‹ Table méthodique et analytique des articles du Journal des savants depuis sa réorganization enChapitre 7 sur 122 · SS^D^RE · texte numérisé non relu

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naissances solides et variées, donnèrent à ses articles un cbaruie et une 'autorité que ceux de ses prédécesseurs n'avaient jamais obtenus. On lut avec avidité les extraits et les éloges qu^il consacrait aux hommes illustres enlevés à la repu* blique des lettres; le journal fut recherché ^ devint une puissance, et TAcadé* mie française, qui devait plus tard contribuer à sa gloire, rendit hommage à « ce journal immortel, dont TEurope sera toujours redevable à la France, à qui les Muses l'ont inspiré, et dont, d'aprèsun célèbre académicien, M. Cousin avait fait une des plus éclatantes voix de la Rénommée ^ »

Le chancelier de Pontchartrain, heureux du succès toujours croissant du journal, profila de la démission du président Cousin, qui se retirait à cause de son grand âge, pour donner à cette institution une organisation qui pût en assurer la gloire et la durée. Il forma dans ce but une société d'écrivains versés dans les différents genres de la littérature et des sciences, qui sous son patronage et la direction de Tun d'eux, se chargèrent, chacun dans sa spécialité, de rendre compte des ouvrages nouveaux. L'abbé Bignon fut nommé président de celle nouvelle société, qui se réunit chez lui une fois par semaine. Le célèbre Elies Dupin fut choisi pour la théologie; Tavocat Rassicod pour la jurisprudence ; le docteur Audry , pour la physique et la médecine ; Fontcnelle, pour les mathématiques et les matières d'érudition ; Vertot, pour l'histoire, et Thelléniste Pouchart, pour les langues et la littérature.

Le premier numéro parut sous les auspices de la nouvelle rédaction, le 12 janvier 1702. Il renferme un avertissement qui met les lecteurs au courant des changements survenus dans TorganisatioTi du journal :

c Monsieur le Chancelier, dont les soins ne s*élendcDt pas moins à Tavancement et à la perfection des Aris et des Sciences qu'au règlement de i*Ëstat, et à l'observation exacte des Lois du Royaume, ayant considéré quMl estoit difficile que le Journal dei Scavam répondit parfaitement à l'alente du Public^ soit à cause du peu de soin qu*a voient les Libraires de faire venir les Livres qui s'impriment dans les Pays Étrangers, soit parce qu'une seule personne ne peut pas suffire à la lecture de tous les Livres, et à faire les Extraits dont le Journal doit estre composé, a bien voulu se donner la peine de former une Compagnie de Gens de Lettres pour travailler à cet Ouvrage.

c Monsieur FAbbé Bignon qui n'a pas moins d'ardeur pour tout ce qui regarde les Lcllres et les Sciences, que Monsieur le Chancelier son Oncle, a trouvé bon que les Assemblées de cette Compagnie se tinssent chez luy une fois chaque Semaine, et que cet Ouvrage se formast sous SCS yeux, et se perfecttonnast par ses conseils.

c La compagnie qui y travaille, s*est fait quelques règles dont il n'es't pas nécessaire de

> Harangne de M. Dacier. (Voy. HarangUêM de t* Académie, tome ITT.)

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donner le détail au Public. Si elles sont bonnes, on les suivra autant qu*il sera possible; si elles ne le sont pas, on les abandonnera sans aucune répugnance. Ce sera aux lecteurs habiles et désintéressez qui verront ce journal, à en juger. Ils feront plaisir à la compagnie de luy communiquer les reflexions qu*ils auront faites, et les veuês qui pourront servir à m'etlre cet Ouvrage dans une plus grande perfection.

« On sçait qu*il n'est pas aisé de contenter le goust du Public. Les uns voudroient ne voir dans le Journal que des matières Théologiques ; les autres ne voudroient que de la Phisique et des Mathématiques; d'autres, que delà Médecine ou de TAnatomie; quelques-uns voudroient qu*on n*y parlast que de Belles-Lettres, de Médailles, d*Inscriptions et d'Antiquitez. Il y en a qui tfaiment que l'Histoire, d*autres, que le Droit : de manière que si on vouloit contenter tout le monde, il faudroit faire un Journal particulier sur chaque matière. Tout ce que nous avons à dire à ceux qui seroient de cette humeur, c'est qu'ils peuvent lire dans le journal les articles qui leur conviennent, et passer les autres.

c Les avis ne sont pas nioins partagez sur la manière dont le Journal doit estre écrit. Les Sçavants et les Gens de Cabinet se soucient ordinairement fort peu de la délicatesse du tour, et pourveu qu*on leur présente bien des choses, ils sont contents; Tassaisonncment n'est pas ce qui les touche. Les gens du monde, au contraire, se soucient peu du fond des choses, pourveu que les manières soient agréables; ils aiment les tours ingénieux, une critique One et délicate; la clarté surtout est ce qui les charme; mais ils ne rçauroient souffrir le moindre embaras dans les matières mesme les plus abstraites et les plus difficiles. Comment trouver un juste tempérament qui satisfasse les uns et les autres?

« Les préjugez des Journalistes et leur partialité en favem* de leur Religion et de leur Pays, sont des dcffauts qu'on leur reproche avec raison, surtout après qu'ils ont promis publiquement de s'en défaire. La Compagnie, sans s'engager à rien, espère que les lecteurs de quelque Religion et de quelques Pays qu'ils soient, seront contents d'elle sur cet article.

« Il ne nous reste plus qu'à avertir que le Journal sera continué de la mesme forme, et imprimé du mesme caractère que les Journaux précédents; mais au lieu qu'on ne donnoit chaque Semaine qu'uno feuille et demie, on tâchera d'en donner deux feuilles entières. On fera aussi en sorte de ne point couper les Articles, c'est-à-dire qu'on ne mettra point une partie d'un Extrait dans un Journal, et une autre partie dans l'autre. Quand^il se trouvera des Extraits trop longs pour entrer dans les Journaux ordinaires, on en fera des extraordinaires qu'on donnera les Jeudis; et on aura soin d'en avertir le Public à la fin du Journal du Lundy précédent.»»

Les efforts des journalistes furent couronnés d^un plein succès, et le public ratifia par ses suffrages les mesures prises par le chancelier. « Le journal, écrit Tabbé Desfontaines dans le Nouvelliste du Parnasse \ est aujourd'hui entre les mains de personnes estimables par leur érudition et par leur politesse. Les extraits sont lus avant que d'être imprimés ^, dans une assemblée

* Tome I, pagft 212.

* Cette louable coutume fut suivie par les successeurs de Tabbé Bignon. J*ea trouve la preuve dans une lettre du marquis d'Argenson, à sa tante la marquise de La Cour, lettre dans laquelle on lit ce passage : «Adieu, ôaa chère tante, voicy Theure du Journal des SçAvans, les Journalistes m*attendent pour faire corriger leurs extraits. » [Correspondance de la marquise de La Cour, Lettre du 18 féTrier 1718, t. m. Manuscrit de la BibUothèqae Mazarine, no 2791 B.)

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à laquelle préside un de ces hommes rares que le ciel fail naître de temps en temps pour encourager. les lettres. Le but qu'on se propose est de faire connaître le mérite des livres, sans pourtant mêler une critique directe. L^analyse est longue ou courte, selon que Fimportance de la matière le demande ; mais elle est tournée de manière que le lecteur attentif et clairvoyant est à portée de décider si le livre est bon ou mauvais, et, comme la capacité des journalistes les met en état de démêler ce qu^on trouve de singulier dans les ouvrages, ils ont soin de l'indiquer et de liciter. Quand un auteur s^est trompé, on le reprend honnêtement, et lorsqu^il y a du ridicule dans le livre, on le tire avec tant de circonspection, que Técrivain peut seulement se le reprocher à luimême. Il faut, en vérité, des talents bien singuliers pour exécuter a>ec succès un semblable projet. Au reste, le style du journal est pur, noble, élégant et proportionné aux diverses matières qu'on y traite. •

A cet éloge mérité, nous ne pouvons nous dispenser de joindre ces paroles de Bayle : « Ils possèdent, dit Téminent critique, un secret semblable en quelque façon à celui de la fameuse Médée, puisqu'ils ont rajeuni du premier coup ce journal qui tombait dans les langueurs de Tàge caduc, et qu'ils lui ont redonné d'abord toute la force, toute la vivacité qu'il avait eue dans son état le plus florissant, qui fut celui de ses deux ou trois premières années. »

Bien que le public lettré partageât généralement Topinion favorable que Bayle et l'abbé Desfontaines s'étaient formée du Journal des Savants^ il y eut comme toujours des mécontents. Les querelles d'Andry avec Lemery, Hecquet cl Heister, celle de Saurin avec Rolle, et surtout la sévérité de Pouchard qui disait de ses adversaires : « Ifs sont fâchés de ce que je fais connaître leurs fautes, et moi je le suis de ce qu'ils font de mauvais livres, » firent naître une guerre de plumes assez acharnée pour provoquer de la part des journalistes une profession de foi '.

* Dans cette réponse au discours que M. de Sacy prononça à l'Acadéinio française le jeudi 1" décembre 1707, à la réception du marquis do Mimcuro, réponse fort remarquable que Ton attribue à Tabbé Bignon, on trouvera non seulement l'opinion des journalistes sur la critique, mais aussi certains faits propres à éclaircir l'histoire littéraire du journal sous ses anciens rédacteurs de Salo et Cousin.

« Après cette Analyse d'un si élégant discours nous avons cru à propos, écrit l'abbé Bignon, d'insérer encntier l'endroit qui regarde la continuation des journaux. » — «C'est à M. Cousin, dit M. de Sacy, que le Public fut longtemps redevable de la continuation de ca Journaux qui ecccitoient tant de curiosité^ et qui causaient tant de plaisir^ parce qu'ils ne paroisnoicnt précisément faits que pour soulager ceux qui manquoient ou de temps pour lire, ou de mémoire pour retenir. Comme il n'avoit pas moins de droi-

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Dupin, qui fut exilé à Cbâtellerault^ en 1703, au sujet de la signature du Cas de conscience, et Pouchart^ qui mourut en 17Q7^ furent remplacés par le

tare dans le cœur que dans Vesprity loin de s'imaginer qu'en faisant i'Extrait des Livres, il eût acquit le privilège de faire une Satyre^ où sans respect ny pour la vérité^ ny pour la bienséance^ il n*eût à suivre que ses dégoûts ou ses chagrins; il ne crut pas que cet Extrait luy donn&t seulement le droit de s'é riger un Tribunal, d'où il pût prononcer un jugement innocent et modeste. Plein de défiance pour ses propres lumiëzes, il appréhendoit qu'en croyant donner une décision fondée et légitime il ne donnAt une fantaisie ou une opinion erronée^ et qu'en se hasardant à guider ceux qui s'abandonneroient à sa foy, il ne les égarât. Attentif à V esprit des Instituteurs de ce Recueil, il ne se regarda Jamais ny comme le Juge, ny comme le Censeur du Livre dont il parloit ; mais il se souvint toujours qu'il n'en étoit que l'Historien. Les Devoirs d'un sage Historien furent toute sa règle ; il sçavoit qu'on ne luy demande que du choix, de l'ordre, de la clarté, de la fidélité, et que le plus grand de tous ses vices, c'est d'être partial ou malin. •

Trois raisons ont déterminé à copier ainsi tout cet endroit. C'est premièrement un éloge de M. le président Cousin, à qui depuis longtemps le Journal devoit ce tribut de louanges, et envers qui nous ne sçaurions mieux nous acquitter qu'en employant celles que l'éloquence ordinaire de l'Académie luy a données, comme les gages les plus assurez de l'immortalité. En second lieu, cet éloge d'un ancien Jonrnaliste est auni une leçon pour ses Successeurs, et peut-on trop répéter ces leçons pour nous servir ou de règles ou d'excuses T Par exemple, quand M. de Sacy exige, qu^en faisant V Extrait d*un LivrCy le Journaliste ne croye pas que cet Extrait luy donne le droit de ^ériger en Tribunal d'où il puisse prononcer un jugement innnoeent et modeste^ parce qu't7 n'est point le Juge du Livre, et qu'il n'en est que l'Historien, est-il rien de plus propre à faire sentir tout .l'embarras de notre employ, et rien en même temps qui soit plus capable de nous assurer toute l'indulgence du Public? Suivant M. de Sacy lui-même, un des premiers devoirs de l'Historien, c'est la fidélité, et la fidélité d'une Histoire littéraire est-elle toujours d'accord avec la délicatesse des Gens de Lettres! Ce qui distingue le plus l'Historien du Panégyriste, n'est-ce pas que le Panégyrique cache les foiblesses pour ne relever que les perfections, et que l'histoire, au contraire, découvre su naturel les vices comme les vertus? Comment donc être l'Historien d'un Ouvrage sans en marquer les défauts? Et comment les bien marquer, sans être accusé d'en Juger? n faut l'avouer, écrire de manière que sans porter aucun jugement^ pas mêce le plus innocent et le plus modeste^ on conserve cependant toute la fidélité d'un Historien, c'est un Art moins commun qu'on ne pense. Ce sont des raflnements que des esprits distinguez peuvent imaginer, et que le sens ordinaire a peine à suivre. Ces difficultez, si bien mises dans leur Jour, ne doivent-elles pas rendre nos lecteurs plus indulgents à notre égard? Et à la tête d'un nouveau Volume, pourrions-nous donc souhaiter rien de plus heureux que d'avoir, en manière do Préface, ces instructions de M. de Sacy, pour nous conduire ou pour nous disculper?

Cependant une troisième raison nous a pressé plus fortement encore de transcrire tout son Discours ; il a fait trop de bruit poor le dissimuler. Des gens mal intentionnez ont prétendu qu'on y avoit moins donné à la Juste nécessité de louer un ancien Continuateur du Journal, qu'à la secrette passion de décrier ses Successeurs. Divers esprits de discorde ont affecté de répandre, que la manière dont feu M. Pouchard avoit fait (dans le 9* Journal de 1703) l'extrait du Traité de V Amitié, n'avoit pas satisfait M. de Sacy; que cette playe avoit été envenimée par les traits d'un factum imprimé contre un autre factum de M. de Sacy, et contre la personne même de cet Avocat, et que dans sa douleur il avoit saisi Toccasion. persuadé que le temps de sa présidence dans l'Académie Françoise l'avoit mjs au-dessus de tout, et lui avoit acgtiis le privilège de faire une Satyre, où sans respect ny pour la vérité nypour la bienséance ^ il n'eût à suivre que ses dégoûts ou ses chagrins. Or, contre des médisances si malignement semées et si avidement reçues, nous avons crû, pour l'honneur de M. de Sacy et pour le ndtre, ne pouvoir trop promptement opposer les protestations les plus solennelle».

Ainsi nous déclarons d'abord, que rien ne peut assez exprimer combien nous ^mmes éloignez û»i

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