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TRADITION FABULEUSE DU LAC PARIME

Lés lacs que Ton rapporte à ces régions, et dont Fexistence a été complètement inventée ou retendue au moins fort exagérée par des géographes à système, peuvent se diviser en deux groupes : le premier comprend les lacs que Ton place entre l'Esmeralda , la mission la plus occidentale qui existe sur les bords de l'Orénoque, et le Rio Brancô ; au second appartiennent les lacs que Ton croit situés entre le Rio Branco et les Guyanes française, hollandaise et anglaise. Cet aperçu, que les voyageurs ne doivent jamais perdre de vue, prouve que la question de savoir s*il y a encore à Test du Rio Branco un lac Parîme, autre que le lac Amucu, visité par Hortsmann, Santos, le colonel Barata et M. Schomburgk, n'a rien de commun avec le problème des sources de TOrénoque. Comme le nom de mon célèbre ami, don Felipe Bauza, ancien directeur du Bureau hydrographique de Madrid, est d'un grand poids en géographie, l'impartialité dont on doit toujours se faire une loi dans une exposition scientifique m*oblige à rappeler que ce sa-

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vant homme inclinait à penser qu'il devait y avoir des lacs à l'ouest du Rio Branco, non loin des sources de rOrénoque. 11 m'écrivait de Londres, peu de temps avant sa mort : « Je voudrais vous savoir ici , afin de pouvoir m'entretenir avec vous de la géographie de FOrénoque qui vous a tant occupé. J'ai été assez heureux pour sauver d'une destruction coniplète les documents du général de la marine , don José Solano, le père de celui qui est mort si cruellement à Cadix. Ces documents se rapportent à la ligne de démarcation entre les possessions espagnoles et portugaises, que Solano avait été chargé , depuis l'an 1754, de déterminer, concurremment avec le chef d'escadre Tturriaga et don VicenteDoz. Dans tous les plans et dans toutes les esquisses, je vois une laguna de Parime, qui tantôt se confond avec les sources de l'Orénoque , et tantôt en est complètement distincte. lUais faut-il croire qu'il existe encore un autre lac quelques lieues plus loin vers l'est et au nord-est d'Esmeralda? »

Le célèbre disciple de Linné, Lœffling, fit le voyage de Cumana, attaché comme botaniste à l'expédition de Solano. Il mourut le 22 février 1756 dans la mission Santa Eulalia de Murucuri, un peu au sud du confluent du Caroni et de l'Orénoque, après avoir traversé les missions établies sur le Piritu et le Caroni. Les documents dont Bauza fait mention sont les mêmes qui ont servi de base à la grande carte de La Cruz Olmedilla, et par suite à toutes les cartes de l'Amérique méridio-

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nale, publiées enÀsgleterre, en France et en Allemagne, depuis la fin du dernier siècle. C'est aussi sur ces documents qu'ont été dressées, en 1756, la carte du père Cau« liû, qui accompagnait en qualité d'historiographe l'expédition deSolano, et celle d'un compilateur maladroit, archiviste du secrétariat d'Ëtat à Madrid, M. de Surville. Les contradictions que présentent les deux cartes prouvent avec quelle négligence ont été recueillis tous les renseignements qui proviennent de cette expédition , Bien plus : le père Caulin dévoile avec sagacité les circonstances qui ont donné occasion à la fable du lac Parime, et la carte de Surville qui accompagne son ouvrage, non-seulement reproduit ce lac sous le nom de mer Blanche ou de mar Dorado, mais elle indique encore un autre lac peu étendu, d'où sortent, en partie par des issues latérales, l'Orénoque, le Siapa et l'Ocamo. J'ai pu me convaincre, sur les lieux mômes, de ce fait très-connu dans les missions, que don José Solano s'est arrêté au delà des cataractes d'Âtures et de Maypures , qu'il n'a pas dépassé le confluent du Guaviarc et de l'Orénoque, situé sous 4'' 3' de latitude, 70*" 31' de longitude , et que, de plus, les instruments astronomiques qui servirent à l'expédition n'ont été portés ni jusqu'à l'isthme de Pimichin et au Rio Negro, ni jusqu'au Cassiquiare, et n'ont pas même dépassé sur le haut Orénoque Tembouchure de TAtabapo. Cet immense pays dans lequel, avant mon voyage, on n'avait essayé de faire ancune (rfiservation précise, n'a été traversé, depuis l'ex-

2d0 DES GàTÀRÀGTSS DB l'oRBNOQUB , BTG.

pédition de Solano , que par quelques soldats envoyés à la découverte. Don Âpolinario de la Fuente, dont j'ai pu obtenir le Journal dans les archives de la province de Quixos, recueillait sans critique, parmi les récits mensongers des Indiens, tout ce qui pouvait flatter la crédulité du gouverneur Don Manuel Centurion. Aucun membre de Texpédition n'a vu de lac, et don Apolinario ne put aller au delà du Cerro ïumariquin et du Gehette. Après avoir indiqué, dans toute l'étendue du pays, vers lequel on aimerait à voir se diriger les in^ vestigations des voyageurs, une ligne de démarcation formée par le bassin du Rio Branco, il reste encore à remarquer que depuis un siècle nos connaissances géographiques n'ont pas fait un pas au delà du pays situé à l'ouest de cette vallée, entre 64° et 68*" de longitude. Les efforts tentés à plusieurs reprises depuis les expéditions d'iturria et de Solano par le gouverneur de la Guyane espagnole, pour atteindre et dépasser les montagnes de Pacaraima, n'ont amené que des résultats très-insignifiants. Lorsque les Espagnols, pour se rendre aux missions établies par les capucins catalanais de Barceloneta , au confluent du Caroni et du Rio Paragua, remontèrent vers le sud sur le Paragua jusqu'à sa réunion avec le Paraguamusi, ils fondèrent au point de rencontre de ces deux rivières une mission qui fut décorée d'abord du nom de Ciudad de Guirion. Je place cette mission à peu près sous 4° 30' de latitude septentrionale. De là le gouverneur Centurion, auxquels les

récits exagérés de deux chefs indiens, Paranacare et Arimuicaipi, de la puissante peuplade des Ipurucotos, avaient inspiré un vif désir de visiter le Dorado, poussa beaucoup plus loin ses conquêtes spirituelles, comme Ton disait alors, et fonda au delà des montagnes de Pacaraima les deux villages de Sanla Rosa et de San Bautista de Caudacacla : le premier, sur la rive orientale de rUraricapara supérieur, l'un des affluents de TUrarîcuera, que je vois désigné dans la Relation de Rodriguez sous le nom de Rio Curaricara ; le second, à dix ou douze lieues de distance, dans la direction de Test-sud-est. Le géographe-astronome de la commission portugaise instituée pour la fixation des frontières, le capitaine de frégate don Antonio Pires de Sylva Pontes Leme, et le capitaine ingénieur don Ricardo Franco d'Almeida de Serra, qui, de 1787 à 1804, ont relevé avec le plus grand soin tout le cours du Rio Branco et de ses embranchements supérieurs, nomment le pays arrosé par la partie la plus occidentale de TUraricapara, la Vallée de rinondati(m. Ils placent la mission espagnole de Santa Rosa sous 3^ 46' de latitude septentrionale, et indiquent le chemin qui de ce point conduit vers le nord par delà la chaîne de montagnes, et aboutit au Caûo Anocapra. Le CaAo Anocapra est un affluent du Paraguamusi qui sert à passer du bassin du Rio Branco dans celui du Caroni. Le comte de Linhares a eu Tobligeance de communiquer au colonel Lapie et à moi deux cartes dans lesquelles ces officiers portugais ont foit entrer tout le dé>

tail des opérations irigonométriques à Taide desquelles ils ont retracé les sinuosités du Rio Branco, de l'Uraricuera, du Tacutu et du Mahu. Ces précieux documents que j'ai mis à profit se trouvent encore dans les mains du savant géographe qui depuis longtemps a entrepris de les faire graver à ses frais. Tantôt les Portugais nomment le Rio Branco Rio Parime, tantôt ils restreignent cette dénomination à Tun de ses affluents, TUraricuera, situé un peu au-dessous du Cano Mayari et au-dessus de Tancienne mission de San Antonio. Comme les mots de Paragua et de Parime signifient à la fois eau, grande étendue d*eaUy lac et mer^ il ne faut pas s'étonner de les trouver si souvent répétés chez les Omaguas qui habitent les bords du Maranon supérieur, chez les Guaranis occidentaux, chez les Caraïbes et chez les peuples même les plus éloignés les uns des autres. Sous toutes les zones, ainsi que je Tai déjà remarqué, les grands cours d'eau s'appellent chez les peuplades qui en habitent les bords la Rivière, sans autre désignation. Le nom de Paragua, sous lequel on désigne une branche du Caroni, est aussi le nom que donnent à TOrénoque supérieur les naturels du pays. Le nom d'Orinucu appartient en propre aux Tamanaks, et Diego de Ordaz l'entendit prononcer pour la première fois en 1 531 , lorsqu'il remonta jusqu'à l'embouchure du Meta. Outre la Vallée de l* Inondation, dont nous avons parlé plus haut, on trouve encore d'autres grands lacs entre le Rio Xumuru qui se jette dans le Tacutu , et la Parime qui se réunit à l'Uraricuera.

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Au pied même de la chaîne de Pacaraima, les fleuves sont sujets à de grandes inondations périodiques, et le lac Âmucu, dont il sera question plus loin, communique dès l'entrée des plaines ce caractère à la contrée. Les missions espagnoles de Santa Rosa et de San Bautista de Caudacacla ou Cayacaya, fondées en 1770 et 1773 par le gouverneur Don Manuel Centurion, étaient déjà détruites avant la fin du siècle dernier ; et depuis aucune tentative nouvelle n*a été faite pour pénétrer du bassin du Caroni jusqu'au versant méridional des montagnes de Pacaraima.

Le terrain situé à l'est de la vallée du Rio firanco a été l'objet, dans ces dernières années, d'explorations heureuses. M. Hillhouse a navigué sur le Massaruni jusqu'à la baie de Caranang, d'où un sentier eût pu, dit-il, le conduire en deux jours à la source du Massaruni, et en trois jours jusqu'aux affluents du Rio Branco. M. Hillhouse a décrit les sinuosités du grand fleuve Massaruni. 11 remarque à ce sujet, dans une lettre qu'il m'a adressée de Demerary, le !•' janvier 1831, que « le Massaruni, en le prenant à sa source, coule d'abord à l'est, puis au nord, l'espace d'un degré de latitude, et se dirige ensuite vers l'est, sur une étendue de deux cents milles anglais jusqu'à ce qu'il revienne vers le nord et le nord-nord- est, pour se réunir à TËssequibo. » M. Hillhouse n'ayant pu atteindre la pente méridionale de l'Ëssequibo, ne connaît pas le lac Amucu. Il raconte même, dans sa Relation imprimée, que, « d'après les ren-

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seignements recueillis auprès des Â.coaouais qui traversent continuellement le pays situé entre le rivage de la mer et le fleuve des Amazones, il a acquis la conviction qu'il n'existe pas de lac dans ces contrées. » Cette affirmation me causa quelque surprise ; elle était en con* tradiction directe avec Topinion que je m'étais formée sur le lac Amucu, où devait prendre naissance le Caôo Pimra, d'après les Relations de Hortsmann, de Santos . et de Rodriguez, Relations auxquelles j'attachais d'autant plus de confiance, qu'elles étaient d'accord avec les nouvelles cartes manuscrites dressées sous les aus* pices du gouvernement portugais. Enfin, le voyage de M. Schomburgk a levé tous mes doutes, après pinq an«^ nées d'attente.

« Il est difficile de croire , dit M. Hillhouse dans son intéressant Mémoire sur le Massaruni, que la croyance à une grande mer intérieure n'ait eu absolument aucun fondement. Voici, selon moi, dans quelles circonstan'ces a pu prendre naissance la tradition fabuleuse du lac Parime. A une assez grande distance du rocher en ruines de Teboco, les eaux du Massaruni ne paraissent pas plus agitées que ne l'est la surface tranquille d'un lac. Si à une époque plus ou moins éloignée, les couches horizontales de granit qui forment le rocher de Teboco étaient tout à fait compactes et sans crevasses, le niveau des eaux devait être de 50 pieds au moins plus élevé qu'il ne l'est maintenant, et le Massaruni formait ainsi un lac immense qui avait de 10 à 12 milles

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anglais de largeur et de 1500 à 2000 pieds anglais de longueur » (Nouvelles Annales des Voyages, 1836, sept., p. 316). Ce ne sont pas seulement les dimensions données à cette masse d'eau qui m'empêchent d'adopter l'explication de M. Hillhouse : j'ai vu, il est vrai, les Llanos, où le débordement des affluents de l'Orénoque couvre, chaque année, durant la saison des pluies , une surface de 1000 lieues carrées. Le labyrinthe d'embranchements qui sillonne tout le pays entre l'Apure, TArauca, le Capanaparo et le Sinaruco (voyez les cartes 17 et 18 de mon Atlas géographique et physique) dispanii alors complètement; les contours des fleuves s'effiacent et tout n'apparatt plus que comme un lac immense. Mais les lieux où ont pris naissance les fables du Dorado et du lac Parime avoisinent la partie méridionale des montagnes de Pacaraima et appartiennent à une tout autre contrée de la Guyane. Ce sont, comme je crois l'avoir démontré ailleurs il y a trente ans, les rochers micacés de TUcucuamo, le nom du Rio Parime que l'on a confondu avec le Rio Branco et les inondations causées par ses affluents, mais surtout l'existence du lac Amucu , situé à peu de distance du Rupunuwini ou Rupunuri et qui se rattache au Rio Parime par le Pirara, qui ont donné naissance à la fable d'une mer Blanche et du Dorado de Parime.

J'ai vu avec plaisir les voyages de M. Schomburgk confirmer pleinement ces premiers aperçus ; la partie de la carte où est tracé le cours de l'Essequibo et du

Rupunuri est tout à fait neuve et d'une haute importance pour la géographie. Elle représente la chaîne de Pacaraima comme s'étendant depuis S"" 52' jusqu'à 4'' de latitude. J'avais placé sa direction moyenne entre 4<* et 4"" K/. La chaîne atteint, sous S"" 57' de latitude septentrionale et 60'' 23' de longitude occidentale, le confluent de l'Essequibo et du Rupunuri que j'avais reculé d'un demi-degré trop loin vers le nord. M. Schomburgk nomme le dernier de ces fleuves Rupununi , d'après la prononciation des Macusis, en indiquant d'ailleurs trois synonymes, Rupunuri, Rupunuv^ini et Opununy. Les populations caraïbes de ces contrées ont en efiet de la peine à articuler la lettre r. La situation du lac Âmucu, relativement au Mahu (Maou) et au Tacutu (Tacoto) , est parfaitement d'accord avec la carte de la Colombie que j'ai publiée en 1825. Le même accord existe entre nous pour la latitude du lac Amucu; M. Schombourgk trouve 3*" 33' ; j'avais cru pouvoir m'en tenir à 3'' 35'. Cependant le Cano Pirara ou Pirarara, qui unit le lac Amucu avec le Rio Branco, coule, en sortant du lac, vers le nord et non vers l'ouest. Le Sibarana de ma carte, que Hortsmann fait jaillir près d'une belle mine de cristal de roche, un peu au nord du Cerro Ucucuamo, est le Siparuni de M. Schomburgk; de même qu'il nomme Waa-Ekuru le Tavaricuru du géographe portugais Pontes Leme. Cette rivière est de tous les affluents du Rupunuri celui qui se rapproche le plus du lac Amucu.

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Les remarques suivantes extraites de la Relation de M. Robert Schomburgk jettent quelque lumière sur Tobjet qui nous occupe. « Le lac Amucu, dit ce voyageur, est sans contredit le nucletis du lac Parime et de la prétendue mer Blanche. Lorsque nous le visitâmes au mois de décembre et de janvier , il avait à peine un mille anglais de largeur et était à moitié couvert de joncs » (cette particularité est déjà relatée dans la carte de d'Anville publiée en 1748). « Le Pirara, dit encore M. Schomburgk, sort du lac à Touest-nord-ouest du village indien également nommé Pirara, et se jette dans le Maou ou Mahu. D'après les renseignements que j*ai pu recueillir, le Maou prend sa source au nord du seuil des monts Pacaraima, élevés seulement de 1500 pieds dans leur partie orientale. Les sources sont situées sur un plateau où le fleuve forme une belle chute d'eau nommée Corona. Nous étions en marche pour la visiter^ lorsque le troisième jour de notre excursion à travers les montagnes , le malaise d'un de nos compagnons nous contraignit de retourner à la station du lac Amucu. Les eaux du Maou sont noires, c'est-à-dire de la couleur du café ; son courant est plus fort que celui du Rupunuri. Dans les montagnes à travers lesquelles il se fraye un chemin , il a environ 60 yards de largeur, et ses bords sont extrêmement pittoresques. Cette vallée est habitée par les Macusis, ainsi que les rives du Buroburo, qui se jette dans le Siparuni. Au mois d'avril, toutes les savanes sont inon-

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dées et présentent le singulier phénomène d'eaux mélangées , appartenant à deux bassins différents. Ce sont sans doute Timmense étendue et la durée de cette inondation qui ont donné lieu à la fable du lac Parime. Pendant la saison des pluies, les eaux se confondent dans Tintérieur du pays, depuis TEssequibo jusqu'au Rio Branco et au Gran Para. Quelques groupes d'arbres s'élèvent comme des oasis sur les collines de sable des savanes, et font durant Tinondation l'effet d'tles semées çà et là sur un lac. Les tles Ipomucena de don Antonio Santos ne sont certainement pas autre chose. »

J'ai trouvé dans les manuscrits de d'Anville dont ses héritiers ont bien voulu me donner communication, que le chirurgien Hortsmann d^Hildesheim qui a décrit ces contrées avec un grand soin , a vu encore un second lac alpin placé, dit-il, à deux journées de marche au-dessus du confluent du Mahu et du Rio Parime, qu'il confond probablement avec le Tacutu. C'est un lao d'eau noire, situé sur le sommet d'une montagne. Hortsmann le distingue nettement dulac Amucu qu'il représente comme couvert de joncs. Les Relations de Hortsmann et de Santos ne permettent pas plus que les cartes portugaises manuscrites du dépôt hydrographique de Rio- Janeiro, de croire à une liaison constante entre le Rupunuri et le lac Amucu. Sous ce rapport le cours des fleuves est plus exactement représenté sur la carte de d'Anville qui fait partie de la première édition de l'Amérique méri-

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dionale publiée en 174S que dans l'édition de 1760 qui est cependant plus répandue. Le rapport de M. Schomburgk établit parfaitement Tindépendance respective des bassins du Rupunuri et de TEssequibo ; mais en même temps il fait remarquer que pendant la saison des pluies le Rio Waa-Ekuru, Tun des afQuents du Rupunuri , se trouve mis en communication avec le Cano Pirara. Tel est Tétat de ces bassins mal débrouillés encore jusqu'à ce jour et qui manquent presque entièrement de seuils ou lignes de démarcation.

Le Rupunuri et le village d'Anai situé sous 3° 56' de latitude , 60'' 56' de longitude , sont acceptés aujourd'hui comme la limite politique des possessions anglaises et brésiliennes. M. Schomburgk, retenu par une maladie grave, fut forcé de prolonger son séjour à Ànai. U mesura durant ce temps , à l'est et à l'ouest, plusieurs distances lunaires, auxquelles il rattacha chronométriquement la situation du lac Amucu. En général, les longitudes adoptées par ce voyageur pour ces points de la Parime, sont d'un degré environ plus à Test que celles qui sont indiquées sur ma carte de la Colombie. Très-éloigné de vouloir contester le résultat des distances lunaires prises à Anai , je dois seulement signaler l'importance que le calcul de ces distances peut acquérir, si l'on veut, à l'aide du chronomètre, transporter le temps du lac Amucu à Esmeralda dont j'ai déterminé moi-même la position (68° 23' 19" long.).

Ainsi nous voyons, grâce à de nouvelles recherches,

la grande Mar de la Parima, que Ton a eu tant de peine à éliminer de nos cartes qu'après mon retour de TÀmérique on lui attribuait encore 66 lieues de largeur, se réduire enfin au lac Àmucu, qui n'a pas plus de 2 ou 3 milles anglais d'étendue. Les illusions que Ton a entretenues pendant près de deux siècles à ce sujet ont du moins produit ce résultat de faire faire quelques progrès à la géographie; mais en revanche elles ont coûté la vie à plusieurs centaines d'hommes , morts dans l'expédition qui fut envoyée en 1775 à la découverte du Dorado. Déjà en 1512 des milliers de soldats étaient venus se ranger sous les ordres de Ponce de Léon , pour aller reconnaître les Sources de la Jeunesse, que Ton supposait placées dans une des îles Bahama, nommée Bimini et à peine marquée sur nos cartes. Cette expédition amena la conquête de la Floride et révéla l'existence du grand fleuve marin ou Gulf-stream qui débouche dans le canal de Bahama. La soif des trésors et l'ardeur de rajeunir, le Dorado et les Sources de la Jeunesse, ont tour à tour et avec une égale puissance, enflammé les passions des peuples.

Note 40, page 255.

Voyez Humboldt, Bonpland et Ku t% Nova Gênera Plantarum œquinoct.^ 1. 1, p. 315.

ÉCLAIROSSEMEmS ET ADDITIONS. 301

Note 4 4, page 274.

Durant mon séjour au milieu des forêts de TOrénoque, des recherches furent entreprises par l'ordre du roi dans ces cavernes. Le missionnaire des cataractes était faussement accusé d*y avoir trouvé des trésors que les jésuites y avaient cachés , disait-on, avant de prendre la fuite.

Note 42, page 274.

Le perroquet des Àtures est devenu le sujet d'une pièce de vers qu'a bien voulu m'adresser mon ami le professeur Ernest Curtius, instituteur du jeune prince Frédéric-Guillaume de Prusse. L'auteur me pardonnera d'insérer ici ses vers qui n'étaient pas destinés à la publicité.

Dans les solitudes de TOréncque habite un vieux perroquet, froid et immobile, comme s'il était sa propre image taillée dans la pierre.

Les flots brisés du fleuve se font jour en écumant à travers les digues de rochers, et les troncs des palmiers s'inclinent, noyés dans les flots de lumière du soleiU

La vague, en dépit de ses efforts, ne peut atteindre le but. Le soleil mêle en se jouant le reflet de ses couleurs à la poussière de Peau.

Au-dessiDus, & l'endroit où les flots retombent en se brisant, un peuple goûte le repos éternel ; chassé des lieux qu'il habitait, il se réfugia dans ces rochers.

302 DBS CATAaACTBS DB l'ORÂNOQDB, BtC.

Et les Atures sont morts, libres et fiers comme ils avaient vécu ; les verts roseaux du rivage cachent tout ce qui reste de leur race.

Là gémit dans le deuil le perroquet, unique survivant des Atures: il aiguilé son beo contre la pitrre et fait rvtentir Tair de ses orii.

Hélas 1 les enrants qui lui ént appris les tons de lèui' langue ma^ temellei et les femmes qui l'ont élevé, qui ont bâti son nid de leurs mains 4

Tous) frappés par la mort, Mnt étèndt» sur le rivage; seè cHs inquiets n*ont pu réveiller personne.

Seul il appelle, et dans ce monde étranger nul ne peut comprendre sa voix. Il n*enteud que le bruissement des eaux; pas une âme ne songe & lut»

Le ëâuVagè qtiî l'afiërçolt sUr lé fleuve rainé 6 côtips redoublés pour atteindre le rivage. Personne n'a ru sans fHssonner le perroquet des Atures»

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