‹ Table méthodique et analytique des articles du Journal des savants depuis sa réorganization enChapitre 6 sur 122 · XXVIII HISTOIRE · texte numérisé non relu

XXVIII HISTOIRE

riiomme des ayortements, des accouchemetils, des effets de rimagination

des femmes grosses de Li génération du lait, des maladies galantes, des

propriétés du mercure, des flux de la bouche et des autres évacuations qui sont excitées par ce minéral, et d*une infinité d*autres choses dont on veut bien croire qu'il n'a jamais parlé, aiant dû prendre une modestie exemplaire dans le corps des RR. PP. jésuites dont il a Thonncur d'avoir été ^ »

11 est certain qu'en voyant un tel amas de prodiges, de monstres, de lusus uaturœ, on serait tenté de croire qu'à défaut d'autre mérite, Tabbé de La Roque pourait revendiquer celui d'être le père de ces bourdes écrites que l'on crie dans les rues, et auxquelles on a donné vulgairement le nom d'un palmipède de la famille des anas.

Après dix mois d'interruption, le journal reparut sous la direction de L. Cousin, président en la Cour des monnaies, homme d'une grande instntction et d'une justesse d'esprit remarquable. Le premier numéro parut le lundi 17 novembre 1687, précédé de l'avertissement suivant :

« La discontinuation du Joumal^quelcs personnes de LeUres oui soufieiic depuis près d*un an avec quelque marque d'impatience^ n'a procédé que du désir qu'a eu le premier Magistrat du Royaume, qu'à Taveuir il fût le plus exact qu'il serait possible. Ceux qui y travaillent par ses ordres^ n^omettront rien de ce qui dépendra d'eux pour suivre ses intentions. Leur premier soin sera de choisir les Livres qui par Tutilité de leur sujet mériteront d'estre proposez au IhiLlic. En ce point, ils auront plus d'égard à ce qu'ils doivent faire pour la satisfaction solide de leurs Lecteurs^ qu'à ce que pourroit souhaiter un Auteur qui ne suivroit qu'tme vaine ombre de réputation^ ou un Libraire qui ne cherchcroit que son intércst.

c Ils liront les Ouvrages avec toute l'appUcation dont ils seront capables et en feront des extraits fidèles. Quelquefois ils suivront leur Auteur pas à pas, et marqueront on abrégé tout ce qu'il aura expliqué plus au long. Quand le sujet ne demandera pas qu'ils entrent dans un grand détail, ils se contenteront de donner une idée générale de TOuvrage, d'en tracer le plan et d'en toucher quelque bel endroit; ils ne le relèveront pas toutefois par les louanges qu'ils croiront luy estre dues, parce qu'ils se tiendront dans les bornes d*un Historien qui s*acquite de son principal devoir quand dans le récit des choses il ne s* éloigne point de la vérité. Ils entreprendront encore moins de dire ce que d'autres y pourroient reprendre. S'ils avertissent de quelque faute qu'ils aiu'ont apperçûc, ce ne sera que de celles qui consistent en fait, telle que seroit une fausse citation. Pour peu que TAutcur soit équitable, il n'aura garde de s'en plaindre puis qu'en cela ils ne feront que découvrir à ses lecteurs un piège qu'il leur aura tendu innocemment, et oii Une voudroit pas qu*ils tombassent '. »

Le président Cousin suivit, sans jamais dévier, cette ligne de conduite, et

* Mercure iavant^ 1686, Piéf.

1 Journal du lundy 17 novembre 1C87.

DU JOURNAL DES SAVANTS. xxix

sut, aillant par la dignité de sa personne que par Télévation de son talent, relever le journal de sa chute. (( Jamais, dit d'Âlemberl, il n'oublia que dans « ses extraits, i) était rapporteur et non juge. Il était plus attentif à déterrer c( dans le fumier la perle qui s'y cachait, qu'à remuer fastidieusement un mon- « ceau de décombres pour en écraser le malheureux qui avait eu la sottise do « les rassembler. »

Le mérite du président Cousin et Féquité de sa critique n^empéchèrent pas certains auteurs d'être, choqués de ses observations, et de répondins par la violence à la modération du journaliste. On alla jusqu'à lui reprocher de n'avoir pas le double talent de Tiraqueau, qui faisait tous les ans un livre et un enfant. Cette insinuation lui fut très-sensible, et il s'en vengea, autant que le permit la douceur de son caractère, dans son Eloge sur Ménage, qui lui avait lancé Tépigramme suivante :

Le grand traducteur de Procope Faillit tomber en syncope Au moment qu'il fut ajourné Pour consommer son mariage.

« Ah ! dit-il, le pénible ouvrage.

Et que je suis infortuné !

Moi qui fais de belles harangues, Moi qui traduis en toutes langues, A quoi sert mon vaste savoir.

Puisque partout on me diffame Pour n'avoir pas eu le pouvoir De traduire une fllle en femme. v>

Pendant seize ans que le président Cousin dirigea le Journal des Savants^ aucun changement notable ne survint dans la forme de ce recueil, si ce n'est qu'en 1689 on réduisit à trois demi-feuilles le numéro qui se composait auparavant de quatre ^ Le style élégant bien qu'unpeu froid du rédacteur, sescon-

< Voici la raison que le président Cousin en donne, dans an avis de Timprimeur au lecteur qu'il met en tête du numéro du 17 janvier 1G89 :

« Lorsque je commençai, sur la fin de Tannée 1687, à imprimer le Journal deê Sçavam^ par ordre d» Monseigneur le Chancelier, je crus, pour la satisfaction du Public, le devoir faire plus ample qu'il oV voit esté auparavant, et pour cet eflet J*y mis quatre demi-feuilles et y employai de plus menu caractère. Maintenant que plusieurs personnes qui l'envoient chaque semaine en province, se plaignent de la dépense des ports, J'ai Jugé à propos de le réduire à trois demi-feoiUes, sans changer de caractère, et de leur épargner par ce moyen tme partie du prix et du port. »

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