Trilobites et les Cystidées, qui paraissent avoir pullulé à diverses époques dans ces parages, toutes les autres classes ne sont que très-faiblement représentées dans l’étage des quartzites D.
Toutes les traces organiques relatives au règne végétal, se réduisent à des Fucoides, qu’on observe à toute hauteur à partir de la base de l’étage, mais dont les impressions sont toujours très-indistinctes.
Si I on pouvait apprécier, d’une manière approximative, la durée des Faunes, par la puissance des dépôts qu’elles caractérisent, la Faune seconde serait celle qui aurait joui, en Bohême, de là période d’existence la plus prolongée, relativement à toutes les autres Faunes que nous distinguons. C est ce que le lecteur remarquera, en jetant un coup d’oeil sur le profil général (p. 55.) ou sur la planche 50, où nos divers étages sont figurés avec une puissance qui correspond, à peu-près^, à celle qu’ils possèdent en réalité.
Le tableau qui suit montre l’ordre d’apparition de chaque genre, dans les diverses formations fossilifères de l’étage des quartzites. Chacune de ces formations est désignée par la lettre fl, suivie d’un chiffre, qui indique la position relative de cette formation, dans la hauteur de 1 étage, fl. 1. est la plus basse, d. 5. la plus élevée.
Ordre d'apparition des genres constituant la Faune seconde, dans les formations successives
de l’étage des quartzites D.
Schistes vers la base de l’étage, au Sud-Est de l’axe, près Komarow.
Bande des quartzites des Mts. Drabow.
cl. 2.
Schistes noirs feuilletés.
Schistes
très-micacés.
Schistes
gris-jaunâtres
JAmphion. Pand.
Acidaspis Murch.
Aeglina Barr.
Telephus Barr.
Agnostus Brongn
Placoparia? Cord.
Asaphus Brongn.
Ilionide Barr.
Ampyx Daim.
Orthis.
Calymene Brongn.
Pleurotomaria.
Dindymene Cord.
Cheirurus Beyr.
Pugiunculus Barr.
Ilolopea ?
Phillipsia? Portl.
Dalmanites Emmr.
IlomalonotusKonig.
Ulaenus Daim.
Trinucleus Lhwyd.
Orthoceras
Conularia
Bellerophon
Avicula.
Nucula.
Agelacrinites.
Graptolithus Linn.
Leptaena.
Spirifer.
Terebratula.
Lingula.
Orbicula.
Cystidées.
Astériades.
Calamopora.
Remopleurides Port], Cythérinides.
]\ous indiquons dans un tableau, sur la page suivante, les fossiles composant la Faune particulière des colonies , complètement différente de la Faune seconde, et identique avec la Faune troisième, qui caractérise l’étage calcaire inférieur E. Fous donnons ce nom de colonies aux dépôts de schistes à Graptolites et de sphéroïdes calcaires, décrits (p. 69 et 7 8) comme enclavés dans la hauteur de la formation des schistes très-micacés d. 4.
Rapports entre la Faune de Vêlage D, ou Faune seconde, et celle des étages contigus C—E.
(Voir Pl. 50 et son explication.)
Si l’on compare le tableau qui précède, à celui que nous avons donné ci-dessus (p. 6 6) on voit, que les genres de Trilobites de l’étage D sont tous différens de ceux de l’étage C, ainsi que nous l’avons déjà dit, excepté le genre Agnoslus qui reparaît, non a la base de létale D. comme on aurait pu s’y attendre, mais au contraire vers sa limite supérieure, ou d'est représenté par une espèce unique. Si nous comparons les nombres, nous trouvons.
dans l’étage C — 7 genres . 27 espèces
dans „ D — 2 3 „ . 6 1 ;;
différences +16 . . +34
dont 4 de genre indéterminé.
Ces chiffres montrent un développement croissant dans la tribu des Crustacés, pendant le dépôt de l’étage D. Ce développement est à son maximum, si on considère les genres; tandisque le maximum pour le nombre des espèces se trouve dans la division supérieure, étage E.
Parmi les genres de Trilobites appartenant à l’étage D, 12 s’éteignent entre ses limites et ne reparaissent plus dans les étages supérieurs, savoir:
Amphion.
Teleplius.
Aeglina. Asaphus
Agnostus. Dindymene.
Dionide.
Homalonotus.
Phillipsia.
Remopleurides.
Trinucleus.
Les autres genres se propagent par de nouvelles espèces dans la division Silurienne supérieure, mais deux d’entr’eux: Arnpyx et Illaenus. n’y font qu’une apparition, limitée a une ou deux espèces pour chacun d’eux.
Nous avons constaté, dans nos premières notices, que nous ne connaissions, en 184 6, aucune espèce commune à nos deux divisions. Ce fait se trouvant en opposition avec ceux que Sir Rodéric Murchison a établis en Angleterre, depuis la publication du Silurian system , cet éminent géologue a porté notre attention sur ce point, en nous prédisant que nous parviendrions à trouver des formes passant d’une division dans l’autre. Nous nous sommes donc mis à l’oeuvre, et le succès de nos travaux a pleinement confirmé les savantes prévisions qui nous avaient excité à les entreprendre.
Les espèces de diverses classes, qui sont communes à l’étage D et à l’étage calcaire inférieur E, proviennent presque toutes des colonies enclavées dans la hauteur de la tonna ion des schistes très-micacés d. 4. et elles né font pas partie de la Faune seconde proprement dite (p. 6 9). Cependant, Orbicula rugata, Unguia attenuata, Calamop. fibrosa et peut-être quelques Céphalopodes, font exception. Dans tous les cas, ces rares espèces de la Faune seconde et les formes beaucoup plus nombreuses trouvées dans nos colonies établissent également entre nos deux divisions, des rapports qui montrent la plus grande connexité entre toutes les formations de la grande période Silurienne. — On peut s’étonner de voir disparaître subitement la Faune seconde, dont il ne reste dans l’étage E, que les espèces que nous venons de nommer. Mais si on remarque, qu’entre ces deux étages se trouve une masse continue et puissante de Irapps, qui les sépare, on concevra, que la mer dans laquelle a eu lieu ce déversement de matière Platonique, a dû perdre à la fois tous ses habitons. C’est un phénomène semblable a celui que nous avons observé à l’occasion des Porphyres, entre les étages C et D (p. 6 0).
ESQUISSE GÉOLOGIQUE
Faune des colonies enclavées dans la formation des schistes tr 'es-micacés il. 4 , étage D.
Des circonstances, tenant à la nature des localités, nous ont empêché d’exploiter à notre gre les couches qui renferment les colonies. Le nombre des espèces que nous y avons recueillies, ne s élève encore qu’à 63. Ce chiffre se compose comme il suit:
Espèces appartenant exclusivement aux colonies: \ 4)
,, communes aux colonies et à la Faune seconde: > Etage E: 2/63 ,, communes aux colonies et à la Faune troisième, j 57^
Les deux espèces communes avec la Faune seconde sont, Dalmanites socialis et Trinucleus ornatus, trouvés dans la colonie de la Bruska, qui, consistant dans une seule couche mince, permet d expliquer aisément ce mélange, inconnu dans les autres colonies.
Les 57 especes communes avec la Faune troisième, étage E, représentent diverses classes, savoir: 5
Crustacés 8 espèces
Arethus. Konincki.
Cheir.
insignis.
Cyph.
Burmeisteri
Lichas
scabra.
palmata.
Phac.
Glockeri.
Sphaer. miras.
Pterygotus Agass. et fragmens considérés comme Ichthyodorulites , dans le SU.
Syst. Murch.
Céphalopodes
Brachiopodes
Acéphales
20 espèces
9 espèces
12 espèces
Orthoc.dulce.
Terebr. Daphné.
Cardiola lïbrosa
elegantulum
linguata.
gibbosa.
originale.
monaca.
interrupta
pleurotomum
obolina.
migrans.
styloideum.
obovata.
S Cardiace's divers.
sub-annulare
reticularis
valens.
Spir. togatus.
Lept. euglypha.
Cyrtoc. Orion.
Patricia.
<fcc. &c.
Classes diverses 8 espèces
Gastéropodes 2 esp.
Calamop.Gothlandica Encrin. 1 espèce.
colonus.
priodon.
Roemeri.
D après ces faits, la Faune des colonies doit être considérée comme identique avec la raune troisième de Bohême, qui caractérise l’étage E de la division supérieure. Cette Faune coloniale, s étant cteinte après une courte existence, n’a reparu et ne s’est largement développée dans notre bassin, qu après l’extinction totale de la Faune seconde, subitement anéantie par le derersement des Trapps, figurés sur notre section idéale. (Voir la carte p. 5 6 h.)
Rapports entre la Faune de l’étage D ou Faune seconde et celles des contrées étrangères.
(Voir le chapitre de la distribution, ci-après p. 281.)
La Faune seconde, caractérisant notre étage des quartzites D, est représentée dans presque toutes les contrées Siluriennes. Nous la reconnaissons: — 1. En Angleterre, dans toute la hauteur géologique occupée par le groupe de Llandeilo et par le groupe de Caradoc, qui
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lui est superposé. — 2. En Irlande, dans l’ensemble des formations Siluriennes décrites par le Capt. Portlock, comme équivalentes des Carudoc Sandstones. — 3. En France, dans la totalité des formations jusqu’ici considérées comme appartenant à la division Silurienne inférieure, et occupant divers points du territoire, soit au Nord-Ouest, en Anjou, en Bretagne et en Normandie, soit au midi près Neffiez, Dépt. de l’Hérault, et renfermant divers Trilobites identiques avec ceux de Bohême, tels que Daim, socialis, Acidaspis Buchi, découverts par II. Marie Rou-
ault. 4. En Espagne, dans les dépôts jusqu’ici peu connus, dans lesquels notre ami M. de
Verneuil a signalé la présence des Illaenus, Placoparia, Calym. Tourneminei , &c. 5-
En Portugal, dans le bassin de Vallongo, près d’Oporto, où M. Daniel Sharpe a constaté l’existence des Asaphus , des Ogygia, et des autres formes Trilobitiques que nous venons de nornmer> g. En Thuringe, dans de puissans dépôts, principalement schisteux, incomplètement explorés, dans lesquels M. Reinhard Richter de Saalfeld a découvert Oyyyiu et Asaphus? — 7. En Suède, dans les étages très-caractérisés, que M. Angelin nomme Regiones C et D.
8. En Norwège, dans les formations qui, par leur position et leur Faune, représentent les t e-
giones C et D de Suède. — 9. En Russie, dans toute la hauteur géologique représentant la division Silurienne inférieure, soit aux environs de S’. Pétersbourg, soit en Esthonie, et dont les formations extrêmes sont, à la base, l’argile bleue, au sommet, la Pleta ou calcaire.
10. Aux Etats-Unis d’Amérique, dans l’ensemble des groupes fossilifères de la division Silurienne inférieure, à partir du plus ancien suivant J. Hall, le Potsdam Sandslone, jusques et y compris le Hudson-River yroup , qui couronne cette division.
L’immense diffusion géographique, que nous signalons pour la Faune seconde, est en parfaite harmonie avec la longue période d’existence qu’on est disposé à lui reconnaître, d après la grande puissance des dépôts quelle traverse, soit en Bohême , soit en Angleterre, soit aux Etats-Unis.
Les traits principaux qui caractérisent également la Faune seconde dans toutes les légions énumérées, et qui établissent aussi partout son indépendance, par rapport aux autres Faunes, qui l’ont précédée ou suivie, dans le cours des âges, sont les suivans:
I. La Tribu des Trilobites atteint le maximum de son développement, sous le rapport du nombre des genres, tandisque le maximum pour le chiffre des espèces correspond à la Faune troisième, c. à d. à celle qui suit immédiatement, suivant l’ordre d’existence (voir PI. 31).
IL Les types Trilobitiques qui caractérisent principalement la Faune seconde , par leur diffusion horizontale et leur extension verticale, sont: Aynoslus, dans ses dernières apparitions, Asaphus , Illaenus, Trinucleus, Ampyx, Ogygia, Remopleurides , Placoparia , Amphion, Zethus, Nil eus, Aeglina, Dionide. La PI. 51 indique les pays où chacun de ces genres a été signalé, et on peut s’attendre avoir leur présence constatée dans d’autres régions jusqu’ici peu explorées. Ces genres, excepté Aynoslus et Amphion? n’ont apparu qu après l’extinction de la Faune primordiale, dans les contrées où elle se trouve: Bohême, Suède, Norwège, Angleterre. Presque tous ces types , et quelques autres purement locaux, Triartlirus , Dindymene , éfc. ont cessé d’exister à une époque qui correspond à la limite la plus élevée des dépôts considérés comme constituant la division Silurienne inférieure. L’ensemble de ces Trilobites nous paraît donc déterminer, de la manière la plus distincte et la plus générale, la période d’existence de la Faune seconde, sans gêner en rien l’établissement des étages locaux , pour chaque pays. Parmi les genres nommés, Illaenus et Ampyx sont les seuls pour lesquels il soit bien constaté qu’ils ont survécu à la Faune seconde. Illaenus se montre dans la Faune troisième ,. c. a d. dans la division Silurienne supérieure, mais il y est représenté par un très-petit nombre d espèces, formant un groupe bien caractérisé, par rapport aux formes congénères de la division nférieure , ce qui avait induit Sir Rod. Murchison à fonder le genre Bumastus. Ampyx existe
ESQUISSE GÉOLOGIQUE
dans la divn. supérieure, en Bohême, en Angleterre et en France. La taille minime de ses espèces, assez rares à cette époque, semble annoncer le dépérissement de ce genre, qui a son plus grand développement dans la Faune seconde. Enfin, on a annoncé, que Trinucleus a été découvert dans les schistes de Wenlock, c. à d. à la base de la division supérieure, mais ce fait nous semble exiger confirmation.
III. Outre les genres que nous venons de signaler, la Faune seconde en présente encore d’autres qui servent aussi à la caractériser, bien que d’une manière moins absolue. Ce sont les D alm unîtes , Cheirurus, Lichas, Culymene } Acidaspis. et Homalonotus , qui offrent des groupes d’espèces, appartenant plus particulièrement à cette première époque de leur apparition, qu’à la Faune troisième, dans laquelle plusieurs d’ entr’eux ont un développement égal ou plus grand. Nous aurons l’occasion de signaler ces groupes contrastans par leurs formes, dans un chapitre spécial de nos études générales sur les Trilobites. (p. 2 9 5.) Enfin, on peut remarquer, comme un fait de nature négative, que les genres Harpes } Br ont eus , Phacops , Proelus, Cyphaspis, Encrinurus, Sphaerexoclius , Staurocephalus , ÿc. qui fournissent de si importans éléinens à la Faune troisième, sont à peine représentés dans la Faune seconde de quelques contrées.
IV. Le grand développement du genre Orihis. parmi les Brachiopodes, se remarque dans la Faune seconde, d’Angleterre, de Russie et des Etats-Unis. En Bohème, il existe aussi d’une manière relative, par rapport aux autres genres de cette classe, quoique notre bassin soit peu riche en espèces de ce type.
V. Les Cystidées, qui forment de véritables amas dans certaines couches de notre étage D, caractérisent par la même fréquence, la Faune seconde en Angleterre, Suède et Russie, tandisque cette famille est relativement beaucoup moins développée dans la Faune troisième de toutes ces contrées.
Outre ces grands caractères, qui suffisent à nos yeux pour constater partout l’unité de la Faune seconde, on établira probablement un jour des relations partielles, plus intimes, entre les Faunes locales des diverses contrées ci-dessus indiquées, par la découverte d’espèces communes à plusieurs d’entr’ elles. Dans le tableau qui suit (p. 88) le lecteur trouvera quelques indications de faits déjà reconnus et qui ouvrent le champ à de plus grandes espérances pour l’avenir. Des liens de cette nature sont sans doute une confirmation très-désirable, pour la science. Cependant, si l’on considère les lois de la distribution horizontale des espèces vivantes, on voit combien peu, parmi elles, sont répandues sur de grandes surfaces géographiques. En admettant même, qu’une moindre inégalité de température sur le globe a pu favoriser la diffusion des habitans des mers, aux temps de la Faune seconde, les espèces identiques ne sauraient jouer qu’un rôle très-limité, quand il s’agit de reconnaître les Faunes contemporaines dans toutes les parties du monde. Il nous semble, que pour atteindre ce but, il suffit de se laisser guider par les analogies générales, déduites de la coexistence de certaines familles et de certains genres ou groupes d’espèces, caractérisant, en grand, chaque époque. Les rapprochemens ainsi opérés, établissant, non un synchronisme absolu entre les Faunes des pays éloignés, mais plutôt ce que nous nommerons une contemporanéité relative, ou proximité d’existence, dans la suite des temps; sont trop évidens pour ne pas être admis. Il n’en est pas de même des preuves fondées sur les espèces identiques. Les savans qui; par principe, nient l’identité spécifique d’êtres parfaitement semblables, lorsqu’ils appartiennent à divers étages, dans l’échelle verticale, seront aussi fondés à la méconnaitre entre des formes, qui,
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soumises à des influences locales très-variées, peuvent aisément offrir de légères diversités, malgré l’unité d’espèce. Dans un tableau, vers la fin de cette esquisse, le lecteur trouvera l’indication des espèces, encore très-peu nombreuses, que nous considérons comme communes à la Faune seconde de Bohême et à celle de quelques contrées d’Europe.
L’harmonie que nous signalons dans les grands traits de la Faune seconde, n’exclut pas de frappans contrastes entre les Faunes contemporaines des diverses régions. Ainsi, on rémarquera, dans l’Amérique du Nord, la prédominance des Céphalopodes, et surtout celle des formes d’Orthocères à grand siphon^ qui caractérisent aussi, en partie, la Faune Scandinave et la Faune Russe de la même époque, tandisqu’ elles sont complètement inconnues en Bohême, dans les îles Britanniques et en France. De tels contrastes ont été dans les lois de la nature à tous les âges. Ils ne doivent pas plus nous étonner, que les changemens brusques qui s’observent dans chaque contrée particulière, en passant verticalement d’un étage à un autre. Sous ce rapport, nous pouvons citer nos étages C et D, comme présentant la différence la plus absolue que l’on connaisse. Le tableau placé par J. Hall à la fin du premier volume de la Palaeontology of New-York (p. 330), nous montre, que les 8 groupes fossilifères composant sa division Silurienne inférieure, se distinguent aussi par des Faunes presque totalement différentes, entre lesquelles on voit au plus 2 à 3 espèces communes. Ces contrastes montrent, dans chaque région, l’extinction et le renouvellement périodique des êtres paléozoïques, soit par l’effet de quelque évènement local, soit uniquement par suite des limites imposées à la force vitale de chaque espèce, mais cette succession de formes diverses, ne présentant que les variations des mêmes types, ne nous empêche pas de reconnaître les traits généraux de la Faune seconde, qui a occupé une immense surface sur le globe et un immense intervalle de temps dans la période Silurienne.
Division Silurienne supérieure.
Considérée sous le rapport de son étendue topographique, cette division paraît une petite enclave dans la surface de notre terrain. Elle a la forme d’un ovale alongé, dont le grand axe a environ 5 milles géographiques allemands, ou 36 kilomètres 5 et l’axe transversal environ 1 mille ou 7 kilom. de longueur.
L’axe longitudinal de cet ovale coïncide avec celui que nous avons adopté pour le bassin entier, dans la direction à peu-près Nord-Est et Sud-Ouest. L’ovale lui-même est très-rapproché de la limite Nord-Est du terrain Silurien. Son extrémité, dans cette direction, s’étend à 4 kilomètres, sur la rive droite de la Moldau, à peu de distance de Prague, vers le midi, tandisque l’extrémité opposée n’atteint pas le village de Chodaun, à 7 kilom. Sud-Ouest de Béraun. Nous avons déjà dit. que la surface occupée par la division supérieure s’élève comme une île, au dessus du niveau de la région qui l’entoure. Tout l’espace ovalaire ainsi délimité, est occupé par une masse calcaire non interrompue, et qui admet très-peu de roches schisteuses intercalées. Cette masse, considérée dans le sens vertical, paraît offrir une telle continuité, qu’on ne conçoit pas d’abord la nécessité d’y établir des subdivisions géologiques. Cependant, l’étude approfondie des roches calcaires, et surtout l’examen comparatif des restes organiques qu’elles renferment, indiquent suffisamment à l’observateur quatre groupes ou étages, que nous nommons à partir du plus bas: E . F, G, II. Ces quatre étages 11e sont séparés l’un de l’autre,
ESQUISSE GÉOLOGIQUE
ni par des changemens brusques, dans la nature des roches, ni par des discordances dans le gisement relatif de leurs couches. Il serait donc souvent difficile de dire d’une manière absolue, ou finit l’un, et où commence l’autre, mais si l’on considère leur ensemble, il ne reste aucun doute sur 1 indépendance de chacun d’eux.
Etage Calcaire inférieur E.