CHAPITRE IX
Les théories socialistes prennent place ici parmi les projets utopiques, non pas que leur avènement soit invraisemblable, tout arrive (i), mais parce que leur nom se trouve indûment accolé à celui d'impôt. Il n'existe pas, en effet, d'impôt socialiste, dans la pureté de la doctrine du parti, dégagée de toute concession tran- ' sitoire. Le jour où le règne du socialisme deviendra tel que le con- \ çoi vent ses véritables adeptes, le rôle des taxes fiscales s'évanouira. v Seul alors, le revenu du vaste domaine collectif, formé des débris des fortunes individuelles, pourvoira à tous les besoins publics. L'Etat unique industriel, unique commerçant, peut-être unique agriculteur, recueillera les bénéfices de son métier universel, bénéfices capables et au delà de compenser ses charges. En conséquence, plus de percepteurs, plus de receveurs, plus de taxes directes ou indirectes, rien qu'un vaste monopole se suffisant à lui-même. Telles sont les conclusions auxquelles aboutit le programme du
(i) Le socialisme, en effet, grandit sous nos yeux. Son avènement complet n'est peut-être pas, Dieu merci ! prochain, mais, en attendant, ses progrès frappent tous les esprits. Dès 1891, M. Eugène d'Eichthal écrivait : « Malgré la « compression des gouvernements, la désorganisation de ses états-majors, les « divisions de personnes qui ont toujours paralysé l'action de ses chefs, l'expan- « sion de l'instruction et les progrès du bien-être, qui auraient dû le dépopulari- « ser, nous avons vu constamment le socialisme renaître,... sortir triomphant « des urnes électorales en Allemagne,... vaincre en Angleterre la résistance de « l'esprit individualiste, agiter profondément, eu France comme ailleurs, la « classe ouvrière... »
Dans la nouvelle édition de son ouvrage Socialisme, communisme et collectivisme parue en igoi,M. Eugène d'Eichthal reproduit les mêmes constatations en y insistant, en signalant spécialement les recrues que fait la doctrine non seulement dans la partie souffrante de la société, ce qui serait naturel, dit-il, mais dans les rangs élevés de. la hiérarchie sociale.
parti, comme il est facile de s'en convaincre en parcourant les œuvres de ses principaux chefs.
| i. — Monopole des possesseurs de la terre. Projet de confisquer la rente par l'impôt.
Pour la terre d abord, le livre auquel sa modération et sa logique apparentes, ainsi que son succès inoui de librairie en Angleterre et aux Etats-Unis, scmblentassurer la prééminence est celui de Henry George intitulé Progrès et pauvreté. La. théorie de Ricardo sur la rente de la terre et celle de Malthus sur la population y forment le point de départ des déductions de l'auteur. La rente, dit-il, produit de la fécondité naturelle du sol, des forces impérissables de la nature, résultat des progrès de la civilisation, de l'accroissement continu de la population, acquiert une plusvalue constante. Or, d'où découlent les causes de cette plus-value? Exclusivement de la générosité du créateur et des efforts collectifs de r humanité tout entière. Le travail personnel du propriétaire n'y est pour rien. Celui-ci, dès lors, n'a pas droit à la rente, portion de richesse à la production de laquelle il est demeuré étranger, dont il jouit injustement. C'est Yuneamed incrément dont parlait autrefois John Stuart Mill (i). Si cette plus-value non gagnée par le propriétaire foncier ne lui appartient pas, à qui doit-elle revenir? A la société évidemment, qui la tient directement du créateur et des propres mérites de ses membres. En con-
(i) John Stuart Mill concluait de l'existence de Vunearncd incrément (accroissement de valeur non gagné), non pas à la spoliation comme Henry George, mais à l'expropriation avec indemnité. L'Eiat serait ainsi devenu le land-lord universel, de façon à profiter seul désormais de la soi-disant plus-value incessante de lu rente.
Tuorold Kogcrs, après a\oir combattu celle théorie au moment môme où John Stuart Mill la produisait, y revient plus victorieusement encore aujourd'hui, dans son ouvrage sur V Interprétation économique de f histoire, fort de l'expérience acquise depuis une quarantaine d'années. 11 montre alors, chose curieuse à constater, qui sape les hases de la doctrine de Henry George, que la plus-value espérée, considérée comme certaine par Stuart MiÙ, ne s'est -, pas produite. Au contraire, le prétendu unearned incrément s'est transformé ■ en baisse générale des fermages. De sorte que l'opération destinée à enrichir • l'Etat, d'après les prévisions d'une doctrine fallacieuse, aurait abouti pour lui \a un immense désastre tinancîer.
séquence, rien n'est plus légitime que d'en exproprier le proprié taire foncier.
Quant aux fruits provenant du travail personnel de l'occupant, Henry George les lui laisse, prétendant par là resf>ecter suffisamment la justice, puisque l'usurpation seule se trouve atteinte et que la propriété demeure respectée.
Seulement, comme il est a peu près impossible, dans le produit d'un fonds de terre, de distinguer la rente et les fruits du travail, le propriétaire aura bien des chances de se voir dépouillé à la fois de l'une et des autres en bloc. Qui déterminera, en effet, au sein du revenu global d'un champ ou d'une maison, la quotité susceptible d'être confisquée comme provenant de causes externes, et la quotité réservée à l'occupant comme fruit de son action personnelle? Quel contrôleur des contributions directes, si avisé soit-il, osera se lancer dans une telle ventilation? Quel conribuable l'acceptera, et quel juge risquera un arrôtdans ce conflit obscur?
L'auteur de Progrès et pauvreté se garde bien d'indiquer aucun procédé d'application. A peine consacre-t-il quelques lignes, dans un volume de 5oo pages, à dire seulement que la répartition des produits de la rente et des produits du travail personnel s'effectuera par les soins des agents de l'impôt, sans indiquer comment ceux-ci y réussiront.
Cette lacune sur un point aussi essentiel contient l'aveu de l'impuissance du système, impuissance qui se transforme en injustice flagrante par l'arbitraire forcé de l'opération. Car, sous prétexte de saisir la rente, l'Etat spoliateur, faute de limites précises, s'attribuera peu à peu le revenu tout entier. D'autant plus que la rente, d'après la théorie de Henry George, progressant sans cesse, motivera le renouvellement d'incessantes confiscations. L'auteur finit, du reste, par avouer ironiquement : « De cette « façon, les propriétaires fonciers, s'ils le veulent, conserveront .•« leurs terres. Nous leur laisserons F enveloppe et nous pren- « drons V amande. »
En somme, le système de Henry George aboutit à la nationalisation du sol. Vainement l'économiste américain cherche-t-il,
au début, à donner le change en affirmant vouloir seulement la confiscation de la rente. A chaque ligne de son livre, éclate le fond de ses idées, à savoir que les terres seront possédées en commun, que leurs fruits seront partagés entre tous, personne ne pouvant accaparer pour lui seul les biens du Créateur. L'eau, l'air, le soleil, la terre constituent une propriété commune. La théorie de la rente ne sert ici qu'à recouvrir d'un appareil scientifique les conclusions proclamées, en toute occasion, avec moins de réserve apparente, par lo parti tout entier : « Priver les autres hommes « de leur droit à l'usage de la terre, c'est commettre un crime qui <( no le cède en perversité qu'au crime de leur ôter la vie ou de les « dépouiller de la liberté personnelle! — Il y a une loi naturelle <( et divine supérieure à toute loi humaine, en vertu de laquelle « tout peuple a le droit de vivre des produits du sol qui porte le «c berceau de ses enfants et le tombeau de ses ancêtres. Il y a là un « droit plus élevé, plus ancien que tout droit personnel. »
Déjà donc, pas d'impôt foncier ou plutôt un simulacre d'impôt foncier masquant la confiscation, l'opérant môme. Il s'agit cependant ici de la nature de richesses que, par tactique, le socialisme tient à ménager exceptionnellement, sur laquelle il voudrait s'abstenir d'appliquer ses théories collectivistes, s'il lui était possible de transiger sans déchoir. Vis-à-vis de ce qu'il nomme les gros monopoleurs, il va se trouver plus à l'aise.
| 2. — Collectivisme industriel. Mise en commun des instruments de travail.
Après le collectivisme agraire, apparaît, en effet, le collectivisme industriel prôné dans l'ouvrage classique le Capital de Karl Marx.
L'histoire de la société, d'après Karl Marx (i), n'est autre chose
(0 Karl Marx, comme Henry George, prend pour point de départ de ses raisonnements des aphorismes extraits des meilleurs auteurs en économie politique. Ainsi, cette phrase d'Adam Smilh : «( le travail est la mesure réelle de « la valeur échangeable de toute marchandise, » lui sert à émettre l'axiome (pie les marchandises ne sont que du travail cristallisé. Dès lors, toute valeur découlant du travail, le capital n'en possède aucune.et sa rémunération, dépourvue de base, devient illégitime, Le travailleur, uoique auteur de la valeur des mqr»
que l'histoire de la lutte dos classes, aboutissant toujours à l'asservissement des plus faibles. La classe désignée sous le nom do privilégiée n'a cessé d'exploiter les autres, accaparant à son profit exclusif les moyens de production. Grâce à ce monopole, elle a pu, uniquement préoccupée de son propre enrichissement, opprimer la classe la plus nombreuse, composée des travailleurs, lesquels se sont alors trouvés forcés d'ajouter au temps de travail normalement suffisant pour rétribuer leurs besoins un temps de travail supplémentaire dont l'équivalent en argent ne leur est pas payé. C'est ce travail supplémentaire, servant à enrichir injustement le capitaliste, qui provoque les revendications socialistes (i). Supposez, dit Karl Marx, que six heures de travail permettent à l'ouvrier dograernersavie,du moment que l'ouvrier est contraint de "travailler douze heures, le capitaliste confisque abusivement six heures du temps de celui-ci h son profit. Peu à peu l'hypothèse des six heures et des douze heures se transforme en une affirmation positive, et Karl Marx répete,commeun doerme avéré, que l'ouvrier se voit chaque jour, sur 12 heures de travail, voler six heures par
ohandiscs, doit seul en toucher le prix et recueillir les bénéfices do leur
Toute la suite dn svstèm» sVfave sur ces nrémisses. Mais, avant d'invoquer l'autorité d'Adam Smith. Karl Marx aurait, du" s'assurer si nullement l'illustre /•rnnomist^ ahi*n exprime, 'dan s cet te mirlc phrase, si véritable pensée. Refnset il .in ranîtal toute valeur productive ? Fn aucune façon. L'extrait cité n'est, qu'un p»*sa«rc incident, dont on ne saurait, déduire un" arTumentation de Ion crue haleine Voir an surplus, sur ce sui"». un article de Maurice Bloch, dans le Journal dfs Economistes d'octobre tRS'i.
Lire surtout l'ouvrage de Af . Paul Lei-oy-Reanlicu./e C.nllec.tivismr,\r\-ft . ioo3» devenu classique cur la matîere.et le Social 'isme communisme et collectivisme de M. Entrée d'Ficbtbal, déiA cité, in-ir». toot .
't'i J,e pape f/on XlTT. dans «on Encvclinue fiprnm nonarvm, dit aussi que 1 neu a peu les travailleurs isolé* et sans défense se sont vus. avec, le temns, * livrés à la merci de maîtres inhumains et a la cupidité d'une concurrence « effréneV. . . Que 1* riche et le patron se souviennent qu'exploiter la pauvreté « et spéculer sur l'indigence sont choses ane réprouvent également les lois divi- « nés et humaines I... Ce nm serait, un crime h crier vengeance an ciel serait de « frustrer nnclqu'nn du prix de ses labeurs !. . . Dans la protection des droits v nrivés. l'Etat doit se Préocruner.d'nne manière spéciale, des faibles et des «r indiprn f s. La classe riche ce fait comme un remnar» de sa richeese, et a moins « besoin de la futell* puhlioue. » (Lettre crcvclinue du i. r > mai t8oO
A la ricmenr. on pourrait soutenir que Karl Mnrx n'en dit pas plus que le. pane. Maïs celui-ci signal» seulement à titre exceptionnel les cas oue Karl Marx c^nérnlîce, universalise nu me, Là est In 'profonde différence entre le» deun jiPRiiuienUtioni,
son patron. « Les ouvriers donnent 12 utilités pour G valeurs. Mais « le capitaliste sait vendre ces 12 utilités pour 12 valeurs. Il en « donne aux ouvriers, c'est le salaire convenu, et en garde 6 « pour lui, c'est son bénéfice.» La formule ainsi présentée et chiffrée devient facile à retenir et se propage de bouche en bouche. « La partie du travail de la journée qui dépasse les bornes du tra- <( vail nécessaire ne fournit aucune valeur pour l'ouvrier. Elle « forme plus-value pour le capitaliste. Nous nommons cette partie a de la journée temps extradai le travail dépensé en elle sur-trait vail. Ce sur-travail est imposé et extorqué au producteur <( immédiat (1). »
Les six heures de travail abusivement retenues par les capitalistes, bien que non gagnées par eux, équivalent, en matière industrielle, à la rente de la terre non gagnée par les propriétaires fonciers. Aussi, dans les deux cas, les conclusions deviennentelles identiques pour le fond et môme pour la forme, car elles sont énoncées par Karl Marx, comme précédemment, en termes succincts, sans détails au sujet des moyens d'application. Il faut exproprier les usurpateurs, les forcer à restituer leurs bénéfices immérités, les faire rentrer sous le niveau de l'égalité. Dans ce but, le travail sera socialisé, les moyens de production mis à la disposition de tous les travailleurs, àtitre d'instruments communs. En un mot, suppression de la propriété individuelle, remplacée par la propriété collective, tel est toujours le vague programme auquel «aboutissent les déductions socialistes (2).
Ce programme,universellement reproduit dans les divers docu-
îi) Dans son livre, la Conquête du pain, in-8, i8r>3, Pierre Kropolkine dit, <»n termes plus appropriés encore aux classes populaires : « Toute la science de la « richesse est là : trouver des va-nu-pieds, les payer 3 francs et leur eo faire « produire 10. Amasser ainsi une fortune, l'accroître par quelque grande coqui- « nerie faite avec le concours de l'Etat... etc. »
(9) Les imprécations contre le capital alternent avec la dialectique dans cette œuvre puissante et confuse : « Le capital arrive au moud.? suant le sanç et la « houe par ton* les pores... L'accu m ul it ion des richesses, d'un colô, c'est une « ëçale accumulation de pauvreté, de souffrances, d'ignominie, d'abrutissement, « d'escl.iv.is^î. de l'autre côté, du côté d* la classe qui proluit, cependant le ca« « pilai lui-m*m\.. La condition diîs travailleurs empire à mesure que le capi- « tal s'accumule... Le p.iup'rismc, cet hô'.el des invalides de l'armée du travail, * est la conséquence fatale du système capitaliste..., etc. »
ments du parti, constitue l'unité de la doctrine. Ainsi, au congrès de Gotha, en 1870, on disait: « Dans la société actuelle, les ins- « truments de travail sont le monopole de la classe capitaliste ; la « dépendance qui en résulte pour la classe ouvrière est la source « de la misère et de la servitude sous toutes ses formes. L'éman- « cipation du travail exige que les instruments de travail devienne nent la propriété collective de la société. »
Le programme do Halle en 1890 a revendique la transformation « des moyens de travail en propriété collective et la transformation « de la propriété capitalistique en production socialiste ». Celui de Erfurt, en 189 1, proclame également « la substitution delà pro- « priété collective à la propriété privée sur les instruments de pro- « duction et l'organisation d'une exploitation socialiste pour et « par la société ». Le congrès de Milan, où plus de Coo sociétés étaient représentées en avril 1891 , adopte, en grand meeting œcuménique, Tordre du jour suivant: « Le comité international pour « les droits du travail affirme que le travail ne pourra acquérir « tous ses droits que le jour où finira l'exploitation du capital, « que l'émancipation sociale des travailleurs doit viser surtout à « obtenir l'association de la richesse... »
Sans doute Bernstein, disciple de Karl Marx, a formulé contre la théorie du socialisme scientifique de son maître diverses critiques, que M. Paul Leroy-Beau lieu analyse curieusement dans la dernière édition de son ouvrage (1). Mais, si des dissidences scientifiques se sont produites, M. Paul Leroy-Beaulieu constate que les chefs du parti, M. Jaurès notamment en France (2), n'en inscrivent pas moins toujours le communisme sur leur drapeau. « Le « mot de communisme, l'entier communisme, et le mot de corn- « muniste, l'ordre communiste, l'idéal communiste, reviennent « à chaque instant chez M. Jaurès comme les formules décisives « d'un programme, comme les articles de foi d'une religion. » De même, dans une enquête provoquée auprès des principaux socialistes militants en 1903 par M. Georges Renard, M. Paul Leroy-
(1) Quatrième édition du Collectivisme par M. Paul Lcroy-Beaulieu, déjà cite, pages 455 et suivantes.
(a) Même ouvrage, pages ji5 et suivantes.
Beaulicu signale encore l'unanimité des réponses en faveur de la substitution delà propriété collective à la propriété individuel le (i).
Les affirmations en faveur du collectivisme, on le voit, se répètent et se perpétuent, conservant toujours la même teinte vag*uc, ce qui d'ailleurs facilite l'accord à leur sujet.
Vainement voudrait-on en savoir davantage (2). Aucune recherche ne permet de découvrir exactement quels moyens pratiques assureront la transition du régime actuel au régime nouveau (?)), comment fonctionnera l'organisme collectif, quel sera son asrciireinent, qui surexcitera l'initiative personnelle, à qui seront attribués les bénéfices communs (4).
Pour se renseigner, on en est réduit à consulter la fiction de M. Uellarnv ;. r j;, intitulée Cent ans après, qui décrit le peuple
'1) M/rne ouvrage de M. Paul Leroy-Rom il i m, paires « r >«J9 *t suivante*. Lei réponses a lYnquéi* émanent de MM. Kmile Vandervcldc. Eugène Debs, Aristide hri.-1'ii, IMiiijanJ Vaillant, Sidncy \V- bb, XapJeonc Colajauui, le professeur Hi'hard,rlr.
(?\ Oin-biioufié directement au sujet des détails d'application du programme socialistf i\aus l'a venir. M. Juif» Guesde a répondu : « Ou m'a accusé* de ne - pas avoir décrit en détail ce qu<- sera la société de demain I Cela n'est pas " sérieux ! On ne sait pas d'avanre ce qui» sera la société de demain, si ce n'est «r d'iii'i 11-, fraudes lignes A l'approche de chaque révolution, on est souvent " iirnorant de ce que sera If lendemain. En 17811. le tiers état savail-il exactement " ce fju'd ferait de sa prochaine victoire? » (Conférence à la maison du peu- « pie, mars iHija.)
(3) Les procédés qui provoqueront la transition reposent vraisemblahlemcnt tluun les provisions <|<> certains c<Hprils sur la force. « cette grande accoucheuse de* sociëlés .1. « L'expropriation, dit Pierre Kropotkiuc. doit porter sur tout « ce qui permet à qui que. ce toit, banquier, industriel ou cultivateur, de •• s'approprier le tr:iv;iil d'antrui. La formule est simple et compréhensible. « Nous ne voulons pas dépouiller chacun de sou paletot. Mais nous voulons ren- « dreaux travailleurs tout c- qui permet à n'importe qui de les exploiter. Voilà •■ comment nous compmioiis rr.'.propriaiioii h ]a Kévnhitinn que nous allen- « doiiK d.ins un a vi-uir prochain I » (/,// (Umnnrtc *7*i pain, ifloa.l
[t\) Dans son livre sur /e Coll.fir.livi&nu\ M. Paul Leroy-licaiilieu constate, comme nous, le car.ictcre nétrntii' de tous les écrits socialistes. Il ne fait exception qu'en faveur du livre île Scho/ffle, Oiiintrssrnrr du socialisme, «1 le seul qui « cherche, à présenter le plan du futur édifice social». Cependant. d'à près le résume et les remarques même* de M. Paul Lcrov-HcaulicuJ'ouvraire de SchoîFtlc-, non seulement suscite un urand nombre d'objections pratiques, mais reste encore le plus souvent dans ce vairue irrémédiable, commun à tous ses coiurcnerci.Ln plupart, des points essentiels y demeurent en suspens et M. Paul Leroy Iie;iulieii est obligé de déclarer eu terminant qu* « on ne peut examiner le col. » lectivisme sous son aspect positif qu'autant que Schtefflc tri les principaux « théoriciens de l'école nous le laissent cnlrevoir,ou deviner, à travers les voi- « les discrets dont ils l'entourent ».
(.») Cent an» après, de M. tfellamy, a été vendu, dès le début, à plus de
des Etats-Unis, en Tan 2.000, reprenant la direction de ses affaires industrielles, comme deux cent trente ans auparavant, il îcpnt son gouvernement politique. Plus de patrons, plus de capitalistes, plus de propriétaires fonciers, plus de sociétés anonymes, plus de fabriques, d'usines, de champs séparés par des clôtures. Un syndicat unique et universel travaille dans l'intérêt commun, aménage seul l'ensemble de la production et dirige l'armée des travailleurs organisés militairement, hiérarchiquement, du haut en bas de l'échelle, avec des chefs nommés à l'élection. Les profits sont répartis au moyen de caries de crédit, la monnaie n'existant plus. Les grèves deviennent 'impossibles. Les plaisirs, les jouissances de toutes sortes abondent. Le public vit dans une prospérité inconnue môme aux privilégiés du xix 6 siècle. Bref, tout le inonde est heureux, c'est un roman (1), une fiction charmante, un rôve invraisemblable, dans lequel l'abolition de la propriété, du capital, du salaire, de l'héritage, du numéraire, etc., revêt des couleurs idéales.
Plus pratique semble l'étude intitulée le Lendemain de la révolution sociale publiée en 1903 par M. Kautsky,un des chefs du parti marxiste (1). Le mot impôt y est, sans doute, souvent prononcé au cours de la description de la future organisation socialiste, ce qui étonne au premier abord puisque nous affirmions que cette organisation excluait l'existence des impôts. Mais il suffit de lire la fin de la brochure pour être édifié sur le sens qu'un collectiviste donne à l'idée d'impôt. En effet, après avoir, comme tous les membres du parti, conclu à la confiscation des propriétés individuelles, la mesure toujours ne faisant pas question, M. Kautsky se demande quel sera le meilleur procédé pour l'accomplir : expropriation directe ou rachat? Or, voici les raisons pour lesquelles M. Kautsky préfère ce dernier mode. L'expropriation
5oo.ooo exemplaires. C'est un succès de librairie plus considérable encore que l* Capital de Karl Marx et Propre* et pauvreté de Henrv fîeorire. Deux traductions en ont été faites en français (librairies Dentu et Cniillautmn).
[1) M. Eugène d'Eichthal a consacré une intéressante brochure h. IVcrit de M. Kautsky, lequel a é*é traduit dans le Mouvement socialiste des i",i5 février et i* r mars ioo3. M. Paul Lerov-Beaulieu en parle aussi avec détails dans la quatrièigt édition de voq livre précite le Collectivisme,
directe, dit-il, risquerait de frapper à la fois les gros et les petits capitalistes difficiles à distinguer, parce que les uns et les autres se trouvent aujourd'hui engagés dans les mômes entreprises financières. Le rachat, au contraire, opéré au moyen de la délivrance de titres de rentes sur l'Etat, permettra d'établir un impôt sélectionné, perçu par voie de retenue sur ces rentes, auquel les béD- e * ficiaires, par conséquent, ne pourront échapper, lequel imp^ 1 étant progressif reprendra peu à peu aux riches, et aux ricb ^ uniquement, la totalité de l'indemnité dont ils auront été gratifia d'abord. « Il sera possible d'élever l'impôt progressif autant qu** « le faudra. En cas de besoin, cette élévation ressemblera fort « une confiscation des grandes fortunes ». Voilà comment Timp^^ peut pénétrer accessoirement au sein de l'organisation socialiste cantonné dans le rôle passager d'agent de confiscation des fortu nés, ce qui équivaut à déclarer qu'il n'existera pas.
Chacun, du reste, nous le répétons, a déjà compris d'une ma — nière générale, que, du moment que la terre et le capital dispa — raissaient à titre de propriété individuelle, du moment qu'un syndicat central dirigeait seul toutes les branches du travail national et en recueillait seul tous les profits, aucune place ne restait à l'impôt, ni sur les fonds de terre, ni sur les biens mobiliers, ni sur l'industrie et le commerce. En un mot Y impôt socialiste, une fois la révolution sociale accomplie, si jamais elle s'accomplit intégralement, n'a plus de sens.
§ 3. — Danger des impôts destinés à préparer V avènement du socialisme.
Par exemple, ce qui semble un danger nullement utopique est la marche qu'aujourd'hui, au sein même de la société capitaliste, inaugure l'impôt sous l'inspiration du collectivisme futur.
L'impôt détourné de ses seules fins légitimes consistant, on s'en souvient, à pourvoir aux besoins annuels des budgets, pré parc les voies de l'ordre nouveau. Non seulement il prépare ses voies, mais, manié habilement, exagéré par degrés, il tend à assurer sa réalisation presque^complètc. Si le système progressif, en effet, nivelle
peu à peu les fortunes, si les monopoles fiscaux concentrent les grandes industries dans les mains de l'Etat, la transformation socialiste se trouvera de fait accomplie. Beaucoup de chefs du parti se contenteraient de ces résultats. C'est pourquoi l'impôt progressif sur le revenu et sur les successions, bien que présenté sournoisement, comme dit M. Paul Leroy-Beaulieu (i), et les projets de grands monopoles soi-disant fiscaux sur le blé, sur le sucre, sur les pétroles, sur les chemins de fer, sur le gaz, sur les tramways, sur l'alcool, qui s'épanouissent dans les ordres du jour, suscitent de si justes appréhensions. Chacun commence à comprendre que ces sortes de réformes financières, poursuivies par étapes successives jusqu'à leur limite extrême, suffiront à supprimer la propriété individuelle et à installer le collectivisme, sans révolution violente, au sein de notre organisation sociale.
Sans doute donc, le socialisme intégral, tel que le décrit la pure doctrine, ne comportera plus aucun système d'impôts. Mais provisoirement, au contraire, l'impôt, détourné de ses voies, réussira, si l'on n'y prend garde, à assurer l'avènement du collectivisme offectif.
(i) Lire l'article public par M. Paul Leroy-Bcaulieu dans le Journal des Débats, du 24 août 1904» où il est dit notamment : « La société présente n'a «* quasi rien à redouter des socialistes révolutionnaires qui, quoi qu'ils pré- «c tendent, ne peuvent improviser le collectivisme en quelques journées de bar- «* ricades ou de grève générale. La société, au contraire, a énormément à crain- «f dre l'autre variété de socialistes, les soi-disant réformistes, qui s'insinuent dans «« les ministères, ou les dominent. Ceux-là font de la besogne réelle, minant peu « à peu toutes les défenses sociales et préparant efficacement la voie au collée « tivîsme. »