‹ Table aux de la natureChapitre 37 sur 43 · DB LA VIE NOCTURNE DES ANIMAUX · texte numérisé non relu

DB LA VIE NOCTURNE DES ANIMAUX

oriental de la chaîne des Andes , j'ai fait voir comment par suite de cette double signification du mot «»(m/6> une carte anglaise de FAmérique méridionale, belle d'ailleurs et très-répandue, a converti des plaines en hautes montagnes. Là où la carte espagnole de La Cruz Olmedilla, qui a servi de base à tant d'autres, avait indiqué des forêts de Cacao, montes de Cacao, on a fait surgir des Cordillères , bien que le Cacaoyer cherche la chaleur ardente des bas-fonds". Si Ton embrasse d'un coup d'oeil la région boisée qui occupe toute l'Amérique méridionale, depuis les Llanos de Caracas jusqu'aux Pampas de Buenos-Aires, entre le 8" degré de latitude boréale et le 19* degré de latitude australe, on reconnaît qu'aucune forêt sur la surface de la terre ne peut être comparée, pour l'étendue , à ces Hylxa non interrompus de la zone tropicale. Ils présentent environ douze fois la superficie de l'Allemagne. Coupés dans tous les sens par des fleuves sans nombre, dont les affluents de premier et de second ordre roulent quelquefois des eaux plus abondantes que le Danube et le Rhin, ils doivent l'admirable richesse de leur végétation au double bienfait de l'humidité et de la chaleur. Dans la zone tempérée, particulièrement en Europe et dans le nord de l'Asie, certaines espèces d'arbres croissent en société ( plantœ sociales ) , et forment à elles seules des forêts

Dans les forets di] nouveau monde. 311

que l'on peut désigner d'après leur nom spécifique. Dans les forêts de chênes, de sapins et de bouleaux qui couvrent les contrées du Nord , dans les forêts de tilleuls de TOrient, règne ordinairement une espèce unique d'Âmentacées, de Conifères ou de Tiliacées. Quelquefois cependant des arbres à feuilles acéreuses sont entremêlés d'arbres à larges feuilles. Cette société uniforme est étrangère aux forêts des tropiques. La variété infinie des fleurs qui s'épanouissent dans ces Hylœa ne permet pas de demander de quoi se composent les forêts vierges. Une quantité innom^ brable de familles difiérentes se dressent Tune contre Tautre ; même dans les plus petits espaces, il est rare de voir réunis des arbres de même nature. Chaque jour, à mesure qu'avance le voyageur, il découvre des formes nouvelles ; souvent le dessin des feuilles et la ramification d'un arbre attirent son attention, sans qu*il puisse en distinguer les fleurs.

Les fleuves et leurs embranchements innombrables «ont les seuls chemins de ces pays. On a souvent reconnu, à l'aide d'observations astronomiques, ou, quand ces observations font défaut, en déterminant avec la boussole la courbe des rivières, qu'entre l'Orénoque, le Cassiquiare et le Rio Negro, il existe en plusieurs endroits, séparées seulement par quelques lieues, deux missions dont les moines ne peuvent se

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visiter qu'en passant plus d'un jour à suivre, dans des canots formés de troncs d'arbres, les sinuosités des ruisseaux. On ne saurait mieux démontrer à quel point sont impénétrables certaines parties de la forêt que par un trait emprunté à la vie du grand Tigre américain ou Jaguar. Tandis que, grâce à l'introduction du bétail européen, des Chevaux et des Mulets, les animaux carnassiers trouvent une nourriture abondante dans les Llanos, les Pampas et les Savanes sans arbres de Yarinas, du Meta, de Bucnos-Aires, et se sont considérablement multipliés, depuis la découverte de rÂmérique, en attaquant les troupeaux à armes inégales, d'autres individus de la même espèce mènent une vie misérable dans la profondeur des forêts, auprès des sources de l'Orénoque. Affligés de la perte d'un grand dogue, le plus fidèle et le plus dévoué de nos compagnons, qui avait disparu dans un bivouac près du confluent du Cassiquiare et de l'Orénoque, soupçonnant, sans le savoir, qu'il avait été déchiré par les tigres, nous nous étions décidés, en sortant des légions d'insectes qui nous avaient assaillis dans la mission d'Esmeralda, à passer une nuit sur les lieux où déjà nous avions longtemps et vainement cherché notre chien. Nous entendîmes de nouveau, à une très-faible distance, le cri des Jaguars, de ceux même vraisemblablement auxquels pouvait • être at-

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