XVI PRÉFACE DE LA SECONDE ET DE LA TROISIÈMI
tées dans des ouvrages très-répandus, 4 étant le résultat de Tobservation. Depuic ques mois la comparaison hypsométriq sommets de montagnes appartenant au:
hémisphères a reçu des accroissements ce râbles et imprévus. Plusieurs erreurs c rectifiées y qui sont mentionnées pour I mière fois dans ce livre*; on a déterm nouveau , et d'une manière plus exac hauteur de deux montagnes, du Sorata et limani, prises dans les Andes orientales livia, sans que le Chimborazo ait rec< encore définitivement son ancien rang les cimes neigeuses du nouveau monde l'Himalaya, il résulte de nouvelles m trigonométriques que le Kinchinjingaj de 4406 toises, occupe la seconde plai médiatement après le Dhawalagiri, don vation a aussi été revisée d'une manièi précise, à l'aide de mesures trigonométi
' Voy. t. I,p. 70,71, 110 et 111.
Enlevé subitement à toutes les richesses de la vie organique, le voyageur pénètre avec surprise dans ces espaces sans arbres, où il reticonlre à peine quelques traces de végétation. Pas ime colline, pas une roche qUi se détache comme une île du milieu de cette plaine sails limitas. Seulement çà et là quelques couches horizontales fracturées s'élèvent sensiblement au-dessus du sol qui les entoure, et couvrent des surfaces de cinq cents lieues carrées. Les indigènes nomment ces couches des bancs •, exprimant ainsi , par hasard ou par divination , l'ancien état des choses, du temps oii ces step|)es formaient le lit d'une vaste mer intérieure , dont ces éminences étaient les bas-fonds.
Souvent encore de nos jours, une illusion des sens rappelle dans la nuit ces images d'un temps qui n'est plus. Lorsque des astres brillants, dans le rapide moment de leur lever et de leur coucher, éclairent l'extrémité de la plaine, ou si leur lumière tremblante se réfléchit dans les couches inférieures des vapeurs onduleuses, on croit voir devant soi un océan sansi rivages*. Comme l'Océan, les steppes remplissent l'âme du sentiment de l'infini , la dégagent des impressions tllâtérlelles que cause un espace borné , et lui communiquent des aspirations plus hautes. Hais il y a quelque chose de doux à contempler le clair
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miroir de la mer, ridé par les vagues mobiles et écmnantes, tandis que le désert est froid et mort, comme peut Têtre Técorce nue d'une planète dé* vastée*.
Sous toutes les zones, la nature offre le phénomène de ces plaines immenses; mais dans chaque région elles ont un caractère singulier, une physionomie propre, déterminée par la constitution du sol , par les différences de climat et p^r leur élévation au-dessus de la surface de la mer.
Dans le nord de l'Europe , on peut considérer comme de véritables steppes les landes qui s'étendent depuis la pointe du Jutland jusqu'à l'embouchure de l'Escaut, et dans lesquelles une seule espèce de plantes étouffe toute autre végétation. Ce sont toutefois des steppes de peu d'étendue et presque des terrains montagneux , si on les compare aux LIanos de Caracas, ^ux Pampas de Buenos-Âires , aux savanes du Missouri et du fleuve Mine-de-cuivre, ou paissent çà et là le bison à la laine épaisse et le petit bœuf musqué '^.
Les plaines situées dans l'intérieur de l'Afrique sont plus vastes encore et offrent un aspect plus sévère. De même que les immenses espaces de l'océan Pacifique, c'est à une époque plus récente, qu'on a tenté de les explorer pour la première fois. Elles
font partie d'une mer de sable qui , à Test , sépare les unes des autres des contrées fertiles , ou en fait des îles, en les enveloppant de toute part. Ainsi, au milieu des déserts qui entourent les monts basaltiques d'Haroudjé^ on rencontre l'oasis de Siwah, fertile en dattiers, où les ruines du temple de Jupiter marquent le siège vénérable d'une antique civilisation. Jamais une goutte de rosée ou de pluie n'humecte ces plaines désolées , et ne développe dans le sein ardent de la terre le germe de la vie végétale. De tout côté s'élèvent des colonnes d'air brûlant, qui dissipent les vapeurs et chassent les nuages empressés de quitter ces lieux.
Aux endroits où le désert se rapproche de l'océan Atlantique, comme entre le Ouâdi-Noun et le cap Blanc, l'air humide de la mer se précipite par torrents, pour remplir le vide qu'ont produit ces courants verticaux. Le navigateur même qui se dirige vers l'embouchure de la Gambie, à travers des parages auxquels l'abondance des varechs donne l'apparence d'une prairie, devine, du moment où il se sent abandonné tout à coup par le vent d'est des tropiques, le voisinage des sables immenses d'où rayonne une chaleur brûlante'.
Des troupeaux de gazelles et des autruches aux pieds rapides traversent ces espaces sans fin. Si Ton
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excepte les groupes d'Qes, fécondées par un grand, nombre de sources, et récemment découvertes dans cette mer de sable, sur les bords desquelles errent les tribus nomades des Tibbos et des Touaryks *, le reste dudésert africain peut être considéré comme inhabitable pour l'homme. Les peuples civilisés qui Tavoisinent n*osent eux-mêmes s'y hasarder qu'à certaines époques périodiques. Les longues caravanes vont de Tafilet à Timbouctou, ou de Mourzouk jusqu'à Bornou, par des routes que le commerce a adoptées invariablement depuis des milliers d'années. Entreprises hardies que rend seule possibles l'existence du chameau, le Vaisseau du désert, ainsi qu'il est nommé dans les antiques légendes de l'Orient'.
Ces plaines remplissent un espace presque trois fois égal à celui de la mer Méditerranée. Elles .sont placées en partie sous les tropiques, en partie dans les zones adjacentes. De là leur physionomie particulière. Au contraire , si l'on passe à la partie orieutale de l'ancien continent, le même phénomène géognoslique se présente de préférence dans les contrées
tempérées.
Sur la croupe des montagnes de l'Asie centrale , entre l'Altaï ou Monl-d'Or et le Kouen-lun ", s'étendent, dans une longueur de plusieurs milliers de lieues, depuis le mur de la Chine jusque par delà
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le Tlitan-dmii et vers le Inc d'Aral, les steppes sinon les plus élevées, du moins les plus vastes du monde. J'ai eu l'occasion de voir moi-même, li-ente ans après mon voyage dans l'Amérique méridionale, les steppes des Kalmouks et des Kit^hiz, c'est-à-dire une partie des déserts qui remplissent, entre le Don, le Volga, la mer Caspienne et le lac chinois de Dsaisang, un espace de près de douze cents lieues. Les déserts de l'Asie entrecoupés çà et là de collines et de forêts de pins, offrent des groupes de végétation Iwnucoup plus variés qne les Llanos de Caracas et les Pampas de BuenoB-Aires. La partie la plus attrayante de ces plaines, habitées par des peuples pasteurs, est ornée de petits arbrisseaux de la famille des Rosacées, que couvrent en abondance des fleurs blaiiches, de Fritillaircs, de Tulipes et de Cypripédium. De même que la zone torride se distingue en ce que tons les végétaux tendent à y devenir des arbres, ainsi quelques steppes des zones tempérées de l'Asie ont pour caractère singulier la hauteur merveilleuse h laquelle s'élèvent des plantes herbacées h fleurs, telles que les Saussurea et autres Synanthérées, les Légumineuses, et surtout une variété inlinie d'Aslragnles. Si l'on essaye d'avancer dans les petils chariots tarlares à Iravers ces prairies où nul chemin n'est tracé, il faut pour s'orienter se tenir debout, et
l'on voit les plantes pressées comme dans une épaisse forêt s'incliner successivement devant les roues. Quelques-unes de ces steppes asiatiques sont des plaines de Graminées; d'autres sont couvertes de plantes salines, charnues, articulées et toujours vertes. Souvent aussi on voit briller au loin des efflorescences salines, semblables à des lichens, et réparties inégalement sur le sol glaiseux, comme de la neige nouvellement tombée.
Les steppes de la Mongolie et de la Tartarie , iU" terrompues par des chaînes de montagnes d'aspects divers, séparent les peuples grossiers du nord de l'Asie des races primitives, depuis si longtemps civilisées, qui habitent l'Hindoustan et le Tibet. Leur existence a exercé plus d'un genre d'influence sur les destinées mobiles de la race humaine. Elles ont refoulé les populations vers le sud , et plus que l'Himalaya, plus que les montagnes neigeuses de Sirinagur et de Gorkha, elles ont mis obstacle aux relations des •peuples, et opposé dans le nord de l'Asie des barrières infranchissables à l'adoucissement des mœurs et au génie des arts.
Mais ce n'est pas seulement comme des barrières que l'histoire doit considérer les plaines de l'Asie centrale ; elles ont à plusieurs reprises déchaîné sur la terre les calamités et la dévastation. Les peuples
pasteurs de ces steppes , les Mongols , les Gèles , les Âlains et les Ousuns, ont ébranlé le monde. Si dans le cours des siècles, la culture intellectuelle a dirigé sa course de TOrient à l'Occident , comme la lumière vivifiante du soleil, la barbarie plus tard a suivi aussi le même chemin , quand elle a menacé de replonger l'Europe dans les ténèbres. Un peuple de pasteurs basanés, d'origine Thou-khîii, c'est-à-dire Turque, les Hioungnou, habitaient, sous des tentes de peaux, la steppe élevée de Gobi". Longtemps redoutable à la puissance chinoise, une partie des Hioungnou fut repoussée vers le sud, dans l'Asie centrale. L'impulsion qu'ils donnèrent se propagea sans interruption jusque dans la patrie primitive des Finnois, sur les bords de l'Oural, d'où sortirent violemment les Huns, les Avares, les Chasares et divers mélanges de races asiatiques. Les armées des Huns parurent d'abord sur les bords du Volga, puis en Pannonie, enfin sur les rives de la Marne et sur celles du Pô , ravageant les belles campagnes où, depuis le temps d'An ténor, le génie de l'homme avait accumulé monuments sur monuments. Ainsi soufflait des déserts mongols un vent empesté qui étouffait jusque dans les plaines cisalpines la fleur délicate de l'art, objet de soins si tendres et si constants.
Nous quittons les steppes salées de TÂsie, les landes de l'Europe où brillent en été des fleurs rougeâlres qui distillent un miel abondant, les déserts de TÂfrique dépourvus de toute végétation , pour retourner aux plaines de T Amérique méridionale dont j'ai esquissé déjà les traits caractéristiques.
Un semblable tableau ne peut offrir à l'observateur d'autre intérêt que celui qui s'attache à la nature en elle-même. Aucune oasis ne rappelle le séjour d'anciens habitants; pas une pierre taillée", pas un arbre n'atteste l'activité de races éteintes. Étranger pour ainsi dire aux destinées de l'humanité, ne se rattachant qu'au moment qui passe, ce coin de terre semble être un théâtre sauvage où se déploie librement la vie des animaux et des plantes.
La steppe s'étend depuis la chaîne qui borde les côtes de Caracas jusqu'aux forêts de la Guyane, depuis les montagnes couvertes de neige de Merida, sur le penchant desquelles se trouve le lac de Natron llrao, objet de la superstition des indigènes, jusqu'au grand delta formé par l'embouchure de l'Orénoque. Au sud-ouest elle se prolonge, semblable à un bras de mer, au delà des rives du Meta et du Yichada jusqu'aux sources inexplorées du Guaviare et au dos de montagnes que les belliqueux Espagnols, par un jeu de leur brillante imagination, nommaient le
est, vont se briser contre les côtes du Chili sous le 35" degré de latitude méridionale, remontent vers le nord, le long des côtes du Pérou, jusqu^au cap Parina, et enfin se détournent brusquement vers Touest; le grand nombre de chaînes de montagnes abondantes en sources, dont le sommet couvert de neige s'élève bien au-dessus de toutes les couches des nuages et font descendre des courants d'air le long de leurs versants ; la multitude et la largeur prodigieuse des fleuves qui, après un grand nombre de sinuosités, vont chercher toujours, pour se jeter dans la mer, les côtes les plus lointaines; des steppes dépourvues de sable et par là moins promptes à s'échauffer; les forêts dont est remplie la plaine entrecoupée de fleuves qui avoisine l'équateur, forêts impénétrables qui protègent la terre contre le soleil ou n'en laissent passer les rayons qu'en les tamisant à travers leur feuillage , et dans l'intérieur du pays , aux lieux les plus distants de la mer et des montagnes , exhalent dans l'air d'énormes masses d'eau qu'elles ont aspirées ou produites elles-mêmes par l'acte de la végétation : toutes ces circonstances assurent aux basses terres du nouveau monde un climat qui par son humidité et sa fraîcheur contraste singulièrement avec celui de l'Afrique. Elles sont les seules causes de cette sève exubérante , de
cette végétation vigoureuse , caractère distinctif du continent américain.
On le voit, la science ne se borne pas à dire que ïdir est plus humide dans une partie de la terre que dans Tautre ; il suffit d'observer l'état actuel des choses pour rendre raison de cette inégalité. Le physicien peut se dispenser de voiler sous des mytlies géologiques l'explication de semblables phénomènes. Il n'est pas nécessaire de supposer que la lutte des éléments qui a déchiré le corps primitif de notre planète ne s'est pas apaisée simultanément dans les deux hémisphères, ou que l'Amérique , île marécageuse , peuplée de crocodiles et de serpents, est sortie plus tard que les autres parties du monde de cet état de chaos dans lequel les eaux étaient répandues sur la surface de la terre ".
Sans doute l'Amérique du Sud offre, si Ton considère son contour extérieur et la direction de ses côtes, une ressemblance frappante avec la péninsule qui termine au sud-ouest l'ancien monde. Mais la structure intérieure du sol africain et la situation de ce pays, par rapport aux masses continentales qui l'entourent, produisent l'excessive sécheresse qui, dans des espaces immenses, s'oppose au développement de la vie organique. Les quatre cinquièmes de l'Amérique méridionale sont situés au delà de l'équateur,
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par conséquent^ dans un hémisphère qui en raison de raccumulation des eaux et par beaucoup d'atitt'es causes est plus frais et plus humide que l'hémisphère septentrional auquel appartient au contraire là partie la pltis considérable de rAfriqtie ^.
Mesurées de Test à Touest , les steppes de FAniéri^ que méridionale ou Llanos, ont une étendue trois fois inoindre que les déserts de T Afrique. Les Llanos sont rafraîchis par les tehts de la mer qui soufflent soils les tropiques; les déserts de TÂfriqUe situés silr le parallèle dé TArabié et de lé Perse tnéridionale , sont eh contact avec des couches d'air qui ont déjà tratersé des cohtrées brûlantes. Le père de i'histoii*e i ddilt ôil a longtemps théconnu là yétâcité, Hérodote, unl^iiement guidé par le sentiment qu'éveillait en lui l'une des grandes scènes de la nature , a représenté tous lés déserts de l'Afrique septentrionale, ceux de r Yemen , du Kermdn et du M ekran qui fbrmait la Gédrosie des Grecs, jusqu'à Moultan, dans la presqu'île de l'Inde en deÇà du Gange , cdilime tme seule iner de sablés qui se prolongeait sahs intettuption d'une extrémité à l'autre*.
Outré l'effet des vents chatids il faut tenir tîdmpte en Afrique, dans les parties du moins de cé contineiit qui rious sont connues , dé l'abfeettce de ^dnds fleuTéS , de hautes mohtagties et de fdréis qui èxha-
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lent une Yap^ur aqueuse et entretiennent la frat^ çheur. Il n^existe de neiges éternelles que dans la partip occidentale de l'Atlas, dont l'étroite chaîne, Yue de profil par les anciens navigateurs , leur apparut comnie une colonne isolée qui s'élançait dans les airs pour soutenir le ciel **. Â l'est, la montagne court jusqu'au lieu où Carthage, l'ancienne dominatrice des mers, est ensevelie sous ses ruines; et formant ainsi le long des côtes une vaste chaîne , qui servait jadis de rempart à la Gétulie , elle arrête les vents frais du nord, et avec eux les brouillards qui s'élèvent de la mer Méditerranée.
On se représentait autrefois comme dépassant la limite inférieure des neiges étemelles , les monts de la Lune, Djebel-al-Komr^^ qui étaient censés former un parallèle de montagnes entre le plateau du Habesch, que Ton peut appeler le Quito africain, et les sources du Sénégal. La Cordillère de Lupata qui suit la côte dfi Mozambique et de Monomotapa, comme la chaîne des Andes longe les rivages du Pérou, est couverte elle-même de glaces perpétuelles dans les contrées aurifères de Machin ga et de Mocanga. Mais ces montagnes, d'où coulent des eaux abondantes, sont situées très-loin des immenses déserts qui s'étendent depuis le versant méridional de l'Atlas jusqu'au Niger, dont les eaux se dirigent vers l'orient.
Cependant toutes les causes de chaleur et de sécheresse que nou& avons énumérées pourraient n'être pas encore suffisantes, pour changer en une effroyable mer de sable des parties aussi considérables du sol africain, si quelque révolution de la nature, telle par exemple qu'une invasion de l'Océan, n'eût jadis dépouillé cette surface unie des plantes et de la terre végétale qui la couvraient. A quelle époque se produisit cette catastrophe, quelle force détermina l'irruption des eaux? c'est un mystère qui reste profondément caché dans la nuit des temps. Peut-être fut-ce un effet du grand courant de rotation qui porte les eaux chaudes du golfe du Mexique vers le banc de Terre-Neuve, et de là jusque sur les côtes de l'ancien continent , et qui charrie les noix de coco et d'autres fruits des tropiques sur les rivages d'Irlande et de Norvège**. On peut du moins assurer qu'aujourd'hui encore il existe un bras de ce courant marin qui , partant des Açores, se dirige vers le sud- est, et va se jeter, non sans danger pour les navigateurs , sur les dunes des côtes occidentales de l'Afrique. Tous les rivages situés sous les tropiques, et j'ai surtout en vue les côtes du Pérou entre Âmotape et Coquimbo , montrent combien il faut de siècles et peut-être de milliers d'années pour que, dans ces régions brûlantes que n'humecte jamais la pluie , où ne peuvent germer les Lécidées ni
aucune espèce de Lichens, les sables mouvants offrent un point d'appui stable aux racines des plantes".
Les considérations qui précèdent suffisent à expliquer comment, malgré la ressemblance des contours, TAfrique et rAmérique du Sud présentent les contrastes les plus frappants dans leur climat et le caractère de leur végétation. Cependant les steppes de l'Amérique méridionale ont beau être recouvertes d'une légère couche de terre végétale, être arrosées par des ondées périodiques et se revêtir comme par enchantement d'un riche tapis de verdure, jamais elles n'ont pu attirer à elles les populations limitrophes, et les décider à quitter les belles vallées de Caracas, les rivages de la mer et ce monde de fleuves qui forme le bassin de l'Orénoque, pour aller se perdre dans des déserts dépourvus d'arbres et de sources. Aussi la steppe fut-elle trouvée, lorsqu'y pénétrèrent des colons d'Europe et d'Afrique , presque entièrement dénuée d'habitants.
Les Uanos sont très-propres à la nourriture des troupeaux ; et cependant le soin des bestiaux était pour ainsi dire inconnu aux habitants primitifs du nouveau monde". A peine, parmi les diverses populations de l'Amérique, y en. eut-il une seule en état de mettre à profit les avantages que la nature leur avait offerts sous ce rapport. La race améri-
caine qui , si Ton excepte les flsquimaux , est partout la même, depuis le 15« degré de latitude nord jusqu'au ôô*" degré de latitude sud, passa de la chasse à Fagriculture sans traverser la vie pastorale. Deux espèces d'animaux à cornes paissent dans les prairies du Canada occidental , h Quivira et dans la Paimyre américaine, c'est-à-dire autour des ruines colossales de la Casa grande des Aztèques, qui se dressent solitairement dans le déserf, sur les rives (}u tleuve Gila. Un mouflon à longues cornes, semblf^)le à celui qui passe pour être la souche du mouton , erre au milieu des rochers arides et pelés de la Californie. Les Vicuôas, les Huanacos, les Alpacas et les Lamas sont les hôtes particuhers de la péninsule méridionale. De tous ces utiles animaux , les premiers sont les seuls qui , pendant deux mille ans , aient conservé leur li- \)er\é naturelle. L'usage du lait et du fromage est, aussi bien que la possession et la culture des céréales, l'un des traits caractéristiques qui distinguent les nations de l'ancien continent^.
Si quelques-unes de ces populations ont passé , à travers le uord de l'Asie, sur les côte^ occidentales de l'Amérique, et cherchant toujours les heux frais, ont suivi vers le sud les sommets élevés des Andes , cette émigration dut s'accomplir par des chemins, à travers lesquels les nouveaux venus ne pouvaient transpor-
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terni troupeaux ni céréales". Peut -être, quand s'écroula, après de longs ébranlements, Fempire des Hioungnou , la marche de cette tribu puissante occasionna-t-elle aussi dans la partie nord-est de la Chine et de la Corée des mouvements de peuples, à la suite desquels des Asiatiques civilisés passèrent dans le npuve^u çqntiqent. En supposant que ces colons eussent babité auparavant des steppes où Tagriculture n'est pas en usage, on expliquerait du moins l'absence surprenante des céréales proprement dites en Amérique , bien qu'à vrai dire , cette hypothèse soit très-basardée, et n*ait pas été justifiée jusqu'ici par la comparaison ()es langues. Peut-être enfin la tempête jeta-t-elle sur les côtes de la Nouvelle-Californie une de ces colonies de prêtres asiatiques, poussées par de mystiques rêveries à des navigations lointaines, et dont l'histoire du Japon nous offre un mémorable exemple au temps de Thsinschi-houang-ti".
La vie pastorale , transition heureuse qui fixe des hordes de chasseurs nomades sur un sol fertile en pâturages, et l^s prépare à Fagriculture , resta donc inconnue aux populations primitives de l'Amérique. C'est à cette ignorance que doit être attribuée l'absence de toute population dans les steppes de l'Amérique méridionale. Les diverses espèces d'animaux qui les habitent s'y développèrent avec d'autant plus
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d'énergie. Rien, en effet, ne gênait leur liberté naturelle; seules elles pouvaient se faire obstacle à ellesmêmes. 11 en était de la vie animale comme de la vie des plantes dans les forêts qui bordent TOrénoque , où les hymenœa et le laurier au tronc gigantesque ne sont jamais , il est vrai , détruits par la main de l'homme, mais peuvent bien être étouffés par la pression des plantes grimpantes qui les enlacent. L'agouti, le petit cerf tacheté, les armadilles cuirassés, espèces de tatous qui se glissent comme des rats dans les terriers des lièvres , des troupeaux de cabiais indolents, des civettes agréablement zébrées, mais qui empestent l'air de leurs émanations, le grand lion sans crinière^ le jaguar tacheté ou tigre d'Amérique, assez fort pour tuer de jeunes taureaux et les transporter sur le haut d'une colline ; telles sont quelquesunes des nombreuses espèces qui errent dans ces plaines dépouillées d'arbres '^
Les Llanos, en effet, ne sont guère habitables que pour des animaux, et sans doute ils n'auraient pu retenir des hordes nomades qui, ainsi que les Hindoux, préfèrent la nourriture végétale , si l'on ne trouvait épars çà et là les palmiers éventails connus sous le nom de Mauritia. Partout on renomme les propriétés bienfaisantes de cet arbre de vie. Seul il nourrit à l'embouchure de l'Orénoque, au nord de la Sierra de Imataca,
la nation indomptée des Guaraunos '^ Quand ces peuples étaient plus nombreux et vivaient réunis, non-seulement ils élevaient leurs cabanes sur des pieux de palmiers recouverts d'un plancher horizontal; mais ils étendaient adroitement d'un tronc à l'autre , ainsi du moins le dit la tradition , des natles tressées avec les nervures des feuilles du Mauritia. Ainsi, durant la saison des pluies , quand le Delta est inondé, ils vivaient dans les arbres, à la façon des singes. Ces huttes flottantes étaient en parlie recouvertes de terre glaise , formant une couche humide sur laquelle les femmes allumaient du feu pour les besoins du ménage, et le voyageur qui la nuit naviguait sur le fleuve, voyait briller une rangée de flammes isolées du sol et suspendues à une grande hauteur dans l'air. Aujourd'hui encore les Guaraunos doivent la conservation de leur Uberté et peut-être aussi l'indépendance de leur caractère au sol mouvant , marécageux , à moitié liquide , sur lequel ils courent d'un pas léger, et à leur séjour dans les arbres. Ils habitent au milieu des airs une ville Ubre, où jamais probablement l'enthousiasme rehgieux ne conduira un Stylite américain".
Le Mauritia n'offre pas seulement aux Guaraunos une demeure assurée, il leur fournit aussi diverses espèces d'aliments. Avant que ne s'enlr'ouvre sur le
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palmier roâle l'enveloppe délipate ^e^ fleuri» , fA 9eulement à cette période de métamorpbo^ , le tronc de Tarbre recèle une fécule semblable au sagou » et qui, comipe la farine contenue daus 1^ racinç du manioc , se durcit en pains minces et arrondis. D^ la sève fermentée du Mauritia est formé le vin de Palme» liqueur douce avec laquelle s'enivrent les Guaraunos. Les fruits, recouverts d'écaillés étroites, et semblables à des pommes de pin rougeâtres, fournissent, ainsi que les bananes et presque tous les fruits des tropiques, une nourriture différente, suivant qu'on les consomme après l'entier développement du principii sacçharin , ou plus tôt , quand ilç sont encore à Tétat farineux* Ainsi nous trouvons sur le dernier iichelpn de l'humanité, toute une race dont l'existence est enchaînée à un arbre unique , conune certains insectes ne s'attachent qu'à une seule partie d'une fleur.
Depuis la découverte du nouveau continent, les Llanos sont devenus habitables pour l'hônime. Afin de faciliter les relations entre les côtes et la Guyane , on a bâti çà et là des villes sur les rivières qui traversent la steppe^\ Alors de toute part dans ces espaces immenses a commencé la vie pastorale. On rencontre, à une journée de marche l'nne de l'autre , des huttes construites avec des clajes de roseaux, et couvertes de peaux de boufs. Tout autour, dans la steppe,
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eirëiit d'ihtiombràbles troupeaux de chevaux, de mtllëts et de bœtifs redevenus sauvages et qu'à répoque de calme où je visitai ces lieux on n'évaluait pas à moins de 1 500 000 têtes. L'accroissement prodigieux de ces ailimdux est d'autant plUs surprenant qu'Us dut été, sous cette zone, exposés à plus de dangers.
LUtsque le tapis de verdure qui couvre la terre est totnbé fen poussière , brûlé par les rayons perpendibulairës d'Uu soleil que ne voile aucun nuage, le sdl desséché se crevasse, comme s'il avait été ébranlé pat* un violeht tremblement de terre. Si aloré tiéUtient à sbUffler des vents qui se heurtent , et si dé leur choc résulte Uîi niouvétnerit circulaire, la jilàine préseiitë un phénomène singulier. Semblable & une nilée èU forme d'entonnoir dont l'extrémité glisse sui* le sol , lé sable s'élève comme une vapeur ëpoissë au milieu du tourbillon vidé d'air et chargé d*élëClricité »♦. Ôfa dirait les troUibes d'eàu dont le Bruit frappe d'effroi le navigateur expéi-îménté. Là toAte du ciel affaissée laisse tomber sUi* la plaine désétie urié Ideur pâle et sombre. Les llrtiités de l'horizon se rapprochent subitement ; la steppe se rétrécit, et le c(nir du voyageur se resserre. La terre embrasée et poua/euse , tenue en suspens dans l'atmosphère comme une vapeur épaisse, ajoute à la chaleur étouf-
fan te de l'air; et le vent d'est, lorsqu'il vient à passer sur ce sol brûlant , au lieu d'y apporter de la fraicheur, le rend plus ardent encore ^.
Bientôt disparaissent peu à peu les flaques d'eau que préservaient du dessèchement les feuilles jaunies des palmiers flabelliformes. Dans les pays glacés du Nord, les animaux sont engourdis par le froid ; de même ici le crocodile et le boa enterrés profondément dans la glaise desséchée, restent immobiles et endormis. Partout l'aridité présage la mort, et cependant au milieu des tourments de la soif, les rayons réfractés de la lumière présentent de toute part au voyageur l'image trompeuse d'une mer agitée *•. Un étroit courant d*air sépare du sol les buissons de palmiers qui apparaissent au loin. Mis en contact avec des couches de température et par conséquent de densité inégales, ils semblent suspendus par un effet d'optique. Enveloppés dans un épais nuage de poussière, tourmentés par la faim el par une soif dévorante , les chevaux et les bœufs errent de tous côtés : les bœufs en poussant de sourds mugissements, les chevaux, le cou tendu contre le vent et aspirant avec force , afin de reconnaître à l'humidité de l'air la présence d'une flaque d'eau qui ne soit pas encore entièrement évaporée.
Doué d'un instinct plus sûr, le mulet cherche un autre moyen d'apaiser sa soif : ime plante de forme
globuleuse et divisée à sa surface en un grand nombre de côtes, le Melocactus, renferme une moelle trèsaqueuse sous son enveloppe hérissée. Le mulet, après avoir pris la précaution d'écarter les épines avec ses pieds , se hasarde à approcher ses lèvres et à boire la moelle rafraîchissante. Mais il ne puise pas toujours impunément à cette source végétale ; souvent on voit des mulets blessés au sabot par des épines de Cactus ^"^s
Quand à la chaleur brûlante du jour succède la fraîcheur de la nuit, toujours égale au jour dans ces contrées, le moment du repos n'est pas encore venu pour les chevaux et les bœufs. Pendant leur sommeil , des chauves - souris monstrueuses leur sucent le sang, comme des vampires , ou s'attachent à leur dos , et y font des plaies purulentes, dans lesquelles viennent s'établir des mosquitos, des hippobosques et tout un essaim d'insectes armés d'aiguillons. Telle est la misérable vie que mènent les animaux dans la steppe, quand l'ardeur du soleil a tari l'eau sur la surface de la terre.
Lorsque enfin après une longue sécheresse arrive la bienfaisante saison des pluies , la scène change subitement ^. L'azur profond du ciel , sur lequel ne se détachait aucun nuage, s'allège et s'éclaircit. A peine peut-on reconnsdtre dans la nuit la tache noire de la Croix du Sud. La douce phosphorescence des nuées
de Hagellàn perd son éclat. Les constellations de TÂigle et du Set*pen1aire jettent au zénith même une lumière scintillante qui ne ressemble plus autant à la lumière planétaire. Yers le sud quelques nuages isolés s'élèvent perpendiculaireiilent à l'horiiKori, et font TeSet dé lUontagnes lointaines. Des vapeurs épaisses s'étendent peu à peu comme un btn3uillard jusqu'au zénith. Le grondement de la foudre atitionce au loin la pluie qui doit réparer la terre.
A peine la surface de là terfe est-elle htitnectée, que la steppe embaumée se revêt de Kyllingia, de Paspalum aux nombreuses panicules et de diverses espèces de Gtamiiiées. Attirées par la lumière; lesMimoses herbacées développent leurs feuilles engourdies et saluent le lever du soleil , conmic les oiseaux par leur chant matinal , et comme les fleurs des filantes aquatiques qui s'épanouissent au t)remier rayotl du jour. Les chevaux et les bœufs paissent et semblent heuteUx de vivre. Le jaguar bigarré se cache dans les hautes herbes; il guette sa proie du fond de sa retraite, et mesut-ant d'un coup d'œil sûr la portée de son élan, il s'élance et retombe d'un seul bond, à la manière dés ehats et des tigt-es d'Asie , sur les sltiimaux qui passent.
Suivatil le récit des indigènes, on voit quelquefois sur les bW-ds des marais la glaise hilniide se soulever
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lentement et se détacher en mottes ^. Bientôt une violente détonation se fait entendre, et la terre est lancée en l'air à une grande hauteur, comme dans les éruptions des petits volcans de boi43. Celui qui connaît ce phénomène s'empresse de fuir, car aussitôt sortent de cette retraite nxi serpent d'eau monstrueux ou un crocodile cuirassé que la première ondée a réveillés de leur léthargie.
Peu à peu grossissent et débordent TArauca, TApure, le Payara , qui bornent la plaine au sud; et la nature contraint à vivre eji amphit^ies les méfies animaux qui daqs la première moitié de l'année languissaient épuisés de soff sur i|n terr$4n ppydreux et desséché. Une partie de la steppe a Tapparence d*une mer sans bornes^. Las juments se retirent avec leurs poulains sur les baiic3 élevés gpi sortent comme des îles de la surface des eaux. L'espace demeuré sec se resserre de jour en jour. La terre et les pâturages n^anquent aux animaux. Pressés les uns contre les autres ils nagent des heures entières, et se pourrissent misérablement avec les panicu les fleuries des Graminées qui s'élèvent au-dessus des eaux fermentées et noirâtres. Beaucoup de jeunes chevaux se noient ; beaucoup sont surpris par les crocodiles qui leur brisent les os avec leur queue dentelée et les dévorent. Il n*est pa§ r^^re de voir des chevaux et des bœufs qui échappés à Tavi-
dite sanguinaire de ces gigantesques lézards, portent encore sur les cuisses la trace de leurs dents aiguës.
Un tel spectacle rappelle involontairement l'observateur attentif au soin qu'a pris la nature d'approprier à toutes les circonstances certains animaux et certaines plantes. Le cheval et le bœuf ont , ainsi que les plantes céréales, suivi l'homme par toute la terre, depuis le Gange jusqu'au Rio de la Plala, depuis les côtes de l'Afrique jusqu'au plateau de l'Antisana qui dépasse en hauteur le pic de Ténériffc *^ Là c'est le bouleau du Nord, ici c'est lé dattier qui, au milieu du jour, protègent le taureau fatigué contre les rayons du soleil. La même espèce d'animaux qui dans l'orient de l'Europe combat contre les ours et contre les loups, est sous un autre ciel exposée aux attaques des tigres et des crocodiles.
Ce ne sont pas seulement le crocodile et le jaguar qui dressent des embûches au cheval de l'Amérique méridionale; il a aussi parmi les poissons un dangereux ennemi. Les eaux marécageuses de Bera et de Rastro sont peuplées d'une quantité innombrable d'anguilles électriques qui de toutes les parties de leur corps tacheté et visqueux déchargent à volonté des commotions violentes**. Ces Gymnotes ont de cinq à six pieds de long. Telle est leur force et la richesse
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de leur appareil nerveux qu'ils peuvent tuer les plus grands animaux, pourvu qu'ils fassent agir leurs organes avec ensemble et dans une direction favorable. On a dû changer le chemin qui traversait la steppe d'Uritucu parce que les Gymnotes s'étaient accumulés en si grande quantité dans une petite rivière, que chaque année un nombre considérable de chevaux en la passant à gué, étaient frappés d'engourdissement et se noyaient. Tous les autres poissons fuient le voisinage de ces redoutables anguilles. Le pécheur même n'est pas à l'abri sur le bord élevé de la rivière. Souvent la ligne humide lui communique de loin la commotion. Ainsi, dans ce cas, la force électrique se dégage du milieu des eaux.
La pèche des Gymnotes offre un spectacle pittoresque. On rabat des mulets et des chevaux dans un marais autour duquel les Indiens forment une haie serrée, jusqu'à ce que ces intrépides poissons frappés d'un bruit inaccoutumé, se décident à engager l'attaque» On les voit nager sur l'eau, à la manière des serpents , et se blottir adroitement sous le ventre des chevaux. Un grand nombre de chevaux succombent à la violence de ces coups invisibles. D'autres la crinière hérissée , couverts d'écume et exprimant leur angoisse par les éclairs qui jaillissent de leurs yeux, cherchent à fuir les atteintes de la foudre. Mais les
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Indiens armés de longiies cannes de bambous, les repoussent au milieu de l'eau.
Peu à peu cependant se rdentit l'ardeur de ce combat inégal. Les poissons épuisés se dispersent comme des nuages dégagés de leur électricité ; ils ont besoin d'un long repos et d'une nourriture abondante pour recueillir de nouveau ce qu'ils ont dépensé de force galvanique. Leurs corps s'affaiblissei^t de plus en plus; effrayés par le bruit pt par le trépignement des chevaux, ils s'approchent du bord ; mais aussitôt on Ips frappe de harpons, et on les traîne dans la steppe au moyen de bâtons secs , mauvais conducteurs du fluide.
Tel est ce singulier combat de chevaux et de poissons. La force qui fait l'arme vivante et invisible de ces habitants des eaux n'est autre que celle qui développée par le contact de parties hupiides hétérogènes, circule dans tous les organes des animauii^ et des plantes*®, qui embrase et fait retentir l'immense voûte du ciel, qui attache le fer au fer et dirige la marche régulière et obstinée de l'aiguille aimantée. Tous ces phénomènes naissent d'une source unique, ainsi que les couleurs dans lesquelles se décompose le rayon lumineux; tous se résolvent dans une force éternelle et universellement répandue.
Je pourrais mettre fin ici à l'entreprise hasardeuse
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de peindre le tableau des steppes. Mais de même que, sur Fûcéan, l'esprit se joue volontiers avec les images des c0tes lointaines, jetons encore, avant que Vipunense désert disparaisse , un coup d'œil rapide sur les régiops qui l'environnent.
Le (lé§ert septentrional de l'Afrique sépare ieux races d'hommes qui appartiennent dès l'origine à la même partie du monde, et dont la lutte interminable parait aussi vieille que le mythe d'Osiris et de Typhon **. Au nord de l'Atlas vit une race qui a les cheveux longs et non crépuç avec le teint jaupâfre et les traits des habit^ints di; Caucase ; tandis qu'au sud du Sénégal, vers le Soudan, on rencontre 4es )iordes de pègres placées à différents degrés sur l'échelle d^ la civilisation. De même, ^s^m l'Asie centrale, I» steppe de la Mongolie sépare la Sibérie barbare de l'antique culture répandue dans la presqu'île de l'Hindoustan.
Les plaipes de l'Amérique méridionale servent aussi de limite à la demi-civilisation irnportée d'Europe **. Au nord, cptre la chaîne de Venezuela et la mer des Anfiiles, on rencontre, à de courts intervalles, des villes industrieuses, des villages d'un aspect riant et des champs soigneusement cultivés. Depuis longteo^ps même , le sentiment de l-art , l'étude de la science et le noble amour de la liberté poUtique se sont éveillés dans ces contrées.
Au sud, la slcppc est entourée par une effroyable solitude. Des forêls d*une profondeur impénétrable etdont l'âge se compte par milliers d'années, remplissent la contrée située entre l'Orénoque et la rivière dos Amazones. D'énormes masses de granit, de la couleur du plomb, resserrent le lit des rivières écumantes *•. Les bois et les montagnes retentissent du fracas des chutes d'eau, des rugissements du jaguar et des hurlements sourds du singe barbu, présage de la pluie *''.
Aux lieux où les eaux taries laissent un banc de sable à découvert, gisent immobiles comme des quartiers de roches et la gueule béante, des crocodiles à la peau rade et écailleuse. Telle est leur insensibilité que souvent ils sont couverts d'oiseaux**. La queue enlacée autour d'un tronc d'arbre et roulé sur luimême, le boa dont la peau semée de taches ressemble à un échiquier, se lient en embuscade sur la rive, sûr de ne pas manquer sa proie. A peine a-t-il aperçu un jeune taureau sauvage ou quelque autre gibier de moindre espèce, qu'il se déroule , s'étend , saisit sa victime, l'enveloppe de bave et la fait entrer avec effort dans son gosier dilaté *®.
Au milieu de cette grande et sauvage nature, vivent des races d'hommes très-diverses. Quelques-unes, telles que les Otomakos et les Jararos , séparées des
autres par la diiïérence absolue des langues, mènent une vie nomade. Étrangères à l'agriculture, elles mangent des fourmis, de la gomme et de la terre , c'est le rebut de l'espèce humaine ^. D'autres ont des demeures fixes, et se nourrissent de fruits qu'elles ont cultivés; elles ne manquent pas d'intelligence et ont des mœurs plus douces; de ce nombre sont les Maquiritares et les Macos. De vastes espaces compris entre le Cassiquiare etl'Atabapo n'ont d'autres habitants que des tapirs et des singes qui vivent en société. Des figures gravées sur des rochers prouvent cependant que toute espèce de civilisation ne fut pas toujours inconnue dans ces déserts"; elles témoignent des vicissitudes auxquelles sont soumis les peuples. C'est aussi la conclusion à laquelle nous conduit l'examen des langues flexibles et inégalement développées, qui appartiennent aux plus anciens, aux plus impérissables monmnents de l'histoire de l'humanité.
Si , dans les steppes , le tigre et le crocodile combattent les chevaux et les bœufs sauvages, nous yoyoDS au milieu des forêts qui les bordent comme un rivage , dans les soUludes de la Guyane , l'homme perpétuellement armé contre l'homme. Quelques peuplades boivent 1<î sang de leurs ennemis avec une horrible avidité ; d'autres, en apparence désarmées, mais toujours prèles au meurtre, donnent la mort h
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l'aide du poison dout ejles ont imprégna Ipngle de leur pouce ^*, ÂU3si les bordes plus faibles, lorsqu'elles pénètrent dans la mer de sable, prennentelles soin d'effacer avec leurs mains la trace de leurs pas timides.
Ainsi l'homme, qu'on le prenne au dernier degré de la sauvagerie animale ou dans l'éclat apparent de la plus haute civilisation, se prépare toujours une vie pleine d'épreuves. Ainsi, le voyageur qui parcourt la surface du globe, est poursuivi sur terre et sur mey, comme l'historien dans ses courses à travers les siècles , par l'uniforme et désolant spectacle des dissensions de la race bumaine.
C'est pourquoi celui qui , témoin des luttes acharnées qui divisent les peuples , aspire aux jouissances pai^ sibles de l'intelligence , repose volontiers ses regards sur la vie calme des plantes et sur les ressorts mystérieux de la force qui féconde la nature ; ou obéissant à la curiosité héréditaire qui enflamme le cœur de l'homme depuis des milliers d'années , il élève des yeux pleins de pressentiments vers les astres qui accomplissent, dans une inaltérable harmonie, leur antique et éternelle carrière.
Note 4, page 4.