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LE CHAMEAU , VAISSEAU DU DÉSERT

Dans les poésies orientales , le chameau est nommé le vaisseau terrestre ou le vaisseau du désert (Chardin, Voyages, édit. de Langlès, 1811, t. m, p. 376). Mais les chameaux ne servent pas seulement au transport des fardeaux; ils ne sont pas uniquement un moyen de locomotion propre à rattacher entre elles des contrées éloignées , ils sont aussi , selon la remarque de Charles Ritter, dans son excellente dissertation sur les limites géographiques entre lesquelles sont répandus ces animaux, « la condition essentielle de la vie nomade dans les régions brûlantes qui connaissent peu ou pas les pluies, à ce degré de civilisation où règne la vie patriarcale. Il n'y a pas un autre animal, ajoute Ritter, dont la vie se rattache par des liens aussi naturels et aussi étroits à une phase déterminée du développement de la vie humaine, et soit mieux établie historiquement à travers des milliers d'années que le chameau, dans l'état de civilisation où sont retenus les Bédouins. » (Asien, t. VIII, 1 '• part. , 1847, p. 610 et 758.) « Le chameau resta complètement inconnu aux Carthaginois aussi longtemps que se maintint

leur brillante existence, et jusqu'à la ruine de leuv commerce. C'est chez les Maurusiens, dans la partie occidentale de la Libye et à l'avènement des Césars , qu'apparaissent pour la première fois les chameaux appliqués à l'usage des armées. Peut-être fut-ce seulement à la suite des efforts tentés par les Ptolémées pour rendre plus actives les relations commerciales dans la vallée du Nil. Les Gouanches, habitants des lies Canaries, qui se rattachent vraisemblablement à la race des Berbères, ne connaissaient pas les chameaux avant le xv siècle ^ époque à laquelle ces animaux leur furent amenés par les conquérants et les colons normands. Le peu de rapports qu'entretenaient sans doute les Gouanches avec les cdtes de l'Afrique et l'exiguïté de leurs navires étaient déjà un obstacle au transport d'aussi grands quadrupèdes. La véritable race berbère, répandue dans l'intérieur de l'Afrique septentrionale , à laquelle appartiennent , comme nous l'avons déjà rappelé, les Tibbos et les Touariks^ n'a pas seulement établi à l'aide des chameaux qui traversent les vastes déserts de la Libye et les oasis, les relations de commerce qu'elle entretient aujourd'hui ; elle doit encore à ces animaux d'avoir échappé à une ruine complète, et d'avoir conservé son indépendance nationale. Au contraire, l'usage des chameaux est resté étranger à la race nègre ; car ce n'est que par suite des expéditions qui soumirent aux Bédouins toute la partie septentrionale de l'Afrique, et des missions religieuses entreprises pour la conversion des nègres, que

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finit par pénétrer chez les races noires de l'occident , comme partout, Tutile animal du Nedjed, desNabatéens et de toute la zone araméenne. Les Goths amenèrent des chameaux dès le iv* siècle sur les bords de lister inférieur, aujourd'hui le Danube, comme les Ghaznévides les transportèrent en plus grand nombre encore dans les Indes, jusque sur les rives du Gange. » Pour suivre la propagation du chameau à travers le continent africain, il est nécessaire de distinguer deux époques : celle des Lagides , qui par Cyrène étendaient leur influence sur toute la partie nord-ouest de TAfrique, et répoque mahométane ou époque des conquérants arabes.

La question de savoir si Ton peut trouver encore à l'état de sauvagerie originaire les animaux domestiques qui les premiers deviennent les compagnons de l'homme, les bœufs, les brebis, les chiens, les chameaux, est demeurée longtemps problématique. Les Hioungnou de l'Asie orientale sont un des peuples qui ont donné l'exemple d'apprivoiser les chameaux sauvages. L^auteur de la grande compilation chinoise, intitulée: Historia regionum occidentalium quœ Si-yu vocantur visu et auditu cognitarum (Si-yu-wen-Kien-lo), assure qu'au milieu du xviii* siècle, on voyait errer encore dans le Turkestan oriental non-seulement des chevaux et des ânes sauvages, mais aussi des chameaux. Hadschi Cbalfa parle dans sa géographie turque , composée au xv!!** siècle, de chasses très-fréquentes dirigées contrôles I. s

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cemment on a transporté pour la première fois de Té^ nériffe à Java quarante chameaux {Singapore-Joumal of the Indian archipelago, 1847, p. 206 ). Le premier essai avait été fait à Samarang. C'est ainsi qu'on a commencé dans le dernier siècle à transporter des rennes de Norvège en Islande. On n'en avait pas trouvé dans cette lie, lors de la première colonisation, malgré le voisinage des côtes occidentales du Groenland et les masses de glaces flottantes (Sartorius von Waltershausen , pAysisch'^eographische Skizze vonlsland, 1847, p. 41).

Note 40, page 5.

RÉGIONS COMPRISES ENTRE l'ALTÀÏ ET LE KOUEN-LUN.

Le vaste soulèvement ou, comme l'on dit d'ordinaire, le plateau montagneux de l'Asie qui comprend la petite Bucharie, la Dsoungarie, le Tibet, le Tangout et les provinces de la Mongolie habitées par les Chalchas et les Eleuths est situé entre 36^ et 48<^ de latitude, 79^et 116Me longitude. C'est par erreur que l'on se représente cette partie de l'Asie centrale comme une seule masse compacte de montagnes, comme un exhaussement convexe se prolongeant sans interruption, ainsi que les plateaux de Quito et de Mexico, et élevé de 7000 à 9000 pieds audessus du niveau de TOcéan. J'ai déjà expliqué ailleurs qu'entendu de cette manière il n'existe pas de plateau continu dans l'Asie centrale (Humboldt , 1*' Mémoire mr fas moniagnei de l'Inde, dans les Annales de ehi^

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mie et de physique, 1816, p. 303 ; 2« Mémoire, 1820, p. 5-55).

Il y a longtemps déjà que mes vues sur la distribution géographique des plantes et sur la température moyenne nécessaire à certaines cultures, m'avaient fait révoquer en doute la continuité d'un vaste plateau tartare qui aurait couvert tout l'espace compris entre les chaînes de l'Himalaya et de l'Altaï. On représentait toujours ce plateau , tel que jadis Hippocrate avait décrit les plaines hautes et désertes de la Scythie, qui « se prolongent indéfiniment, sans être couronnées de montagnes, et s'élèvent jusque sous la constellation de rOurse. » {De Aère et Aquis, c. 19, 1. 11, p. 70, édit. de Littré.) Klaproth a eu l'incontestable mérite de déterminer, dans une partie de l'Asie plus réellement centrale que ne le sont les provinces de Cachmir, du Baltistan et les lacs sacrés du Tibet (Manasa et Ravanahrada), la véritable position et la direction de deux grandes chaînes complètement distinctes, le Kouen-lun et le Thian-chan ou monts Célestes. Déjà, à la vérité, Pallas avait soupçonné l'importance des monts Célestes, sans toutefois connaître leur nature volcanique; mais imbu des préjugés de son temps , livré aux hypothèses d'une géologie capricieuse et systématique , convaincu en particulier que toutes les chaînes partaient comme autant de rayons d'un centre commun, cet observateur éminent voyait dans le point culminant du Thian-chan, dans le Bogdo-Oola (mons Augustus), un nœud central

qui dominait le reste du continent et servait de point de départ à toutes les autres chaînes de montagnes.

L'idée d'un plateau unique couvrant VÂsie centrale dans toute son immense étendue, est née en France dans la dernière moitié du xvur siècle. Elle était le résultat de combinaisons historiques et d'une étude trop peu attentive du célèbre voyageur vénitien, Marco Polo. k ces causes d'erreur il faut joindre les récits naïfs des moines diplomates du xiir et du xiv* siècle qui, grâce k l'étendue et à l'unité dont jouissait alors l'empire des Mongols, pouvaient traverser tout le continent intérieur, depuis les ports de la Syrie et de la mer Caspienne jusqu'au rivage oriental de la Chine, baigné par le grand Océan. Si la connaissance exacte de la langue et de la littérature sanscrite eût été chez nous plus vieille d'un demi -siècle, l'hypothèse d'un plateau central , couvrant les vastes espaces compris entre l'Himalaya et la Sibérie méridionale , eût trouvé sans doute à s'appuyer d'une autorité antique et vénérable. Dans le fragment géographique du Mahahhon rata intitulé Bhischmakanda, le Méru paraît désigné moins comme une montagne que comme un immense renflement du sol fournissant à la fois des eaux aux sources du Gange, du Bhadrasoma (Irtyche) et de l'Oxus bifurqué. A ces vues de géographie physique se sont mêlées en Europe des idées d'un autre ordre, des rêves mythiques sur l'origine de la société humaine. La plupart des géologues étant restés longtemps oppo-

00 DBS STKPPS8 BT PBS PiSBRTft.

ses au système de soulèyement , les hautes régions qui les premières semblaient avoir été abandonnées par les eaux devaient avoir reçu aussi les premières les germes de la civilisation. Des systèmes de géologie diluvienne à Tusage des Hébreux^ et fondés sur des traditions locales, favorisaient ces aperçus. Le rapport intime que Ton avait reconnu entre le temps et l'espace, entre le commencement de Tordre social et la constitution ' de la surface du globe, donnait à ce massif inunense et non interrompu, que Ton appelait vaguement plateau de la Tartarie, une importance singulière et presque un intérêt moral. Des connaissances positive^, fruit tardif de voyages scientifiques et de mesures directes, une étude approfondie des langues et des lit''^ tératures asiatiques , particulièrement du chinois, ont rectifié peu à peu ce qu'il y avait d'inexact et d'exagéré dans ces hypothèses chimériques. Les hautes plaines (àpoiziBia) de l'Asie centrale ne sont plus considérées comme le berceau de la civilisation humaine et le siège primitif de tous les arts et de toutes les sciences. Us se sont évanouis ces Atlantes de Bailly, dont d'Alembert disait si spirituellement qu'ils nous avaient tout appris, sauf leur existence et leur nom. Dès le temps de Posidonius, les Atlantes océaniques n'étaient pas traités avec plus d'égard (Strabon, 1. 11, p. 102 ; 1. XllI, p. ô98). Un plateau d'une hauteur considérable, mais très*iné«gai, s'étend, avec des interruptions peu sensibles, depuis le Tibet oriental jusque vers les xuBuds duKentei^ au sud

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du lac Baikal , dans la direction du sud-sud-oueit au nord-nqrd-est, et porte les noms de Gobi , de Scha*mo (déserts de sable), de Scfaa-ho (fleuve de sable) et de Hanhai. Cet exhaussement plus ancien sans doute que les chaînes de montagnes qu'il coupe, est compris entre 19* et 116^ de longitude. Mesuré au sud, entre Ladak, Qertop et Hlassa, résidence du Grand Lama, perpendiculairement à Taxe longitudinal , le plateau dont nous parlons a 300 lieues d'étendue ; il en a à peine 200 entre Hami ou ELhamil, dans les monts Célestes et la grande courbure que décrit le Hoang-ho , ou fleuve Jaune , autour de la chaîne de Tln-chan ; mais on en compte 310 au nord, depuis le Khanggai, où était située jadis la métropole orientale , Karakhorum , jusqu'à la dialne méridionale du Khin-gan-Petscha, dans la partie du Gobi que l'on traverse pour se rendre de Kiakhta à Pe« king, par Ourga. Si on le mesure dans toute son étendue, en tenant compte des sinuosités, cet exhaussement du sol, qui doit être distingué des chaînes de montagnes situées à l'est et beaucoup plus hautes, offre une aire trois fois ^ale environ à celle de la France. La carte des chaînes de montagnes et des volcans de l'Asie centrale que j'ai dressée en 1839 et publiée seulement en 1843, fait res^ sortir d'une manière frappante les relations bypsométri'ques qui existent entre les montagnes et le plateau du Gobi. Elle a pour base toutes lés observations astnH nomiques que j'ai pu mettre à profit, et les descriptions orograpbiques qui existent en si grande abondance dans

la littérature chinoise, et qu'ont bien voulu rechercher à ma prière Klaproth et Stanislas Julien. Dans cette carte, où sont indiquées seulement la direction moyenne et la hauteur des chaînes de montagnes, est esquissé k grands traits tout l'intérieur du continent asiatique compris entre les méridiens de Péking et de Cherson , depuis le 30* jusqu'au 60* degré de latitude. Elle offre avec toutes les cartes publiées jusqu'à cette époque des différences essentielles.

Trois circonstances ont permis aux Chinois de réunir dans les premières productions de leur littérature un très-grand nombre de données orographiques sur la haute Asie, particulièrement sur les régions situées entre la chaîne de l'In-chan, le lac alpestre Khoukou-noor et les rives de l'Ili et du Tarim, au nord et au sud des monts Célestes, régions si complètement inconnues jusqu'à ce jour des nations occidentales. Ces circonstances sont : 1*" Les conquêtes pacifiques des pèlerins bouddhistes et les expéditions militaires dirigées vers l'ouest, qui sous les dynasties des Han etdesThang, c'est-à-dire 122 ans avant notre ère, et plus tard, au ix* siècle, amenèrent les vainqueurs jusqu'à Ferghanaet aux rives de la mer Caspienne ; 2° l'intérêt religieux qui s'attachait à certaines cimes de montagnes, en raison des sacrifices dont la loi prescrivait l'accomplissement périodique; 3* l'usage précoce et familier de l'orientation par la boussole dans l'intérieur des terres. Cet usage, et la connaissance répandue douze siècles avant l'ère chrétienne de la pro-

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priété directrice inhérente à Taiguille aimantée, durent donner aux indications orographiques et hydrogra« phiques des Chinois une grande supériorité sur les descriptions d'ailleurs si rares des écrivains grecs et latins. Strabon, malgré toute sa sagacité, ne connaissait pas mieux la direction des Pyrénées que celle des Alpes et des Apennins (Strabon , 1. II, p. 71 et 128; 1. m, p. 137; 1. IV, p. 199 et 202; 1. V, p. 211). A la partie basse de TAsie appartiennent : presque toutes les contrées septentrionales bornées au sud-est par la chaîne volcanique du Thian-chan ; les steppes situées au nord de T Altaï et de la chaîne Sayane; les espaces qui s'étendent depuis les environs de la mer Caspienne jusqu'à la chaîne méridienne du Bolor ou Boulyt-Tagh (montagne des Nuages, dans le dialecte des Ouigours ) , et au cours supérieur de l'Oxus qui prend sa source près du plateau de Pamir, dans le lac Sir-i-kol (lake Victoria) , ainsi que Tont reconnu les pèlerins bouddhistes Hiouen-thsang et Soung-youn dès 518 et 629, Marco Polo en 1277 et le lieutenant Wood en 1838 ; enfin la contrée qui partant du lac Aral et de l'extrémité méridionale des monts Ourals va rejoindre le lac Thenghiz ou Balkhasch, à travers la steppe des Kirghiz. Auprès de plateaux qui n'ont pas moins de 6000 à 10000 pieds de hauteur, il est bien permis d'appliquer le nom de bas-fonds à des surfaces qui s'élèvent de 200 à 1200 pieds au-dessus du niveau de la mer. Le premier de ces nombres marque la hau-

teur de la ville de Manheim, le second celle de Genève et de Tubingue. Les dénominations de hauts-fonds et de bas-fonds n'ont qu'une valeur relative, et étendre le nom de plateau, dont on fait tant d'abus, à des ondulations de terrain qui présentent une différence à peine sensible dans la température et le caractère de la végétation , ce serait , de la part de la géographie physique, renoncer à l'idée de rapport qui existe entre les altitudes et le climat, entre l'exhaussement du sol et rabaissement de la température. Lorsque je me trouvai dans la Dsoungarie chinoise, entre les frontières de la Sibérie et le lac Dsaisang , à égale distance de l'océan Glacial et des embouchures du Gange, je pouvais me croire dans l'Asie centrale ; mais le baromètre m'apprit bientôt que les plaines traversées par le cours supérieur de l'Irtyche entre Oustkamenogorsk et le poste chinois de Chonimailakhou {le bêlement des brebis), sont à peine élevées de 800 à 1000 pieds au-dessus du niveau de la mer. Les mesures barométriques de Pansner qui ont précédé mon expédition, bien qu'elles aient été publiées plus tard, ont été confirmées par celles que j'ai faites moi-même. Ses résultats et les miens contredisent les hypothèses que l'abbé Chappe a mises en avant, en se fondant sur l'estime des pentes de rivière et sur l'élévation prétendue des rives de l'Irtyche dans la Sibérie méridionale. Le lac Baikal situé beaucoup plus loin vers l'est n'est encore lui-même qu'à 222 toises ou 1332 pieds au-dessus de la mer.

Afin de bien faire saisir, à l'aide de quelques exemples certains, le rapport entre les hautes terres et les basses terres et la gradation des exhaussements du sol, î*ai disposé ici la série ascendante de quelques plateaux pris en Europe, en Afrique et en Amérique et mesurés avec exactitude. On pourra comparer à ces chiffires les résultats récemment acquis sur la hauteur moyenne des plaines de l'Asie qui en forment les véritables basfonds.

Plateau d'Auvergne 170 toises.

deBaylère 260

de CastiUe 350

deMysore , 460

de Garacaf 480

de Popayan, 900

d'Abyssinie (lac Tzana) 950

de l'Afrique méridionale (rivière d'Orange] . 1000

d'Abyssinie (Axum) 1100

de Mexico 1 170

de Quito. 1490

de U province de los Pastos 1600

des environs du lac Titicaca 2010

Dans aucune partie du Gobi , appelé improprement désert, car il contient çà et là de beaux pâturages, on n'a mis autant de soin à explorer les altitudes diverses du sol que dans la zone qui s'étend depuis les sources du Se* lenga jusqu'à la muraille de la Chine, et ne comprend guère moins de 250 lieues. Un nivellement barométrique a été exécuté avec une très-fprande exactitude ,

96 DSS STKPPES ET DES DÉSERTS.

SOUS les auspices de rAcadémie de Saint-Pétersboui^ par deux savants d'une grande distinction, l'astronome George Fuss et le botaniste Bunge, lorsqu'ils accompagnèrent, en 1832, des moinesdurite grec envoyés en mission àPéking. Leur but était d'établir dans ces lieux l'un des observatoires magnétiques dont j'avms signalé les avantages. Ils reconnurent que la hauteur moyenne de cette partie du Gobi ne s'élève pas, comme on s'était trop pressé de le concl ure des résultats obtenus par les jésuites Gerbillon et Yerbiest sur les sonunets des montagnes environnantes, à 7500 ou 8000 pieds, mais tout au plus à 4000 pieds, c'est-à-dire à 667 toises. La partie comprise entre Erghi, Dourma et Charabourguna n'a pas plus de 2400 pieds ou ^00 toises au-dessus du niveau de l'Océan ; c'est à peine 300 pieds au-dessus du plateau de Madrid. Erghi est située à la moitié du chemin qui traverse le désert sous 45° 31' de latitude et 109« 4' de longitude orientale. Le sol offre en ces lieux une dépression de plus de 100 lieues de largeur, dirigée du sud-ouest au nord-est, et qui, suivant une ancienne tradition mongole, formait jadis le lit d'une grande mer intérieure. On y trouve des espèces de roseaux et de plantes salines, identiques pour la plupart à celles que présentent les basses terres qui bordent la mer Caspienne. On rencontre aussi dans cette contrée , au centre du désert , de petits lacs salés dont le sel est transporté en Chine. D'après une croyance bizarre, très-répandue parmi les Mongols, rOcéan doit revenir un jour et soumettre de nouveau

ÉCIAIRaSSEMENTS ET ADDITIONS. 97

le Gobi à son empire. Ces visions géologiques rappellent les traditions chinoises sur le lac Amer, situé dans Tinteneur de la Sibérie , dont j'ai fait mention ailleurs (Humboldt, Asie centrale, t. U, p. 139; Klaproth, Asia palyglotta, p. 232).

Le bassin de Kachmir, objet d'un si vif enthousiasme de la part de Bernier et traité peut-être un peu dédaigneusement par Victor Jacquemont, a donné lieu aussi à de grandes exagérations hypsométriques. Jacquemont a reconnu, à l'aide de mesures barométriques dont on ne saurait suspecter l'exactitude, que la hauteur du lac de Wulur, situé dans la vallée de Kachmir, à peu de distance de la capitale Sirinagur, ne dépasse pas 836 toises on 5016 pieds. Des opérations incertaines, fondées sur le degré de l'ébullition de l'eau, ont donné au baron Charles de Hûgel 910 toises d'élévation , au lieutenant Cunningham seulement 790 (Asie centrale, t. 111, p. 310, et Journal of the Asiatic Society ofBengal, t. X, 1841, p. 114). La contrée montagneuse de Kachmir, qui a excité un si grand intérêt, particulièrement en Allemagne , bien que quatre mois de neige dans les rues de Sirinagur diminuent un peu les agréments du climat, n'est pas située, comme cela se dit d'ordinaire, sur le dos de l'Himalaya, mais bien sur le versant méridional où elle fait l'effet d'une vallée encaissée (Charles de Hûgel, Kachmir, t. II, p, 196). Au sud-ouest, à l'endroit où le Pir Panjal s'élève comme une muraille et sépare la contrée de Kachmir du Pendjab

M DIS STIPPBS BT DES DÉSUTB.

indien , les sommets neigeux de ces montagnes sont de formation basaltique et amygdalcnde. Cette dernière formation a reçu des indigènes le nom très-caraetéris*' tique de Schischak Deyu, qui signifie la petite vinte du diable (Vigne, Travek in Kashmir, 1842, t. I, p. 237i93). Les voyageurs ont de tout temps représenté la végétation de Kachmir sous des aspects très-divers, selon qu'ils quittaient ce monde de végétaux si riche , aux formes si variées, qui peuple les régions tropicales, ou qu^ils venaient du nord, du Turkestan, de Samarcande et de Fergfaana.

Ce n*e6t aussi que dans ces derniers temps qu'on est parvenu à se faire une idé^ plus distincte de la hauteur du Tibet Jusque4à on avait, par une méprise grosàère, confondu le niveau des plateaux avec les sommets des montagnes auxquels ils servent de base. Le Tibet rem* plit 1 espace borné par THimalaya et le Kouen-lun ; les hauts-^fonds dont il est formé s'étendent comme une >'«llèe entre ces deux puissantes chaînes de montagnes. Lt^ indigènes et les géographes chinois partagent le pays en trois parties^ dans la direction de Test à l'ouest Ou distingue ainsi le Tibet supérieur dont la capitale est Hl«»a. située vraisemblablement a 1500 toises de hauteur : le Tibet moyen auquel appartient la ville de Leh ou bKtak J vVS) t J ; enfin le petit Tibet ou Baltistan, appelé au^ Sari4KHitan. c est-à-dire le Tibet des mbrieats, où $0 trvmveiU les villes d Iscardo (985 1), de Gilgit, et au sud d'Iscardi^ mais sur la rive gauche de l'Indus, lepia-

ÉGLA1RCIS6EIISNT3 BT ADDITIONS. 09

teaa de Deotsuh mesuré par Vigne (1873 t.). Si Ton étudie avec soin les nombreuses relations qui existent jusqu'à ce jour sur le Tibet , et qui viennent d'être ^ Tannée dernière , considérablement accrues à la suite de la brillante expédition entreprise sous les auspices du gouverneur général, lord Dalhousie, pour la fixation des frontières, on se convaincra bientôt que la contrée qui sépare FHimalaya et le Kouen-Iun n'est nullement un plateau continu ; mais qu'elle est sillonnée par des groupes de montagnes qui appartiennent sans aucun doute à des systèmes de soulèvement tout à fait distincts. U y a peu de véritables plaines. Les plus considérables sont celles qui sont situées entre Gertop , Daba , Sdiang-Thoung {la plaine des Bergers)^ où naissent les dièvres à laine de Schawl, et Shipke (1634 t.) ; celles qui s'étendent autour de Ladak, à 21 00 toises de hauteur, et qu'il ne faut pas confondre avec l'enfoncement dans lequel la ville est cachée ; enfin le plateau des lacs sacrés de Manasa ou de Ravana-hrada, déjà visité en 1625 par lepère Antonio deÂndrada, et qui vraisemblablement n'a pas moins de 2345 toises. D'autres parties de la contrée sont remplies par des massifs de montagnes serrés étroitement les uns contre les autres, et suivant l'expression de Vigne , « rising like the waves of a vast Océan. » Le long des fleuves, sur le bord de l'Indus, du Sutledje et du Yarou-dsangbo-tschou que Ton croyait autrefois identique avec le Bourampouter (Brahma-poutra), on a mesuré différents points dont la hauteur ne va pas au

delà de lOôO à 1400 toises. De ce nombre sont les vil* lages de Pangi, de Kunawur, de Kelou et de Murung {Asie centrale, t. III , p. 281-325); d'après un grand nombre de déterminations de hauteur soigneusement recueillies, je crois pouvoir conclure que la partie du plateau tibétain comprise entre 71» et 83° de longitude orientale ne dépasse pas, en moyenne, 1 800 toises. C'est à peine la hauteur à laquelle s'élève la plaine fertile de Caxamarca dans le Pérou; c'est 211 toises audessous du plateau de Titicaca , 337 toises au-dessous du sol sur lequel est bâtie la ville de Potosi.

La culture de plantes dont la croissance exige une température déterminée nous apprend qu'outre le plateau tibétain et le désert de Gobi , l'Asie offre entre les 37* et 48* parallèles, aux lieux que l'on représentait autrefois comme un plateau continu, des dépressions considérables et de véritables bas-fonds. Une étude attentive de l'ouvrage de Marco Polo, où il est fait mention de la culture de la vigne, et de coton récolté dans les contrées septentrionales, avait depuis longtemps éveillé l'attention de l'ingénieux Klaproth. Dans un ouvrage chinois intitulé : Relation sur les Barbares nouvellement soumis (Sin-kiang-wai-tan-ki-lio), il est dit que le pays d'Âksou, situé un peu au sud des monts Célestes, près desfleuves qui forment le grand Tarim-gol, produit « des raisins, des grenades et un grand nombre de fruits d'une saveur exquise. Les champs sont couverts aussi de coton jaune (Gossypium religiosum), qui fait l'effet de

ÉCLAIRCISSEMENTS ET ADDlTIOiNS. 101

nuages. Dans Tété la chaleur est extrêmement forte, et dans rhiver il n'y a, non plus qu'à Tourfan , ni froid rigoureux , ni neiges abondantes. » Les contrées de Khotan , de Kachgar et de Tarkand acquittent encore, conmie au temps de Marco Polo, leurs tributs en colon (Il milione di Marco Polo^ pubbl. dal conte Baldelli , t. I , p. 32 et 87 ). On récolte également dans Toasis de Hami ou Khamil , située plus de 80 lieues à Test d'Aksou, des oranges, des grenades et des raisins trèsestimés.

De ces indications relatives à la culture et au climat, il est permis de conclure le peu d'élévation du sol dans des parties considérables de l'Asie centrale. A une aussi grande distance des côtes, sous une longitude aussi orientale , dont l'efTet naturel est d'augmenter le froid en hiver, et par 43 et 44 degrés de latitude, un plateau qui atteindrait seulement à la hauteur de Madrid ou de Munich pourrait bien avoir des étés chauds, mais non des hivers doux et presque sans neige. J ai été témoin , il est vrai , qu'à Astracan (latit. 46<^ 2 1 '), sur les bords de la mer Caspienne, à 78 pieds au-dessous du niveau de la mer Noire, de fortes chaleurs estivales favorisent la culture de la vigne; mais cela n'empêche pas que dans l'hiver le thermomètre ne descende de 20 à 25 degrés centigrades au-dessous de zéro. On conçoit encore que des plantes qui ne vivent pour ainsi dire qu'en été, que la vigne, le cotonnier, le riz et les melons puissent être, gr&ce à la chaleur rayon-

102 DIS STEPPES BT DES DtSKAtS.

nante, cultivées avec succès entre le 40* et le 44* degré de latitude, sur des plateaux qui excèdent de beaucoup 500 toises ; mais comment les grenadiers d'Àksou et les orangers de Hami, dont le père Grosier vantait dé|à Texcellence, pourraient-ils, à de grandes hauteurs, braver la rigueur et la longue durée de Thiver? {Ask centrale, t. II , p. 48-62 et 4290 Charles ZimmennanUi dans la savante analyse qu'il a donnée de sa carte de FAsie centrale (1841, p. 09), a rendu très-probable Fopinion que le bassin du Tarim-gol, c'est-à-dire les déserts compris entre les chaînes du Thian'-chan el du Kouen-lun, s'élèvent à peine, près du lacLop dans lequel se jette le Tarim et que Ton représentait autre^ fois comme un lac alpestre, à 1200 pieds au-deUsus du niveau de la mer. C'est une élévation double de celle di la ville de Prague. Sir Alexandre Burnes n'évalue la hauteur du Bokhara qu'à 186 toises ou 1116 pieds. Il est fort à désirer que la hauteur du plateau central de l'Asie, au sud du 45* parallèle, soit enfin mise hors de question à l'aide de mesures barométriques, ou, ce qui demande il est vrai plus de circonspection qu'on n'a coutume d'en apporter à ces expériences, par le degré de l'eau bouillante. Tous les calculs sur la différence entre la limite des neiges étemelles et le maximum de hauteur auquel peut être cultivée la vigne dans les différents climats, reposent sur des éléments trop compli'qués et trop incertains* Afin de rectifier très-brièvement ce que j'ai dit dans

kglaucissiibnts st additionb. 103

la dernière édition de ce livre , sur les grands systèmes de montagnes qui traversent FÀsie centrale, je les réunis ici dans un tableau général, en commençant par les quatre chaînes parallèles , dirigées à peu près régulièrement de Test à Touest , et dont les chaînons s'entre-croisent quelquefois , bien que rarement, en forme de grille. Toutes les fois que ces montagnes s'écartent de leur direction , on en peut conclure , comme pour les Alpes d'Europe , que les soulèvements se sont produits à des époques différentes. Après les quatre systèmes parallèles de l'Altaï, du Thian-chan, du Kouen-lun et de l'Himalaya , nous passerons en revue les failles méridiennes, c'est-à-dire les chaînes dirigées du nord au sud, telles que l'Oural, le Bolor, le Khingan, et les chaînes chinoises qui suivent la même direction, près de la grande sinuosité décrite par le Dzaiigbotchou, le fleuve du Tibet, de l'Assam et du Birman. Les monts Ourals séparent les basses terres de l'Europe des basses terres de l'Asie. Ces dernières contrées sont représentées par Hérodote (1. IV, c. 40 et 42; cf. édit. de Schweighœuser, t. V, 2* part., p. 204), et même par Phérécy de , comme une Scythie européenne (Sibérie), comprenant tous les pays situés au nord de la mer Cas* pienne et de l'Iaxarte qui coule vers l'ouest. Elle peuvent être par conséquent considérées comme un prolongement de l'Europe, qui « s'étend le long de l'Asie, dans le sens de sa plus grande dimension. »

1* Le grand système de VAliai, désigné, dès le

104 DES STEPPES ET DES DiSEKTS.

vir siècle, sous le nom de mont d'Or par Méoandre de Byzance, sous celui de Âltaî-alin chez les Mongols, de Kin-chan chez les Chinois, s'étend entre le SO" et le 52* degré et demi de latitude septentrionale, et borne vers le sud la vaste dépression du sol sibérien, depuis les mines fécondes du Schlangenberg et le confluent de rOuba avec Tlrtyche jusqu'au méridien du lac Baîkal. Il faut renoncer complètement aux dénominations vulgaires de grand et de petit Altaï, auxquelles a donné lieu un passage confus d'Aboulghassi (Asie centrale, 1. 1, p. 247). Le système de l'Altaï comprend : l"" l'Altaï proprement dit ou Altaï-Kolyvan^ complètement soumis à la domination russe, qui s'avance à l'ouest de l'entrecroisement formé par les crevasses méridiennes du lac Telezk, et bordait vraisemblablement à l'est, dans les temps anté-historiques, le grand bras de mer qui faisait communiquer le bassin aralo-caspien avec l'océan Glacial, dans la direction des groupes de lacs qui existent encore aujourd'hui sous le nom d'Akhsakal-fiarbi et de Sary-Koupa; 2^ les chaînes Sayanes deTangnou, d'Oùlangom et de Malakha, situées à l'est des monts Telezk et suivant toutes des lignes à peu près parallèles de l'ouest à l'est. Le Tangnou, qui se perd dans le bassin de la Selenga, a servi, depuis une haute antiquité, de ligne de démarcation entre la race turque, au sud, et les Kirghiz, désignés autrefois sous le nom de Hakas, qui n'est autre que celui de laxai , vers le nord. Cette montagne est la patrie originaire des Samoyèdes ou Sayotes,

ÉGLAIRGISSEMBNTS ET ADDITIONS. 105

qui se répandirent jusqu'à l'océan Glacial , et que Ton a longtemps considérés en Europe comme habitant exclusivement les côtes polaires. Les cimes neigeuses les plus élevées de rAltaî-Kolyvan sont les colonnes de Bieloukha et de Katunia; les dernières ne dépassent pas pourtant 1 720 toises , c'est-à-dire la hauteur de l'Etna. Le plateau daourien, auquel appartient le nœud du Kentei et dont l'extrémité orientale est rejointe par le Jablonoi- Khrebet, sépare le bassin du lac Baïkal et celui du fleuve Amour.

2'' Le système du Thian-chan ou monts Célestes, le Tengri-tagh des Turcs et des Hiongnou issus de la même origine que les Turcs, court de l'ouest à l'est, et dépasse huit fois en étendue la longueur des Pyrénées. A l'ouest de son intersection avec la chaîne méridienne de Bolor et de Kosyourt, le Thian-chan prend les noms d'Asferah et d'Altagh ; il abonde en métaux et est sillonné de crevasses béantes qui exhalent des vapeurs chaudes , lumineuses durant la nuit, d'où les indigènes extrayent du sel ammoniac {Asie centrale, t. Il, p. 18-20). A l'est du croisement des deux chaînes, se succèdent dans le Thian-chan : le passage de Kachghar (Kachghar-dawan); le passage du glacier Djeparlé qui conduit vers Koutché et Aksou dans le bassin du Tarim ; le volcan Pechan qui lance encore des flammes, et a vomi des flots de lave au moins jusqu'au milieu du vir siècle de notre ère ; le grand massif couvert de neiges de Bogdo-Oola ; la sol&tare d'Ouroumtsi qui produit du soufre et du

106 DSS STEPPES ET DBS DÉSBET8.

sel ammoniac (Nao-scha) dans un terrain houiller ; le volcan de Tourfan (Ho-tcheou ou Bischbalik) situé presque à égale distance entre les méridiens de Tourfan (Koune-Tourpan) et de Pidjan , et qui jette encore des flammes. Les éruptions volcaniques du Thianchan remontent, d'après les historiens chinois, jusqu'à Tan 89 avant Jésus-Christ, à l'époque où les Hiongnou furent poursuivis par les Chinois, depuis les souroei de rirtyche jusqu'à Koutché et Kharachar (Klaprothi Tableaux historiques de l'Asie, p. 108). Le général chinois Teou-hian gravit le Thian-chan et vit « les montagnes volcaniques d'où jaillissent des masses de pierres liquéfiées qui ne s'arrêtent qu'à plusieurs li de dis« tance. »

L'inmiense éloignement des volcans de FAsie centrale par rapport aux côtes de la mer est un phénomène re* marquable et isolé. Âbel Rémusat a le premier signalé cette distance à l'attention des géologues, dans une lettre à Cordier {Annales des min^, L Y, 1820, p. 137). Il n'y a pas, par exemple, moins de 63A lieues entre le volcan de Pe-chan et l'océan Glacial, près de l'embouchure de l'Obi ; il y en a 630 vers le sud entre ce même volcan et l'embouchure de l'bidus et du Gange ; tant il est vrai de dire que ces éruptions jaillissent du centre même du continent asiatique. Dans la direction de l'ouest, le Pe-chan est à 566 lieues du golfe de Haraboghaz dans la mer Caspienne, à 423 lieues du bord . oriental du lac Baikal. Les volcans actifs du nouveau

ÉCLAmCISSBlifENTS BT ADDITIONS. 107

monde paraissaient être jusque-là les plus éloignés des côtes. Le volcan mexicain de Popocatepetl n'est cependant qu'à 44 lieues des cdtes de la mer du Sud; et dans l'Amérique méridionale, on compte 31, 35 et 52 lieues seulement entre les volcans de Sangai , de Tolima et de la Fragua, et les rivages de la même mer. Ne sont pas compris dans ce relevé les volcans éteints et les montagnes de trachyte qui ne sont pas en communication permanente avec l'intérieur de la terre (Asie centrale, t. H, p. 16-55, 69-77, 341-356). A l'est du volcan de Tourfon et de l'oasis fertile de Hami , la chaîne du Thian-chan disparaît dans la grande intumescence du Gobi, dirigée du sud-ouest au nordest. L'interruption dure l'espace de 9 degrés et demi de longitude ; mais au delà du Gobi , la chaîne transversale de l'In-chan (montagne d'Argent) forme un prolongement du Thian-chan qui s'étend de l'ouest à Test, presque jusqu'aux côtes de l'océan Pacifique , dans le voisinage de Péking, au nord de Pe-tcheli. De même que rin*chan continue vers l'est la crevasse sur laquelle s'élève le Thian-chan , on peut être également tenté devoir dans le Caucase un prolongement occidental de la même chaîne, par delà les bas-fonds du Touran ou la dépres«sion aralo-caspienne. Le parallèle moyen ou l'axe de soulèvement du Thian-chan est entre 40^ 40' et 43° de latitude ; celui du Caucase dirigé de l'est-sud-est à l'ouestnord-ouest, suivant la carte dressée par l'état -major de l'armée russe, oscille entre 41° et 44° (baron de

Meyendorff dans le Bulletin de la Société géologique de France, t. IX, 1837-1838, p. 230.) Des quatre chaînes parallèles qui traversent TÂsie dans toute son étendue, le Thian-chan est la seule dont jusqu'ici aucun sommet n'ait été mesuré.

3*" Le système du Kouen-lun (Kourkoun ou Koulkoun), si l'on y joint l'Indou-kho et son prolongement occidental, le mont Elbourz et le volcan de Demavend, forme avec les Cordillères des Andes la plus longue ligne de soulèvement qui sillonne notre planète. Au point où il coupe à angle droit la chaîne méridienne de Bolor, le Kouen-lun prend le nom de montagnes des Ot^non5 ( Thsoung-ling ) ; le Bolor lui-même est ainsi nommé, à Tangle oriental de Tintersection. Le Kouen* lun qui marque la limite septentrionale du Tibet suit très - régulièrement de Touest à Test le 36* parallèle. Il existe cependant sous le méridien de HIassa une interruption produite par le grand nœud de monta* gnes qui entoure le lac alpestre de Ehoukou-noor et la mer des Étoiles (Sing-so-hai) si célèbre dans la géographie mythique des Chinois. Les chaînes un peu plus septentrionales du Nan-chan et du Kilian-chan qui s'étendent jusqu'au mur de la Chine, près de Liangtcheou, peuvent être en quelque sorte considérées comme le prolongement oriental du Kouen-lun. A l'ouest de l'intersection du Kouen-lun et du Bolor, la direction des axes de soulèvement qui vont de l'est à l'ouest dans le Kouen-lun et l'Hindou-kbo, et du sud-est

ÉCLAiRClSSEMENTS ET ADDITIONS. 109

au nord-ouest dans l'Himalaya, prouvent, ainsi que je crois déjà l'avoir démontré dans Y Asie centrale (t. I, p.xxiiietll8-159; t. II, p. 431-434 et 465), quel'IIindoukho est le prolongement du Kouen-lun et non de l'Himalaya. Depuis le mont Taurus, dans la Lycie, jusqu'au Kafiristan, la chaîne suit le parallèle de Rhodes, leDeaphragme de Dicéarque, dans un espace de 45 degrés de longitude. La grande vue géologique d'Ératosthène développée par Marin de Tyr et par Ptolémée , d'après laquelle le prolongement du Taurus s'étend à travers toute l'Asie jusqu'à l'Inde, dans une seule et même direction, parait avoir été fondée en partie sur des notions qui du Pendjab étaient parvenues aux Perses et aux Hindoux (Strabon, LU, p. 68; 1. XI, p. 490 et 511; I. Xn,p. 689). Les brahmanes affirment, dit Cosmas Indicopleustès dans sa Topographia christiana (Uontfaucon, Collectio nova Patrum, t. II, p. 137), « qu'un cordeau partant de Tzinitza (Thinae) et traversant la Perse et la Romanie diviserait exactement en deux parties égales la terre habitée. » Il est remarquable, ainsi que le fait déjà observer Ératosthène, que cet axe de soulèvement, le plus grand de l'ancien monde , situé sous 35"" 30^ et 36*" de latitude septentrionale, aboutit aux colonnes d'Hercule, après avoir traversé le lit de la mer Méditerranée {Asie centrale, 1. 1, p. xxm et 122-138; t. II, p. 430-434; Cosmos, t. II, p. 227 et 621). La partie orientale de THindoukho est le Paropanisus des anciens , le Caucase indien

110 DBS STEPPES ET DBS DÉSERTS.

des compagnons d'Alexandre. Le nom d*Hindou-kouch , si souvent employé aujourd'hui par les géographes, ne s'applique, comme on le voit déjà par les relations de TÀrabe Ibn-Batuta {Travels, p. 97), qu'à un seul passage dans lequel l'excès du froid a souvent tué un grand nombre d'esclaves hindoux. Le Kouen-lun vomit aussi du feu à plusieurs centaines de milles dû littoral. Le mont Chinkieou renferme une caverne d'où jaillissent des flammes qui , d'après un passage du Yauethtchong-ki traduit par mon ami M. Stanislas Julien, sont aperçues à une très-grande distance (Asie een~ traie, t. Il, p. 427 et 483.) La cime la plus élevée de l'Hindou-kho dont on ait mesuré la hauteur, est située au nord-ouest de Dschellalabad, à 3164 toises audessus du niveau de la mer. Vers l'ouest , près d'Hérat , la chaîne s'abaisse et n'a pas plus de 400 toises, jusqu'à ce qu'elle se relève au nord de Téhéran, et atteigne une hauteur de 2295 toises.

4*^ La direction normale de V Himalaya est de l'est à l'ouest^ ainsi que cela apparaît manifestement sur une étendue de plus de 15 degrés de longitude (79®-95**), depuis le colossal Dhawalagiri, haut de 4390 toises, jusqu'au point où la chaîne est traversée par le fleuve Dzangbo-tchou (Irawaddy, d'après Dalrymple et Klaproth ) qui est demeuré longtemps à l'état de problème ; on peut même dire jusqu'aux chaînes méridiennes qui couvrent toute la Chine occidentale, et particulièrement dans les provinces de Sse-tchouan, Hou-kouang et

Kooang-sî, fonnent le grand nœud de montagnes d*où sortent les sources du Kiang. Après le Dhawalagiri , ce n'est pas, comme on Ta cru jusqu'ici, le Tchamalari, mais le Kinchinjinga, qui forme le point culminant de la partie de THimalaya dirigée de l'est à l'ouest. Le sommet occidental du Kinchinjinga, situé sous le méridien de Sikhim, entre le Boutan et le Népaul, sur la partie de la chaîne qui va du Tchanialari, dont la hauteur pré* somée est de 3750 toises, au Dhawalagiri, a 4406 toi* ses de haut ; le sommet oriental en a 4226. C'est l'année dernière que le Kinchinjinga a été pour la première fois mesuré trigonométriquement par le colonel Waugh ; et conome il est dit en termes exprès, dans une let* tre qui m'a été adressée de Dorjuling, le 25 juillet 1848, par le savant botaniste attaché à la dernière expédition vers le pôle sud, le D' Jos. Hooker, que le Dhawalagiri, après une nouvelle mesure, conserve définitivement le premier rang parmi les cimes neigeuses de l'Himalaya, il Caut nécessairement que sa hauteur réelle dépasse les 4390 toises ou 8S56 mètres qu'on lui avait attribués jusqu'ici. Le changement de direction s'opère près du Dhavsralagiri , sous 79 degrés de latitude orientale. Â partir de ce point, l'Himalaya court non plus de l'est à l'ouest, mais du sud-est au nord-ouest, et arrivé entre Mozufer-abad et Gilgit, au sud du SLafiristan, va rejoindre une partie de l'Hindoukbo, comme un grand filon croiseur. Cette déviation dans l'axe de l'Himalaya prouve avec évidence qu'il

112 DIS STBPPBS KT DSS DtSSRTS.

y a eu des soulèvements successiEs, comme cela s'observe aussi dans la région occidentale des Alpes d'Europe. Le cours supérieur de l'Indus, depuis les lacs sacrés de Manasa et de Ravana-hrada, situés à 2345 toises de hauteur, dans le voisinage desquels il prend naissance, jusqu'à Iscardo et au plateau de Deotsuh, haut de 2032 toises d'après les mesures de Vigne, suit sur le plateau tibétain la direction du sud-ouest au nord-est, parallèlement à THimalaya. Dans la partie occidentale de THimalaya se trouvent le Djawahir, dont depuis longtemps on avait exactement mesuré la hauteur (4027 t.)9 et la vallée de Kachmir située à l'abri de tous les vents sur une hauteur qui ne dépasse pas 836 toises, près du lac Wulur, dont jamais une vague ne ride la surface gelée pendant tout Thiver.

Après les quatre grands systèmes de montagnes qui dans leur allure normale forment autant de chaînes parallèles, il nous reste à nommer la longue série de chaînes méridiennes alternantes qui s'étendent depuis le cap Comorin, vis-à-vis Ttle de Ceyian, jusqu'à la mer Glaciale, entre 64^ et 75^ de longitude, dans la direction moyenne du sud-sud-est au nord- nord-ouest. A ce système de soulèvements méridiens, qui, par leur disposition alterne, rappellent les failles de filons, appartiennent les Gbates, la chaîne Soliman, le Paralasa, le Bolor et TOural. Le relief est interrompu de telle manière que chaque nouveau surgissement prend naissance dans une latitude que n'a pas atteinte le surgis-

ÉCLAIRaSSEXKNTS ET ADDITIONS. 113

sèment qui précède, et qae tontes ces montagnes, opposées les unes aux autres , alternent successivement. L'importance que les Grecs attachèrent aux chaînes méridiennes de TAsie, non pas toutefois, je suppose, avant le ii* siècle de notre ère, avait disposé Agathodémon et Ptolémée (tab. VII et Vni) à se représenter le Bolor, comme suivant, sous le nom dlmaus, wi axe prolongé jusqu'à 62* de latitude, c'est-àike jusqu'aux basses plaines arrosées par le cours inférieur de l'irtyche et de l'Obi.

Si indifférente que soit aux yeux du géognoste une ride plus ou moins saillante sur Vécorce d'une planète, la hauteur des sommets de montagne, mesurés verticalement au-dessus du niveau de la mer, est toujours, ainsi que tout ce qui est d'une entreprise difficile, l'objet de la curiosité populaire. Je suis donc autorisé à placer ici l'indication des développements successifs qu'ont pris les connaissances hypsométriques. Lorsqu'on 1804 je revins en Europe après quatre années d'absence, on n'avait encore mesuré avec quelque exactitude aucune des cimes neigeuses de l'Asie, pas plus sur l'Himalaya, que sur l'Hindou-kho ou le Caucase. Les Indes orientales ne m'offraient donc aucun terme de comparaison dont je pusse rapprocher les déterminations de hauteur que j'avais recueillies dans les neiges éternelles des Cordillères de Quito et dans les montagnes du Mexique. L'important voyage de Turner, de Davis et de Saunders au plateau du Tibet, tombe, à la vérité, dans

114 PES STEPPES ET D^S DiSSRTS.

Tannée 1783 ; mais le gavant Colebrooke remarquait avec raison que Tévaluation faite par Turper de la hauteur du Tcbamalari , situé un peu au nord de Tassisudau, sous 28'' 5' de latitude, 87"" 8' de longitude, pe repose pas sur des fondements plus solides que les évaluations faites par le colonel Crawford et )e lieutenant Macartney, des hauteurs que l'on distingue de Patna et du Kafiristan (Tu mer, dans le&Asiatic fiesec^rchesy t. XII, p. 234; £lphinstoQe, Account ofthe Kingdam çfCquhul, 1815, p. 95; Frapcis E[ainilt(mi Account of Népal, 1819, p. 92), C^ sont les excellents travaux de Webl), de Hodgson, dç Herbert et des frères Gérard qui les premiers ont répandu sur les cimes gigantesques de l'Himalaya upç lumière plus vive et plus sûre. En 1808, la connaissance hypsométrique des cliatnes de l'Inde orientale était encore tellement iqcertaine que Webb pouvait écrire è Colebrooke : «< La hauteur de l'Himalaya demeure toujours problématique; je trouve bien que les sommets que l'on aperçoit du plateau 4e Rohilkand sont élevés au-des§us de cette plaine de 21 ÛOO pieds anglais (3284 toises) ; mais nous ne connaissons pas leur hauteur absolue au-dessus du niveau de la mer. >»

Au commencement de l'année 1820, se répandit en Europe la nouvelle que non-seulement il y avait dans l'Himalaya des sommets beaucoup plus élevés que ceux des Cordillères, mais que Webb, dans le col de Niti, et Moorcroft dans le plateau tibétain, aux environs de Daba et des Lacs Sacrés, avaient trouvé deheaqx champs

de blé et des prairies fertiles, 3iir des hauteurs qui dépassent de beaucoup le mont Blanc. Cette nouvelle fut accueillie en Angleterre avec une grande défiance ; on atU^iua l'exactitude des observations par des considérations tirées de la réfraction de la lumière. J*ai démontré le peu de fondement de ce$ doutes dans deux mémoires sur les montagnes de llnde, insérés aux Annales de Chimie et de Physique (t. tll, p. 303 et XIY, p. 6). Un jésuite tyrolien, le père Tiefenthaler, qui pénétra en 1766 dan^ les provinces de Kemaoun et de Népal avait déjà soupçonné l'importance du Phawalagjri. On lit si|P sa carte : ^^ liIont(^ Albi, qui }ndis Dolaghir, nive obsiti. p Le nom de Polaghir est aussi le nom qu'emploie toujours le capitaine Webb, Ju3qu'ii ce que la mesure du Djawahir (latitude 30° 22\ longitude 77*' 36', hauteur 4027 toises) et celle du Dhawalagjri (latitude SS"* ^0', lougitude 80<^ 59', hauteur présumée 43Q0 toises) fussent connues en Europe, on continua partout ^ considérer le Çhimborazo sur lequel j'ai compté, i l'aide d'opérations trigonométriques, 3350 toises, pomme la cime la plus haute de la terre (Humboldt, Uecueil d^ Observations astronomiques, 1. 1, p. lxxui). Mais lorsqu'on put le comparer au Djav^ahir et au Dhawalagiri, on reconnut, en faveur de l'Himalaya, relativement aux Cordillères, une difiTérence de 676 toises ou 4056 pieds d'un côté, et de 1040 toises ou 08^ pieds de Tautre. Â la suite des voyages que fit Pentland dans Timérique du Sud en 1827 et 1838,

Tattention fut appelée sur deux cimes neigeuses du haut Pérou situées à Test du lac de Titicaca, leSorata et rillimani qui , disait-on , dépassaient le Chimboràzo de 598 et de 403 toises, c'est-à-dire de 3588 et 2418 pieds (Annuaire du Bureau des Longitudes , 1830, p. 320 et 323). J*ai déjà rappelé plus haut (p. 71), que les plus récents calculs ont démontré Tinexactitude de ces affirmations. Le Dhawalagiri , sur la pente duquel sont amassés, dans la vallée de Ghandaki, les Ammonites Salagrana, célèbres dans le culte de Brahma comme le symbole de Tincamation de Wishnou en coquille, atteste donc toujours une différence de plus de 6200 pieds entre les hauteurs extrêmes des deux continents.

On a agité la question de savoir si derrière la chaîne la plus méridionale , mesurée avec plus ou moins d'exactitude, il n'existait pas encore des hauteurs plus considérables. Le colonel George Lloyd « qui a publié en 1840 les observations du capitaine À. Gérard et de son frère , émet l'opinion que dans la partie de l'Himalaya qu'il nomme d'une manière un peu vague, the Tartarie Chain y par conséquent dans la partie septentrionale du Tibet, près du Kouen-lun, peut-6tre dans le Kaïiasa des Lacs Sacrés, ou au delà du Leh, il y a des sommets qui s'élèvent jusqu'à 29 000 ou 30 000 pieds anglais (4534 ou 4690 toises) et dépassent ainsi d'un ou deux mille pieds anglais la hauteur du Dhawalar giri (Lloyd et Gérard, Tour in the Himalaya, 1840, 1. 1, p. 143 et 312; Asie centrale, t. III, p. 324). Aussi

ÉCLAIRaSSEMENTS ET ADDITIONS. 117

loDgtempsque manqueront les mesures positives, on ne pourra être fixé sur de semblables conjectures. L*in- £ce d'après lequel lesnaturels de Quito avaient regardé, longtemps avant Farrivée de Bouguer et de La Condamine, le sommet du Chimborazo comme le point culminant des Cordillères, c'est-à-dire comme la cime la plus élevée au-dessus de la région des neiges, est extrêmement trompeur sous la zone tempérée du Tibet, en raison de la chaleur qui rayonne des plateaux, et parce que la limite inférieure des neiges éternelles n'est pas, comme sous les tropiques, une ligne d'égal niveau. La plus grande hauteur à laquelle l'homme soit parvenu sur le penchant de l'Himalaya est 3035 toises ou 591 S mètres au-dessus du niveau de la mer. C'est sur le mont Tarhigang, un peu au nord-ouest de Schipke, ainsi que je l'ai fait observer déjà, que le capitaine Gérard a déterminé ce chiffre, à l'aide de sept baromètres (Colebrooke dans les Transactions ofthe Geological Society^ t. VI , p. 411). n se trouve que c'est à peu près la même élévation à laquelleje suis parvenu moi-même, le 23 juin 1802, sur le Chimborazo, et que mon ami Boussingault a gravie de nouveau trente ans plus tard, le 16 décembre 1831 . Le sommet du Tarhigang, auquel on n'a pu encore atteindre, estd'ailleurs de 197 toises plusélevé quele Chimborazo. Les passages qui conduisent de l'Hindoustan dans la Tartarie chinoise, ou plutôt dans le Tibet occidental, à travers l'Himalaya, ont de 2400 à 2900 toises de hauteur, particulièrement entre les rivières de Buspa et

118 DK8 8TBPPBS ET DES DÉSERTS.

de Schipke ou Langzing Khampa. Dans la cbatne des Andes, j'ai constaté que le passage d'Assuay entre Quito et Cuenca, sur le Ladera de Cadlud, est élevé aussi de 2428 toises. Une grande partie des plateaux de TAsie centrale serait par conséquent ensevelie toute l'année dans la neige et dans les glaces, si grâce à la chaleur rayonnante qui émane du plateau tibétain, à Téternelle sérénité du ciel, à la sécheresse de Tair qui rend plus difficile la formation de la neige, et à Tardeur du soleil particulière aux contrées orientales, la limite inférieure des neiges sur la pente septentrionale de l'Himalaya n'était considérablement reculée et n'atteignait peut-être 2600 toises au-dessus du niveau de la mer. On a trouvé des champs d'orge (Hordeum hexastichon) à Kunawur, sur une hauteur de 2300 toises, et beaucoup plus haut encore, une autre variété d'orge nommée Ooa, analogue à THordeum cœleste. Sur le plateau tibétain, le froment croit avec un plein succès jusqu'à 1880 toises. Le capitaine Gérard a trouvé le long du versant septentrional de l'Himalaya une forât de grands bouleaux, dont la lisière supérieure atteignait 2200 toises; et sous 30^ 45' et 31^ de latitude septentrionale, les habitants se servent pour chauffer leurs huttes de petites broussailles qui s'étendent jusqu'à 2650 toises, 200 toises par conséquent audessus de la limite inférieure des neiges sous l'équateur. Il résulte des observations recueillies jusqu'ici que sur la pente septentrionale de l'Himalaya on peut

ÈCLÂIRGISSSMfiNTS ET ADDITIONS. 119

placer en moyenne à 2600 toises la limite inférieure des neiges, tandis que sur la pente septentrionale cette ligne descend jusqu'à 2030 toises. Sans cette remarquable émission de chaleur dans les couches supérieures de Tatmosphère, le plateau du Tibet occidental serait inhabitable pour les millions d'hommes qui le peuplent (voyez mes recherches sur la limite des neiges aux deux pentes de l'Himalaya, dans VAsie centrale, t. U, p. 435- 437; t. III, p. 281-326, et dans le Cosmos, 1. 1, p. 568). tne lettre que m'a écrite récemment des Indes M. Joseph Hooker, non moins familier avec la géographie de& végétaux qu'avec les recherches météorologiques et géognostiques, me donne les informations suivantes : « H. Hodgson, que nous regardons ici comme le géographe qui a le plus approfondi les relations hypsométriques des chaînes de montagnes neigeuses, adhère complètement à l'opinion que vous avez émise dans la troisième partie de Y Asie centrale, sur la cause de l'inégale hauteur à laquelle commencent les neiges éternelles sur les deux penchants septentrional et méridional de l'Himalaya. Nous avons vu la région des neiges ne commencer au delà du Sutledge, sous 36*" de latitude , qu'à une hauteur de 20 000 pieds anglais ou 18764 pieds de Paris, taudis que dans les passages iitoés au sud du Brahmapoutra, entre les provinces <l'issam et de Birman, par 27'' de latitude, à l'endroit OQ s'élèvent les montagnes neigeuses les plus méridio- Nes de l'Asie, la limite des neiges éternelles s'abaisse

jusqu'à 15 000 pieds anglais ou 14 073 pieds de P^ 11 me paraît qu'il y a lieu de distinguer entre lès leurs extrêmes et les hauteurs moyennes; maxt Ton choisisse les unes ou les autres, la différence testée autrefois entre le penchant de THimalayC regarde le Tibet, et celui qui fait face à Tlnde^ est pas moins évidente.

Haateur moyenne de la ligne des neiges d'après Haotear estrèflu 4 mes observations {Asie centrale, t. Hl, p. 326). M. Joseph HoC

Pente septentrionale. 1 5600 pieds de Paris. 1 8764 pieds de Pente méridionale. . . 12180 » 14073 »

Différence 3420 » 4691 ■

Il y a des différences locales plus sensibles enGi ainsi qu'en témoigne la liste des hauteurs eitxèi insérée dans Y Asie centrale (t. III , p. 295). Âleia Gérard a vu sur le penchant tibétain de THimala limite des neiges monter jusqu'à 19 200 pieds ; de l'fi côté au contraire, Jacquemont Ta trouvée, au noi Cursali, sur le Jumnautri, à 10 800 pieds seulemei hauteur.

Note H , page 8.

LES HIONGNOU^

Les Hiongnou ou Hioungnou, que Deguigpes et lui plusieurs historiens ont longtemps pris pour lesB habitaient l'immense contrée de la Tartane bon l'est par le Uo-leang-ho, aujourd'hui le terrîtoîr* Mandchoux, au sud par la muraille de la Chine, èl'^

par les Ousuns , au nord par le pays des Ëleulhs. Les Hiongnou appartiennent à la race turque, les Huns à la race finnoise ou race de l'Oural. Les Huns du nord, pasteurs grossiers qui n'avaient aucune notion de Tagriculture, étaient de couleur presque noire. Avaient-ils été brûlés par le soleil? Les Huns du sud ou Hajatelah, nommés chez les Byzantins Euthalites ou Nephtalites, qui vécurent longtemps sur les cdtes orientales de la mer Caspienne, avaient le visage plus clair ; ils étaient agriculteurs et habitaient dans des villes. On les nomme souvent les Huns blancs, et d'Herbelot déclare qu'ils appartiennent h la race des Indo-Scythes. Au sujet de Pounou, chef ou Tanjou des Huns , ainsi que sur l'extrême sécheresse et la famine qui vers l'an 46 après Jésus-Christ amenèrent l'émigration d'une partie de la population vers le nord, il faut consulter le livre de Deguignes : Histoire générale des HunSy des Turcs, etc. (1756, t. I, l'« part., p. 217 ; 2« part. , p. 1 1 1 , 125, 223 et 447). Tous les détails ^concernant les Hiongnou, puisés dans ce célèbre ouvrage, ont été soumis par Klaproth à un contrôle sévère. le résultat de l'enquête est que les Hiongnou appartiennent à la race turque, répandue au loin dans les montagnes de TAltaï et du Tangnou. Au m* siècle avant notre ère, le nom de Hiongnou lui-même était d'un usage général pour désigner les Ti, Thou-khiu ou Turcs qui habitaient la partie nord et nord-ouest delà Chine. Les Hiongnou du sud se soumirent aux Chinois et, de concert avec eux , renversèrent l'empire des Hiongnou du nord , I. 11

qui furent forcés de se réfugier vers Touest, et par leur fuite donnèrent sans doute le premier ébranlement à la grande migration des peuples de TÀsie centrale. Les Huns au contraire que l'on a longtemps confondus avec les Hiongnou, comme les Ouigours avec les Ougies et les Hongrois, appartenaient, d'après Klaproth, i la race finnoise répandue dans les monts Ourak, sur la limite de l'Europe et de l'Asie, race qui resta intimement mêlée avec les Germains , les Turcs et les Samoyèdes (Klaproth , Asia polyglotta , p. 183 et 211, Tableaux historiqms de PAsie, p. 102 et 109). Le peuple des Huns (OSwoi) est nommé pour la première fois par Denys le Périégète, qui était né à Charax, près des bords du golfe Arabique, et put se procura des renseignements plus exacts sur l'Asie centrale, lorsque Auguste, en considération de sa science, le renvoyaen Orient, poury accompagner son fils adoptif Caîos Agrippa. Ptolémée cent ans plus tard écrit Xotivoi avec une forte aspiration, qui, ainsi que le remarque Saint- Martin, se retrouve dans la dénomination géographique de Chunigard.

Note 12, page 9.

RARES MONUMENTS DES POPULATIONS PRIMITIVES DE L'AMÉ* RIQUE. — TRACES INCERTAINES DE CARACTÈRES ALPHA-* BÉTIQUES.

Sur les bords de TOrénoque, près de Caîcara, vers l'endroit OÙ la région boisée confine à la plaine, nous avons

ÉCXAIRasSSMSNTS ET ADPITHNfS. 123

trouvé, il est vrai, des images du soleil et des figures d'aoimaux gravées sur des rochers ; mais dans les Llanos mêmes, jamais on n*a découvert d'indice de ce genre, si grossier qu'il soit, qui révélât l'existence d'habitants antérieurs. Il est à regretter que l'on n'ait obtenu aucun détail précis sur un monument qui fut envoyé en France au comte de Maurepas, et qui, d'après le récit de Kalm, avpit été trouvé par M. de Yérandrier dans les savanes du Canada , à 900 lieues à l'ouest de Montréal , dans une expédition dirigée vers les côtes de la mer du Sud (Kalm's Beise, 3* part. , p. 416). Ce voyageur rencontra au milieu de la plaine d'énormes masses de pierres élevées par la main des hommes et sur l'une d'elles quelque chose que l'on a regardé comme une inscription tartare {Archœologia or miscellaheims Tractêj, pqbliiihed by the Society ofÀntiquariesof Lon* doQy t. VIII, 1787, p. 304). Comment un monument de cette importance a-t-il pu échapper à l'examen? Portait-il réellement l'empreinte de caractères alphabétiques, ou n'étuit-rce pas plutôt une peinture historique, çfimiu^ la prétendue inscription phénicienne trouvée sur les rives du Taunton River et rendue célèbre par Court do fiébelin? Je tiens dans tous les cas pour très-vraisem- ))Iable que des peuples cultivés ont jadis traversé ces plaiueç. Leur marche est attestée par des tumulus eu forme de pyramides, et des remparts d'une longueur ei^traordinaire que l'on trouve entre les Mon^ tagnes Rocheuses et les Alleghanys, et sur lesquels

Squier et Davis viennent de jeter un jour nouveau dans les Ancient Monuments of the Missisipi Valley (Relation historique, t. III, p. 155). M. de Vérandrier fut envoyé en mission par le chevalier de Beauharnais, gouverneur général du Canada, dans Tannée 1746. Plusieurs jésuites de Québec ont assuré à M. Ralm qu'ils avaient eu en main la prétendue inscription. Elle était gravée sur une tablette de pierre que Ton trouva fixée dans un pilier sculpté. J'ai fait auprès de plusieurs de mes amis en France des tentatives inutiles, afin que l'on recherchât ce monument, dans le cas où réellement il aurait fait partie de la collection du comte de Maurepas. Je trouve des traces plus anciennes, mais tout aussi incertaines, de caractères alphabétiques appartenant aux populations primitives de TAmérique, dans Piedro de Cieça de Léon {Crônica del Peru, 1'* part., c. 87 : losa con letras en los edificiosde Yinaque) ; dans Garcia (Origen de los Indios, 1607, 1. III, c. 5, p. 258), et dans le journal du premier voyage de Colomb reproduit par Navarrète (Viajes de los Espanoles, 1. 1, p. 67). M. de Vérandrier affirmait aussi, et déjà avant lui d'autres voyageurs prétendaient avoir fait la même observation, que dans les savanes du Canada occidental, il avait suivi durant des journées entières des traces de charrue. Mais l'ignorance complète où étaient de cet instrument les populations primitives de l'Amérique septentrionale, l'absence de bétes de somme, et l'étendue même des espaces qu'occupent ces sillons dans la savane, me font

conjecturer que quelque mouvement des eaux a pu donner à la surface du sol cette singulière apparence*

Note 43, page 40.

PtOLONGEMENT DES LLANOS DANS LA DIRECTION DU SUD- OUEST. — PARAMOS.

La grande steppe qui s*étend depuis Tembouchure de rOrénoque jusqu'aux montagnes neigeuses de Merida, dans la direction de Test à Touest, se détourne vers le sud, sous le 8* parallèle, et remplit l'espace compris entre la pente orientale des hautes montagnes de la Nouvelle-Grenade et l'Orénoque, qui coule en cet endroit vers le nord. Cette partie des Llanos, arrosée par le Meta, le Yichada, le Zama et le Guaviare, forme une espèce de lien entre la vallée de la rivière des Âmalones et celle de l'Orénoque inférieur. — Le moiPàramo dont je me suis servi souvent , désigne, dans les colonies espagnoles, toutes les régions montagneuses élevées de 1800 à 2200 toises au-dessus du niveau de la mer, et dans lesquelles règne, sous un ciel nébuleux, un climat rade et inhospitalier. Chaque jour, durant des heures entières, la neige et la grêle tombent sur le haut des Pà* ramos, et désaltèrent les plantes, car il n'y a pas, absolument parlant, abondance de vapeur aqueuse dans ces hautes régions de l'atmosphère; et c'est à la chute fréquente de la neige et de la grêle, produites par les rapides diangements des courants aériens et par les variations

126 DES STEPPES ET DES DtSKRTS.

de l'électricité atmosphérique, qu'est dû raccroissement de l'humidité. Les arbres des Pàramos sont petits et déployés en parasol ; mais leurs branches noueuses sont ornées d'un feuillage frais et toujours vert. Ce sont le plus souvent des arbrisseaux à grandes fleurs dont le feuillage ressemble à celui du laurier et du myrthe. L'Escallonii tubar, l'Escallonia myrtilloides, le Chuquîraga insignis, les Aralia, les Weinmannia, les Freziera, les Gualth^a et TÀndromeda reticulata peuvent être choisis copnme représentant la physionomie de ces plantes. Au sud da Santa Fé de Bogota est situé le célèbre Pàramo de lasuma Paz, groupe de montagnes isolé ou, suivant la traditiop des Indiens, sont cachés de grands trésors. De ce Pàramo jaillit le ruisseau qui tombe en écupnant dans le ravîD d'icononzo, sous un pont naturel d'une structure remarquable. J'ai essayé dans un ouvrage en latin intitulé : de Distributione geographica Plantm^um secundum c(di temperiem et altittidinem montium^ 1817, p. 104, de caractériser comme il suit ces régions monta^euses : » Altitudine 1700-1900 hexapod. aspernma^ solitudiaei « quse a colonis hispanis uno nomine Pàramos Qppellan- « tur, tempestatum vicissitudinibus mire obnoxjse, ad « quas solitœ et emollitae defluunt nives ; yentorum flati- « busac nimborum grandinisque jactutumultuQsaregio, « quse œque per diem et per noctes riget, solis nubila et « tristi luce fere nunquam calefacta. Habitantur in bac « ipsa altitudine sat magnse civitates, ut MicuipampaPe- « ruvianorum, ubi thermometrum centes. iperidie inter

ÉCT.AIBCJSSIMIHTS KT 1IHMT10IIS. 1S7

«S'^etSS Boctu — 0"4 consistere vidi; Huanoavelica, « propter cinnabaris venas celebrata, ubi altitudine 1835 « bexap. fere totum per annum temperies mensis martii

< Parisiis. »

Note 14, page 40.

DmSION DES TROIS PLAINES OU BASSINS DE L'aMSRIQPC MÉRIDIONALE. — CHAINE DE LA PARIME ; GROUPE BRÉSILIEN.

L'espace immense compris entre les côtes orientales de l'Amérique du Sud et la pente orientale de la chaîne des Andes, est resserré par deux massifs de montagnes qui séparent l'une de l'autre les trois plaines ou vallées de rOrénoque inférieur, du fleuve des Amazones et du Rio de la Pkitft' J^ plus septeqtrional de ces deux mas- ^îii^f Doipmé l@ groupe de 1^ Parime, est situé vis-à-vis des Andes de Çundinaquarca, qui s'étendent au loin vers l'est, et prend eptre les 68* et 70* degrés de longitude, les dimensions de blutes montagnes. Il s'unit aux collines gqinitiques de la Guyane française par l'étroite chaîne de Paciiraima. J'ai repré^nté clairement cette jonction dans la carte de la Colombie que j'ai dressée d'après mes pro<pr^ observations astronomiques. Les Caraïbes, qui s'a^ yanqe^t des missions de Caroni vers les plaines de Rio Branco,juaqu'aMx frontières du Brésil, gravissent dans ce voyage le dos du Pacaraima et du Quii^iropaca. Le second pfiassif séparç le bassin du fleuve des Amazones et celui du Rio de la Plata; c'e^t le groupe brésilien. 11 s'avance dans la province de Chiquitos, k Touest de la

128 DBS STEPPES ET DES DÉSEBTS.

chaîne de collines de Parecis, près ducontre-fortde Santa Cruz de la Sierra. Comme le groupe de la Parime , qui produit les cataractes de TOrénoque, ne se rattacbe pas immédiatement à la chaîne des Andes, non plus que le groupe du Brésil, il en résulte que rien ne sépare les plaines de Venezuela de celles de la Patagonie (Humboldt, Esquisse d'un tableau géognostique de V Amérique méridionale dans la Relation historique, t. III, p. 188-244).

Note 45, page 40.

CHIENS DEVENUS SAUTAGES.

Dans les prairies ou Pampas de Buenos-Aires, les chiens d'Europe sont revenus à Tétat sauvage. Us vivent en société dans des trous où ils cachent leurs petits. Si la troupe devient trop nombreuse, quelques familles s*en séparent et forment une nouvelle colonie. Le chien d'Europe, redevenu sauvage, aboie aussi fort que la race velue originaire d'Amérique. D'après le récit de Garcilaso, les Péruviens auraient po^dé, avant l'arrivée des Espagnols, l'espèce 2ippéléePerrosgozque$, Garcilaso désigne le chien indigène sous le nom deAUeo. Aujourd'hui encore, dans la langue Qquichua, pour distinguer le chien d'Amérique du chien d'Europe, on l'appelle Runa-allco, c'est-à-dire chien des incfigènes ou chien indien. Le Runa-allco velu parait n'ôtré qu'une variété du chien de berger. Il est plus petit, a le

poil long, le plus souvent de la couleur de Tocre avec des taches blanches et brunes, les oreilles droites et pointues. Il aboie beaucoup , mais mord rarement les indigènes et garde son animosité pour les blancs. Lorsque rinça Pachacoutec vainquit dans des guerres religieuses, les Indiens de Xauxa et de Huaca, contrées qui forment aujourd'hui la vallée de Huancaya et de Jauja, et convertit violemment ces peuples au culte du soleil, il les trouva rendant aux chiens des bon-neurs divins. Les prêtres se faisaient une espèce de cor avec des têtes de chiens disséquées, et les fidèles mangeaient en substance la divinité canine. (Garcilaso de la Vega, Comentarios reaies, !'• part., p. 184). Ce culte établi dans la vallée de Huancaja est probablement ce qui explique pourquoi , dans les Huacas, tombeaux péruviens de la plus ancienne époque, on trouve quelquefois des crânes de chiens et même des momies de chiens tout entiers. L*auteur d'une excellente Faunaperuana, M. de Tschudi, a examiné ces crânes et croit qu'ils proviennent d'une espèce particulière, différente du chien d'Europe, et qu'il nomme Canis ingœ. Aujourd'hui encore, les habitants des autres provinces nomment dédaigneusement les Huancas des mangeurs de chiens. Les indigènes de l'Amérique septentrionale qui habitent les Montagnes Rocheuses ont aussi l'usage d'offrir de la chair de chien cuite aux étrangers qu'ils veulent traiter avec honneur. Le capitaine Frémont dut assister à un repas de ce genre, dog feast, dans les en-

virons du fort Laramie, station établie chez les Indiens Sioux , pour Textension du commerce de la pelleté-^ rie, par la société de la baie d'Hudson (Frémont's £^ploring expédition, 1845, p. 42.)

Les chiens du Pérou jouaient leur rôle dans les éclipses de lune : on les battait jusqu'à ce que Téclipse fût passée. Le chien mexicain Techichi, avait ce caractère distinctif d'être absolument muet. C'est d'ailleurs une variété du chien commun nommé Chichi à Anahuac. Techichi signifie littéralement chien de pierre, du mot aztèque tetl, pierre. Le chien muet servait d'aliment, comme cela était l'usage chez les anciens Chinois, et les Espagnols mêmes en firent, par nécessité, une telle consommation, avant l'introduction des bêtes à cornes, que la race disparut presque tout entière (Clavigero, Storia antica del Messico, 1780, t. I, p. 73). Buffon confond le chien muet Techichi avec le Koupara de la Guyane; mais le Koupara n'est autre que le Procyon ou Ursus cancrivorus, le Raton crabier ou l'Aguara guaia des côtes de la Patagonie (Âzara, sur les Quadmir pèdes du Paraguay, 1. 1, p. 316). Linné, de son côté, ne distingue pas le chien muet de Yltzcuintepotzotli mexicain, espèce de chien imparfaitement décrite jusqu'ici, qui se distingue, dit-on, par une queue courte, une très-petite tête et une grosse bosse sur le dos. Son nom signifie chien bossu; il est formé du mot aztèque itz^ cuintli, chien, et de tepotzotli, bossu. J'ai été surpris de trouver aussi en Amérique, particulièrement à Quito

ÉCLAIRCISSEMENTS ET ADDITIONS. l3l

et au Pérou , Un aussi grand nombre de chiens noirs sans poil, que BufTon appelle Chiens turcs, et Linné, Canissegyptius. Cette variété est commune même parmi les Indiens ; mais elle est trës-mépriséeet fort maltraitée. Tous les chiens d'Europe se propagent très-bien dans FAmérique méridionale, et s'ils n'y sont pas aussi beaux, cela tient en partie au peu de soin que l'on en prend, en partie à ce que les plus belles variétés, telles que le lévrier et le chien tigre du Danemark ou Danois moucheté n'y ont pas été introduites.

M. de Tschudi a consigné cette singulière observation que, sur les Cordillères, à des hauteurs qui dépassent 12 000 pieds, les chiens d'organisation délicate, ainsi que les chats domestiques d'Europe, sont sujets à une maladie particulière et mortelle. « Des efforts innombrables ont été faits, dit-il, pour entretenir des chats à l'état domestique, dans la ville de Pasco, à 13228 pieds au-dessu$ du niveau de la mer; tout a été inutile : chiens et chats, au bout de quelques jours, mouraient dans des convulsions effroyables. Les chats pris de ces convulsions gravissent les murailles et retombent épuisés et sans mouvement. J'ai observé plusieurs fois à Tauli cette maladie qui ressemble à la (ihorée; elle parait causée par l'insuffisance de la pression atmosphérique. » Dans les colonies espagnoles, le chien sans poil est considéré comme d'origine chinoise ; on le nomme Perro chinesco ou chino^ et Ton croit que celte race est venue de Canton ou de Manille. Il est vrai

que d'après KJaproth, elle est très^commime en Chine, et remonte même aux plus anciennes époques de la dvilisation. Au Mexique appartenait spécialement un loup ressemblant au chien, mais de très-grande taille et complètement dépourvu de poils, le Xoloitz-cuinili, appelé ainsi du mot mexicain xolo ou xolotl, serviteur, esclave. On peut consulter, sur les chiens d'Âmériquei le livre de Smith Barton, Fragments ofthe ffatural Bittory of Pensylvania, 1'* part, p. 34.

Les recherches de M. deTschudi sur les chiens indigènes de TÀmérique, ont amené les résultats suivants. Il y a deux races presque spécifiquement distinctes: V \e Canis caraibicus de Lesson, complètement nui l'exception d'un petit bouquet de poils sur le front et i l'extrémité de la queue ; il est de la couleur de l'ardoise, et n'a pas de voix. Ces animaux ont été trouvés pir Colomb dans les Antilles, par Cortez au Mexique, pir Pizarre au Pérou. La basse température des CordUlères leur est contraire, et aujourd'hui encore ils habitent en très-grand nombre, sous le nom de Perros chinos,ôsBS les contrées plus chaudes du Pérou. 2* Le Canis ingxtkk museau et les oreilles pointus; il aboie, sert maintenant à la garde des troupeaux , et offre de nombreuses var riétés de couleurs produites par le croisement avec des races européennes. Le Canis ingse suit l'homme sur les Cordillères. Dans les anciens tombeaux péruviens on trouve quelquefois le squelette de ce chien, aux pieds de momies humaines. Cela semble être un symbole

de fidélité comme ceux dont faisaient souvent usage les sculpteurs du moyen âge (J. J. deTschudi, Untersùchungen ûber die Fauna Peruana, p. 247-251). U y avait aussi , dès le commencement de la conquête espagnole , des chiens d'Europe devenus sauvages dans les îles de Saint-Domingo et de Cuba (Garcilaso, Cotnentarios reaies, V^ part., p. 326). Les habitants des savanes, situées entre le Meta, TArauca et l'Apure, ont mangé des chiens muets, Perros mudos, jusque dans le xvr siècle. Les indigènes nommaient ces chiens ilfat(» ou Auries, d'après le récit d'Âlonzo de Herrera, qui entreprit, en 1535, une expédition vers rOrénoque. Un voyageur très-instruit, M. Gisecke, a trouvé, dans le Groenland, la même variété de. chiens sans voix. Les chiens des Esquimaux passent toute leur vie à Tair libre. La nuit, ils se creusent des trous dans la neige, et hurlent comme des loups : ils s'asseyent en cercle; Tua d'eux, placé au milieu des autres, hurle seul d'abord, et tous répondent sur le même ton. Au Mexique, on châtre les chiens, afin qu'ils deviennent plus gros et plus savoureux. Sur les frontières de la province de Durango et plus au nord, sur les4bords du lac de l'Esclave, les indigènes avaient, autrefois du moins, l'habitude de charger sur le dos de gros chiens leurs tentes de buffles, lorsqu'ils changeaient de séjour à mesure que changeaient les saisons. Tous ces détails sont autant de traits empruntés à la vie des peuples de l'Asie orientale (Humboldt, Essai politique sur la Nouvelle -

trzfii'w:, : IIL !«f*. z 36: ^is^m UtiÊrifÊe, t. U,

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I^« défxmiuîiieï ex;:<«»ciî«s. cdles entre autres qui s'apii^qimit i U forn>r csténecre et aa relief de h terre. détKxninatioQs qi:! prinect sjissance à une époque où l'on n'arait qu'une connawRince très-incertaine du sol et de ses relatioQs hypsomêtrîqaes. ont été souvent la cause d'emnrs cd^stinées en géographie. Td a éU: , en particulier, le résultat fichefix prodoit par h distinction du grand et du petit Atlas qulnventa jadis Ptolémée (1. 111, c. 1% et qui , grftce à Tesprit conservateur des géographes, s^est maintenue pendant 1 700 ans. U n'y a pas de doute qu*il ne faille voir dans les montagnes neigeuses de IWtlas qui traversent le Maroc, le grand Atlas de Piolémée ; mais où trouver le point de départ du petit? faut-il chercher dans le territoire d'Alger, c'est-à-dire entre Tunis et Tlemsen, la séparation des deux groupes, ou le grand et le petit Atlas formentils deux chaînes parallèles comprises entre le littoral et Tintérieur du pays? Tous les voyageurs Eamiliers avec les principes de la géoguosie , qui ont visité l'Algérie depuis la domination française , contestent aujourd'hui le sens do cette nomenclature si répandue. Parmi les chaînes parallèles , la chaîne du Jurjura est considérée ordinairement comme la plus élevée de toutes celles dont

ÉCLA1RGISS£M£NTS ET ADDITIONS. 135

on a mesuré la hauteur. Mais le savant Fournel, qui a été longtemps ingénieur en chef des mines de l'Algérie, affirme que la chaîne d'Aurès , près de Batnah , qu'il a trouvée encore couverte de neiges à la fin de mars, est plus haute que le Jurjura. Il n'y a pas plus, suîvaut Fournel, de grand et de petit Atlas qu'il n'y a, selon moi, de grand et de petit Altaï {Asie centrale, t. I , p. 247-252 ). L'Atlas forme un groupe unique nommé autrefois Dyris par les Mauritaniens , et Fournel est d'avis que ce nom doit s'appliquer aux rides ou aux suites de crêtes qui forment le partage des eaux et les déversent dans la mer Méditerranée d'une part, d'une autre dans les bas*fonds du Sahara. La haute chaîne de l'Atlas qui traverse le Maroc ne se dirige pas de l'est à l'ouest, comme la chaîne plus orientale de la Mauritanie, mais du nord^e^t au sud-ouest. De la chaîne marocaine s'élancent des cimes qui, d'après Renou, s'élèvent jusqu'à 10 700 pieds, et dépassent par conséquent la hauteur de l'Etna (Exploration scientifique de l'Algérie de J840à 1842, publiée par ordre du gouvernement, Sciences histor. et géogr., t. VllI, 1846, p. 364 et 373). Au sud se trouve un plateau de configuration singulière et presque carré qui se termine brusquement sous le 33* degré de latitude. A partir de ce point, la pente de l'Atlas s'afiaiblit jusque vers la mer, un degré au sud de Mogador. Cette partie sud-ouest de l'Atlas porte le nom d'Idrar N-Deren, Les limites qui bornent le vaste désert de Sahara

tant au nord, du côté de la Mauritanie, qu'au sud vers les contrées fertiles du Soudan , ont été peu explorées jusqu'à ce jour. Si Ton admet qu'en moyenne le Sahara équivaut à la zone parallèle comprise entre 16" 3tf et 32° 30^ de latitude méridionale, le désert et les oasis offrent ainsi une surface de plus de 300000 lieues carrées , surface qui égale neuf ou dix fois celle de TÂllemagne , et trois fois celle de la mer Méditerranée, en n'y comprenant pas la mer Noire. Les relations les plus récentes et les plus dignes de foi, dues aux voyageurs français qui ont exploré le Sahara, au colonel Daumas, à MM. Foumel, Renou et Carette, nous apprennent que la surface du désert est composée de plusieurs bassins isolés , et que les oasis sont plus nombreuses et plus habitées qu'on n'avait dû le supposée jusqu'ici, d'après l'aspect effroyable du désert entre Insalah et Timbouctou, ainsi que sur la route de Nou^ zouk, dans le Fezzan, à Bilma, à Tirtouma et au lac Tschad. On affirme généralement aujourd'hui que le sable ne couvre que la moindre partie des bas-fonds du Sahara. Déjà un observateur pénétrant , mon compagnon de voyage en Sibérie , Ehrenberg , avait de luimême exprimé cette opinion {Explor. de F Algérie, hist. et géogr., t. II, p. 332). On ne trouve dans ces lieux, en fait de grands animaux sauvages , que des gazelles, des ânes sauvages (onagres) et des autruches. « Le lion du désert, dit Carrette (Expier, de VAlgérk^ t. II, p. 126-129; t. VII , p. 94 et 97 ) , est un mythe

popularisé par les artistes et les poètes, il n'existe que dans leur imaginaticAi. Cet animal ne sort pas de sa montagne, où il trouve de quoi se loger, s'abreuver et se nourrir. Quand on parle aux habitants du désert de ces bétes féroces que les Européens leur donnent pour compagnons , ils répondent avec un imperturbable sang-froid : Il y a donc chez vous des lions qui boivent de l'air et broutent des feuilles? chez nous il faut aux lions de l'eau courante et de la chair vive. Aussi les lions ne paraissent dans le Sahara que là où il y a des collines boisées et de l'eau. Nous ne craignons que la vipère ( lefa) et d'innombrables essaims de moustiques ; ces derniers, là où il y a quelque humidité. »

Tandis que le docteur Oudney, en suivant la longue route qui conduit de Tripoli au lac Tschad , portait à 1536 pieds la hauteur du Sahara méridional, évaluation que des géographes allemands osent surfaire encore de mille pieds, l'ingénieux Fournel, à l'aide de me* sures barométriques exécutées avec soin et confirmées par d'autres expériences, a su rendre assez vraisemblable l'opinion que la région septentrionale du désert est en partie inférieure au niveau de l'Océan. La partie du désert que l'on appelle aujourd'hui le Sahara d'Algérie, s'étend jusqu'aux collines de Metlili et d'el- Gaous, près desquelles est située la plus septentrionale des oasis , l'oasis d'el-Kantara , fertile en dattiers. Ce bassin profond, partant du 34** parallèle, reçoit la chaleur qui rayonne d'une couche de craie inclinée sous un

nnglc de ôS"* et remplie dinocérames ( Fournel , Sur les gisements /f.e muriate de soude en Algérie^ P« 6, dans les Annales des Mines, 4' série, t. I^, }846, p. S46). « Arrivés à Biscara (Biskra), dit Fournel , uu horizon indéfini , comme celui de la mer, se déroulait devant nous. » Entre Biscara et Sidi Ocba le sol n'a pf» plus de 228 pieds au-dessus du niveau de la mer. la pente augmente considérablement vers le sud. Dans un autre ouvrage , en recueillant tout ce qui a trait à la dépression de quelques régions contipent^les a^-de8sous du niveau de TOcéan, j'ai déjà rappelé qi|0, d'après M. Le Père, les lacs Qfmers de Tisthme de Sues, dans la saison où ils ne contiennent que peu (l'eau, et d'après le général Andréossi, les lacs de Natrop, situés dans la province de Fayoum , sont aussi inférieurs à la surface de la Méditerranée, {^ie centrale, t. II , p. 320). Je possède , outre plusieurs notices manuscrites de M. Fournel, un profil géognostique représentant en coupe transversale , avec toutes les sinuosités et le§ ipr clinaisons des couches, toutes les hauteurs, depuis le littoral près de Philippeville jusqu'au désert de Sabar^i à peu de distance de l'oasis de Biscara. La direction de la ligne mesurée barométriquement est sud 20° ouest. Mais les points déterminés sont, comme dans mes profils mexicains, projetés sur un plan dirigé du nord au sud. A partir de Constantine élevée de 322 toises, le sol monte toujours ; cependant le point culminant placé entre Batnah et Tizour ne dépasse pas 560 tQîses. Pans

la partie du désert qui s*étend de Biscara à Tuggurt, Fournel a creusé avec succès une suite (s puits artésiens ^Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. ÎX, 1846, p. 170, 882 et 1305). Nous savons par les anciennes l'elatiops de Schaw que les naturels du pays connaissent le réservoir d*eau souterrain, et qu'il est question dans leurs légendes d'une mer sous la terre, (bahr tôht el-rerd). Les eaux douces qui coulent sous une pression hydrostatique, entre des coucher inarqeuses et argileuses d€| craie inférieure ou d'autres formations sédim^ntaire^ , forment , lorsqu'on perce ces couches , desi fontaines jf^llissantes ( Schaw , Voilages daf^ plusieurs parties de la Berbérie ^ 1. 1, p. 169; Rennell, Africa, appepcl.^ p. lxxxv). Que Ton trouve souvent dans cette contrée des eaux douces, tout prèa des gisements 4e sel génome , il n'y a pas là de quoi étonner lesgéognostes familiarisés avec les mines, puisque riîurope offre qn grand nombre de phénomènes analogues. L'abopdance du sel gemme dans le désert et le parti que l'on ^n peut tirer pour la construction des maisons sont connus depuis Hérodote (1. IV, c. 185). La zone salifère du désert e^t la plus méridionale des trois zones qui partagent l'Afrique septentrionale dans la direction du sud-ouest au nord-est, et que l'on croit être en communication avec les dépôts de sel gemme de la Sicile et de la Pî^lestine, décrits par Frédéric Hoffmann et papRobinspn (Fournel, Siur les gisements de muriate de sQud^ en Algérie^ p. 28-41 ; fcarstep, iiber dos Yor-

kommen des Kochsalzes auf der Oberflàche der Erde, 1816, p. 497, 648 et 741). Deux causes différentes, les relations créées avec le Soudan par rexportationdusel, et les ressources qu'offrent pour la culture des dattiers les nombreux bas-fonds, produits sans doute par des agissements de terrains dans du gypse de formation tertiaire, crétacée ou keuprique, bas-fonds qui forment autant d'oasis, contribuent également à animer le désert sur plusieurs points par la présence et l'activité de rhomme. Si l'on songe à la haute température de la colonne d'air qui repose sur le Sahara et rend les marches extrêmement pénibles durant le jour, la fraîcheur des nuits, dont se plaignent si souvent Denham et sir Alexandre Bûmes dans les déserts de l'Afrique et de l'Asie, est d'autant plus surprenante. Melloni {Memoria sulVab* bassamento di temperatura durante le notti placide e serene, 1847, p. 66) attribue cette basse température, causée sans doute par le rayonnement du sol, non pas à la grande pureté de la voûte céleste (irraggiamento calorifico per la grande serenità di cielo nell' immensa e déserta pianura dell' Africa centrale) ; mais à l'absence de tout vent et à l'immobilité complète de l'air pendant la nuit. Voyez aussi sur la météorologie de l'Afrique, Aimé, dans YExploration de VAlgériey Physique générale (t. II, 1846, p. 147).

La pente méridionale de l'Atlas marocain déverse dans le Sahara, sous le 32* degré de latitude, un fleuve presque à sec durant la plus grande partie de l'année,

le Quad-Dra ou Wadi-Dra, dont le cours, suivant Renou ( Exploration de l'Algérie , hist. et géogr., t. VIII , p. 65-78) est d'un sixième plus long que celui du Rbin. 11 coule d'abord du nord au sud, jusqu'à 29'' de latitude; puis, tournant vers l'ouest presqu'à angle droit , sous 7** 3(/ de longitude , il va se jeter dans la mer, près du cap Noun (latit. 28* 46', longit. 13° 30'), après avoir traversé le grand lac d'eau douce de Debaid. La partie littorale de cette contrée, si célèbre jadis par les découvertes des Portugais au xv" siècle, et rejetée depuis dans une profonde obscurité, est appelée aujourd'hui « le pays du Scheikh Beirouk , » et forme une principauté indépendante de l'empereur du Maroc. Le capitaine de vaisseau , Comte Bouet-Villaumez, l'a explorée dans les mois de juillet et d'août 1840, par ordre du gouvernement français. Des rapports et des documents officiels qui m'ont été communiqués en manuscrit, il résulte que Tembouchure du Quad-Dra est aujourd'hui obstruée par de grandes masses de sable qui ne laissent pas libres plus de 180 pieds de largeur. Dans la même embouchure, un peu plus à l'est, se jette le Saguiel-el-Hamra, fort inconnu jusqu'ici , qui vient du sud et doit parcourir au moins un espace de 250 lieues. On ne peut penser sans étonnement à l'étendue de ces fleuves si profonds et le plus souvent à sec. Leurs lits sont formés d'antiques sillons, tels que j'en ai vu dans le désert du Pérou, au pied des Cordillères, entre ces montagnes et les côtes

de la mer du Sud. Dans le manuscrit du capitaine Bouet, intitulé Relation de l'expédition de la Malouine^ la bwteur des montagnes qui s'élèvent au nord du cap Noun est évaluée à 2800 mètres (8616 pieds).

Il est généralement admis que le chevalier Giliaoei découvrit le cap Noun ou cap Non en 1433, par l'ordre du célèbre infant Henri, duc de Yiseo, fondateur deTacadémie de Sagrcs, qui fut constituée sous la présidience du pilote cosmographe maître Jacomè de Hajorqoe. Mais dans le Portulano mediceo^ écrit en 1351 par un navigateur génois, il est déjà fait mention du cavo di ISon. On redoutait alors de doubler ce cap, comme plus tard le cap Horn, bien qu'il fût situé à 23*" au nord du parallèle de Ténériffe, et à quelques journées seulement de Cadix. Le proverbe portugais : « Quem passa o Cabo de Num, ou tornarà ou nao, » ne put décourager rinfant. Sa devise française « talent de bien faire » exprimait la noblesse et la force de son caractère entreprenant. Le nom de ce promontoire, dans lequel qq a longtemps, par un jeu de mots, voulu chercher une négation, ne me paraît pas d'origine portugaise. Ptolémée place déjà sur la côte nord-ouest de l'Afrique un fleuve Nuius, désigné dans la traduction latine par les mots de Nunii ostia. Ëdrisi connaît un peu plus au sud, h trois journées de marche dans l'intérieur, une ville de Noul ou Wadi Noun, nommée dans Léon rAfricain Belad de Non, Longtemps d'ailleurs, avant l'expédition du Portugais Gilianez, d'autres navigateurs européens

ÉCLAIBCISSEMENTS ET ADDITIONS. 143

s'étaient avancés vers le sud, beaucoup au delà du cap Noun. Le Catalan don Jayme Ferrer, ainsi que nous Tappretld r Atlas cfttalan publié à Paris par Buchon, avait pénétré, en 1346, jusqu'à là rivière d*Or, rio de Ouro, par 83» 66' de latitude ; et , à la fin du îir siècle, des Normalidâ poussèrent jusqu'à Sierra Leone , sous 8** SC^ de latitude. Mais aux Portugais appartient sans contesta iioli , ainsi que tant d'autres entreprises généreuses, la gloire d'avoir franchi l'équateur sur la côte occidentale éb l'Afrique.

Note 17, page 44.

FLORl DES LLAN06 DB l'àMÉRIQÙB ET DES STEPPES DE

L'àSIE CENTRALE.

LéS plaines ou LldUos de Caracas , dans lesquelles paissent de nombreux troupeaux , sont bien véritablement, à partir de l'Apure et du Meta, des prairies couvertes de Cypéracées et de Graminées. On y remarque comme dominanteis diverses espèces de Paspalum(P. leptostachyum et lenticulare) , deKyllingia (K. monocephala Rottb. et E. odorata), de Panicam (P. granuliferum et micranthum), d'Antephora, d'Aristida, de Vilfa et d'Anthistiria (A. reflexa et foliosa). Çà et là seulement se mêlent aux Graminées deut espèces de Dicotylédones herbacées fort goûtées du bétail et des chevaux sauvages : ce sont de trèspetites Sensitives (Mimosa intermedia et dormiens). Les naturels appellent ces plantes du nom caracléristique

de dormideras parce qu'elles resserrent au moindre contact les légères découpures de leurs feuilles. On peut quelquefois parcourir l'espace de plusieurs lieues carrées sans rencontrer un arbre; mais là ou s'élèvoit quelques arbres épars, ce sont, dans les lieux humides, le palmier Mauritia, dans les contrées sèches, une protéacée décrite par Bonpland et par moi sous le nom de Rhopola complicata (Chaparro bobo) dans laquelle Wilidenow voulait voir unEmbothrium, etl'arbre si utileappelé par les Espagnols Paltna de Covija ou de Sambrm, le même que notre Corypha inermis, espèce de pahnier en éventail du genre Chamserops, qui sert à coimir les huttes. Quelle variété en comparaison de cela présentent les plaines de l'Asie I Dans la partie des steppes habitées par les Kirghiz et les Ealmoucks que j'ai tnversée , c'est-à-dire depuis le Don , la mer Caspienne, et l'Oural (Jaik) jusqu'à l'Obi et à l'Irtyche supérieur, près du lac Dsaisang, sur un espace de 40 degrés de longitude, on ne découvre nulle part, à la limite même la plus reculée, un phénomène fréquent dans les Llanos , les Pampas et les Prairies de l'Amérique, cet horizon vague et infini comme la mer, qui semble supporter la voûte du ciel. C'est à peine si en Asie ce spectacle s'est offert à moi d'un seul côté de l'horizon. Les steppes sont traversées par de nombreuses chaînes de collines ou couvertes de forêts de Conifères. La végétation de l'Asie, même dans les plus gras pâturages , n'est nullement bornée aux br

ÉCLAIRCISSBMENTS ET ADDITIONS. 145

milles des Cypéracées. Il y règne une grande variété de plantes herbacées ou frutescentes. Dans la saison du printemps, de petites Rosacées et des Amygdaiées aux fleurs rougeâtres ou blanches comme la neige (SpiriBBa , Cratsegus , Prunus spinosa , Amygdalus nana) oflSrent un aspect gracieux. J*ai parlé ailleurs de la végétation vigoureuse des Synanthérées, telles que les Saussurea amara et salsa, les Àrtemisia, les Centaurea, qui croissent en grand nombre dans ces lieux déserts , et des L^fumineuses qui y sont représentées par diverses espèces d'Astragales,* de Cytises et de Cangana. Des Fritillaria ruthenica et meleagroides, des Cypripedium et des Tulipes réjouissent les regards par Fédat de leurs couleurs.

Cette végétation gracieuse des plaines de TÂsie con* tiaste avec le triste aspect des steppes salées , particulièrement avec la partie de la steppe de Barabinsk, située au pied de TÀltaï entre Barnoul et Schlangenberg, et avec la contrée qui s*étend à Test de la mer Caspienne. Des plantes sociales de la famille des Chénopodécs , des Salsola et des Àtriplex, des Salicomia et l'Halimocnemis crassifolia semblent des taches éparses sur le sol glaiseux (Gœbel, Reise in die Steppe des Sûdlichen Russlands ^ 1838, 2* part. p. 244 et 301). Parmi les cinq cents espèces de Phanérogames que Claus et Gœbel ont recueillies dans les steppes, les Synanthérées, les Chénopodécs et les Crucifères tiennent une plus grande place que les Graminées. Elles formaient un septième ou un

neuvième de la collection totale, tandis que les Graminées n'en représentaient que la onzième partie. En Allemagne où il y a mélange de plaines et de contrées montagneuses, lesGlumacées c'est-à-dire l'ensemble des Graminées, des Cypéracées et des Joncées, forment un septième, lesSynanthérées ou Composées un huitième, les Crucifères un dix-huitième de toutes les Phanérogames. Dans la partie la plus septentrionale de la plaine sibérienne, Textréme limite des arbres et des arbrisseaux, là où cessent de croître les Conifères et les Âmentacées, est située, d'après la belle carte de l'amiral Wrangel, sous 67^ 15' de latitude, dans les environs du détroit de Bering; maisà l'ouest vers les rives du Lena, elle recule jusqu'à 71*, c'est-à-dire sous le parallèle du cap nord de la Lapome. Les plaines qui bordent l'océan Glacial , désignées sous le nom de Tundra (en finnois Tuntur) peuvent être c(msidérées comme le domaine des plantes cryptogames. Elles sont marécageuses et s'étendent à perte de vue, couvertes en partie d'une épaisse couche de Sphagnum palustre et d'autres Mousses , en partie de Cenomyee rangiferina (Lichen des rennes), de Stereocaulon paschale et d'autres Lichens desséchés qui forment un tapis éclatant de blancheur. « Ces Tundra, dit l'amiral Wrsmgel dans le récit de l'expédition qu'il accomplit, au milieu de mille dangers , vers les îles de la Nouvelle-Sibérie , si riches en troncs d'arbres fossiles, m'ont accompagné jusqu'aux côtes les plus reculées de l'océan Arctique* Le sol en est gelé depuis des mil-

ÂGUIRGIS6B1IBNTS BT ADDITIONS. 147

liera d'années. Dans la triste uniformité du paysage, le voyageur entouré de toutes parts par le Lichen des rennes repose avec jouissance ses regards sur les plus petites tou£fes de gazon vert qui se font jour dans quelque coin de terre humide. »

Note 18, page 44.

CAUSES TENDANT A DIMINUER LA SÉCHERESSE ET LA CHA- LEUR DU NOUVEAU CONTINENT.

J'ai essayé de réunir dans un tableau les causes multiples qui rendent l'Amérique plus humide et moins ^ude. Il va sans dire qu'il s'agit uniquement ici de la eonstitution hygrométrique de l'air et de la température do nouveau continent envisagées d'une manière généfile. Il y a des contrées particulières ^ telles que l'Ile Marguerite, les côtes de Cumana et de Coro qui sont aussi chaudes et aussi arides que les parties les plus bridantes de l'Afrique. D'ailleurs il a été reconnu que kl maiimum de la ohaleur à certaines heures d'une journée d'étéi si l'on embrasse une longue suite d'anal, est à peu près le même dans toutes les contrées de la terre, sur les bords de la Nev^a, au Sénégal, sur les bords du Gange et de l'Orénoque, c'est-à-dire qu'il ne. varie guère que de 27"" à d^'* Réaum. Le thermomètre ne s'élève pas en général plus haut, pourvu que l'observateur soit à l'ombre, loin de corps solides d'où rayonne la chaleur, que l'air ne soit pas rempli de

14S hlS ^TEFPIS ET Itt? K3ns.

poussière échauffée et qu'on ne fatsse pas iBige d'un ÎDstrurneot à esprit-dcyvin qui aitS'^rbe la lumière. C'est aux foyers de chaleur rayonnante k-rmés par les gnios de &able très-déliés qui flottaient dans Tair que Ton doit attribuer l'excessive chaleur de 40* à •I4%8 Séamn., qu'eurent à subir dans l'oasis de Hourzouk. durant des semaines entières, et à l'ombre, le capitaine Lyon et mon malheureux ami Ritchie qui n'en revint pas. le plus remarquable exemple d'une très-haute tempénture dans un air que vraisemblablement la poussière nVkîhauffait pas, est fourni par un obserrateur qui avait Tart d'ajuster tous ses instruments avec la plus grande précision. Bùppeil a trouvé à Ambukol en Âbyssinie, sous un ciel couvert, par un grand vent de sud-ouestet à l'approche d'un orage, SV'^fi Béaum. La t^npérature moyenne des contrées tropicales ou proprement du climat des palmiers, varie sur la terre ferme, dans le cours d'une année, de 20* et demi à 23*,8 Réaumnr, sans que l'on remarque de différence considérable entre les observations recueiUies au Sénégal, à Pondichéryet à Surinam (Humboldt, Mémoire sur les lignes isothermes, 1817, p. 54, et Asie centrale, t. III, p. 109; Mahlman's tabelle, IV).

La grande fraîcheur, on pourrait dire le froid, qm pendant une grande partie de l'année, r^e le long des côtes du Pérou , sous les tropiques , et fait tomber le thermomètre jusqu'à 12* Réaumur, n'est nullement, ainsi que je crois d(^jà l'avoir démontré, l'effet des

ÉGLAIECISSSMENTS BT ADDITIONS. 149

montagnes couvertes de neige qui sont situées dans le voisinage , mais bien plutôt du brouillard qui voile le disque du soleil et du courant d*eau froide qui, prenant naissance dans les contrées du pôle sud et partant du sud-ouest , va se briser sur les côtes du Chili , près de Yaldivia et de la Conception , et de là poursuit sa marche impétueuse vers le nord jusqu'au cap Parina. Près du rivage de lima, la température de Tocéan Pacifique est de 12<',5 Réaumur, tandis que sous la même latitude, mais en dehors du courant, elle est de 21'*. Il est singulier qu'un fait aussi frappant soit resté inaperçu jusqu'au séjour que je fis, au mois d'octobre 1802, sur les côtes de la mer du Sud.

Les di£férences de température dans les diverses zones de la terre tiennent principalement à la nature de la surface qui forme le lit de la mer atmosphérique, c'està-dire à la distribution relative de l'élément liquide ou solide, en contact avec l'atmosphère. Des mers sillonnées par des courants d'eau froide ou chaude, véritables fleuves pélagiques, ont une autre influence que des masses continentales, articulées ou non articulées, ou des lies qui peuvent être considérées comme les bas-fonds de l'océan atmosphérique, et produisent à une grande distance, malgré leur petitesse, un effet singulier sur la température des mers. Dans les continents, on doit distinguer les déserts de sable dépourvus de végétation, les plaines herbeuses ou savanes, et les contrées boisées. Houet et moi avons constaté au milieu du jour, dans la

:50 DES STEPPES ET DES DAsSUTS.

haute Egypte et dans rAmérique du Sud, une temptrature de 54°, 2 et 48°, 4 , sur un sol de sable granitiqae. Un grand nombre d'observations faites avec beaucoup de soin à Paris ont donné, suivant M. Arago, 40" et42°(ifle centrale^ t. III, p. 176). Les savanes qui, entre le Missouri et le Mississipi, sont appelées Prairies, et deviennent, vers le sud, les LIanos de Venezuela et les Pampas de Buenos- Aires, sont couvertes de petites lIonoGOfcylédones de la famille des Cypéracées et des Graminées doi ^-^es tiges déliées et aiguës, ainsi qiie les feuilles éù forme de lancette, font rayonner la chaleur vers uncid sans nuages, et possèdent une force d'émission extnio^* dinaire. Wells et Daniell ont vu même sous nos lati* tudes, dans une atmosphère moins transparente, le thermomètre de Réaumur, jilacé dans Therbe, baisser de 6°, 5 jusqu'à R"", par suite du rayonnement de Is chaleur (Meteorological Essays, 1827, p. 230 et 278). Melloni a expliqué récemment , d'une manière fort ingénieuse, comment, par un air calme, condition nécessaire d'un rayonnement considérable et de la formation de la rosée, le refroidissement d'une couche d'herbes est encore fiivorlsé par la loi en vertu de laquelle les parlies de l'air déjà refroidies tombent vers le sol par l'effet de leur poids {sulVAbbassamento di Temperatura durante le notti placide e serene, 1847, p. 47 et 53). Dans le voisinage de l'équateur, sous le ciel nuageux de rOrénoque supérieur, du Rio Negro et du fleuve des Amazones, les plaines sont couvertes de forêts vîerçes

ÉCLinCISSEMENTS ET ADIHTf05>. 151

très-frofoudes ; mais an noid et aa sad de ces forêts, à purtir de la zone des palmiers et des hacls Kcotylédonc. s'étendent, dans rhémîsphère septentrional . les Llanos du bas Orénoque , du Meta et du Guaviare : daijs l'hémisphère méridional, les Pampas du Rio de la Plata 6t de la Patagonie. L'espace occupé dans TAmérique I do Sud par ces plaines de Graminées ou savanes est au moios neuf fois égal à l'aire de la France.

La région boisée a mie triple influence : elle agit à la fois par la fratdieûr de l'ombre qu'elle répand, par Té- ^i^Nmtion des eaui qu'elle absorbe et par le rayonneiDeot qui refroidit la température. Les forêts qui , dans ootre zone tempérée, se composent de plantes sociales de la fiunille des Conifères et desAmentacées, telles que dei diénes, des hêtres ou des bouleaux , et sont mélangées, sous les tropiques, d'espèces distinctes, prônent la terre contre l'irradiation directe du soleil, font ^aporer les eaux que les forêts mêmes produisent au dedans d'elles, et refroidissent les couches d'air qui les aToisinent par l'émission de la chaleur qui rayonne d'organes appendiculaires foliacés. Les feuilles ne sont p&s parallèles ; elles sont au contraire diversement inclinées à l'borizon ; mais en vertu de la loi développée par Leslie et |Mir Fourier, l'influence de cette inclinaison sur la masse de chaleur émise par le rayonnement, est telle que le pouvoir rayonnant d'une surface oblique déterminée ^gale le pouvoir rayonnant de cette même surface projetée sur un plan horizontal. Or, lorsque le rayonne -

^^L niiciéi

ment commence, de toutes les feuilles qui formenlll cime d'un arbre et se recouvrent en partie l'une rautrQ.. celles qui se refroidissent les premières sont celles qdia raj'onnent librement vers le ciel. Le refroidissemell' causé par l'épuisement du calorique est d'autant ploi; considérable que les lames foliacées sont plus mincen Une seconde couche de feuilles oppose sa surface s»* périeure à la surface inférieure de la première, et voie à cette première couche plus de chaleur rayon-, nante qu'elle n'en reçoit d'elle, te résultat de 0(t; échange inégal doit donc être pour la seconde coucfaC de feuilles un abaissement de température. Le méii effet se produit d'étage en étage jusqu'à ce que, enl toutes les feuilles de l'arbre plus ou moins refroidieri^ suivant leur position, par la chaleur rayonnante qu'elid émettent, s'établisse un équilibre stable dont 1' lyse mathématique peut déterminer la loi. Ainsi l'dl qui circule dans les espaces laissés vides entre les ■ verses couches de feuilles, se refroidit , par l'effet rayonnement , dans les nuits longues et sereines < zones équinoxiales , de telle sorte qu'un arbre qnl^ coupé horizontalement par le sommet, donnerait ^ peine une surface de 2000 pieds carrés, agit llé^:fi moins sur l'abaissement de la température, grâce an grand nombre de ses organes appendiculaires, comme 2000 pieds carrés d'un sol humide ou couvert de Graminées, répétés plusieurs milliers de fois {Asie centrale, t. III, p. 195-205). J'ai développé longuement

ÉCLÂIBCI8SE1ISNTS ET ADDITIONS. 153

l'influence exercée sur l'atmosphère par de vastes forêts, parce que ces relations si complexes ont été très-souvent examinées dans l'importante question à laquelle a donné lieu le climat de l'ancienne Germanie et de la Gaule.

La civilisation ayant, en Europe, son siège principal sur les côtes occidentales, on a dû remarquer de bonne heure que, sous les mêmes parallèles, le rivage oriental des États-Unis d'Amérique, situé à Topposite , a une température moyenne annuelle inférieure de plusieurs degrés à celle de l'Europe, qui peut être considérée comme une presqu'île occidentale de l'Asie, et s'y raitadie en effet comme la Bretagne à la France. On a seulement oublié que ces différences diminuent rapidement à mesure que l'on s'éloigne des hautes latitudes, et disparaissent même tout à fait sous le 30" parallèle. Pour les cAtes occidentales de l'Amérique, on manque encore presque complètement de déterminations précises; mais la douceur de l'hiver dans la Nouvelle-Californie nous montre que, sous les mêmes latitudes , la température moyenne diffère peu sur les côtes occidentales du nouveau et de l'ancien continent. Le tableau suivant indique les moyennes de température annuelle qui se correspondent, par les mêmes degrés de latitude, sur le rivage oriental de l'Amérique et sur le rivage occidental de l'Europe.

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ÉCLAlHaSSBllBNTS ET ADDITIONS. 155

Dans ce tableau, le nombre qui précède la fraction indique la température annuelle ; le numérateur de la fraction exprime la chaleur moyenne de Thiver; le dénominateur, la chaleur moyenne de Tété. Outre la grande différence qui existe dans la température moyenne de Tannée , la répartition de la chaleur dans diaque saison offre aussi, sur les côtes opposées, un contraste frappant; et cette répartition inégale est précisément ce qui agit le plus vivement sur nos sens et isur le progrès de la végétation . Dove remarque d'une Aianière générale que , sous la même latitude , la chaleur de Tété est moindre en Amérique qu'en Europe (Temperaturtafeln nebst Bemerkungen ûber die Yerbreitung der Wàrme aus der Oberflàche der Erde , 1848, p. 95). Le climat de Pétersbourg (lat. 69° 56'), ou, pour mieux dire , la température moyenne de Tannée dans cette ville, existe en Amérique dès 47° 30' de latitude, 12° 30' par conséquent plus au sud. De même, nous retrouvons à Halifax, sous 44° 39', leclimat deEœnîgsberg (lat. 54° 43'). Enfin, Toulouse (lat. 43° 36') peut, sous les rapports thermométriques, être comparée avec Washington.

n est téméraire d'exprimer des résultats généraux sur la distribution annuelle de la chaleur dans les États- Unis, attendu qu'il y faut distinguer trois régions. 1** La région des États Atlantiques, à Test des Alleghanys ; 2* les États occidentaux, dans le vaste bassin sillonné par le Mississipi , TOhio, TArkansas et le Missouri , entre

les Àlleghanys et les montagnes Rocheuses; 3^ le plateau qui s'étend des montagnes Rocheuses aux Alpes maritimes de la Nouvelle-Californie, et que traverse TOrégoa ou Rio Columbia. Depuis le vaste système d'obs^vatoires météorologiques établis par John Calhoun dans trente-cinq postes militaires, des expériences ont été faites sans interruption, d'après un plan uniforme, et Ton a ramené les résultats à des moyennes calculées par jour, par mois et par année. On est parvenu ainsi à des vues plus précises que celles qui s'étaient presque universellement répandues au temps de Jefferson, de Ba^ ton et de Volney. Cette ligne d'observatoires s'étend depuis la pointe de là Floride et l'île de Thompson on Key West (latit. 24° 33') jusqu'à Council Bluff sur le Missouri, et en y joignant le fort de Vancouver, embrasse un espace de 40 degrés de longitude.

On ne saurait affirmer que dans la seconde région la température moyenne de l'année soit en sonune plus élevée que dans la région atlantique. Il est vrai qa'à l'ouest des Alleghanys certaines plantes s'avancent pins loin vers le nord ; mais cela tient en partie à la nature de ces plantes , en partie à ce que la température annuelle se trouve différenunent répartie dans les quatre saisons. Les extrémités septentrionale et méridionale de la vaste vallée du Mississipi sont exposées à l'influence échauffante des lacs du Canada et du Gulfstrecan mexi* cain. Les cinq lacs : le lac Supérieur, le lac Michigan,l^ lac Huron, le lac Érie et le lac Ontario, occupent une sur*

face de 92000 milles anglais carrés (11 664 lieues). L'adoucissement de la température ^t si sensible et si proportionnel dans leur voisinage, qu'au Niagara (lat. 43<' 15') la température moyenne de Thiver n'est que d'un demidegré au dessous de zéro, tandis que, plus loin, au fort Snelling, situé sur le confluent de la rivière de Saint- Pierre et du Mississipi , sous 44"* 53' , la température moyenne de l'hiver est de — 7*2' (voyez l'excellent écrit de Samuel Forry : the Climate ofthe United States, 1842, p. 37, 39 et 102). A cette distance des lacs du Canada dont la surface est élevée de 5 ou 600 pieds au-dessus du niveau de l'Océan, bien que dans les lacs de Michigan et de Huron le lit soit inférieur à ce niveau de près de dOO pieds, on a reconnu, d'après des observations plus récentes, que le climat a précisément le caractère propre aux continents, c'est-à-dire des étés plus chauds et des hivers plus froids. « It is proved , dit Forry, by our thermometrical data that the climate west ofthe Âlleghany Chain is more excessive than that ofthe Atlantic side. » Au fort Gibson, situé sur TArkansas, l'un des affluents du Mississipi, sous 35<* 47' de lat., bien que la température moyenne de l'année atteigne à peine celle de Gibraltar, on a vu , dans le mois d'août 1834 , à l'ombre et sans aucun reflet du sol, le thermomètre mcmter à 37° 7' Réaum., 117° Fahrenh.

On doute généralement aujourd'hui de la vérité de cette allégation si souvent répétée, mais qui ne repose sur aucune expérience, que depuis le premier établissement

ibS DES STEPPES ET DES DÉSE&TS.

des Européens dans la Nouvelle- Angleterre, la Peosylvanie et la Virginie, la destruction d'un grand nombre de forêts au delà et en deçà des Alleghanys a rendu le climat plus tempéré, c'est-à-dire plus doux en hiver et plus frais en été. La série des observations thermométriques offrant des résultats certains, remonte à peine dans les États-Unis à soixante-dix-huit années. Dans celles qui furent faites à Philadelphie, on voit que de 1771 à 1824, la chaleur moyenne de Tété s'est à peiiie accrue de V 2' Réaum., ce que Ton attribue à Fagrandissement de la ville, au progrès de la population (A au nombre croissant des machines à vapeur. Peut-être aussi cette augmentation annuelle de température étaitelle purement fortuite; car durant la même période, je trouve un abaissement de 0* 9' dans la température moyenne de l'hiver. A part l'hiver cependant, toutes le» autres saisons étaient devenues plus chaudes. Des expéricnces continuées pendant trente-trois ans à Salem dans le Massachusetts, n'ont constaté absolument au^ cun changement. À peine, durant cet espace de tempSf trouve-t-on entre les diverses moyennes uneofscillation d'un degré Fahrenheit, et les hivers de Salem , loin d» s'être adoucis par suite du prétendu défrichement des forêts, se sont refroidis en trente-trois ans de 1*,8 Réaum. (Forry, Climate of the United StaieSj p. 07, 101 et 107. )

De même que la température moyenne annuelle des États-Unis offre, soua les mômes latitudes, de grandes

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analogies avec celle qui règne à rextrémité de la Sibérie et de la Chine, sur les côtes orientales de Tancien continent , on a comparé avec non moins de raison les côtes occidentales de TËurope et celles de rAmérique. Je citerai seulement quelques exemples choisis dans la région occidentale de Tocéan Pacifique, en remarquant que deux de ces exemples sont empruntés au voyage de l'amiral Lûtke autour du monde. Sitka dans TÀmérique russe et le fort George, sont situés respectivement sous les parallèles de Gothenbourg et de Genève. Iluluk et Dantzick sont aussi, à très-peu de chose ptès, sous la môme latitude, et quoique la température d'iluluk soit moindre que celle de Dantzick, à cause du climat particulier aux îles et du courant pélagique d'eau froide, l'hiver n'en est pas moins plus doux en Amérique que sur les côtes de la mer Baltique.

Bitka. i latitude 57* 8', longitude 187" 38', 5%C -^^

Gothenbourg.. 57M1', 9» 37', 6",4

LeFortGeorge. 46" 18', 125» 20', 8",1

Genève 46° 12', hauteur 203 toises» 7%9

Cherson 46" 38', longitude 30",17', 9°>^ -J^rj

On ne voit presque j amais de neige sur les bords du Rio Colombia ; pendant quelques fours seulement, le fleuve se couvre de glace. La plus basse température observée

une fois par M. Bail dans l'hiver de 1833, était de 6° 30' Réaum. au-dessous de zéro. {Message frm the président of the United States to the Congress^ 1844, p. 160; Forry, Clim. ofthe Unit. States, p. 49, 67 et 73.) Do regard rapide jeté sur les indications ther mométriques qui précèdent, suffit pour reconnaître que, l'hiver comme l'été, la côte occidentale et les contrées qui Tavoisinent jouissent véritablement du climat des îles. Le froid y est moins intense l'hiver que dans h partie occidentale de l'ancien continent, et en même temps les étés y sont beaucoup plus frais. Le contraste est surtout frappant si l'on compare l'embouchure de rOrénoque avec les forts Snelling, Howard et Goimcil Bluff dans le bassin du Mississipi et du Missouri (lat. 44° — 46°), où, pour parler comme Buffon, règae un climat excessif, un climat vraiment continental, c'est-à-dire que des froids qui, dans certains jours, vont jusqu'à— 28%4 et — 30%6 Réaum. (—32 et — 37Fahrenh.), sont suivis dans ces contrées de chaleurs estivales dont la moyenne s'élève à 16°,8 et 17*»,6.

Note 19, page 43.

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