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LB LAC DB TACARIGUA OU DE VALÏENCIA

Si Ton if*avâtice dans Tintérieur de TAinérique méridionale, depuis les côtes de Caracas et de Yenezuela jtîsque tefS les frontières du Brésil^ entre le 10^ degré de latitude nord et Téquateur, on traverse d'abord la haute chaîne de montagnes qui court de Touest à Test, lé long du rivage Ae Caracas^ puis \ei immenses steppes dépouillée^ d'arbres oU Lianos qui partant du pied de ces tnoiltiigties , vdflt joindre la riVe gauche de TOrénoque^ et Toli arrive enfin à la chaîne qui produit les câtaractéâ d'Atures et de May pures. Entre les sources du Rio Bràntio et du Rio Essequibo, depuis les cataracte^ jusqu'aux Guyanes hollandaise et française, court cette iliëme chaîne que je nortime Sierra Parime. Elle est lé âlégé dés tnythes merveilleux du Dorado, et forme Uil nîàssif de montagnes où Ton distingue un f;rand httriibre de nœuds disposés en forme de grille. Au àud ouest, elle est bornée par ude plaine boisée dans Idquèlle ont cteusê leur lit le Rio Negro et le fleuve des AUiàzdtiës. Les personnes qui voudraient se rendre un cortif^tè plus exact de ces relations géographiques, peuvent fcotn parer la grande carie doilhée en 1775 par

La Cruz Olmedilla , et qui a servi de modèle à toutes les cartes plus récentes de rAmérique méridionale et de la Colombie, avec la carte de la Colombie que j'ai publiée moi-même en 1825, et qui contient le résultat de mes observations astronomiques.

Considérée géographiquement , la chaîne côtière de Venezuela fait partie des Andes du Pérou. Les Andes arrivées au nœud où prend sa source le Rio Magdalena entre 1° 55' et 2° 20' de latitude nord, se divisent au sud de Popayan, en trois chaînes dont la plus orientale va joindre les montagnes neigeuses de Merida. Les montagnes de Merida elles-mêmes ^'abaissent vers le Pàramo de las Bosas^ dans le pays de Quibor et de Tocuyo, dont les collines unissent la chaîne côtière de Venezuela aux Cordillères de Cundinamarca. La chaîne de Venezuela qui se dresse comme un mur le long du rivage , court sans interruption de Porto Cabello au cap Paria. Sa hauteur moyenne est à peine de 750 toises au-dessus du niveau de la mer. Cependant quelques sommets isolés s'élèvent jusqu'à 1350 toises. De ce nombre est la Silla de Caracas, nommé aussi Cerro de Avila et orné de Befaria ou roses alpestres de l'Amérique. Les rivages de Caracas portent des traces de dévastation. Partout on reconnaît les effets du grand courant dirigé de l'est à l'ouest, qui après avoir morcelé les îles Caraïbes, a creusé la mer des Antilles. Les langues de terre d'Araya et de Chuparipari, particulièrement les côtes de Cumana et de la Nouvelle-Barcelone, présentent un spectacle inté-

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ressant aux regards du géologue. Les ilots escarpés de Boracha, de Caracas et de Chimanas s'élèvent du milieu de la mer comme des tours , et attestent la fureur des flots acharnés contre les débris encore subsistants de la chaîne de montagnes. Peut-être la mer des Antilles étaitelle autrefois , comme la Méditerranée , une mer intérieure qui fut mise subitement en communication avec rOcéan. Les tles de Cuba, d'Haïti et de la Jamaïque contiennent encore les restes des hautes montagnes de schiste micacé qui bornaient cette mer au nord ; et les plus hauts sommets se trouvent précisément sur les points par où ces îles sont le plus voisines Tune de l'autre. Il est permis de conjecturer que la cime la plus élevée de cette chaîne des Antilles était située entre le cap Tiburon et la pointe Morant. On n'a pas encore mesuré les montagnes de Cuivre , près de Santiago de Cuba ; mais probablement elles dépassent en hauteur les montagnes Bleues de la Jamaïque qui s'élèvent à 11 38 toises, c'est-à-dire un peu au-dessus du Saint-Gothard. J'ai déjà exposé, avec plus de détails que je ne puis le faire ici, mes conjectures sur la vallée de l'océan Atlantique et sur l'antique liaison des continents , dans un Mémoire écrit à Cumana, sous le titre de Fragment d'un tableau géologique de V Amérique méridionale, et inséré dans le Journal de physique de messidor an ix. Il est à remarquer que Christophe Colomb lui-même, dans un de ses rapports officiels, fait ressortir la liaison qui existe entre la direction du courant équato- I. *

rial et la configuration des côtes dans les grandes Antilles (Humboldt, Examen critique de l'histoire de la géographie du nouveau continent aux xy* et xw siècles, t. m, p. 104-108).

La partie septentrionale et la mieux cultivée de la province de Caracas est un pays de montagnes. La chaîne qui borde le rivage est, comme les Alpes suisses, partagée en plusieurs chaînons qui enferment des vallées longitudinales. Parmi ces vallées, la plus célèbre est celle d' Aragua, qui produit une grande quantité d'indigo, de sucre, de coton, et même, ce qui est plus surprenant, du blé d'Europe. Elle est bornée au sud par le beau lac de Yalencia, appelé Tacarigua dans Tancienne langue des Indiens. Le contraste de ses deux rives opposées lui donne une ressemblance frappante avec le lac de Gebève. A la vérité, les montagnes désertes de Guigue et de Guiripa, ont un caractère moins sévère et nioins grandiose que les Alpes de la Savoie; mais les bords opposés, peuplés d'épais buissons de bananiers, de mimeuses et de triplaris, surpassent en attrait pittoresque tous les vignobles du pays de Yaud. Le lac Tacarigua offre une des scènes les plus belles et les plus riantes que j'aie jamais rencontrées sur toute la surface de la terre. Il a en largeur dix lieues marines de 20 au degré; il est rempli de petites lies qui gagnent en étendue, parce que l'évaporation absorbe plus d'eau que n'en apportent les affluents. Depuis quelques années des baacs de sable sont devenus des lies véritables. On

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leur donne le nom significatif de nouvelles venues, ias Âparecidas. Dans Tlle de Cura, on cultive la remarquable espèce de solanée qui produit des fruits bons à manger, et que Willdenow a décrite dans YHortm Bero» linensis (1816, tab. xxvii). Je me suis assuré moi-même que l'élévation du lac de Tacarigua au-dessus de la mer est exactement de 230 toises, environ 1400 pieds; elle est moindre par conséquent que la hauteur moyenne de la vallée de Caracas. Le lac nourrit des espèces particulières de poissons (Humboldt, Recueil d'obser* vations de Zoologie et d'Anatomie comparée, t. II, 1833, p. 179-181). Souvent en nous baignant, Bonpland et moi, nous avons été effrayés à la vue du bava, sorte de lézard semblable au crocodile et long de trois à quatre pieds que les naturalistes n'ont pas encore décrit. Je soupçonne que ce doit être une dragonne. Il ne fait aucun mal à l'homme, malgré son hideux aspect. Nous avons trouvé aussi dans le lac de Valencia une espèce de Typha ou Masse d^eau , absolument identique au Typha angustifolia d'Europe, fait digne de remarque et très-important pour la géographie des plantes.

Autour du lac, dans les vallées d'Aragua, on cultive les deux variétés de la canne à sucre : la canne commune Cafia criolla et la Cafia de Otahitiy récemment importée des lies de la mer du Sud. Cette seconde espèce est d'un vert plus tendre et plus agréable, de sorte que l'on peut distinguer de fort loin, au milieu de cannes à sucre communes, un champ de cannes d'Otahiti. Gook

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et George Forster ont les premiers décrit les cannes à sucre d'Otahiti ; mais ainsi qu'on en peut juger par le traité, excellent d'ailleurs, de Forster, sur les plantes alimentaires que produisent les îles de la mer du Sud, ils étaient loin de connaître toutes les qualités de cette précieuse substance. Bougainvîlle la transporta dans rile de France, d'où elle est passée depuis 1792 à la Martinique, à Saint-Domingue ou Haïti et dans plusieurs des petites Antilles. Le brave et malheureux capitaine BFigh l'introduisit à la Jamaïque avec l'arbre à pain. Enfin, de l'ile de la Trinité, voisine du continent, la canne à sucre de la mer du Sud aborda aux eûtes de Caracas. Elle est devenue pour cette contrée plus importante que l'arbre à pain qui jamais n'arrivera à remplacer complètement un arbre aussi bienfaisant, aussi riche en substance nutritive que le bananier. La canne à sucre commune , originaire , dit-on , des contrées orientales de l'Asie , a la tige plus mince et les nœuds plus rapprochés que la canne d'Otahiti ; aussi elle contient beaucoup moins de substance, et sur une égale étendue de terrain, la récolte du sucre est d'un tiers moins considérable. Comme de plus, les lies de ces parages commencent à souffrir beaucoup du manque de combustibles ; qu'à Cuba, par exemple, on est réduit à faire cuire le sucre avec du bois d'oranger, la nouvelle espèce de cannes a d'autant plus d'importance que la tige, bagaso, est plus épaisse et plus ligneuse. Si l'introduction de cette plante n'eût pas

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coïncidé avec le commencement de la guerre des nègres à Saint-Domingue, le prix du sucre eût dépassé encore en Europe le taux qu'il atteignit par suite du trouble déplorable apporté dans Tagriculture et dans les relations commerciales.

C'est une grave question de savoir si la canne à sucre d*Otahiti enlevée au sol natal dégénérera peu à peu et finira par se confondre avec l'espèce commune. Jusqu'à ce jour les expériences donnent l'espoir de conserver intactes ses propriétés. Dans l'île de Cuba , une Caballeria, c'est-à-dire un espace de 34969 toises carrées, produit 870 quintaux de sucre, lorsqu'elle est plantée en canne d'Otahiti. Il est assez singulier que cette précieuse production , originaire des îles de la mer du Sud, soit cultivée précisément dans la partie des colonies espagnoles la plus éloignée de cette mer. La traversée des côtes du Pérou à Otahiti n'est que de vingtcinq jours, et cependant, lors de mon voyage au Pérou et au Chili , on ne connaissait pas encore la canne à sucre d'Otahiti. Les habitants de l'île de Pâques, chez lesquels l'eau douce est extrêmement rare , boivent du jus de canne, et, ce qui est un fait très-remarquable au point de vue physiologique, de l'eau de mer. Les cannes à la tige épaisse et d'un vert clair sont partout cultivées dans les lies de la Société, dans les tles des Amis et dans les lies Sandwich.

Outre les deux espèces dont nous avons parlé, on cultive encore, dans les bides occidentales, une canne à

sucrd rougeàtre et originaire de l'Afrique. On la nomme Caûa de Guinea; elle ne contient pas beaucoup plus de SUC que la Cana criolla; mais elle est regardée comme particulièrement propre à la préparation du rhum.

Le vert tendre des cannes d'Otahiti contraste trèsheureusement, dans la province de Caracas, avecTombrage épais des plantations de cacaotiers. 11 existe peu d'arbres, dans la région des tropiques, dont le feuillage soit aussi touffu que celui du théobroma cacao. Cette belle plante aime les vallées chaudes et humides. L'excessive fécondité du sol et Tinsalubrité de Tair sont in** séparablement unies dans TAmérique méridionale, aussi bien que dans le midi de l'Asie. On observe méma que plus la culture est en progrès dans un pays, plus rétendue des forêts décroit, plus le sol et le climat tendent à devenir secs, et moins les filantationa de csl^ cao réussissent. Aussi le nombre en diminue-t-il dans la province de Caracas, tandis qu'elles se propagent rapidement dans les provinces orientales de la Nouvelle^ Barcelone et de Cumana, particulièrement dans la contrée humide et boisée comprise entre Cariaco et le golfe Triste.

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