XXXIV HISTOIRE
docteur en Sorbonne Bigres, et par Tabbé Raguet. Ce dernier remplit les fonctions de secrétaire jusqu'en 1721.
En 1714, l'abbé Bignon, empêché par ses devoirs de bibliothécaire da roi^
uous attribuer ou le mérite de ae point commettre de fautes, ou le droit de ne point essuyer de reproches.
Nous déclarons encore que si Jamais quelqu'un de nous peut manquer par quelque endroit, nou^ sommes entre nous ses premiers et ses plus rigides Censeurs; que c'est sur quoy nos Assemblées ^éngent un Tribunal ^où Von pranonee des Jugementi^ et qu'ensuite si les Parties intéressées Teulent à cette censure fraternelle ajouter une Tangcance d'éclat, nous les regardons sans ressentiment et simplement comme les exécuteurs publics de nos condamnations. •
Nous protestons aussi, que dans les cas d'injustes déclamations, nous ne nous armons point pour notre défense ; que sans entrer dans ces querelles, où les Sçavants perdent toujours sans que les Sciences y gagnent, il nous suffit que de sens froid on trouve, d'une main le Livre et de l'autre l'Extrait; et qu'enfin, de quelque côté que pencbe la balance nous souscrivons aux Jogemens du Public, seul Juge équitable des Auteurs» comme de nous.
Enfin, nous protestons contre l'injustice de ces bruits ii^orieux qui osent prêter à M. de Sacy des intentions si opposées, non seulement à tout ce qu'il devoit penser, mais même à tout ce qu'il a dit. U sçait trop le respect qu'il doit, soit au Corps entier de l'Académie, soit à chacun des Membres qui la composent, et il n'auroit eu garde de faire servir à de si basses vues le titre, si honorable pour luy, de Chof d'une Compagnie si renommée. Il sçait trop en quoi consiste la véritable gloire, pour n'avoir placé la vangeance qu'à la cinquième année d'une oiTenaa prétendue, et deux ans après la mort de l'offenseur. Outre ces sen^ments, qui ont sans doute dû le conduire, il ne peut que suivre ses propres termes. Il loue H. Cousin sur la coniinuaiion du Journal \ il le loue d'y avoir $uivi tttprii de$ Imlilufeun. Si donc ce qui pouvoit nous avoir attiré des reproches, et que quelques auteurs se plaignent que nous faisons quelquefois, c'est ce que faisoit M. Cousin il y a quinse ans, c'est ce que faisoieot encore plus les Inslituieurs^ il y en a quarante. Peut-on s'imaginer, sans manquer ou de bon sens ou de bonne foy, qu'on ne s'est proposé qu'une Satyre contre quelques jugements de nos Journaux, dans les loQanges de ces Instituteurs^ beaucoup plus accoutumes que nous à se regarder comme let Juges et les Censeurs des Livres? Or, d'un côté il ne nous arrivera certainement pas d'imputer à M. de Sacy de tels égaremeos ; et, d'autre part, la ressemblance sur ce point entre les Journaux de tous les temps, est un fait sur lequel on ne sçauroit se méprendre. U n'en coûte que d'ouvrir les volumes de ces trois époques. Un essay nous en a semblé nécessaire icy. Une plus ample comparaison instruira davantage les Curieux.
Par où débute le premier de tous les Journaux (5 Janvier 1665) T Par réfuter formellement l'Ouvrage qui faisoit la matière de l'Extrait. Comment parle le Journal suivant? Le célèbre M. Le Fèvre avoit mêlé ses Remarques avec le Texte de la Vis di Taisii; Hnstituteur des Journaux, M. de Salo, prit la liberté d'y imprimer que « rien au nu>nde n'était plus choquant que de trouver le cours d'une Histoire interrompu par un point de critique. » (Journal du 12 Janvier môme année 1665.) En pariant de Brebœuf (Journal suivant), « il eut sans doute, dit M. de Salo, plus acquis de gloire s'il en fut demeuré à sa Pharsale. » En parlant de la Matrorb d'ÊphAsb, traduite par La Fontaine : « Les critiques, dit-il, y trouvent quelque chose à redire, même dans la pureté de la langue, qui est la seule louange à laquelle puisse prétendre un Traducteur. » (Journal du 26 Janvier.) On peut suivre les Journaux d'après, on y verra le livre Db prjestantia et uso nuhismatom, de rillustre M. Spanheiro, sur qui il Jette le ridicule d'avoir « fait conmie la plupart des hommes, qui, du moment qu'ils s'adonnent à quelque étude, prétendent qu'elle est nécessaire à tontes les Sciences, n On trouvera une Rblatioh db Madrid, qu'il traite « de pure Satyre, et dans laquelle il dit, qu'il y a des choses asses plaisantes, si elles n'étoient point obscurcies par des pointes et de méchantes subtilités qui en rendent la lecture désagréable. » On verra comment il traite TIntrodcctio.n a l'histoire par la co.iroissaxcb des médailles. Patin en étoit Pau-*
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céda la présidence à M. de La Rochepot, que Tabbé Daguesseau remplaça en 1717. Dargenson Tainc et son frère cadet remplirent les mêmes fonctions jusqu'en 1720, époque à laquelle Tabbé Daguesseau deyint directeur pour la seconde fois. L'abbé de Vienne, conseiller en la grand'cbambre, lui succéda en 1722, et se retira au mois de mai de Tannée suivante.
A cette époque, Andry et quelques-uns de ses collègues remplirent le journal d'un si grand nombre d^arlicles de médecine, qu'on aurait pu le prendre pour
tfîur, et crut devoir se défendre, par une Lettre imprimée bous le nom d'un de Bes amis; et dans le Jourual du Mars de la même année, M. de Salo, parlant de cette défense, dit que l'amy de M. Patin, en voulant excuser ses fautes les a rendais plus signalées, et finit en priant le Lecteur de voir cette Lettre, afin qu'il puisse être témoin de la foiblesse de Tamy de M. Patin, et de la Justice que luy a fait le Journal. « On e»t asiuri^ poursuit-il, que tout le monde louera la modération ai^e laquelle on a traité un homme qui veut faire passer ceux qui travaillent au Journal^ pour des faussaires et des calomniateurs»*» C'en est assez de ces huit premiers Journaux, pour faire connoltre quel étoit Vesprit des Instituteurs, la suite le prouveroit encore mieux; mais venons à M. Cousin, et voyons, djms l'idée qu'on s'est formée
de sa douceur^ comment il a mérité l'éloge d'avoir été attentif à suivre cet esprit» Le hasard nous a fait tomber sur le volume de 1691. On y peut voir, dans le Journal du 22 Janvier, en quels termes il s'explique sur un des plus respectables Auteurs que nous puissions Jamais avoir. C'est M. Tabbé Fleuri, n venoit de mettre au Jour le premier Tome de son Hiotoibb bcclésiabtiqdb, « Toute la critique en est retranchée, dit l'Extrait. Ce n'est pas que l'auteur ne l'ait fait autant qu'il en a été, capable^ mais il n'a pas crû devoir en fatiguer le Public... On ne trouvera non plus icy, ajoute le Journaliste, ny préambule, ny traasitions, ny réflexions. C'est au Lecteur, souvent plus judicieux que V Auteur^ à les faire comme il luy plaît. » Qu'on ajoute les Extraits sur un ouvrage intitulé : Le premier Conçue de Nicée (Journal du 9 Avril), sur le Pastoral de Limoges (Journal du 27 Août), sur la Mappamondo Histobico, du P. Foresti (Journal du 10 Décembre), par rapport auquel M* Cousin va Jusques à dire, d'an des sentiments de ce Père, que celle imagination est dépourvue de bon sens ; et c'en sera plus que suffisamment pour engager les Critiques à de plus amples recherches, et pour faire faire en notre faveur de Judicieuses réflexions.
Du reste, nous n'avons garde de citer icy ces exemples comme nos règles. Peutr^tre qu'en cela les anciens Journalistes s'étoient égarez par le malheur inséparable de la condition humaine, et que par conséquent nous-mêmes nous ne nous vantons pas d'éviter toujours : peut-être aussi que sur un préjugé opposé aux idées de M. de Sacy, ils s'étoient persuadez que c'étoit ce qui, dans ces Journaux^ excitait tant de curiosité et causait tant de plaisir. Ce qui est certain, c'est qu'il ne les en a pas crû moins dignes de ses applaudissements. Ce qui est plus certain encore, c'est qu'en comparant ce qui potirroit nous être échappé sur des Livres d'un certain genre, avec les airs dont les plas grands Maîtres sont traitez dans ces Journaux si célébrez par M. de Sacy, il ne parottra Jamais possible qu'il n'ait voulu exalter ceux-là, que pour rabaisser ceux d'À présent. tJn honmie qui raisonne et qui n*a pas moins de droiture dans le cœur que dans l'e*prit^ ne sçauroit tomber en de si grossières contradictions. Ainsi nous n'en croirons point les rumeurs populaires. Si pour rehausser la douce modestie de M. Cousin et ses complaisances pour les Auteurs, M. de 9acy a recherché le contraste d'autres Journaux moins modérez et moins complaisans, il a pu avoir en vue cenx qui déclarent la guerre à la Religion et à la France : mais pouf nous, nous ne présumerons Jamais qu'il ait voulu nous la déclarer; nous trouverions plutôt des sujets d'actions de gr&ces de notre part, dans les honneurs qu'il a rendus à nos Prédécesseurs ; et quelque puisse être sur une autre interprétation la malignité des hommes, nous aurons toujonrs son discours luy-même à opposer à tous ceux dp la médisance^
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une vérilablc gazette des hôpitaux. Ce n*était plus, dit un contemporains qu'un triste répertoire de maladies, qu'un tableau sinistre de toutes les misères qui affligent T humanité, et la contagion de Marseille, qui arriva en 1720, ayant ouvert un champ encore plus vaste aux analyses d'une foule d'ouvrages qui parurent à cette occasion, il n'y eut plus moyen de soutenir la lecture du journal. Les libraires ne voulurent plus l'imprimer faute de débit, et il tomba entièrement au commencement de 1723. Les railleurs dirent, à ce sujet, que le Journal des Savants, étant en proie aux médecins, ne pouvait pas vivre longtemps, et qu'il était enfin mort de la peste.
Cette nouvelle défaillance du Journal des Savants ne fut pas de longue durée. Le chancelier pria l'abbé Bignon de reprendre la direction du comité, et lui adjoignit l'abbé Desfontaines *. Grâce à leurs communs efforts, te journal reprit toute l'influence qu'il avait perdue, et les lecteurs ne tardèrent pas à oublier la littérature de ces disciples d'Hippocrate souvent cités par les savants comme de grands médecins, par les médecins comme d'illustres savants, et qui ne sont parfois ni médecins ni savants.
Le journal reparut le 1^ janvier 1724. C'est à dater de cette année qu'il commença à s'imprimer in- 12, aussi bien que in-4* à deux colonnes, et qu'il parut tous les mois. Les rédacteurs expliquèrent ainsi ces différents changements :
Voici le Journal des Savons qui reparoit après une intemiption de sept mois» dont il né" nous seroit pas aisé d'expliquer les raisons. Cette espèce d'interrègne nous a donné lieu de découvrir le goût le plus général des Lecteurs sur un changement que nous avions souvent désiré de faire, par rapport à la distribution de notre ouvrage. Nous avons en effet reconnu
< Voy. EïïprU de Pabbé De$fontttine$. Préf.
* A propos de Tabbé Desfontaines , Thonorable IL Hatin a commis de trop fortes contradictions pour que nous ne les relevions pas ici. U prétend daos son HiUoin de la Preue (t. U, p. 191), qu'après lamort de i'abbé Bignon, le Journal ne tarda pas à baisser, et qu'il tomba entièrement au commenoement de l'anal 1723, époque à laqueUe l'abbé Desfontaines fut appelé. L'auteur venait dédire à la page précédente que l'abbé Bignon avait consenti k reprendre la charge de président, qu'U garda Jusqu'en 1730. Cependant le Journal ne pouvait pas décliner en 1733 par la retraite de l'abbé Bignon, prise en 1730, et encore moins par sa mort, arrivée en 17^3. L'auteur dit également (p. 100), que l'abbé Desfontaines fut appelé quelques années plus tard (172â) ii diriger le Journal de$ Savonii, et plus loin (p. 330), il i^ute que gr&ce & lui, et dès 172 A» le Journal avait repris faveur. Or, ceci ferait supposer que l'abbé Desfontaines dirigeait le Journal en 1724, ce qui est non seulement contraire à la vérité, mais même à une .observation faite plus loin par U. Hatin, à savoir que le caractère indépendant de Drsfontaines lui fit éprouver beaucoup de d<igoût dans sa collaboration à une feuille soumise & la direction roéticnlcu^c de l'abbé Bignon.
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qu'un Journal hebdomadaire ne prëveuoit point assés en sa faveur; que cette f.içon de paroitre lui donnoit un certain air de précipitation, dont le public a toujours lieu de se défier^ et le taisoit aussi trop ressembler à ces recueils de Nouvelles vulgaires qui naissent toutes les semaines, et qui n'ont rien de commun avec ce que les Savants estiment le plus. La variété, qui fait l'agrément de ces sortes d'ouvrages, pouvoit difQcillement se trouver dans le nôtre, lorsqu'il paroissoit tous les Lundis, ou bien il faloit couper les matières en trop de parties. Pour éviter cette fâcheuse décomposition, nous ne parlions quelquefois que de deux ou trois livres dans chaque Journal, et souvent plusieurs Journaux ne sulYisoient pas pour rendre compté d'un seul Ouvrage.
Le Jawmal des Savons ne paroissant plus que tous les mois, nous donne le temps de le Iravoiller davantage, et nous fournit une étendue suffisante pour y placer sans contrainte un nombre considérable de différens articles. Nous ne gagnons rien du côté de la peine, puisqu'au lieu de deux feuilles qui paroissoient toutes les semaines, il en paroîtra régulièrement huit ou neuf les-premiers jours de chaque mois. Ajoutés à cela que nous renonçons désormais aux vacances des mois de Septembre et Octobre, et que nous donnerons toujours sans interruption douze Journaux par an. Nous avons aussi fait attention q»xe le Journal, au bout de Tannée, composoit un m-quarto tresser. Le changement que nous faisons, en augmentant le volume, diminuera le prix, et même il ne tiendra pas à nous qu'il ne devienne encore à meilleur marché dans la suite.
Pour remplir avec succès la fonction dont nous avons l'honneur d'être chargés, nous nous attacherons désormais, encore plus que nous n'avons fait jusqu'ici, aux règles que nous prescrit l'avantage du Public.
i . Nous nous éloignerons également et de la basse flateric et de la censure amère. Nous voudrions toujours louer, mais l'équité s'y oppose. Le bon goût et le progrès des lettres Font interressés au discernement des Ouvrages. Ainsi, nous louerons et nous censurerons aushi quelquefois; mais quand nous ne poiu'rons donner des éloges, on s'appercevra du moins que nous ne prétendons pas rendre des Arrêts. A proprement parler, nous ne jugerons point ; nous ne voulons être que les échos des Savans, et dfesser tout au plus le dispositif des Jugemens qu ils auront rendus avant nous. Nous supplions donc tous les Auteurs présents et avenir, de ne nous savoir point mauvais gré, lorsque nos extraits ne leur paroitront pas assés favorables et d'être persuadés que ce ?era toujours sans partialité que nous parlerons de leurs écrits. Lorsque nous en aurons fait remarquer les défauts, nous nous offrons d'insérer dans notre Journal leur apologie, pourvu qu'elle soit assaisonnée de politesse et fondée en raison. Ils nous rendront alors généreusement le bien pour le mal. en fournissant à notre ouvrage le mérite des disputes littéraires et les ornemens d'un docte Problématique.
2. Les extraits que nous donnerons seront comme l'elixir de tous les livres. Nous éviterons ces discours obsciu^ et ce goût de déclamation si justement reprochés à certains Journaux. On sait que le nôtre en a toujours été préservé. Nous tâclierons de suivre la méthode de l'analyse, avec plus d'exactitude que nous n'avons encore fait, en sorte que notre Journal continue toujours d'être une espèce d'abrégé des Bibliothèques. Nous nous appliquerons surtout àextrairece que nous trouveronsdeplus intéressant et de moins commun. Nous lirons les livres nouveaux avec attention, et nous nous efforcerons d'y choisir une partie de ce qu'un homme d'esprit et de goût voudroit en retenir après les avoir lus. On volt par là combien est utile la lecture des Journaux. Elle épargne des études longues et pénibles, et nous en laisse faire 1rs frais; on a l'avantage de ne se nourrir que d'un suc précieux. 11 est vrai que pour cela, il
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Ikut qu'on se fie un peu à noire goût, et que l'on soit penuadë que nous savons choisir. Nous n'oublierons rien pour inspirer au Public uh si heureux préjuge.
Nous dirons, à la louange des Journaux littéraires en général, que tous les Pays ou les Let* très fleurissent, produisent aujourd'hui de ces Ouvrages. Comme leur nature est de ne pouvoir naître que parmi les Nations savantes, ils intéressent en quelque sorte bi réputation des Etats et la gloire du Prince. On peut dire même que tous les Journaux, de quelque pays qu'ils nous viennent, sont un honneur particulier à notre Nation, parce qu'ils sont tous en quelque façon originaires de France. C'est à Paris que le premier Journal est né, et ce premier Journal a, dans la suite, servi de modèle à4ouf les autres, aussi bien qu'à tous les Mémoires des Académies de l'Europe. Le nôtre est donc conune le père de tous les Journaux. On ne sauroit au moins lui contester le droit d'aînesse. Puisse-t^il avoir encore la prééminence du mérite, qui n'est cependant pas toujours le partage des aînés.
Afin de l'acquérir ce mérite, s'il se peut; nous comptons pour beaucoup les secours de k Cibliothèque Royale, dans laquelle nous qous retrouvons sous les ieux de celui qui a déjà remis une fois le Jwmal dei Savans dans son premier lustre, et qui veut bien encore nous aider à l'y rétablir.
Dépositaire du plus précieux Ti*ésor de la République des Lettres, il s'empresse à nous en communiquer toutes les richesses. Les aurrespondances qu'il s'est préparées pour ajouter au dépôt qui lui est confié, tout ce que lUnivers entier produit de nouveautés savantes, nous mettront à portée d'être des premiers à nous en instruire et à en informer le Public.
Nous recevrons avec plaisir, et nous promettons d'insérer dans notre Journal, les Disserta** lions et autres pièces en prose qu'on voudra nous conununiquer, pourvu qu'elles soient intéressantes et peu longues.
Parmi les membres du journal qui succédèrent aux écrivains nommés parle chancelier Boucherai, et dont les noms nous ont été conservés, on doit citer Saurin, Fraguier, Terrasson, Burette, Havard, Miron, deHéricourt, Jourdain, Mangenot, du Resnel, Trublet, de Montcrif , Vatry. Bruhier, Geynoz, de Mondyon. Huez, Sav. Maignande, Belley, Jolly, la Viroite, de la Palme, de Passe, Barthez, et Bouguer.
Les savants les plus illustres avaient toujours tenu à honneur de collaborer au Journal des Savants. Leibnitz, Malebranche, Bernouilly, Baluze, Arnauld, le P. Meneslrier, et plus tard de Mairan, de Boze et de Foncemagne, y envoyèrent des articles. Voltaire lui-même ne dédaigna pas d'y insérer deux dissertations sur les Éléments de la philosophie^ de Newton. Ce savant recueil aurait été ainsi illustré par les deux plus grands écrivains du xvii® siècle, si Jean-Jacques Rousseau avait accepté les offres de Malherbes ; mais Tauteur de la Nouvelle //e/oïse préféra renoncer à la pensiou de 800 livres qui lui était accordée que d^écrire par métier, a Que m'auraient importé, dit-il, les sujets (( de la plupart des livres que j'aurais à extraire, et les livres mêmes? Alon
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a indifférence pour la chose et glacé ma plume eût abruti mon esprit; on s'ima- « ginail que je pouvais écrire par métier, comme la plupart des gens de let- (( très, au lieu que je ne puis écrire que par inspiration. Ce n'était assuré*c ment pas là ce qu^il fallait au Journal des Savons. »
En 1764, le bureau, présidé par Dupuy, se composait de Clairault, Cocqueley, de Guignes, Macquart, et Gaillard, auteur du premier article signé (mars 1779). C'est alors que le journal atteint l'apogée de sa réputation. Sainte-Croix, de La Place, Daunou, Levesque, Larcher, le prince Galitzin, lui donnent l'assistance de leur nom et de leur talent. Grâce à une vaste correspondance, ce recueil met le lecteur au courant de toutes les nouvelles littéraires de l'Europe, analyse les travaux des Académies françaises et étrangères, et insère dans ses colonnes les observations météorologiques.
Rien alors ne semble prédire la chute du journal ; rien ne trahit les événements qui se passent, si ce n'est une certaine irrégularité dans l'envoi des numéros; personne ne peut deviner, en lisant ces articles, écrits avec tant de calme, de courtoisie et d'élégance, qu'on approche de 1789. Le monde érudit était alors complètement étranger au monde politique. A force de s'occuper de ce qui n'est plus ou de ce qui n'a jamais été, le savant oublie quelquefois ce qui est. C'est ainsi que les rédacteurs du Journal des Savants jouèrent le rôle d'Archimède, étudiant les révolutions du passé, sans songer à celle du présent.
En 1791, les journalistes commencèrent cependant à témoigner moins d'indifférence, et crurent le moment favorable pour se reconstituer sur de nouvelles bases. Voici la préface qu'ils publièrent au commencement de cette année. Ecrite sous l'influence des idées nouvelles, le journal se fait gloir^ de marcher avec son siècle et même de le devancer.
Le Journal da Savans, le plus ancien Journal de l'Europe, le prototype de tous les Journaux, parut pour la première fois, en 4665.
Inventé par Denis Sallo, conseiller au Parlement, continué par Tabbé Gallois, le président Cousin, et successivement par les Fraguier, les Fontenelle, les Buirette, les Mairan, etc.; recommandable par son ancienneté et la célébrité de ses Aut^îurs, il Test.encore davantage par rutilité dont il a été constamment aux sciences, aiix lettres et aux arts, et par les nombreux imitateurs qu'il a produits dans le monde littéraire. Les bommes de lettres distingués qui, depuis cent vingt-cinq ans, coopèrent à ce grand ouvrage, aflranchis seuls autrefois du joug de la censure, et jouissant de cette précieuse liberté, que l'esprit humain vient enfin de ;*ecouvrer, se transmirent pour principe de rendre les fonctions de la critique honorables en les rendant utiles, d*dclairer les lecteurs, et de ne jamais blesser les auteurs.
Celte rigoureuse observance de foules les convenaDces, la sagesse, la pureté, le goût de la rédaction de ce Journal ne sont pas ses titres uniques à la bienTeiilance et à Testime publiques. Si Ton parcourt seulement la table de ce vaste répertoire, dressée en 1750, quatre-vingts ans après son établissement, on est saisi d'étonnement de l'étendue des connoissances qu'il renferme, de rimmensité des ouvrages qu'il fait connoltre, des richesses inappréciables dont il est le dépôt, et que quarante années de plus ont accumulées à un tel point, quMI seroit, sans doute, à désirer que Ton vînt au secours de quelques hommes laborieux qui auront le courage d'en donner la continuation.
Si Ton consulte cette table, en douce volumes in-A^, monument précieux qui se trouva dans toutes les bibliothèques, on conviendra que le Journal ie$ Somomm a contribué plus qu aucun auti-e ouvrage aux progrès de la science et à ceux de* la raison, à la propagation des lumières et à Fintroduction des vérités utiles, qu*eufin il a toujours été de niveau avec son siècle, et que souvent il Ta devancé.
Et pour en citer une preuve entre plusieurs autres dont nous aurions le choix : dès la première année de son origine, ce journal fut suspendu à la sollicitation de la cour de Rome, parce qu'en rendant compte de l'ouvrage de Marca, par Baluzt*, les auteurs eurent le courage (car c*en étoit un alor?) de professer que le Pape n'est pas au-dessus des Conciles, et que ce Prince de l'Église n*est point infaillible.
Cet ouvrage, confié depuis un temps iounémorial à des membres très-distingués des difle- R^ntes Académies et à quelques Hommes de Loi célèbres, acquerre la perfection dont il est susceptible, dans des assemblées qui se tiennent régulièrement tous les quinze jours, chei le Ministre de la Justice.
Là, chacun lit les extraits dont il a été chargé, chacun y donne et reçoit des conseils, et l'ouvrage d*un seul devient l'ouvrage de tous; ainsi, la nécessité de la sanction de tous le& membres entraine une sorte de solidarité; le fond du travail appartient, sans doute, à chaque Auteur en particulier; mais la forme au m9ini dépend de Tapprobation générale, et ce n'est qu'après cette épreuve épuratoire que les dilTérentcs parties du Journal sont adoptées.
Ces collaborateurs studieux et désintéressés ont embrassé tout ce qui appartient à une instmction utile et aune tradition choisie : histoire, critique, philosophie, belles-lettres, médecine, chymie, histoh*e naturelle, agticulture, le droit public, le droit naturel, le droit civil, toiui les grands ouvrages dans toutes les langues, toutes les conuoisrances de tous les pays, voilà ce qu'ils se chargent ^'annoncer, d'extraire et de discuter. Leurs nombreux imitateurs moins touchés d'une considération stérile que d'im succès éphémère et d'un lucre assuré, se sont bornés à piquer la curiosité, amuser l'indolence et flatter la malignité; et il faut eu cunvenir, pendant quelque temp?, le vulgaire des Lecteurs, docile à la mode, s'est rangé du côte d'une lecture facile et d'un passe-temps sans profit; mais les corps littéraires, les possesseurs de grandes bibliothèques, les étrangers moins souples et moins inconstants, les nationaux plus réfléchis, ont per^i5té à souscrire pour le Journal des Savons , et maintenant que les esprits plus mûrs, occupés de plus giands intérêts, ont besoin d*un aliment plus solide, et rejettent avec dégoût les frivoles occupations du luxe et de l'oisiveté, cet ouvrage va, sans doute, reprendre la place que ses longs succès et son utilité lui ont méritée.
Ses coopérateurs, uniquement sensibles à l'honneur de soutenir la gloire qui leur est confiée, vont redoubler d'efforts, pour conserver à la république des lettres et pour enrichir encore ce dépôt universel, où l'on a ^i souvent intérêt de faire des rerherches.
Des causes involontaires, faciles à justifier, mais dont il seroit fastidieux d'entretrnir le Pu-
bUc, n'ont pas permis, depuis denx an», de s'acquitter Tifr*-Tis des Souscripteurs, avec la même exactitude que dans les année» prëcédentes.
Hais de nouTcUes précautions, un nouvel ordre de choses, va rendre à ses Auteurs, plus a portée maintenant de.faire faire le service par eux-mêmes, les moyens de réparer une negUgence dont ils ne sont point coupables, et ils prennent l'engagement solemnel de satistaire en entier les Souscripteurs. .
Ce journal, composé de huit feuiUes, fonnatin-4», imprimé avec des caractères neuB, pa-
nAtn désormais exactement le premier de chaque mois.
Le prix sera toi^oum le même, 16 Uvres pour Paris, et 20 livres 4 sous pour la Provmce. On ne souscrira que pour l'année entière, qui datera toiyours dupremier janvier.
n sera imprimé à nmprimerie des Sourds^t-Muels, respectable établissement formé sous les auspices de la Municipalité et du Département de Paris, fevorisé par tous les anus de i nu.manité, et qui inspire un intérêt si touchant aux ftmes vertueuses et bienfaisantes.
On s'adressera, pour souscrire, à M. Masset, économe de cet établissement, dans 1 anciemie maison claustrale des Célestins, près l'Arsenal.
BUBEAU pu JOURNAL DES SAVANS, iniMÀ EN 1665.
Les assemblées se tiennent tous les quinie jours chez le Ministre de la Justice.
M. |E MnasTKB de la Jdsticb.
A$*i$tanU •'
""' L'abbé BARiHÉuaa, Garde duCabinet des Médailles, de l'Académie Françoise, de celle des Belles-Iittres, etc„ rue Colbert, „ . , „ ,
De Bbéowo«t, de l'Académie Françoise, de celle des BeUes-Uttres, rue Samt-Honoré,
vis-à-vis les Jacobins. » js j.n«5
D'AoïœmH, Garde du Cabinet du Roi, de l'Académie des Sciences, an Jardin dujtoi. BAnxT,de8 Académies desSciencesetdesBelles-Lettres, del'AcadémieFrançoue, Maire
De la Poot do Ttaa, de l'Académie des Bdlefr^^ttres, quai de Conti.