ASPECT DE LÀ STEPPE. — ROCHERS NOS ET PLATS OU LAXAS
D*immenses espaces, dans lesquels on n'aperçoit à fleur de terre que des rochers nus et plats, donnent aux déserts de l'Afrique et de l'Asie un caractère singulier. Dans le désert de Chamo ou Gobi, qui sépare les chaînes mongoles d'Oulangoum et de Malackha- Oola et la partie nord-ouest de la Chine, ces bancs de rochers se nomment Tsy, On en voit de semblables, entourés de la plus brillante végétation, dans la plaine boisée de l'Orénoque (Humboldt, Relation historique du voyage aux régions équinoxiales, t. II, p. 279). Au milieu de ces plateaux de granit etde syénite que recouvrent
à peine quelques lichens, et qui n'ont pas moins de mille pieds de diamètre , se trouvent de petites îles de terre végétale où croissent en foule des plantes peu élevées , mais toujours en fleur, qui forment comme autant de jardins sur la lisière ou dans Tintérieur du bois. Les moines qui habitent les bords du haut Oré- Doque attribuent à ces rochers nus et plats, lorsqu'ils ont une grande étendue, la propriété de donner la fièvre et d'autres maladies. Plusieurs villages , habités par des missionnaires, ont été abandonnés à cause de cette opinion qui s'étend fort loin, et reconstruits ailleurs. L'influence des rochers plats, laxas^ tient-elle uniquement au rayonnement de la chaleur, ou exercent-ils aussi une action chimique sur l'air?
Note 5, page 3.
LLANOS ET PAMPAS DE L'AMÉRIQUE MÉRIDIONALE ; SAVANES DES BORDS DU MISSOURI. —MONTAGNES ROCHEUSES ; ORÉGON.
L'idée que nous nous faisions, au point de vue physique et géographique, des contrées montagneuses qui forment la partie occidentale de TÂmérique septentrio* nale a été rectifiée sur plusieurs points par les hardies explorations du major Long, par les excellents travaux de son compagnon Edwin James, et plus encore par les observations si variées du capitaine Frémont. Tous les renseignements recueillis mettent désormais hors de doute les considérations que j'ai exposées dans mon
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livre de la Nouvelle-Espagne sur les plaines et les chaînes de montagnes du Nord, considérations que je ne pouvais alors présenter qu'à titre de conjectures. Dans la description de la nature comme dans la critique historique les faits restent longtemps isolés, jusqu'à ce qu'on ait le bonheur, à force de peine, de les réunir en faisceau et d'en composer un ensemble.
Les côtes orientales des Ëtats-Unis d'Amérique sont dirigées du sud-ouest au nord-est comme le sont en deçà de l'équateur les côtes du Brésil, depuis le Rio de la Plata jusque vers Olinda. Dans ces deux pays s^élèvent, à peu de distance du littoral, deux chaînes de montagnes plus parallèles entre elles qu'elles ne le sont aux Cordillères du Pérou et du Chili ou aux Rocky Mountains, dans la partie septentrionale du Mexique. Le système de l'hémisphère méridional appelé système Brésilien, forme un groupe isolé dont les plus hauts sommets Itacolumi et Itambe ne dépassent pas neuf cents toises. Les chaînons situés à l'est et plus voisins de la mer sont seuls dirigés régulièrement du sud-sudouest au nord-nord-est. Vers l'ouest le groupe gagne en largeur, tandis que sa hauteur décroit considérablement. Les chaînes de collines de Parecis s'approchent de la rivière Itenez ou Guaporé, comme les mon-» tagnes d'Âguapehi et de San Fernando, placées au sud de Villabella , s'approchent des Andes de Cochabamba et de Santa Cruz de la Sierra.
II n'existe pas de liaison directe entre les deux sys-
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tèmes de montagnes qui bordent les côtes de l'océan Atlantique et celles delà mer du Sud, je veux dire entre les Ciordillères du Brésil et celles du Pérou. La vallée longitudinale qui» sous le nom de province de Chiquitos, s'étend du nord au sud, et débouche à la fois sur les plaines arrosées par le fleuve des Amazones et dans celles que baigne le Rio de la Plata, sépare le Brésil occidental des contrées orientales du haut Pérou. Là, comme en Pologne et en Russie, une éminence souvent insensible, et nommée en langue slave outoaly, marque la ligne de partage des eaux, divortia aquarum, entre le Pilcomayo et la Hadeira, l'Âguapehi et la Guaporé, le Paraguay et le Rio Topayos. Le seuil s'étend vers le sud-^est, à partir de Ghayanta et de Pomabamba entre le 19* et le 20* d^ré de latitude méridionale, traverse les basses terres de la province de Chiquitos. presque entièrement oubliée des géographes depuis l'expulsion des jésuites, et forme dans la direction du nord-est, à l'endroit où s'élèvent seulement quelques rares montagnes, le partage des eaux près des sources du Rio Baures et de Villabella (15»-17*» lat. sud).
A cette ligne de partage, si importante pour le commerce des peuples et les progrès de la civilisation, en répond une autre qui, dans la partie septentrionale de rÂmërique du Sud, sépare le bassin de rOrénoque de celui du Rio Negro et du fleuve des Amazones, entre les* et le 3* degré de latitude. Ces éminences situées au milieu des plaines, et que Frontin appelle terres tumo-
res, ces seuils autrement dit, peuvent être considérés comme des systèmes de montagnes non développés, qui étaient destinés à relier deux groupes isolés en apparence, la Sierra Parime et les montagnes du Brésil, à la chaîne des Andes de Timana et de Cochabamba. Sur ces relations peu observées jusqu'ici repose la division que j'ai faite de TÀmérique méridionale en trois bassins. Le premier et le dernier de ces bassins sont, ainsi que nous Tavons remarqué déjà, des steppes ou des plaines herbeuses, tandis que le bassin intermédiaire tenant d'un côté à la Sierra Parime et de l'autre côté au groupe des montagnes du Brésil, peut être considéré comme une plaine boisée, Hylœa.
Si l'on veut esquisser rapidement un tableau de l'Amérique septentrionale , il faut porter d'abord ses regards sur la chaîne des Andes qui, étroite à l'origine, gagne successivement en largeur et en élévation, et se dirige du sud- est au nord-ouest, à travers l'isthme de Panama, les provinces de Yeragua, de Guatemala et la Nouvelle-Espagne. Cette chaîne de montagnes qui fut le siège d'une antique civilisation, fait à la fois obstacle au courant marin qui se fait généralement sentir sous les tropiques et à la rapidité des relations commerciales entre l'Europe, l'Afrique occidentale, et les contrées orientales de l'Asie. A partir du 17* degré de latitude, c'est-à-dire depuis l'isthme célèbre de Tehuantepec, ces montagnes s'écartent des côtes de la mer Pacifique et deviennent une Cordillère intérieure. Dans le nord
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du Meiique, les montagnes de la Grue, Sierra de las GruUas, sont une partie des Bocky Mountains ou montagnes Rocheuses. C'est là que prennent leur source : à Vouest, le Rio Colombia et le Rio Colorado de la Californie ; à Test, le Rio Rojo de Natchitoches, le Canadian- River, l'Ârkansas et la rivière Plate, c'est-à-dire peu profonde, que des géographes ignorants ont récemment transformée en un Rio de la Plata ou rivière d'Argent. Entre les sources de ces rivières, depuis 37® 2(y jusqu'à AQf* 13! de latitude, s'élèvent trois pics de granit pauvre en mica mais riche en diabase , que l'on nomme pic Spanish , pic James ou de Pikes et pic de Long ou Rig Horn {Essai politique sur la Nouvelle-Espagne^ 2* édit., 1. 1, p. 82 et 109). Ils dépassent en hauteur toutes les dmes de la chaîne des Andes qui traverse la partie septentrionale du Mexique, et qui depuis le 18* et le 19* parallèle, ou depuisle groupe d'Orizaba hautde 2717 toises, et celui de Popocatepetl où l'on en compte 2771, jusque vers Santa Fé et Taos dans le Nouveau-Mexique , ne s'élève jamais à la limite des neiges éternelles. Le pic lames (38<* 48' lat.) doit avoir 1798 toises, mais dans ce nombre 1235 seulement ont été mesurées trigono-* métriquement ; les autres ne reposent, en l'absence d'ex* périences barométriques, que sur l'estimation incertaine de la pente des rivières. Comme presque jamais les mesures trigonométriques ne peuvent être prises de la surface de la mer, il s'ensuit que la détermination des hauteurs auxquelles l'homme ne peut parvenir, doit être
toujours en partie trigonométrique, en partie barométrique. L'estimation de la pente des rivières, de leur vitesse et de la durée de leur cours est tellement trompeuse, qu'avant l'importante expédition du capitaine Frémont, on avait attribué à la plaine située au pied des Rocky Mountains, près des cimes de montagne que nous avons indiquées dans le texte, tantôt 8000 pieds, tantôt 3000 pieds de haut (Long's Expédition^ t. II, p. 36, 362, 382, app. , p. xxxvii). C'est aussi faute d'observations barométriques, que la véritable hauteur de l'Himalaya est restée si longtemps incertaine. Aujourd'hui, au contraire, la culture scientifique a fait de tels progrès dans les Indes orientales, que le capitaine Gérard, lorsqu'il gravit le Tarhigang, près du Sutledge, au nord de Chipke, et s'éleva à une hauteur de 18 210 pieds, put impunément casser trois baromètres, et qu'il lui en resta encore quatre d'une exactitude non moins parfaite (Critical Researches on philology and geography, 1824, p. 144).
Au nord-nord-ouest du pic Spanish, des pics James, de Long et Laramie, Frémont, dans l'expédition qu'il accomplit, de 1842 à 1844, sur l'ordre du gouvernement des États-Unis, découvrit et mesura à l'aide du baromètre le sommet le plus élevé de toute la chaîne des Rocky Mountains. Ce sommet couvert de neige appartient au groupe des Wind River Mountains ; il est appelé sur la grande carte publiée par le chef du Bureau topographique à Washington, le colonel Albert, pic de
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Frémont, et est situé sous 43° 10' de latitude et 112<' ^' longitude , par conséquent ô^" 30' plus au nord que le pic Spanish. Sa hauteur mesurée directe* ment est de 12730 pieds; il dépasse par conséquent de 324 toises, d'après les mesures de Long, la hauteur du pic James; or, le pic James, à en juger par sa situatîon, n'est autre que celui qui porte le nom de Pike sur la carte dont nous avons parlé plus haut. Les Wind River Mauntains forment le partage des eaux, entre les deux mers'. « De ce point culminant, dit le capitaine Frémont dans son rapport officiel (Report ofthe Exploring Expédition to theRocky Mountainsintheyear 1842, and to Oregon and North California in the yearséSA^-^ 44, p. 70), nous vîmes d'un côté une quantité innombrable de lacs alpestres et les sources du Rio Colorado qui va se jeter dans la mer du Sud, à travers le golfe de Californie; de l'autre, la vallée profonde du Wind River où prend sa source le Tellow-Stone River, l'un des principaux affluents du Missouri qui se réunit lui-même au Mississipi près de Saint-Louis. Vers le nord-ouest s'élève la cime couverte de neiges éternelles des Troîs- Tetons d'où sort à proprement parler le Missouri, près des sources de l'Orégon ou Rio Colombia, ou du moins à la naissance de l'embranchement nommé Snake River ou Lewis Fork. » Les voyageurs qui gravirent les hauteurs du pic Frémont furent étonnés de les voir visitées par des abeilles; peut-être y avaient-elles été portées malgré elles par des courants d'air ascendants , comme les
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papillons que j'ai vus sur la chaîne des Andes, dans la région des neiges éternelles, à des hauteurs beau* coup plus élevées que celles du pic Frémont. Il m'est arrivé aussi, loin du rivage, dans la mer du Sud, de voir tomber sur le vaisseau des lépidoptères à grandes ailes, poussés dans la haute mer par les vents qui soufflaient des côtes.
Les cartes et les explorations géographiques de Frémont embrassent Timmense contrée qui B*étend depuis le confluent du Kanzas et du Missouri jusqu'aux chutes du Rio Colombia et aux missions de Santa Barbara et de Pueblo de los Angeles, dans la Nouvelle-^Califoroie. Cet espace comprend 28 degrés de longitude ou 340 milles géographiques, et va du 34« au 45* degré de latitude nord. Quatre cents points différents ont été déterminés à l'aide de mesures barométriques, et le plus souvent aussi astronomiquement, de telle sorte que depuis Tembouchure duKansas jusqu'au fort Van^ couver et aux côtes de la mer du Sud, on a pu repré<« senter en profil, au-dessus de la surface de la mer, une étendue de pays qui, en tenant compte des sinuosités da la route, ne va pas à moins de 900 milles géographiques, 180 milles par conséquent de plus que la distance de Madrid à Tobolsk. Les projections en demi-perspective que Tabbé Chappe a rapportées de son voyage en Sibérie, ne reposent que sur de simples appréciations, la plupart du temps fort erronées, de la pente des rivières , et je crois avoir entrepris le premier de représenter enpro*
fils géognostiques la configuration de .vastes contrées, telles que la péninsule Ibérique, le plateau du Mexique et les Cordillères de rAmérique méridionale. C'est par cela même pour moi une très-vive jouissance de voir Tapplication la plus large possible de la méthode graphique qui consiste à représenter verticalement la configuration de la terre, et à mesurer Télévation de rélément solide au-dessus de l'élément liquide. Sous les latitudes moyennes de 37 à 43 degrés, les Rocky Mauntains, présentent, outre leurs grandes cimes neigeuses qui peuvent être comparées pour la hauteur au pic de Ténérifie, des hautes plaines d'une telle étendue qu'on aurait peine à en trouver de sem^ blabla sur le reste de la terre. Ces plaines occupent eu longueur, de l'est à l'ouest, un espace presque double de celui du plateau mexicain. Depuis la chaîne de montai gnes qui commence un peu à l'ouest du fort Laramie, et se prolonge jusqu'au delà des Wahsatch Mouniaim, s'étend sans interruption un gonflement du sol, haut de cinq à sept mille pieds au-dessus du niveau de la mer, qui remplit aussi tout l'intervalle compris entre les mon* tagnes Rocheuses proprement dites et la chaîne côtière de la Californie, depuis 34'' jusqu'à 4S<' de latitude. Cet espace parait former une large vallée longitudinale semblable à celle du lac de Titicaca, et a été nommé par le capitaine Frémont et par le voyageur Joseph Walker, qui a exploré avec un grand soin les contrées occidentaleSy the great Ba^in. C'est une terre inconnue, de plus
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de 5700 myriamètres carrés, aride, presque inhabitée et remplie de lacs salés dont le plus grand est élevé de 3940 pieds au-dessus du niveau de la mer et communique avec le petit lac Youta (Frémont, Report of the exploring Expédition, etc., pages 164 et 273-276). Dans ce dernier lac se jette un cours d'eau abondant, nommé rivière des Rochers ou Timpan Ogo dans la langue des Toutas. En 1776, le père Escalante, allant de Santa Fé, dans le Nouveau-Mexique, à Monterey, dans la Nouvelle-Californie, découvrit le Grea^ Sa^^ Lake de Frémont, et confondant la rivière et le lac, lui donna le nom de Laguna de Timpanogo. C'est en cet état que je Taî représenté moi-même dans ma carte du Mexique, ce qui a donné lieu, sur Terreur prétendue qui consistait à admettre l'existence d'une grande masse d'eau salée au milieu des terres, à de longs débats où la critique a eu peu de part et dont a déjà fait justice le savant géographe américain Tanner. Gallatin dit expressément dans son Mémoire sur les races indigènes, qui fait partie de YArchœologia Americanttj t. II, p. 140 : « General Ashley and Mr. J. S. Smith « bave found the lake Timpanogo in the same latitude « and longitude nearly as had been assigned to it in « Humboldt's Atlas of Mexico. » ( Humboldt , Atlas Mexicain, planche 2; Essai politique sur la Nouvelle^ Espagne, 1825 , t. I , p. 233 , t. II , p. 313 et 420 ; Frémont Upper Califomia, 1848, p. 9 ; Duflot de Mofras, Exploration de VOrégon, 1844, t. II, p. 40.)
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Je m'arrête à dessein sur les considérations que fait naître ce singulier gonflement du globe dans la région des Roekff Mouniains, parce que , sans aucun doute, l'étendue et la hauteur de cette éminence ont dû exei^ cer une influence, inaperçue jusqu'ici, sur le climat de l'hémisphère septentrional du nouveau continent, particulièrement dans la région du midi et de Test. Sur ce vaste plateau qu'aucun accident n'interrompt, Frémont a vu l'eau se couvrir de glace pendant toutes les nuits du mois d'août. La configuration du sol n'a pas eu une moindre importance pour l'état social et les progrès de la civilisation, dans la grande république de l'Amérique septentrionale. Bien que le partage des eaux soit à peu près à la même hauteur que le défilé du Simplon élevé de 6170 pieds, du Saint-Gothard qui en a 6420 et du grand Saint-Bernard situé un peu plus haut, à 7476 pieds, la pente est tellement ménagée et si peu sensible qu'elle ne met aucun obstacle au mouvement des chariots et des voitures de toute espèce , entre le bassin de l'Orégon et celui du Missouri , entre les Ëtats atlan^ tiques et les nouveaux établissements fondés sur les bords de l'Orégon ; enfin , entre les côtes qui font face à l'Europe et celles qui regardent la Chine. La distance qui sépare Boston de l'ancienne Àstoria, sur la mer du Sud, à l'embouchure de l'Orégon, est en droite ligne de 550 milles géographiques. Elle est par conséquent d'un sixième plus petite que la distance de Lisbonne à rOural, près de Catharinenbourg. Cette pente
si douce du plateau qui conduit du Missouri en Californie et au bassin de TOrégon, rend très-difficile do déterminer le point culminant où s*opëre le partage des eaux. Il se trouve au sud des Wind River Mountainsy à peu près à égale distance entre le Missisipi et les rivages de la mer du Sud, sur une hauteur de 7027 pieds, 450 pieds plus haut par' conséquent que le passage du Saint-Bernard. Dans l'espace qui s'étend depuis le fort Laramie et la rivière du môme nom, qui se jette dans le bras septentrional de la rivière Plate , jusqu'au fort Hall, près de Tembranchement de la Colombia, nommé Lewis Fork, toutes les stations dont on a mesuré la hauteur sont élevées de 5 à 7000 pieds ; on en compte même 9760 à Old Park. L'arête de partage dont nous parlions tout à rheure est appelée par les colons South Pass (Frémont's Report, p. 3, 60, 70, 100 et 129). Elle est située dans une contrée agréable, où un grand nombre d'Artémisest particulièrement de l'espèce nommée Tridentata, des astères et des cactus recouvrent en abondance le schiste micacé et le gneiss. Les déterminations astronomiques donnent lat. 42® 24', long lir 46'. Adolphe Erman a déjà signalé ce fait remarquable que les grandes chaînes des monts Aldan , qui séparent , dans TAsîe orientale , le bassin de Lena des fleuves qui vont se jeter dans le grand Océan , iraient, si elles étaient prolongées, traverser plusieurs sommets 4es Rocky Mountains, entre 40* et 55* de latitude. u Une chaîne d'Amérique, dit-il, et une chaîne d'Asie
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ne paraissent être que des parties d'une même crevasse brusquement interrompue. » (Erman, Reise um die Erde^ 1'* part., t. III, p. 8; 2« part., t. I, p. 386 et du même auteur, Arckiv fur Wissenschaftliche Kunde von Russland, i, VI, p. 671.)
Les Rochy Mountains qui s'abaissent aux environs du fleuve Mackensie, gelé dans toute l'étendue de son cours, et le plateau sur lequel s'élèvent isolément quelques pics neigeux, sont complètement distincts des Alpes maritimes qui longent les côtes de la Californie (Sierra Nevada de Califomia) et qui sont plus occidentales et plus hautes. Si mal choisie que soit la dénomination trop générale de montagnes Rocheuses appliquée au prolongement extrême de la ligne centrale du Mexique, il ne me parât t pas cependant rationnel d'y substituer celui de chaîne de l'Orégon, comme on l'a souvent essayé. Sans doute elles renferment les sources des trois branches principales qui concourent à former l'Orégon : les rivières de Lewis, de Clark et North ; mais ce même fleuve traverse également la chaîne de la Californie. Le nom de district de l'Orégon désigne aussi, dans le langage politique et officiel, Fétroit espace de terre situé à l'ouest de la chaîne côtière, qui forme l'emplacement du fort Vancouver et des établissements fondés sur les bords du Ouallamet. Il est donc plus prudent de ne donner le nom d'Orégon ni à la chaîne centrale ni à la chaîne côtière. Rappelons à ce sujet la méprise très-singulière dans laquelle ce nom
a induit un géographe célèbre, Malte -Brun. Il lisait sur une vieille carte espagnole, à propos du fleuve nommé aujourd'hui Golombia : « Et Ton ne sait pas enc<Mre (y aun se ignora) où en est placée la source. » Blalte-Brun crut reconnaître dans le mot ignora le nom de rOrégon (Humboldt, Essai politique sur la Nouvelle- Espagnf, t. U, 1825, p. 314).
Lee rochers qui produisent les cataractes de TOrégon à Tendroit où ce fleuve perce les montagnes, forment le piolongaiient dela5ferra NevadadeCalifomia enU^e il* et 47* de latitude (Frémont, Geograpkieat Memoir igmi Vjfper Califomiaj 1848, p. 6). Dans ce prolongement septentrional se trouvent les trois colosses nommés Mount Jeffisrson, Motmt Hood et Mount St. Helens^ qui s'élèvent jusqu'à 14540 pieds au-dessus du niveau de la mer. La hauteur de la chaîne côtière, Coast Range, dépasse de beaucoup par conséquent celle des Rocky Motmtains. « Dans un voyage de huit mois que je fis le tong de ces Alpes maritimes, dit le capitaine Frémont dans son Rapport (p. 274), nous avons eu de toute part et continuellement sous les yeux des sooomets couverts de neige: et quand nous pouvions traverser les Bœky Mountains, au Somtk Pass, à une haatearde7027pied8, il nous fiiUait, dans les Alpes maritimes qui sont partagées en plusieurs chaînes parallèles , grarir 2000 pieds plus haut, pour trouver un passage. » C'étaient 1 170 pieds seulement au-dessous du smnmet de l'Etna. Vn autre fldt digne de remarque et qui rappeUe les
relations entre les Cordillères orientales et les Cordillères occidentales du Chili, c'est que la chaîne de montagnes la plus voisine de la mer, c'estrà-dire la chaîne de Californie, ofifre seule encore des volcans enflammés. On voit presque incessamment sortir de la fumée des pics deBegnier et de St.-Helens, et le 23 décembre 1843, le dernier de ces volcans rejeta un tel amas de cendres, que les rives du Rio Colombia semblaient couvertes de neige à une distance de dix milles. A la chaîne volcanique de la Californie appartiennent encore, vers l'extrémité septentrionale de TAmérique russe, le mont Elie , haut suivant La Pérouse de 1980 toises , suivant Malaspina de 1792 , et le Mount Pair Weather (Cerro de Buen Tiempo) qui s'élève à 2303 toises. Ces deux pics sont considérés comme des volcans encore en activité. Frémont et ses compagnons, également zélés pour la botanique etlagéognosie, ont recueilli aussi dans les Rocky Mountains des produits volcaniques tels que du basalte scorifié^ de la trachyte et de véritable obsidienne. On a retrouvé un peu à l'est du fort Hall un vieux cratèreéteint (lat. 43^ 2', long. 1 14% 50') ; mais il n'y avait aucune trace de volcan encore en activité et vomissant de la lave et des cendres. On ne doit pas confondre avec les éruptions volcaniques le phénomène encore peu éclairci jusqu'à ce jour des collines fumantes, smoking hills (côtes brûlées, terrain ardent), comme les appellent les colons anglais et les naturels du pays qui parlent la langue française. « De longues suites de collines peu éle-
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▼ées et de fcmne conique, dit un observateur attentif, M.Nicollet, sont couvertes presque périodiquement, et souvent pendant deux ou trois années, d'une fumée noire et épaisse, sans que Ton aperçoive aucune flamme. Ce phénomène se produit surtout dans le bassin du Missouri supérieur et plus près encore du versant oriental des Rocky Mmintains, ainsi que l'atteste une rivière nommée par les indigènes Mankizitah-waipa, c'est-àdire rivière de la terre fumante. Dans le voisinage des collines fumantes on trouve des matières scorifiées d'apparence volcanique, entre autres une espèce de porcelianite. » Depuis l'expédition de Lewis et de Clark , l'opinion s'était particulièrement répandue que le Missouri déposait sur ses rives de véritable pierre ponce. On a pris pour de la pierre ponce des masses blanchâtres divisées en très-petites alvéoles. Le professeur Ducatel prétendait rapporter ce phénomène que Ton observe surtout dans la formation crayeuse, à une décomposition de l'eau par des pyrites et à une réaction produite sur un lit de charbon brun (comp. Frémont's Report, p. 164, 184, 187, 193 et 299 avec NicoUet's Illustration of the hydrographiccd Basin of the Upper Missisipi River, 1843, p. 39-41).
Si en terminant ces aperçus généraux sur la configuration de l'Amérique du Nord , nous contemplons une dernière fois les espaces qui séparent de la chaîne centrale les deux chaînes côtières divergentes, nous sommes frappés du contraste que forment, à l'ouest.
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le plateau aride et désert qui s'élève de cinq à six mille pieds au-dessus du niveau de la mer, entre la chaîne côtière et les Alpes maritimes de la Californie , k Test , les basses terres richement arrosées, fertiles et remplies d'habitants qui avoisinent le Missisipi, entre les Rocky Mouniains et les Alleghanys dont les plus hauts sommets, le mont Washington et le mont Marcy, s'élèvent, suivant Lyell, à 6240 et 5056 pieds. Cependant la plus grande partie de ces basses terres atteint encore une hauteur de 4 à 600 pieds , hauteur double de celle à laquelle s*élève le sol de la Lombardie. C'est tout récemment, grâce aux travaux de l'astronome français NicoUet, qu'a été éclaircie la constitution hypsométrique de la partie orientale de l'Amérique du Nord, c'est-à-dire le rapport entre l'élévation du sol et la surface de la mer. La grande carte du Missisipi supérieur que cet homme éminent , enlevé à la science par une mort prématurée, dressa de 1836 à 1840, repose sur 240 déterminations astronomiques de latitude et 170 mesures barométriques de hauteur. La plaine qui enferme le bassin du Missisipi est identique avec celle du Canada; c'est la même pente qui se prolonge depuis le golfe du Mexique jusqu'à l'océan Arctique (Humboldt, Relation historique, t. III, p. 234; Nicollet, Refort ta the Senate of the United States, 1843, p. 7 et 57). Entre le 47* et le 48*^ degré de latitude, à l'endroit où les basses terres présentent des ondulations, et où se succèdent des suites continues de hauteurs, appelées
coteaux des prairies, coteaux des bois^ dans la no* mendature indigène que la langue anglaise n'a pas encore remplacée, ces chaînes et les relèvements peu sensibles du sol partagent les eaux en|re la baie d'Hudson et le golfe du Mexique. Un autre partage d'eau est également formé par les hauteurs du Missabay au nord du lac Supérieur {Lake Superior ou Kichi Gummi) et plus à l'ouest par les éminences nommées Jouteurs des terres, dans lesquelles se cachent les sources du Missisipi, l'un des plus grands fleuves du monde, décou^ vertes pour la première fois en 1832. Les plus élevées de ces collines atteignent à peine 14 ou 1500 pieds. Depuis l'embouchure, Old French Balizcy jusqu'à Saint- Louis, situé un peu au-dessous du confluent du Missouri et du Missisipi, la pente de ce dernier fleuve n'est que de 357 pieds, bien que le parcours dépasse 320 milles géographiques. La surface du lac Supérieur est élevée de 580 pieds ; et comme il a dans les environs de l'île Magdalena environ 742 pieds de profondeur, il en résulte que son lit est à 162 pieds au-dessous du niveau de la mer (NicoUet, Rqport, etc., p. 97, 125 et 128).
Beltrami, qui en 1825 s'était séparé de l'expédition du major Long, se vantait d'avoir trouvé dans le lac Cass les sources du Missisipi. La vérité est que le fleuve traverse, au moment même où il prend naissance, quatre lacs dont le lac Cass n'est que le second. Le premier, le lac Istaca (lat. 47^ 13', long. 07« 22'), n'a été re-
connu qu'en 1832 pour la véritable source de Missisipi. Ce fleuve si puissant par la suite, n'a en sortant du lac Istaca, qui affecte la forme d'un fer à cheval, que 16 pieds en largeur et 14 pouces en profondeur. C'est seulement en 1836, grâce au voyage scientifique de M. NicoUet , que ces relations géographiques ont été complètement éclaircies à l'aide d'observations d'étoiles. La hauteur des sources, c'est-à-dire des afQuents les plus reculés que reçoit le lac Istaca de la montagne de partage, nommée hauteur de terre, est de 1575 pieds au-dessus du niveau de l'Océan. A très-peu de distance, et sur le versant septentrional de la même montagne , est situé le lac Elbow dans lequel prend naissance le petit Bed River of the North, qui après beaucoup de détours va se jeter dans la baie d'Hudson. Les monts Karpathes renferment aussi les sources de fleuves qui présentent le même phénomène , et vont porter leurs eaux dans la mer Baltique et dans la mer Noire. M. Nicollet a donné à vingt petits lacs disposés en groupes serrés, au sud et à l'ouest de celui d'Istaca, les noms d'astronomes célèbres , les amis et les ennemis intimes qu'il avait laissés en Europe. Sa carte forme un album géographique qui rappelle l'album botanique publié par Ruiz et Pavon sous le non de Flora Peruviana, dans lequel les noms des divers genres de plantes sont calqués sur l'Almanach royal et subordonnés à toutes les variations des Oficiales de la Secretaria.
A l'est du Missisipi, de vastes espaces sont encore
occupés par d'épaisses forêts ; on ne voit au contraire sur la rive occidentale que des savanes dans lesquelles errent en troupeaux le bison (Bos americanus), et le bœuf musqué (Bos moscbatus). Ces deux animaux, les plus grands du nouveau monde, servent à la nourri» ture des Indiens nomades, les Apaches Llaneros et les Apaches Lipanos. Les Assiniboins abattent en quelques jours jusqu'à sept ou huit mille bisons dans les Bison* parks, sortes d'enclos industrieusement construits pour y renfermer des troupeaux sauvages (Prince Maximilien de Wied, Eeise in das innere Nord America^ 1. 1, 1839, p. 443). Le bison américain, nommé par l«s Mexi* cains Cibolo, n'est le plus souvent tué qu'à cause de sa langue qui est un mets très-recherché. C'est à tort qu'on Ta pris pour une simple variété de l'aurochs de l'ancien monde, bien que d'autres espèces d'animaux telles que l'élan (Cervus alces) et le renne (Cervus tarandus) soient, comme l'habitant trapu des pôles, communs à toutes les régions septentrionales, et établissent ainsi l'antique et durable connexion des divers continents. Les Mexicains désignent le^ bœuf d'Europe, dans le dialecte des Aztèques, sous le nom de quaquahue, c'est-à-dire animal cornu, de quaquahuitl, corne. Des cornes d'une grandeur prodigieuse qui ont été trou* vées dans de vieux édifices mexicains près de Cuernavaca, au sud-ouest de Mexico, me paraissent avoir appartenu à des bœufs musqués. Le bison du Canada peut^ être appliqué au labourage ; il s'accouple avec le
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bœuf d'Europe. On a longtemps douté que le mulet auquel il donne ainsi naissance, fût lui-môme fécond et pût se reproduire. Mais Albert Gallatin qui avant de prendre rang en Europe parmi les diplomates distin* gués, avait acquis par ses observations personnelles une grande connaissance de la partie sauvage des États* Unis, affirme qu'il ne peut y avoir aucun doute à cet égard. Je cite ses propres paroles : « The mixed breed « was qui te common fifty years ago in some of tbe northtt v^estern countries of Virginia; and the cov^s, tbe issue « of Ihat mixture, propagated like ail olhers. » • Je ne me souviens pas^ ajoute Gallatin, que des bisons parvenus à leur croissance aient été apprivoisés ; mais il est arrivé plusieurs fois que des chiens ont pris de jeunes bisons que Ton a élevés et accouplés avec des vaches d'Europe. Auprès de Monongahela, on n*a possédé pendant long* temps d'autres bétes à cornes que cette race bâtarde ; on se plaignait qu'elle donnât peu de lait. « La nourriture Êivorite du bison est le Trypsacum dactyloïdes, nommé Bufialo-grass dans le nord de la Caroline et une espèce de trèfle non décrite jusqu'à ce jour, qui ressemble beaucoup au Trifolium repens et à laquelle Barton a donné le nom distinctif de Trifolium bisonicum.
J'ai déjà fait remarquer ailleurs, dans le tome II du Cosmos, p. 680, que d'après le récit du très-véridique Gomara (Historia gênerai de las Indias, cap. ccxiv), il y avait encore , au xvr siècle , dans la partie nord-ouest du Mexique , sous 40** de latitude , une population dont la
plus grande richesse consistait en troupeaux de bisons domestiques. Malgré la possibilité d'apprivoiser le bison et le lait abondant qu'il fournit , bien que l'on rencontre des troupeaux de lamas errant dans les Cordillères du Pérou , on ne trouva nulle part trace de vie pastorale, lors de la découverte de l'Amérique. Aucun indice historique ne témoigne que les habitants du nouveau monde aient traversé ce degré intermédiaire de la vie des peuples. Il est remarquable aussi que le buffalo ou bison du nord de l'Amérique ait eu une influence sur les découvertes géographiques dans les régions montagneuses où nul chemin n'est tracé. Les bisons , réunis en troupeaux de plusieurs milliers et cherchant un climat plus doux, émigrent, pendant l'hiver, dans les pays situés au sud de l'Arkansas. Leur grandeur et leur forme massive leur permettent difficilement de franchir de hautes montagnes. Là où l'on trouve un sentier de bisons foulé par un grand nombre de pas, Buffalo path^ on peut le suivre avec la confiance qu'on suit le chemin le plus commode pour tourner la montagne. Ce sont ces indices qui ont révélé la route la meilleure pour traverser les montagnes du Cumberland, dans la partie sudouest de la Virginie et du Kentucky , pour aller, dans les montagnes Rocheuses, des sources du Tellow-Stone à la rivière Plate ; enfin , pour se rendre du bras méridional du Rio Colombia au Rio Colorado de la Californie. Les bisons qui se répandaient autrefois jusque sur les rives du Missisipi et de l'Ohio, bien au delà de Pittsburgh,
ont été peu à peu repoussés des contrées orientales des États-Unis par les progrès de la colonisation earopéenne {Archœologia Americana^ i. II, 1836, p. 139).
Depuis les rochers de granit de Diego Ramirez et les côtes profondément échancrées de la Terre de Feu qui contient, à Test, des couches de schiste silurien, et à Touest, le même schiste réduit à Tétat de granit par Faction du feu souterrain (Darvis, Journal of researches into the geology and naiural history of the countries visited from 1832 io 1836 by the ships kdventure an(2 Beagle, p. 566), depuis la Terre de Feu, dis-je, jusqu'à l'océan Glacial arctique, les Cordillères ont une étendue d'environ 1500 myriamètres. Élevées au-dessus d'une crevasse qui divise d'un pôle à l'autre la moitié de notre planète, elles dépassent en grandeur l'espace qui dans l'ancien continent , sépare les colonnes d'Hercule du cap glacé de Tchouktchi , situé à l'extrémité nord -est de l'Asie. Les Cordillères sont ainsi non pas la plus haute, mais la plus longue de toutes les chaînes de montagnes. Lorsque les Andes se divisent en plusieurs chaînons parallèles, ce sont les chaînons les plus proches de la mer qui offrent les volcans les plus actifs; mais souvent aussi l'on a remarqué que, lorsque les apparitions du feu souterrain viennent à cesser dans un chaînon, il éclate dans un autre, parallèle au premier. Régulièrement, les cratères d'éruption suivent la direction de la chaîne ; cependant, sur le
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plateau du Mexique, les volcans en activité sont disposés sur une crevasse transversale qui va de Test à l'ouest et unit les deux mers (Humboldt, Essai historique sur la Nouvelle-Espagne^ t. II, p. 173). Dans les lieux où, à la suite de Taocien fendillement de Técorce terrestre, le sol, en se soulevant, donna jour à la fournaise intérieure, les matières en fusion continuent d'agir contre les masses soulevées comme des murailles, à travers le réseau de crevasses dont ces masses sont sillonnées. Ce que nous nommons une chaîne de montagnes ne s'est pas soulevé tout d'un coup , et ne s'est pas produit à l'extérieur d'une manière soudaine. Des roches d'âges tirés-divers se sont superposées et ont pénétré à travers des voies ouvertes depuis longtemps. La différence qui existe entre elles tient au soulèvement et à Tépanchement des roches d'éruption, ainsi qu'au progrès lent et complexe de leur transformation au-dessus de crevasses remplies de vapeur, et qui laissaient à la chaleur un libre passage.
Pendant quelque temps, de 1830 à 1848 , on a considéré comme les points culminants sur toute la chaîne des Cordillères :
Le Nevado de Sorata, nommé aussi Ancohuma ou Tusuhaya ( lat. sud. 15** 52'), un peu au sud du village de Sorata ou d'Ësquibel, dans la chaîne orientale de Bolivia. Hauteur 3949 toises ou 23 692 pieds.
Le Nevado de Illimani, faisant également partie de la chaîne orientale de Bolivia , au sud de la missioa
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d'Trupana (lat. sud. IG*" 38'). Hauteur 3753 toises ou 32518 pieds.
Le Chimborazo dans la province de Quito ( lat. sud. V 27' ). Hauteur 3350 toises ou 20 100 pieds.
Le Sorata et Hllimani avaient été mesurés pour la première fois en 1827 et 1838 par un géognoste distingué, Pentland ; mais nous savons, depuis le mois de juin 1848, époque à laquelle il a publié sa grande carte représentant le bassin des lagunes de Titicaca , que les évaluations qui précèdent étaient surfaites, en ce qui concerne le Sorata et riUimani, de 3718 et 2675 pieds. La carte donne au Sorata 21 286 et à riUimani 21 149 pieds anglais, c'est-à-dire seulement 19 974 et 19 843 pieds en mesures de France. M. Pentland a été amené à ce nouveau résultat par une révision exacte des opérations trigonométriques. Il a trouvé sur la Cordillère occidentale quatre pics élevés de 20 360 à 20 971 pieds de Paris. Le pic Sahama serait ainsi de 871 pieds plus haut que le Chimborazo, bien qu'il reste de 796 pieds inférieur à TAconcagua.
Note 6, page 4.
MONTS BASALTIQUES d'hAROUDJÉ.
En Egypte, auprès des lacs de Natron, qui au temps de Strabon n'étaient pas encore divisés en six réser- ^irs, s'élève une chaîne de collines qui monte droit f^rs le nord et se dirige ensuite de Test à Touest jus-
qu'au delà du Fezzan, où elle parait se rattacher à la chaîne de FAtlas. Elle sépare dans la partie nord-est de TÀfrique, de même que TÂtlas dans le nord-ouest, la Libye d'Hérodote, c'est-à-dire les côtes septentrionales de l'Afrique, du pays des Berbères ou Biledulgérid, rempli d'un grand nombre d'animaux. Sur la limite de la moyenne Egypte, au-dessous du 30' parallèle, toute la contrée est une mer de sable où sont épars, comme des lies, des oasis dans lesquelles des sources abondantes entretiennent une riche végétation. Les anciens ne connaissaient que trois de ces oasis, que Strabon compare aux taches dont est semée la peau de la panthère; elles se sont considérablement multipliées depuis, par les découvertes des voyageurs. La troisième oasis des anciens, nommée aujourd'hui Siwah , formait le nome d'Àmmon. C'était un pays gouverné par les prêtres, qui servait de station aux caravanes, et renfermait le temple de Jupiter Ammon, aux cornes de bélier, ainsi que la source du soleil dont l'eau se rafraîchissait à des époques périodiques. Les ruines d'Ummibida (0mm- Beydah) appartiennent incontestablement au caravansérail fortifié du temple de Jupiter, et par conséquent aux plus antiques monuments qui rappellent encore de nos jours l'aurore de la civilisation (Cailliaud, Voyage à Méroé, 1. 1, p. 108 ; Ideler dans les Fundgruben des Orients y t. IV, p. 399-411.)
Le mot Oasis est égyptien et synonyme de Auasis et de Hyasis (Strabon, 1. II, p. 130; I. XVII, p. 813, édit.
deCasauboD ; Hérodote, 1. III, c. 26). Aboulfeda appelle les oasis el-Wah. Dureini la seconde période des Césars, on envoyait les malfaiteurs dans les oasis ; on les déportait dans ces lies perdues au milieu d'une mer de sable, comme les Espagnols et les Anglais expédient le rebut de leur population aux lies Malouines ou à laNouvelle- Hollande. Encore est-il presque plus facile de s'échapper à travers l'Océan qu'à travers les déserts qui entourent les oasis. Ces lieux perdent insensiblement de leur fertilité, par suite de l'envahissement des sables.
On affirme que la petite chaîne des monts Harousch ou Haroudje est formée par des collines basaltiques de forme bizarre (Ritter, Afrique, t. UI, p. 158, 299, 308 et 330 de la trad. franc.). C'est le mons ater de Pline. Elle a été explorée dans son prolongement le plus occidental, à l'endroit où elle prend le nom de Montagne de Soudah , par mon brave et malheureux ami le voyageur Ritchie. Ces éruptions basaltiques dans le calcaire tertiaire, ces chaînes de collines qui se dressent comme des murs au-dessus des crevasses me paraissent analogues aux éruptions basaltiques du Yicentin. La nature reproduit les mêmes phénomènes dans les contrées les plus éloignées. Hornemann a trouvé dans les formations calcaires de l'Harousch blanc (Haroudje el-Àbiad), qui peut-être appartiennent à la craie ancienne, une quantité innombrable de têtes de poissons fossiles. Ritchie et Lyon ont remarqué aussi que le basalte des monts Soudah est mêlé intimement en plusieurs en-
droits, oomme celui du Monte Berico, de carbonate de chaux, phénomène qui tient vraisemblablement au passage du basalte à travers des couches de calcaire. La carte de Lyon indique même de la dolomie dans le voisinage. En Egypte, des minéralogistes modernes ont bien trouvé de la syénite et du grunstein, mais point de basalte. Le véritable basalte dont sont composés les vases antiques que l'on rencontre de côté et d'autre, était-il donc tiré en partie de ces montagnes occidentales ? Est-ce de là aussi que provenait l'Obsidius lapis, ou faut-il aller chercher cette pierre ainsi que le basalte aux bords de la mer Rouge ? Ces éruptions volcaniques de THaroudje, sur la limite des déserts d'Afrique, rappellent d'ailleurs aux géologues les amygdaloïdes huileuses mêlées d'augite, la phonolithe et le grunstein porphyrolde, que l'on ne rencontre qu'aux extrémités septentrionale et occidentale des steppes de Venezuela et des plaines d'Ârkansas, près des antiques chaînes qui bordent le rivage (Humboldt, Relation hisiùriqvs, t. II, p. 142 ; Long's Expédition io the Roeky Mountains, t. II, p. 91 et 405).
Note 7, page L