LES INDIGÈNES
Les. Llanos de Caracas sont remplis par des conglomérats épais et de formation ancienne qui se pro-
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longent dans une vaste étendue Si des vallées d'Aragua on se dirige vers Parapara, en descendant le chaînon le plus méridional des montagnes entières de Guigne et de Villa de Cura , on rencontre successivement des couches de gneiss et de micaschiste, des roches de transition composées de schiste argileux et de calcaire ndir qui font probablement partie de terrains siluriens , des serpentines et des diorites divisées ^n blocs sphériques , enfin , à l'extrémité de la vaste plaine, de petites collines de porphjrre schisteux et d'à» mygdaloïdes mêlées d'augite. Ces éminences, situées entre Parapara et Ortiz, me parurent provenir d'éruptions volcaniques qui se seraient produites sur l'ancien rivage des Llanos. Plus au nord s'élèvent les rochers caverneux et de forme bizarre, devenus célèbres sous le nom de Morros de San Juan» Ces rochers, de texture cristalline et semblable à des pans de dolomie, forment une espèce de Mur du Diable; aussi doivent-ils être considérés plutôt comme des parties du rivage que comme des lies de cet ancien golfe. J'appelle les Llanos un golfe, car si Ton considère leur peu d'élévation audessus du niveau actuel de la mer, leur forme particulière qui semble devoir donner accès au courant de rotation dirigé de l'est à l'ouest, et la dépression des côtes orientales , entre l'embouchure de TOrénoque et celle de TEssequibo , on ne peut guère douter que la mer n'ait recouvert autrefois tout le bassin qui s'étend depuis la chaîne côtière jusqu'à la Sierra Parime , et
n'ait été baigner à Touest les montagnes de Merida et de Pamplona, comme elle se brisait jadis contre les Âlpes Cottiennes et les Âlpes Pennines,à travers les plaines de la Lombardie. L'inclinaison des Llanos est dirigée de Touest à Test. Leur élévation , près de Calabozo , à cent milles de la mer, est à peine de 30 toises; elle est inférieure, par conséquent, de 15 toises à celle de Pavie, et de 45 à celle de Milan, situées entre les Alpes Lépontiennes ou Helvétiques et les Apennins de la Ligurie. La configuration du sol dans ces contrées Tappelle l'expression de Claudien : « curvata tumore « parvo planities. » Le sol des Llanos est d'ailleurs si parfaitement uni que dans beaucoup de parties on peut voir des espaces de trente milles carrés sans remarquer nulle part une saillie haute d'un pied. Si l'on songe, en outre, à l'absence de toute espèce d'arbres, surtout dans la Mesa de Pavanes où l'on ne rencontre pas même de palmiers épars, on se représentera l'aspect surprenant de cette superficie déserte, qui rappelle celle de l'océan. Aussi loin que le regard peut s'étendre, il ne trouve pas à se reposer sur un objet qui s'élève de quelques pouces au-dessus du sol. N'était l'état des couches inférieures de l'air et le jeu des rayons réfractés , qui trace à l'horizon une limite indécise et flottante, on pourrait, avec le sextant, mesurer les hauteurs du soleil au-dessus de la ligne qui borde la plaine, comme on le fait au-dessus de la mer. Le niveau partout égal de ce lit de mer rend plus frappante l'exis -
tence des bancs ou couches horizontales fracturées, qui s'élèvent brusquement à deux ou trois pieds au-dessus du sol qui les entoure, et s'étendent uniformément dans un espace de dix-huit à vingt lieues. C'est à ces bancs que prennent leur source les petits ruisseaux qui arrosent la steppe.
Lorsque, en remontant le Rio Negro, nous traversâmes les LIanos de Barcelona, nous trouvâmes de nombreuses traces d'éboulements. Au lieu de bancs, nous vîmes quelques couches de gypse plus basses au contraire de trois ou quatre toises que la roche qui les environne. Plus à l'ouest, au lieu où le Rio Caura se jette dans rOrénoque, et près de la mission de San Pedro de Âlcantara, une portion considérable d'une épaisse forêt s'abîma, en 1790, par suite d'un tremblement de terre. Il se forma au même endroit un lac qui avait plus de 300 toises de diamètre; les arbres élevés, tels que le desmanthus, les hymsenea et les malpighies, conservèrent longtemps au-dessous de l'eau leur feuillage et leur verdure.
Note 3 , page 2.
ASPECT DE LA STEPPE SEMBLABLE A CELUI DE l'oCÉAN.
L'aspect de la steppe contemplée de loin est d'autant plus frappant que dans l'épaisseur des bois on a été longtemps habitué à un horizon étroit et à la vue d'une nature richement parée. Rien jamais n'effa-
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cera Timpression que me causèrent les LIanos, lorsque, après avoir exploré la partie supérieure de TOrénoque, nous les revîmes, à une grande distance, du haut d'une montagne située au confluent de TApure et de TOrénoque, non loin du Hato del Capuchino. Le soleil venait de se coucher ; la steppe paraissait arrondie comme un hémisphère ; la lumière des astres , qui commençait à paraître, se réfractait dans les couches inférieures de l'air. Lorsque les rayons perpendiculaires du soleil ont brûlé la plaine, les effets de la chaleur rayonnante et du courant d*air ascendant se prolongent pendant toute la nuit, ainsi que le mélange de couches atmosphériques de densité inégale.
Note 4 , page 3.