‹ Systèmes généraux d'impôts impôts sur le revenu dans les différents pays, impôts sur le capital, impôt unique, en nature, capitationChapitre 11 sur 66 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

§ I. — Séduction de V unité.

L'idée de l'impôt unique ne pouvait manquer de surg-ir dans les esprits avides de succès facile, car rien ne séduit plus aisément le public que la perspective de l'unité. Il suffit de répéter bien haut le mot ce unité » pour ameuter autour de soi les sympathies delà foule. Quel triomphe remporterait^ dans une réunion publique, l'orateur qui dirait : ce Pour les peuples civilisés l'unité de a force existe déjà, puisque tous admettent que la force du chec( val-vapeur est capable de transporter un poids de 76 kilog*ramcc mes à un mètre en une seconde. Partout aussi s'étend l'unité ce de rails. Pour passer à Tétat de fait accompli, l'unité de mesure ce et l'unité de monnaie n'ont plus qu'un faible et dernier effort à ce faire. L'unité de l'impôt sera le couronnement dug'rand édifice « élevé à la Paix et à la Liberté ! Tout se simplifie. Le nœud serré ce de cet écheveau embrouillé qui se nomme la fiscalité se dénoue

ce de lui-même Unité! Unité! c'est vers ce but que marchent

« tous les peuples ! L'unité qui mesure et marque les heures au ce même cadran à Londres et à Gonstantinople, à Rome et à Mosic cou, à Vienne et à New^-York, à Paris et à Canton, ne s'arrê-

« tei^a, dans sa course triomphante, qu'après avoir tout assujetti « à sa loi et réformé la barbarie des impôts (i). »

Si des applaudissements unanimes accueillent déjà un tel préambule, que sera-ce quand l'habile discoureur décrira l'imperfection irrémédiable des impôts multiples actuels; car, en prenant chaque taxe Tune après l'autre, il est aisé de prouver que toutes sont injustes, odieuses, vexatoires, spoliatrices, intolérables.

Dès lors, pour assaisonner sa démonstration, Emile de Girardin met en parallèle l'impôt inique et l'impôt unique. Opposition de mots et d'idées ! L'impôt inique, c'est l'impôt actuel, avec sa multitude de formes toutes condamnables, que remplacera le bienheureux impôt unique.

Les novateurs contemporains, continuant l'emploi du procédé, s^écrient : « La répartition des impôts est-elle juste? Assurément « non. La répartition par capitation est inique parce qu'elle frappe « du même droit le riche et le pauvre. La répartition des impôts « fonciers est-elle équitable ? Non, parce qu'elle est* inégale dans (c tous les départements, même pour les terres classées à qualités <c égales, etc. » — ce Notre budget n'est-il pas un anachronisme? (c C'est une indigne raillerie de conserver les institutions les plus (( anti-démocratiques des régimes qui ont été détruits... Le budget a que nous votons maintient l'inégalité entre les contribuables...»

Telles sont donc les deux bases de l'argumentation des partisans de l'impôt unique : d'une part, le goût naturel du public pour l'unité; de l'autre, l'antipathie suscitée par les imperfections forcées des impôts multiples existants.

(i) Ces passages sont extraits textuellement de l'ouvrage d'Emile de Girardin, intitulé Questions de mon temps ; questions financières, iSbS, lequel ouvrage, luimême, est composé d'articles publiés par l'auteur dans les divers journaux qu'i avait fondés. Ce ne sont donc là, en somme, que des premiers-Paris à sensation^ de feuilles à bon marché, dont les lecteurs naïfs dévoraient la prose avec enthousiasme, La combinaison commerciale consistait précisément à recueillir le plus grand nombre possible de lecteurs de cette sorte, afin que la quantité des abonnés compensât l'abaissement des prix.

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