‹ Tabagisme et dénicotinisationChapitre 10 sur 17 · DO · texte numérisé non relu

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d'intoxication grave ; les phénomènes sont analogues à ceux que produisent les ptomaïnes (sensation de brülure et de sècheresse de la bouche et du pharinx, nausées, céphalalgie, palpitations de cœur) et persistent pendant plusieurs jours.

Ne fumez jamais une cigarette ou un cigare jusqu'au bout, car il a été démontré récemment que les 2/3 de la nicotine qu’il renferme s'accumulent en ce point!

Nous arrêterons là ces considérations, car nous en trouverions un nombre infini à envisager. Notons cependant, pour ceux qui tiendraient à être fixés sur ce point, que lés:cigares .ä*o fr.:05 renferment de r,5,%,2%/0tde nicotine, ceux de o:fr.715,2 0020.

GERAPIPRE AT

‘Tabagisme Clinique

Nous distinguerons tout d'abord l’intoxication aiguë et l’intoxication chronique, qui constituent les deux phases ordinaires de l’évolution du tabagisme, séparées du reste dans la réalité par une longue période silencieuse.

Car la nicotine a cela de particulier que son action est très fugace et permet une rapide accoutumance de l'organisme ; (G. Sée, Traübe) aussi la saturation ne se

produit-elle que très tardivement.

Tabagisme aïgu

On observe les accidents les plus bénins chez le fumeur novice. La première cigarette s'accompagne presque toujours, en effet, de malaises inquiétants, où qui du moins paraîtraient tels à l'observateur non prévenu ; mais on sait qu'il existe « invisible dans la fumée

bleue, ce quelque chose'qui ôte toute inquiétude et qui supprime jusqu’à la pensée » (Boërhaave). — « Dès les premières bouffées de fumée, l'apprentit fumeur pâlit, son front et ses mains se couvrent d'une sueur froide ; il chancelle, pris de vertiges ; le pouls se ralentit, devient petit et irrégulier, la respiration difficile ; le malheureux se met à saliver, puis est pris de nausées, de vomissements et même de diarrhée » (Pellet).

Les accidents graves sont observés surtout dans les empoisonnements criminels et dans les cas de tabagisme thérapeutique.

Les symptômes diffèrent un peu suivant la porte d'entrée du toxique, mais on peut admettre pour l’ensemble la description qu’en donne H. Jaucent : Dès le début, le malade éprouve de l’agitation, de l’inquiétude et une sensation pénible à l’épigastre. Son pouls se ralentit, sa respiration s'accélère, sa pupille se contracte, puis surviennent des vertiges, des vomissements, de la diarrhée et même des convulsions tétaniformes.

« Une grande courbature et une adÿynamie profonde terminent la scène ; ou bien, si la dose est suflisante, les accidents s’aggravent et se précipitent. La stupeur et le collapsus sont très marqués ; la pupille se dilate, la sensibilité s'émousse, la respiration s'embarrasse, le pouls devient rapide et faible et la mort arrive par arrêt du cœur. »

Cet empoisonnement ne diffère de celui de la belladonne que par le myosis observé au début.

L'intensité des phénomènes du tabagisme aigü varie beaucoup suivants les sujets, et l’éternelle question des idiosyncrasies vient encore se poser ici ; pourquoi les

LLLAOES

uns sont-ils très peu sensibles à l'influence du tabac alors que d’autres présentent indéfiniment des signes d'intolérance ?

Tabagisme chronique

Le même fait existe, mais plus facile à expliquer pour le tabagisme chronique : 1l y a des fumeurs qui ne présentent, après de longues années, aucun trouble, aucune lésion attribuable à l’abus du tabac ; d’autres sont contraints de renoncer, au bout de fort peu de temps, à l'usage même modéré de cette plante, qui leur cause toutes sortes d'accidents.

C'est que ces derniers présentent déjà des tares organiques, créant des points de moindre résistance et permettant la localisation des effets du tabac.

Car le tabagisme chronique n’est pas un ensemble de symptômes et ne peut être étudié synthétiquement ; il a trait spécialement à un appareil, à un organe, à une fonction, et nous devons les passer successivement en revue les uns et les autres. Nous n'insisterons pas sur certains faits qu’il nous paraîtrait actuellement par trop

exagéré de rapporter au tabagisme.

Appareil circulatoire. — He refroidissement des extrémités, les sueurs froides, les palpitations, sont des phénomènes trop généraux pour entrer en ligne de compte. Decaisne a décrit une anémie spéciale aux

fumeurs, et Potain parle de leur teint pâle, gris et

terne ; Kohos insiste (1894) sur les vertiges observés spécialement chez les fumeurs, survenant à toute heure du jour, et qui disparaissent complètement après la suppression du tabac (Candour).

Les modificalions du pouls sont.plus intéressantes.

Peaslee, et plus récemment Mosbasaker de Munich ont constaté le ralentissement habituel.

Decaisne, qui a pu observer pendant plusieurs années un grand nombre de fumeurs, a remarqué chez beaucoup des énlermittences du cœur et du pouls.

Dans une communication à l’Académie de Médecine (1864) il note, sur 38 enfants fumeurs, 27 présentant des troubles cardiaques subjectifs, (palpitations, défaillances) et les symptômes principaux de la chloro-anémie : pâleur, amaigrissement, troubles digestifs.

Le tout disparait dès qu'on supprime le tabac.

La même année, cet auteur présente à l’Académie des sciences une note sur les « Intermittences des battements du cœur et du pouls par suite de l'abus du tabac à fumer » et en 1865 une autre intitulée « Nicotisme du cœur ». Il rapporte 21 cas d’intermittences sur 88 adultes incorrigibles observés en 35 ans ; chez 9 d'entre eux la suppression du tabac a sufli pour voir le cœur revenir à son rythme normal.

Enfin, en 1870, sous le titre « les femmes qui fument » Decaisne cite 8 malades sur 43 examinées, qui présentaient des intermittences très marquées. « Il semble à la malade que son cœur s’arrête, elle éprouve une grande anxiété, devient pâle et se sent défaillir. »

Ces faits sont confirmés par de nombreux auteurs (Jolly, Bertillon, Leroy de Méricourt, Vallin).

Des intermittences à l’angine de poitrine il n’y a qu'un pas ; et la crise d’angor est l’aboutissant de bien des troubles vagues dont la nature et la cause sont demeurées jusque-là insoupconnées. Beau en 1862 et Gélineau ont les premiers soupconné l’angine de poitrine tabagique ; Blatin, Vallin, Péter et son élève Cuny, enfin Letulle plus récemment, l'ont admise ; mais c’est surtout Hüuchard (1889-03) qui s’est attaché à l'étude de cette question.

Les fumeurs de cigarettes'sont le plus fréquemment atteints, et Bapst en donne les raisons suivantes :

D'abord « le fumeur de cigarettes est automatique, il ne cesse du matin au soir » ; d’autre part « beaucoup avalent la fumée et il est évident que l'arbre bronchique représente une surface d’absortion énorme par rapport aux surfaces buccale et pharyngienne» ;

Ensuite « l'usage de la cigarette est beaucoup plus malsain que celui de la pipe » (Péter). k

Bureau divise les accidents cardiaques du tabagisme chronique en deux classes (Gaz. Méd. de Nantes 1908):

1° accidents précoces (survenant au bout de quelques mois ou de quelques années) : cardialgie simple pesanteur sur la poitrine, ou petites douleurs précordiales aiguës et de courte durée, sans irradiations ; nous rapprocherons de ces symptômes la douleur rétrosternale de l’angine tabagique névralgique de Huchard ; au même niveau que cardialgie angine réflexe ou fausse angine, qui est l’angine gastro-tabagique de Huchard ; elle survient à un moment quelconque de la journée et sans cause provocatrice apparente. Tout cesse bientôt après la suppression du tabac.

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