DES GRANDES ANTILLES
Christophe Colomb, dont l'infatigableespritd'observation s'appliquait également à toute chose, expose, dans ses lettres aux monarques espagnols, une hypothèse géognostique sur la configuration des grandes Antilles. Sérieusement préoccupé de la force du courant équino-
278 DES CATARACTES DE L'oRÉNOQUE, ETC.
xial qui se dirige souvent vers Touest, il attribue à ce courant le morcellement du groupe des petites Antilles et en particulier la forme allongée des côtes méridionales de Porto-Rico, d'Haïti, de Cuba et de la Jamaïque, presque exactement parallèles à Téquateur. Dans h troisième voyage qu'il accomplit depuis la fin de mai 1498 jusqu'à la fin de novembre 1500, et dans lequel il sentit d'abord entre la Boca del Drago et l'île Marguerite , puis entre cette lie et Haïti , toute la force du courant équinoxîal et le mouvement des eaux d'accord avec les mouvements célestes, « movîmîento de los cielos, » il dit en termes exprès que ce courant a arraché l'Ile de la Trinité du continent. Il renvoie Ferdinand et Isabelle à une carte marine dont il leur fait présent, à une « pintura de la Tierra » dressée par luimême et à laquelle on eut souvent égard dans le célèbre procès qu'eut à soutenir Diego Colon , au sujet des droits concédés à l'amiral : « Es la carta de marear y figura que hizo el Almirante senalando los rumbos y vientos por los quales vino a Paria, que dicen parte del Asia » (Navarrete, Viages y Descubrimientos que hiciéronpor mar los Espanoles, 1. 1, p. 253 et 260; t. m, p. 539 et 587).
Note 4, pageîi7.
En lisant dans Diodore (1. XVH, c. 82), la descrip* tion du Paropanisus, on croit voir un tableau des
ÉCLAIRaSSSKBNTS ET ADDITIONS. 279
Andes du Pérou. L'armée traversa des lieux habités où il tombait tous les jours de la neige I
Note 5, page 248.
Historia gênerai de las Indias occidentales , dec. I, 1. III, c. 12 (édit. 1601, p. 106); Juan Bautista Munoz , Historia del Nuevo Mundo, 1. VI, c. 31 , p. 301 ; Humboldt, Examen critique, etc., t. III, p. 111.
Note 6 , page 250.
DES SOURCES DE l'ORÉNOQUE.
récrivais en 1807, dans la première édition des Tableaux de la nature, que les sources de l'Orénoque n'avaient encore été visitées par aucun Européen, et je suis fondé à répéter les mêmes paroles quarante et un ans plus tard. Les voyages des frères. Robert et Richard Schomburgk, qui ont eu de si importantes conséquences pour toutes les parties des sciences naturelles et de la géographie , ont éclairci un grand nombre de faits d*un intérêt plus élevé ; mais le problème relatif aux sources de TOréncque n*a été résolu par Sir Robert Schomburgk que d'une manière approximative. J'avais pénétré avec M. Bonpiand dans la direction de l'ouest à l'est, jusqu'à l'Esmeralda ou jusqu'au confluent de l'Orénoque et du Guapo ; je pouvais décrire d'après des documents certains le cours supérieur de l'Oréno-
280 DES Cataractes de l'oréN(C)qub , etc.
que jusqu'à la petite chute d'eau ou Raudal de los Guaharibos, au delà de Tembouchure du Gehette. Robert Schomburgk au contraire arriva par Test sur les bords de rOrénoque.Il quittait les montagnes des Indiens Majonkongs, dont il évalue la hauteur à 3300 pieds d'après la détermination de la ligne de partage des eaux dans la partie habitée de la montagne, et avait traversé le Padamo, que les Majonkongs et les Guinaus, les mêmes peut-être que les Guaynas, nomment par corruption Paramù {Reisen in Guiana, 1841, p. 448). J'avais placé dans mon Atlas le confluent du Padamo et de l'Orénoque sous 3M2' de latitude, 68'' 8' de longitude. Robert Schomburgk a trouvé par des observations directes 2° 53' de latitude , 68° 10' de longitude. L'histoire naturelle n'était pas le but principal de ce voyageur ; il se proposait surtout de résoudre le problème proposé en novembre 1834 par la Société royale de géographie de Londres, qui consistait à relier le littoral de la Guyane anglaise avec le point le plus septentrional auquel j'étais parvenu sur le haut Orénoque. Après bien des traverses, l'entreprise a complètement réussi. Sir Robert Schomburgk entra, muni de ses instruments, dans la mission d'Esmeralda, le 22 février 1839. Ses déterminations de longitude et de latitude concordèrent plus exactement avec les miennes que je n'avais osé l'espérer {Eeisen in Guiana, p. xviii et 471 .) Laissons parler l'observateur lui-même : « Les paroles me manquent pour décrire les sentiments qui m'agitaient violemment,
lorsque je m'élançai sur le rivage. MofïÉ$lt était atieii^ et les observations que j'avais commencées sur le% od^ tes de la Guyane se trouvaient rattachées à celles de Humboldt sur TEsmeralda. Je l'avoue sincèrement, dans un temps où la force physique m'avait presque complètement abandonné, où j'étais entouré de difficultés et de périls en dehors du cours ordinaire de la vie, je ne fus soutenu dans mon entreprise que par l'espérance d'obtenir son adhésion : ce fut l'unique mobile de l'inébranlable persévérance avec laquelle je tendis vers le but auquel je suis enfin parvenu. Les figures amaigries des Indiens qui avaient été mes guides fidèles, témoignaient plus clairement que des mots n'eussent pu le faire, des difficultés que nous avions eu à vaincre et que nous avons en effet vaincues. » Après des paroles si flatteuses pour moi , il doit m'étre permis de rapporter le jugement que j'ai exprimé, en 1841, sur la grande expédition entreprise sous les auspices de la Société géographique de Londres, dans une Introduction à l'édition allemande du Voyage de Robert Schomburgk : « Aussitôt après mon retour du Mexique , je fis des communications relativement à la direction et aux chemins qu'il convenait de suivre pour pénétrer dans la partie inconnue de l'Amérique du Sud, entre les sources de l'Orénoque, la chaîne de Pacaraima et le rivage de la mer, près d'Essequibo. La plus grande partie des vœux que j'exprimais si vivement dans ma Relation historique a été enfin exaucée après un demi-siècle
282 DES CATARACTES DE L'oRÉNOQUB, ETC.
d'attente. J*ai eu la joie de pouvoir assister encore à une aussi importante conquête de la science géographique ; et ma joie a été d'autant plus vive que cette entreprise courageuse , qui exigeait tant de dévoue* ment et de constance, a été menée à bien par un jeune homme auquel je me sens attaché, outre le but commun de nos efforts, par le lien d'une patrie commune Ces considérations ont pu seules me déterminer à vaincre l'éloignement que j'éprouve, à tort peut-être, pour les Introductions écrites par une main étrangère. C'était un besoin pour moi d'exprimer publiquement ma sympathie et mon estime pour le voyageur éminent, qui, guidé par l'idée de pénétrer de l'est à l'ouest jusqu'à l'Esmeralda, en parlant de la vallée d'Essequibo, a atteint le but proposé après cinq années d'efforts et d'épreuves, dont je puis me faire quelque idée d'après ma propre expérience. Le courage qui fait accomplir en un moment donné une entreprise hardie est plus facile à trouver et suppose moins de force intérieure que la longue patience nécessaire pour supporter les souffrances physiques, lorsque, tout entier à quelque problème scientifique, on marche en avant, sans s'inquiéter de savoirsi les forces affaiblies laisseront, en retournanten ar* rière, la chance d'échapper aux mêmes périls. La sérénité de Tesprit est presque la première condition d'un voyage dans des régions inhospitalières. Si l'on y joint un amour passionné pour quelqu'une des branches de la science, l'histoire naturelle, l'astronomie, l'hypsomé-
trie ou le magnétisme , et le pur sentiment des jouissances qu'offre le libre commerce de la nature, on aura tous les éléments qui, réunis dans le même homme, peuvent assurer le succès d'une longue et importante entreprise. »
J'exposerai d'abord mes propres conjectures sur la situation des sources de l'Orénoque. La route pleine de dangers que parcoururent, en 1739, le chirurgien Nicolas Hortsmann d'HIldesheim ; en 1775 , l'Espagnol don Antonio Santos et son ami Nicolas Rodriguez ; en 1793 , le lieutenant-colonel du 1" régiment de ligne de Para, don Francisco José Rodriguez Barata, et plus tard enfin d'après des notes manuscrites que je dois à l'obligeance du chevalier de Brito, ancien ambassadeur de Portugal en France, plusieurs Anglais et Hollandais, qui partirent avec des projets de colonisation et arrivèrent en 1811 de Surinam à Para, à travers le Portage duRupunuri et le rio Branco; cette route, dis-je, divise la terrd incognita de Pari me en deux parties inégales, et marque en même temps un point important pour la géographie de ces contrées, c'est-à-dire la limite orientale des sources de l'Orénoque. Il n'est pas possible, en effet, d'aller beaucoup plus loin vers l'orient, sans traverser le lit du Rio Branco, qui coule du nord au sud dans le bassin du haut Orénoque, tandis que le haut Orénoque lui-même coule le plus souvent de l'est à Pouest. Les Brésiliens, par des motifs politiques, ont, depuis le commencement du xix"" siècle , témoigué un
vif intérêt pour les vastes plaines situées à l'est du Rio Branco On peut, sur ce point, consulter le Mémoire que j'ai écrit en 1817, à la demande du gouvernement portugais, sur la fixation des limites des Guyanes française et portugaise, et qui a été inséré dans la collection de Schœll , intitulée : Archives historiques et politiques, ou Recueil de Pièces officielles. Mémoires, etc. (t. 1, 1818, p. 48-58). La situation de Santa Rosa sur rUraricapara, dont le cours a été déterminé assez exactement par les ingénieurs portugais, ne permet pas de placer les sources de TOrénoque plus loin à Test que 65° 30' de longitude. D'après cela, et en m'appuyant sur l'état du fleuve dans le pays des Indiens Guaycas, qui ont la peau d'une blancheur surprenante, c'est-à-dire près du Raudal de Guaharibos, au-dessus du Cano Chiguire, à 0° 52' vers l'est du grand Cerro Duida, je crois pouvoir conjecturer que TOrénoque atteint tout au plus, dans son cours supérieur, le méridien de 66° 30'. Ce point est situé, d'aprës mes calculs, 4° 12' plus à l'ouest que le petit lac Amucu auquel s'est arrêté M. ^chomburgk.
Je fais suivre mes conjectures des conjectures postérieures de M. Schomburgk. Jugeant mes évaluations, au sujet des embouchures du Padamo et du Gehette, trop faibles deO° 19' en longitudeet de 0"36' en latitude, il fait couler l'Orénoque supérieur à l'est de l'Ësmeralda, dans la direction du sud-est au nord-ouest. Sa conclusion est (p. 460) que les sources de ce fleuve sont si-
tuées SOUS 2** 30' de latitude; et la belle carte, Map of Gnayana, to illustrate the route of R. H. Schomhurgk, qui a été jointe au grand et magnifique ouvrage intitulé : Views in the Interior of Guiana , place les mêmes sources sous 67" 18' de longitude, c'est-à-dire P 6' à Touest de l'Esmeralda, et seulement 0" 48' à Touest du point où j'avais cru devoir les indiquer, plus près des rivages de l'océan Atlantique. Robert Schomburgka déterminé aussi, à Taide de combinaisons astronomiques, la latitude (3" 41') et la longitude (68° 10') du mont Maravaca, haut de 9000 à 10000 pieds. La largeur de rOrénoque était à peine de 300 yards^ près de Tembouchure du Padamo ou Paramii; et à Touest dans les endroits où il offrait une largeur de 400 et même de 600 yards, il était tellement peu profond et si encombré de bancs de sable, qu'il n'y avait pas plus de 15 pouces d'eau dans le lit du fleuve, et que Texpéditron fut forcée de creuser des canaux. Les dauphins d'eau douce s'y montraient partout en grand nombre : la présence de ces animaux dans l'Orénoque et dans le Gange est un fait auquel eussent été mal préparés les zoologues du xviii* siècle.
Note 7 , page 254 .
BERTHOLLETIA EXCELSA.
Le Bertholletia excelsa ou Juvia, de la famille des Myrtacées, qui fait partie de la section des Lecylhidées de Richard Schomburgk, a été décrit, pour la pre*
286 DES CATARACTES DE L'ORBNOQUE, ITC.
mière fois, dans notre ouvrage des Plantes équinoxiales (t. I, 1808, p. 122, tab. 36). Cet arbre gigantesque et majestueux otTre dans la structure de ses fruits, espèces de cocos arrondis et recouverts d'un bois épais, qui contiennent des graines triangulaires, enfermées ellesmêmes dans un tégument ligneux , le plus remarquable exemple de la puissance des forces organiques. Le Bertbolletia croît dans les forêts du haut Orénoque, entre le Padamo et l'Ocamu , à peu de distance du mont Mapaya, et entre les rivières d'Amaguaca et de Gehette (Relation historique, t. il, p. 474, 496, 558-562).
Noto 8 , page 252.
Robert Schomburgk, lorsqu'il visita la petite contrée montagneuse des Majonkongs, en se rendant à la mis^ sion d'Esmeralda, fut assez heureux pour pouvoir déterminer l'espèce d'Arundinaria qui fournit la matière des sarbacanes, à l'aide desquelles les Indiens décochent leurs flèches. Il dit, au sujet de cette plante : «Elle croît en grands buissons comme le Bambusa ; les rejetons s'élèvent auprès de l'ancienne tige juqu'à 15 ou 16 pieds, avant qu'il se formeaucun nœud, et à ce point seulement commencent à paraître les feuilles. La hauteur totale de l'Arundinaria, au pied de la grande montagne de Maravaca, varie de 30 à 40 pieds, bien que la tige n'ait pas plus d'un demi-pouce de diamètre; aussi la tète du roseau est-elle toujours inclinée. Cette plante herbacée est particulière aux montagnes de grès situées
entre leVentuari, le Paramù ou Padamo et le Mavaca. Son nom indien est Curaia; et telle est rexcellence et la renommée de ces sarbacanes, que les Majonkongs et les Guinaws qui en font usage sont appelés la nation Curata. » (Reisen in Guiana und am Orinoko^ p. 451.)
Note 9, page 252.