DB LA TIK NOCTURNE DES ÂNIHAUX
pour titre TabUoMX de la nature ; je la transcris ici. Un récit composé en présence même du phénomène ou peu de temps après l'impression reçue peut prétendre du moins à plus de fraicbeuir et de ^ie que l'écho d'un souvenir lointain.
Nous arrivâmes dans le lit de l'Orénoque, en descendant de Touest à l'est le Rio Apure , dont j'ai signalé les débordements dans le Tableau des steppes et des déserts. C'était le temps des basses eaux ; TA* pure avait à peine douze cents pieds de largeur moyenne, tandis qu'en cherchant la largeur de TOrénoque, au confluent des deux fleuves, près de la petite montagne granitique de Curiquima , où je pus mesurer une base trigonoméirique, je trouvai encore plus de onze mille quatre cents trente pieds. Cependant du rocher de Curiquima, jusqu'à la mer et au delà de l'Orénoque , on compte en droite ligne plus de cent soixante lieues. Une partie des plaines que traversent l'Apure et le Payara sont habitées par les races des Yaruros et des Achaguas. Dans les missions des moines, ces peuples sont appelés sauvages, parce qu'! h veulent vivre indépendants; mais ils sont placés très-près, sur I échelle de la civi* lisation, de ceux qui baptisés et « vivant sous la clo* che (baxo la campana) , » restent étrangers à toute espèce d'instruction et de perfectionnement.
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Après avoir dépassé File del Diamanie^ dans laquelle les Zambos qui parlent la langue espagnole cultivent la canne à sucre, on entre dans une grande et sauvage nature. L'air était rempli d'innombrables Flamingos (Phœnicopterus) et d'autres oiseaux aquatiques qui se détachaient sur l'azur du ciel, comme un nuage épais dont les contours variaient sans cesse. Le fleuve se rétrécissait jusqu'à n'avoir plus que neuf cents pieds de large, et coulant droit devant lui sans aucun détour, formait une espèce de canal , entouré des deux côtés par d'épaisses forêts, dont la lisière oflb*e un aspect inaccoutumé. Devant le mur presque impénétrable , formé par les troncs gigantesques du Cœsalpinia, du Cedrela et du Desmanthus, s'élève sur le bord sablonneux du fleuve , une haie peu élevée mais très-^régulière de Sauso . Cette haie n'a pas plus de quatre pieds de haut; elle est formée par un arbuste nommé Hermesia castaneifolia, qui compose un nouveau genre de la famille des Euphorbiacées^ Quelques palmiers grêles et épineux auxquels les Espagnols ont donné le nom de Pirîtu et de Corozo et qui sont peut-être des espèces de Martinezia ou de Bactris , sont placés immédiatement derrière cette palissade; le tout ressemble à une haie taillée comme celles de nos jardins. Dans cette haie sont pratiquées à de grandes distances l'une de l'autre, des ouvertures en
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forme de portes ; sans aucun doute ce sont les grands quadrupèdes de la forêt qui se sont eux-mêmes frayé ces voies pour arriver commodément sur les bords du fleuve. On voit sortir surtout de grand matin et au coucher du soleil , le Tigre américain, le Tapir et le Pécari ou cochon musqué (Dicotyles) qui vont abreuver leurs petits. Si, troublés par des Indiens qui passent en canot, ils veulent rentrer dans la forêt, ils ne cherchent pas à rompre violemment la haie de Sauso , mais on a le plaisir de voir ces animaux sauvages s'avancer à pas lents dans un espace de quatre à cinq cents pas, entre le fleuve et la haie , et disparaître par la première issue. Durant un laps de soixantequatorze jours, employés presque sans intemiptiou à parcourir, dans un étroit canot, l'espace de six cents trente lieues, sur TOrénoque, que nous remontâmes jusqu'auprès de sa source, sur le Cassiquiare et le Rio Negro , le même spectacle s'est présenté à nous en plusieurs endroits diiférents , et je puis dire toujours avec un charme nouveau. On voit apparaître en groupe les espèces d'animaux les plus dissemblables, qui se rendent sur les bords du fleuve, pour boire, se baigner ou pêcher : les Hérons aux vives couleurs, les Palamédées et les Hoccos à la démarche allière (Crax alector, Crax Pauxi), vont en compagnie des grands mammifères. « Es como en el Paraiso, » c'est
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ici comme dans le jParadis, disait avec onction notre pilote, un vieil Indien qui avait été élevé dans la maison d'un^ecclésiastique. Mais la paix de ïàge d'or ne règne pas dans le paradis des animaux américains ; ils se séparent, s'observent et s'évitent ; les Capybara, long de trois h quatre pieds, reproduction colossale du Cabiai Brésilien (Cavia Aguti), sont dévorés dans Teau par le crocodile, et par le tigre sur la terre, encore courent-ils si mal, que plusieurs fois, les rencontrant en troupeaux nombreux, nous avons pu en poursuivre et en atteindre quelquesuns.
Au-dessous de la mission de Santa Barbara de Aricbuna, nous passâmes la nuit comme h Tordinairo sous la voûte du ciel, après avoir choisi, sur les bords de rApure, une plaine sablonneuse qui allait rejoindre, à peu de distance, la lisière de l'épaisse forôl. Nous eûmes de la peine à trouver du bois sec, pour allu« mer les feux dont, suivant la coutume du pnyH, on entoure les bivouacs, afin de se préserver des nttnqucN du Jaguar. La nuit était fraîche et éclairée pnr In hino. Plusieurs crocodiles s'approchaient de la rive; Jn rrolH avoir remarqué que la vue du feu Icn nttln% dn tnOtnn que nos écrevisses et plusieurH autrofi nnlitmux n(\m* tiques. Les rames des barque» furent MolidnmiMil nn^ foncées dans le sol, pour y ihvv nm \mmnvn, Il ri^K'ifiii
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un profond silenee ; seulement de temps à autre on entendait le ronflement des dauphins d'eau doucç qui se suivaient en longues troupes. Ces animaux habitent exclusivement le réseau des fleuves de TOrénoque, et suivant C!olebrooke, le Gange jusqu'à Be* narès^.
Il était plus de onze heures quand commença, dans la forêt voisine, un vacarme tel qu'il fallut renoncer absolument h dormir le reste do la nuit. Tout le bailler retentissait de cris sauvages. Parmi les voix nombreuses qui se mêlaient dans ce concert, les Indiens ne pouvaient reconnaître que celles qui, après une courte pause, recommençaient seules à se faire entendre. C'étaient les hurlements gutturaux et monotones des Alouates, la voix plaintive et flûtée des petits Sapajous , le ronflement du Singe dormeur ( Nyotipithecus trivirgatus), dont j'ai donné, le premier, la description^, les cris entrecoupés du grand Tigre d'Amérique, du Couguar ou lion sans crinière, du Pécari, du Paresseux , et d'un essaim de Perroquets , ceux des Parraquas (Ortalida), et d'autres Gallinacés. Lorsque les tigres s'avançaient vers la limite de la forêt , notre chien, qui auparavant aboyait sans cesse, cherchait en hurlant un refuge sous nos hamacs. Quelque* fois le rugissement du tigre descendait du haut des arbres ; il était alors toujours accompagné des cris
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aîgui et plaintifs des singes qui s'efforçaient d'échapper à ce danger nouveau pour eux.
Si l'on demande aux Indiens ce qui, durant certaines nuits, produit ce tumulte continuel, ils répondent en riant que les animaux aiment à voir la lune éclairer la forêt, qu'ils font fête à la pleine lune. Pour moi, la scène me parut provenir d'un combat engagé par hasard, et qui se prolongeait avec un acharnement toujours croissant. Le Jaguar poursuit les Pécaris et tes Tapirs, et ces animaux, étroitement pressés les uns contre les autres, brisent la paUssade d'arbustes qui met un obstacle à leur fuite. Effrayés de ce bruit, les singes mêlent du haut des arbres leurs cris à ceux des grands animaux; ils réveillent les familles d'oiseaux perchés en société, et ainsi, peu à peu, toute la gent animale est mise en émoi. Une plus longue expérience nous a appris que ce n'est point toujours, tant s'en faut, « la célébration de la pleine lune » qui trouble le repos des animaux. C'était pendant les violentes averses que les cris étaient le plus bruyants, ou lorsqu'au milieu des grondements du tonnerre Péclair illuminait l'intérieur de la forêt. L'honnête franciscain qui, bien qu*ayant souffert de la fièvre depuis plusieurs mois, nous accompagna à travers les cataractes d*Atures et de Maypures jusqu'à San Carlos sur le Rio Negro, près de la frontière du Brésil, avait coutume de dire