Si un kermaphrodite peut se faite moine ou religieuse
1. Pour éclaircir la pre. fére question, on doit savoir que le tempérament d’un homme est si différent de celui d’une femme, qu’il est im possible qu'il arrive dans la nature un changement si extraordinaire, La complexion d’un . homme ne consiste pas seulement days une cer taine anion des premières et des secandes qualités, mais dans un certain mélang ; et un arrangement de la matière dont il es £omposé :
et par conséquent il ect impossible qu’un garçon devienne fille, at qu’une lle de ienne garçon; Ie tempérament 4e l’un et de | utre étart une chose trop éloignée, comme x: as l'avons examiné ailleurs. |
D’autie part, ceux qui se sont sppliqués à disséquer des hommes et des fem ses savent bien que leurs parties génitales soi | fort différentes entre elles; et, ci la nature | {r a donné un espace suflisant pour placer L . uns, elle leur en a refusé ur pour placer les s#tres. Ainsi je pourrois dire, avec le savent Varole, qu'il est impossible que les deux sexes se puissent trouver véritablement dans un même Corps.
I est vrai, pourtant, que nous apprenons, par quelques histoires que nos médecins’ ont écrites, que des personnes qui avoient été d'a
bord estimées filles étoient devenues hommes dans la suite, leursfparties natureïles d'hommes s'étant manifestées, ou par les enjouements du mariage, ou par l'abondance et ia force de la chaleur naturelle, ou enfin par quelque mouvement violent.
Mais, à dire le vrai, ce n’étoient que des hommes cachés, comme étoit cette servante de dix-huit ans, qui mourut de la peste, dans le corps de laquelle Jean Bouhain, médecin de Lyon, trouva les mêmes organes qui servent aux hommes pour la génération.
On peut dire encore que les femmes qui passent quelquefois pour des hommes, qui ont quelques poils au menton et par le corps, et qui ont la voix un peu grosse, re sont que de véritables fcmmes, bien qu’elles se divertissent de leur clitoris avec Jeurs compagnes. Si bien qu'après tont cela on ne peut pas dire que les uns se soient changés dans les autres; car nous v’apprenons point que les hommes soient devenus femmes, et que leurs parties naturelles se soient anéanties, ou soient retournées en dedans pour former les parties d’une femme ; et le peu d'histoires que l’on nous fournit sur ce su- ‘jet, sont toutes fort snspectes, mal entendues ou fabuleuses : témoin l’histoire que Ausone nous rapporte Sun homme hermaphrodite, de
( 128 ) Bénévent en ltalie, où il fait, à dessein, un équivoque pour surprendre, l'esprit du lecteur dans une chose rare et extraordinaire.
I n’y a plus aujourd’hui de Tirésias. La fable cède à la vérité, et l’on ne croit plus à cette heure ce que l'on cro; yoit autrefois si aisément, Les deux hommes M aphroiites de Licétus, dont l’un s’étoit marié et l’autre rendu moine, ne laissèrent pas l’un et l’autre de concevoir et de porter un enfant dans leurs flancs.
Mais aussi ce n’étoït que de véritables femmes, que l’on avoit d’abord prises pour des hommes, à cause de la longueur et de la grosseur de leur clitoris. Ainsi, nous devons croire que les parties génitales d’un homme ne sauroient se retirer au- dedans, pour se placer comme doivent être placées les parties naturelles de la femme; et, quand même cela se pourroit faire, je ne saurois me persuader qu’il y eût un lieu assez spacieux pour les y recevoir.
11 faut donc conclure que ces changements sont impossibles ; que les hermaphrodites qui conçoivent, sont de véritables femmes ; que les autres, qui font concevoir, sont de véritables . hommes; et que, si les intelligences qui ont le soin de former les corps se trompent quelquefois dans leur ouvrage, c’est bien plutôt par la faute de la matière que par leur propre ignorance.
à. La seconde question est aisée à décider, après ce que nous venons de dire; car, de s’imaginer qu'un hermaphrodite puisse user de Vun et de l’autre sexe, et qu’il puisse engendret par les deux, c’est ce que l’on ne pourroit persuader qu'à des enfants. De deux différentes parties naturelles qu'a un hermaphrodite , il y e’à a toujours une qui est inutile, parce qu’elle sst contre les luis de la nature, et que Vintelligence ne l'a faite que par force, ne trouvant pas assez de matière. où en trouvant trop pour former les parties dont l'enfant auroit besoin pour la génération. Car, quelle confusion seroit-ce de trouver dans un seul corps des testicules d'hommes et de femmes, une matrice et un membre viril; en un met, tout l’attirail des parjies génitales d’un homme et d’une femme! Le tempérament de l’un et de l’autre, s’il faut le répéter, est trop différent pour être uni ensemble, et pour être changé, quand il faudroit se servir de l’une et de l’autre de ses parties naturelles.
Les lois civiles, qui n’estiment point les hermaphrodites pour des monstres, veulent qu’ils choisissent l’un ou l’autre sexe, pour avoir lieu dans une de ces deux qualités, ou d’homme ou de femme, de se joindre amoureusement à une
femme ou à un homme. Et si l’hermaphrodite n’exécüte pas exactement la loï, cette même
loi veut qu’il soif puni en sodomite, puisqu'il a | abusé d'une partie contre les lois de la nature. Ce fut pour cette raison que la servante écos-
saise, qui avoit choisi la qualité de fille, et puis
qui engrossa la fille d’un bourgeois, fut enter:
rée toute vive, par sentence du juge , si nous
en voulons croire Weinrich; et que Françoise
de PEstége, dont parle Papon, laquelle avoit
badiné avec Catherine de la Manière, fut avec
elle appliquée à la question, par le sénéchal
des Landes, et elles auroient été toutes deux
condamnées à la mort, si les témoins eussené
été suffisans.
1. 2, Les hermaphrodites de la première et de la seconde espèce peuvent caresser des fem mes en qualité d'hommes, et peuvent même faire des enfants, leur défaut étant si peu de chose qu’il ne change rien dans }2 virilité. Car, bien qu’ils puissent userde la partie de ia femme qu’ils semblent avoir, ils n’en reçoivent pourtant aucun plaisir, ni ne sauroient engendrer par-la.
3. Il n’en est pas ainsi de la troisième espèce ; 1l faut attendre un âge vigoureux pour caresser une femme ; quand même quelquesuns s’y séroient alliés après la sortie d': l:urs parties naturelles, ils auroïient de la peine à engendrer, étant du nombre de ceux qua la loi appelle froids: |
‘ | fist
4. Le clitoris, qui fait estimer les femmes pour des hommes, s’il est gros ct long, est la cause qw un homme ne peut connoître sa femme; mais si cette partie est médiocre, nous voyons tous les jours, par expérience, que ces sortes de femmes conçoivent, et quoiqu’elles se servent de cette partie pour badiner avec les autres femmes, à qui elles donnent souvent presque autant de plaisir que des hommes ; cependant on ne doit point espérer de génération par-là, puisque le clitoris wétant pas troué, l’hermaphrodite ne peut donner aucune matière pour {a génération ; témois Daniel de Baudin, qui badinoit bien avec sa femme, et qui put biea itre engrossé lui-même par un de ses camapades.
5. J'avoue que da dernière espèce d’hermaphrodite n’est point capable de caresser une femme , ou d’être caressée d’un homme, et encore moins d’engendrer. Il a les parties naturelles tellement froides et débiles, et avec cela si mal faites, qu'il n’y a pas lieu d’espérer que l'amour puisse les échaufler pour jouir des voluptés que la nature a préparées aux autres nommes,
Il est donc vrai, à parler en général ; que -uelques hommes hermaphrodites peuvent caresser amoureusement des femmes, et peuvent
même leur faire des enfants ; et que quelques. femmes hermaphrodites peuvent aussi être ca- : ressées et concevoir quelquefais, les uns et les : autres se servant des parties qui prévalent, et qui sont les plus accomplies.
LIT. Sur ce que les naiuralisies disent que les hyènes et les lièvres mâles engendrent une fois en leur vie au-dedans de leurs entrailles, et sur ce que le docte Lanzuis soutient que lé cerfa
en font de même, l'on d doute si les hermaphro: dites Îles plus visoureux dans les deux sexes ne peuvent point aussi engendrer dans eux - mémes, sans avoir la compagnie d'aucune autre personne. Car, ils ont, dit-on, de Îa matière pour former un enfant, un lieu pour le conce=" voir, des liqueurs pour Îe nourrir, si bien qu’en cette rencontre il re manque rien pour la génération.
Mais si l’on fait réflexion sur ce que nous venons de dire, et sur ce que nous remarquerons au chapitre A on demeurera d'accord que ces générations sont impossibles et ridicules tout ensemble ; que les observations qu'ont faites les naturalistes, sont fort suspectes, et sentent la fable ; et qu’enfin ils peuvent s’être trompés, en prenant quelques parties de femelles pour les testicules des mâles. Car quelle apparence de faire sortix 48 la semence d’une partie pour le
faire entrer dans une autre, sans qu’elle s’évent. et qu’elle s’altère en changeant de lieu ? Etquan& même cela seroit possible, le tempérament qui engendre la semence mascüline, pourroit-il em faire de féminine , et produire des règles en même temps, ou quelque auire chose qui y fût proportionné? Cela me paroît si éloigné de Ja raison et de l'expérience de ous les jours, que
je laisse cette question pour passer à une autre ; S savoir, si un prêtre peut marier une personne accusée d’être hermaphrodite.
IV. Bien que le jurisconsulte Majolanus fasse tous les hermaphrodites irréguliers et incapables du sacrement de mariage, cependant me semble que cette décision est trop générale, etqu'elle choque même les lois, puisqu'il y a des hermaphrodites si vigoureux à embrasser les femmes, et d’autres si disposés à souffrir agréablement un homme, qu'il y auroit de l'injustice à défendre le mariage aux uns et aux autres.
Car si les premiers ont les parties naturelles du sexe féminin bien faites et bien proportionnées, comme il s’en trouve quelques uns, une petite fente de nulle considération n'empêchera pas l’action amoureuse de ces hommes hermaphrodites, nor plus qu’un clitoris un peu allongé ne -#opposera pas aux caresses que pourra faire un homme aux femmes hermaphrodites. Ainsi, si
(134) Les uns ont les parties capables de divertir une femme, et que les autres soient disposés à recevoir les caresses d'un homme, je ne doute pas qu'un prêtre ne puisse conférer le sacrement du mariage à l’un et à l'autre, pourvu, néanmoins, que cela ne se fasse que par l’autorité du juge, qui doit être auparavant dûment informé par des personnos savantes, et le serment de lhermaphrodite, de Pétat où il se trouve , et de la partie qui domine en lui.
En effet, comme les juges ignorent souvent les marques dont on se sert ordinairement pour connoître la force et la capacité d’engendrer de V'un et de l'autre sexe , ils ne doivent jamais décider là-dessus sur la seule foi des hermaphrodites, sans le rapport de quelque savant médecin, Celui-ci leur fera remarquer que la hardiesse, la vivacité dans es actions, la voix forte, beaucoup de poils sur le corps; et principalement au menton et aux parties naturelles, avec tous les autres signes qui découvrent la! virilité d'un homme, sont des marques qu’un | hermaphrodite a Îles parties naturelles d’unt homme beaucoup plus fortes que celles dei l'autre sexe. Au contraire, si l’hermaphrodite a les parties naturelles du sexe féminin bien con: formées, que le condu# de la pudeur ne soil point défectueux, que la gorge soit bella:
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la peau polie et douce, que les règles paroissent dans leur temps, qu’il ait de la douceur et de l'agrément dans les yeux, et qu’on lui remarque avec cela tous les autres signes qui distinguent pour lordinaire une femme d’un homme, cet hermaphrodite doit passer pour une femme. Le juge peut donc prononcer hardiment sur le mariage, tant de fun que de l'autre; et un prêtre ne doit point hésiier à conférer le mariage aux hermaphrodites qui ont en main le certificat du médecin et la sentence du juge.
V. La dernière question dépend de la quatrième : car si un homme hermaphrodite est capable de se marier, ses défauts ne l’empêcheront pas de se rendre moine, comme fit l’hermaphrodite de Cajette, qui, s’étant marié pour femme à un pêcheur, demeura quelques années dans son mariage; mais au bout de quatorze ans, les parties viriles lui sortirent tout d’un coup, si bien que, pour éviter les railleries du peuple, il se jeta dans un monastère, où Valtéran et Pontanus, qui en font l’histoire, l’ont vu plusieurs fois, et ont appris la vérité de sa propre bouche, J'en dis de même des hermaphrodites femelles, qui peuvent entrer dans le cloître, pourvu qu’elles ne soient point du nombre de ces femmes lascives, qui sont capables de donner de amour aux filles les plus re-
di
tenues et les plus saintes. Car si elles étoient
aussi lascives que cette Bass”. dont parle Mar-
tial, je m’assure qu’il n’y point de médecin si
peu honnête homme, qui veulût donner un
certificat à ces sortes de femmes, ni un juge
si injuste, qui fût d’avis qu’on les tondit, et qu’on les jetât parmi les religieuses.
de
CHSEITRE V.
Si une femme peut devenir grosse sans l'application des parties naturelles d'un homme , où l’on traite fort curieusement des Incubes et des Succubes.
A Quoi bon la nature auroit-elle fait toute la machine des parties naturelles de l’homme et de la femme, si ce n’eût été pour l’excellent ouvrage de la génération ? Elle a fabriqué des sexes divers, qui ont chacun leurs parties différentes. La femme a le conduit de la pudeur et la matrice pour recevoir. L’homme a des muscles pour lever sa verge, et des ligaments caverneux pour la roidir. Si l'érection et l’intromission n’eussent été absolument nécessaires pour engendrer, jamais la nature n’auroit enirepris d’en faire les organes : car, sans ces
{1873 deux actions, selon la pensée de tous les médecins, la génération est impossible.
Puisque la nature ne nous a pas ordonné de faire des enfants de la même manière que nous urinons, mais d’une taçon où il se trouve beaucoup moins de facilité, on doit croire que l’étroite conjonction des deux sexes est absolument nécessaire pour nous perpétuer. En effet, de cette première facon, ia semence d’ur homme ayant été exporce à l'air, auroit perd tous ses esprits, et aurait ensuite été incapabl | de servir a la génération. l
L'expérience de tous les jours, et l’histoire
.même que nous rapporte Riolan, favorisent notre opinion contre ceux qui veulent que le génération se puisse faire par l’épanchement de la semence sur les lèvres des parties naturelles d’une femme. Le conduit de la pudeur de la femme dont il parle, étoit tellement fermé par des cicatrices, après un fâcheux accouchement, qu’il n’y restoit qu’un fort petit trou, par lequel passa aussi la semence de son mari qui Pengrossa. Cela n'empêche pas que ces deux personnes ne se soient jointes étroitement, et il faut même qu'une alliance étroite soit arrivée, et que la matrice de l’une ait attiré aussi vivement la semence de l’autre, qu’un estomac affamé arrache la viande de la bouche, et qu'un cerf,
(138) par sa vertu particulière, ature le serpent hors de son trou, ai nous en croyons les naturalistes.
Ce qui a donné lieu aux théologiens, aux jurisconsultes, et à quelques médecins, de croire qu'uns femme pouvoit engendrer sans l'application (les parties naturelles d’un homme, ce sont sans doute les histoires qu'Averroës, lAmatus, Lusitamus et Delrio nous ont laissées par écrit, d'nne jeune femne qui devint grosse pour s'être Laignée dans de l’eau où des hommes s’étoient pollués {r); d’une autro femme engrossée par {is caresses d’une de ses ccmpagnes, qui sortoit. l'entre les bras de son mari; et enfin d’une jeunes fille qui se trouva grosse, son père ‘s'étant par asard pollué , en dormant, dans le même lit où elle étoit.
Mais ces histoires, et plusieurs autres semblables, sont faites à plaisir, pour couvrir la lasciveté des femmes, et pour cacher le vice d’un amour impur. C’est ainsi que l’en s’est persuadé que la génération se pouvoit faire sans se joindre amoureusement : si bien qu'il seroii permis de croire, selon ce sentiment, qu'une
:(1} I a pasu, il y a queiques années, un livre intitulé : le Plaisir sans peine, ou Lucina sine concubitu, qui parle de cette matière beaucoup plus amplement qu'ici ;
-mais je crois que cet ouvrage est fait pour se divertir, et je ne conseille à personne d'y ajouter foi.
vierge pourroit engendre: naturellement sans être déflorée ; ce qui pourront faire douter d’un des plus augustes mystères de la religion chrélienne.
C'est encore ce qui a donné lieu de croire qu'il y avoit des démons incubes et succubes, qui étoient épris et embrasée d’amour pour les femmes; et c’est de là aussi que les théologiens et les jurisconsultes ont formé beaucoup de auestions ridicules, *omme :
1. Si l'unfant d’un ineube et d’une femme est différent l'un autre. Si son âme et son corps ayant £té ménagés par l'adresse du démon, il n’a point quelque +hose de particulier par-dessus les enfants.
2. Si l'enfant engendré par le ministère du démon dit être appelé !a fils d’un incube, ou celui dont Pincube a dérobé la semence.
3. Si les incubes et les succubes jouissent entre eux des plaisirs de l'amour.
4. Enfin, si le démon peut si bien conserver la semenve d’un homme à qui il Va dérobée, qu’elle puisse ensuite servir à la génération.
On a toujours estimé les hommes qui, dans la paix ou dans ia guerre, se sont distingués par leur génie ou par leur valeur. L’antiquité a fait . bâtir des temples et élever des autels a la mémoire de ces héros, pour lesquels elle com«
(1407 | mandoit même d’avoir de la vénération : d’où les peuples ont aisément passé jusqu’à cet excès de supegstition, que de les prendre pour les dieux. Les pérates, les faunes, les sylvains, les satyres, les esprits follets et les domestiques sn sont venus, et les plus importantes vérités de la politique, de la physique et de la morale des anciens philosophes ont été cachées sous ce voile. Ce que développe fort bien saint Augustin, dans :a Cité de Dis£. Les prêtres mêmes, pour se faire valoir, se sont efforcés de maintenir l’existence de ces divinités. Les rabbins ont cru que les faunes, les incubes et les dieux tutélaires étaient des créatures que Dieu laissa imparfaites le vendredi au soir, et qu’il n’a. cheva pas, étant prévenu par le jour du sabbat : c'est par cette raisot, selcn le sentiment de Rabbi-Abraham, que ces esprits n’aiment que les montagnes et les ténèbres, et qu'ils ne se manifestent que de nuit aux hommes.
Mais laissons ce que la cabale a avancé de superstitieux , et ce que le paganisme a inventé de ridicule sur cette matière, pour examiner les questions que les théologiens et les jurisconsultes chrétiens proposent.
1, L’Écriture sainte semble favoriser la première proposition, lorsqu'elle nous marque que les anges, ayant trouvé les filles des hommes
Çr4i )
belles, sallièrent avec elles, et que de cette alliance naquirent les géants: si bien que l’on peut inférer de là, que, puisque les anges, qui sont ainsi appelés en d’autres passages de l’Écriture, peuvent se mêler amoureusement avec les femmes, et engendrer des enfants, les démons, qui ne sont différents des anges que par leur chute, peuvent aussi, selon le sentiment de Lactance, attirer les femmes dans les plaisirs impudiques, et les souiller par leurs embrassements.
On assure que Îes enfants qui naissent de ces conjonctions abominables sont plus pesants ei plus maigres que les autres, et que, quand ils téteroient trois ou quatre nourrices tout à la fois, ils n’en deviendroient jamais plus gras. C’est la remarque qu’a faite Spenger, moine dominicain, qui fut l’un des inquisiteurs qu’envoya le pape Innocent VIII, en Allemagne, pour faire le procès aux sorciers. Si le corps de ces enfants est donc différent du corps des autres enfants, leur âme aura sans doute des qualités qui ne seront pas communes aux autres. C’est pourquoi le cardinal Bellarmin pense que l’Antechrist naîtra d’une femme qui aura eu commerce avec un incube, et que sa malice sera une marque de son extraction.
Ce n’est pas d’aujourd’huï que l’on a douté
(142) de Paccouplement des démons avec les femmes ou avec les hommes, et que l’on a douté encore s'ils pouvoient engendrer. Ces questions furent autrefois agitées devant l’empereur Sigismond, On y allégua tout ce que Por put de part et d’autre, et enfin on 5e rendit aux raisons et aux expériences qui parurent les plus convain« cantes et les plus certaines. Il fut donc résolu que ces accoupiements extraordinaires étoient possibles. En effet, saint Augustin, qui avoit eu long-temps de la peine à se déterminer sur cette matière, avoue enfin que, puisqu'on dit « qu’il y a plusieurs personnes aui se sont trou- « vées, par un malheureux sommerce, avec les « démons, et qu'on la appris de celles-là « même qui en ont été caressées, de la bonne « foi desquelies il n’est pas permis de doutcr; «il est très-assuré que les sylvaïns, les pans et «les faunes, que l’on appelle ordinairement « incubes ,n’ont pas seulement désiré de caresser « amourcusement les femmes, mais qu'ils Îles « ont véritahlement caressées, et que les dé- « mous, que les Français appellent Prusions, «n’ont pas ssulement tâché de connoître les « femmes, mais qu’ils les ont même réellement « connues : si bien, ajoute-t-il, qu'il semble- « roit que lon fût impudent, si on nioït ce qu’on « assure là-dessus avec tant de circonstances.»
ne CH:
On peut encore ajouter à cela la confession que font une infinité de sorcières, qui disent avoirété zarcssdes du déinon, et en être même devenues grosses. Les Livres de Delrio , de Sprenget, de Dilancre et de Bodin sont pleins de semblibles histoires : 81 bien qu'après tant de preuvesauthentiques €t tant de confessions de sorciers el de sorcières, qui l’avotent de bonne foi et presque de la même sorte, if ÿ auroit de l’opiniitreté à retenir un sentiment CF posé. Car les histoires que l'en nous en à faites paroissent si assurées , qu” semble que lon ne doive pas douter de la vérité de ces conjénefions diaboliques ; témoin Bencîi Berne, âgé de soixante-quinze ans, qui fut brûlé tout vif, après avoir avouc que depuis quarante #ws il avoit commeréc avec une succube, qu'il appe- Toit Hermoline; et François Pis, prince Aa la Mirandole, qui, l'ayant connu, nous est garant de la vérité de cette histoire.
Toutes ces preuves paroîtroient fortes; si nous n’avions la raison et l’expérience qui nous font connoître le contraire; e}, nour d'ré ce que je pense sur cette matière, oh mA permet tra de raisonner de la sorte.
La curiosité nous est naturélle à tous. Celle
qui est blâämable est une maladie d'âme, qui T#empare principalement des esprits foibles. Le
(144) 6 monde est Pieig de gens qui veulent péntre dans les choses les plus cachées, et dars les secrets de l’autre monde. Si on Loue paile de quelque chose d’extraordinaire, incontient la joie rejaillit sur leur visage , et ils imoignent que c’est là l’endroit qui les flatte je plus. D'ailleurs, on est souvent rav! de joie de trouver l'occasion de plaire; et si un homme d'esprit se rencontre parmi des personnes foibles, il ne manquera pas de fomenter leur désir Paie. et de prendre plaisir lui-même à se faire écouter et admirer. Li leur fera des histoires qu'il aura adroitement inventéess et, quoique les choses que nous entendons nous fessent de horreur, si elles nous sont pourtan inconnues, nous nous plaisons à Les ouir réci= ter. Il parlera des démons, des incubes, de succubes , et des esprits follets, des sorciers, etc. , selon l'adresse de son esprit et la souplesse de son génie; il persuadere si bien ce qu’il aura avancé par des raisors qu’il s’étudiera à chercher, que tous ceux qui l’écouteront seront convaincus de la vérité de la fable. Plus cet historien se sera acquis d' la réputation, ou par son autorité, ou par son mérite, plus on ajoutera de foi à ce qu'il aura dit; on cherchera même ensuite d’autres raisons pour appuyer la fable, et l’on trouvera sans doute des
(145) preuves pour justifier des choses si surprenantes,
C'est ce qui s’est passé dès les premiers temps, ét ce qui se passe encore tous les jours, mais qui ne nous empêchera pas de prouver que l'opinion de l’accouplement et de la génération des démons ne peut être soutenue.
J'avoue que la cuuséquence que l’on tire de l'Écriture sainte seroit juste, si les anges pouvoient caresser et engrosscr les femmes; caril me semble qu’il n’y aurcit pas plus de difficulté à croire le commerce des démons, que celui des anges avec les femmes. Mais, outre que le passage de l’Écriture peut bien s'expliquer sans admettre ces alliances qui répugnent à la nature, elle nous dit que i2s saints, qu’elle appelle les fils de Dieu, s'étant jairts avec les filles des autres, qu’elle appelle #ommes, engendrèrent des hommes puissants, c’est-à-dire, des rois et des monarques, qui avoient la puissance et l'autorité 2n main pour se faire craindre et respecter des autres hommes er cette qualité.
Ces hommes puissants étoient sans doute alors appelés des géants, par la grandeur de leur autorité , au lieu que ce terme marque présentement la grandeur du corps; et cette équivoque du mot de géants a donné lieu, sans doute, à l’une des plus grandes erreurs qui ait jamais eu cours. C’est ainsi que les mots de ayran, de hé ? 8 4:
(146) parasite, étoïent autrefois fort hünôranies, at lieu que présentement Sont odieux a tout le monde.
D'ailleurs les enfants pat être lourds pæ la pesanteur et la grosseur de leurs os. Et ceux qui ont de yratides éntrailles et le foie chaud, peuvent tärir deux ou trois nourrices de suite pour s’hamecter ct 5e rafraîchir. Si ces mémes enfants ont ‘1m jour l’ésprit malicieux, qui est un effet de leur tempérament, ün ne doit pas conjecturer par-la qu’ils ont été engendrés par nn démon.
Pour ce qui est de l'assemblée qui se tint dévar l’empereur Sigismond, je ne m'étonne pa si « le décida que les démôns pouvoient avoi | sommerce avec lés femmes, et qu'ils pouvoieh même éngendrer, puisqu ‘lle n'étcit presq composée que ue théologiens qi, accoutümés à croire simplement ce qu’ils ne voient pas, et qu'ils ne savent pas même, donnèrent ler séntiment en faveur de cés générations, qui sont si opposées aux 1615 de 14 näture. S' cette illustre compagnie eût été composée de philosophes et de médecins , où qu’elle se Fût réglée par le sentiment de saïnt Chrysostôme, je suis fort persundé que ces questions n'auroient pas été décidées de la sorte.
Au rèste, Si On éxanine bien le passage di
grand Augustin, que nous avons voulu traduire tout entier, on verra aisémernit que la certitude qu'il y a de ces sortes de commerce et de génézation, n’est fondée que sur le rapport de quelques hommes simples et crédules, ou de quelques femmes superstitieuses et mélancoliques. Si nous voulions croire tout ce qui nous est tous les jours dit et assuré par nos malades, qui ont l’imagination égarée, et qui semblent pourtant | Pavoir juste, nous tombericns souvent dans de pareilles erreurs : car les vapeurs noires d’une bile brûlée troublent quelquefois tellement leurs âmes, qu’ils pensent que leurs songes sout des vérités.
Cest donc par une cause à peu près semblable, que les sorcières se persuadent avoir été au sabbat, et avoir été cavessées du diable ) qui avoit les parties naturelles hérissées et écaillées, et de la semence froide comme de la glace, sans pourtant que ces misérables femmes soient parties du lieu où elles s’étoient endormics.
Mais, pour ne pas m’opposer à une opinion qui me semble être reçue presque de tous les théologiens et de tous les Pères, sans alléguer le puissantes raisons pour la combattre, exa-
| à chose avec toute l'application possiy TaÏs aussi sans préoccupation.
Nous apprenons de la théologie que les dés
mons, étant de purs esprits, sont aussi des substances différentes de la nôtre : qu'ils n’ont ni chair, ni sang, ni parties naturelles, et par conséquent point de semence pour la génération; que, s’ils prennent quelquefois des corps, qu’ils peuvent former d'air, ces corps ne vivent point, et ne peuvent aussi exercer les opérations de la vie; que, n’ayant point de successeur a espérer, parce qu’ils sont immortels, ils ne doivent aussi avoir ni d’envie de se perpétuer, ni de désirs de se satisfaire par les plaisirs de l'amour. Quelque puissants qu'ils soient, ils ne sauroient passer les bornes que la nature leur a prescrites. Les animaux ne 5e joignent point aux plantes, ni les plantes aux minéraux , pour faire des générations, leur substance étant trop éloignée l’une de l’autre. En un mot, la nature n’a pas permis ces alliances : de sorte que, suivant le sentiment de saint Chrysostôme, « il y ke auroit de la folie à croire que les démons s'al- «lient avec les femmes, et qu’une substance « incorporelle puisse se joindre à un e2rps Pour « engendrer des enfants. »
. En vérité, je ne sauroïs me persuader, non plus que Cassien, illustre disciple de ce grand évêque, que ces subtances, purement spiritelles, puissent naturellement avoir un COTAmérce charnel avec les femmes. La raison qu'er
rapporte ce dernier, avec Philostrius, ‘évêque de Bresse, c’est que, si cela s’est fait quelquefois, il doit encore présentement arriver; mais, parce qe nous savons que cela n’arrive point maintenant, nous devons conclure que ces conjonctions et ces productions abominables n’ont jamais été. C’est pourquoi saint Augustin, souvent trop crédule, qui pense mieux dans ut endroit que dans un autre, commande aux prétres de précher au peuple, pour le désabuser de la fausse pensée où il est, que « ce qu’on dit du « commerce des sorciers avec les démons soit te réel et véritable. »
Mais ce qu’il y a encore de plus pressant sur cette matière, c’est la décision du concile d’Ancyre, quiblâme et déteste la créance qu'ont les sorciers d’être portés de nuit au sabbat jr'squ'à l’un des bouts de la terre, de se joindre, aux démons et de prendre avec eux des plaisirs abominables , «« puisque toutes ces choses, ajoute-t-il, ne sont que des rêveries et des «illusions, ae loin d’être des vérités.
Je ne saurois trop m'étonner de ce que les chrétiens croient si légèrement ce que les paiens auroient de la peine à croire. Car tous ne demeurent pas d'accord que Servius Tullius, roi des Romains, ait été engendré d’un neubes et que Simon le magicien fût le fils de la vicrge
Rachel; non plus que dans les siècles suivants quelque grossiers qu’ils aient été, Merlin Co caye wa pas été.cru sur sa parole, quoique s mère et lui voulussent persuader aux rois d’An gleterre, Vortigerne, Ambroise, Uterpenda grion et Artus, qu’il étoit fils d’un démon incube, et d’une religieuse, fille du premier roi La folie et la foiblesse des hommes, Le désir de la nouveauté, l'ignorance des causes naturelles Ja honte que l’on a de l'obscurité de sa famille, Ja crainte qu'un adultère ne se découvre, les flatteries des courtisans pour les princes, les ressorts de l’avarice et de la vanité, enfin la passion violente de l’amour sont les puissantes Gauses qui produisent ordinairement ces sorles d'opinions dans l'esprit des hommes, Jamais Mundus n’auroit joui de Fauline » 5i l’avarice et Pamour ne s’en fussent méêlés, et jamais on wauroit douté que l’enfant qui naquit de eette conjonction, n’eût été le fils de Pineube Anubis, si l’imprudence de Mundus n’sût découxert tout
le mystère. | 1, Léon d'Afrique, nous faisant l'histoire de ce qui se passe en son pays, nous assure que tout ce que l'on dit de la conjonction des démons avec les femmes n’est qu'une pure iMpPOsture, et que ce que l’on attribue au démon n’est commis que par des kommes lascifs eu des
LeEÿt
femmes impudiques, qui pursuadeur aux aires que ce sont des dénions qui les earessent: Les sorcières du soyauiuc de Fes, ainsi que cet historien le :apporte, veulent bien que l’on croie qu’elles ont beaucoup de familiarité avec le dé. mon : pour cela elles s'efforcent de dire des choses surprenantes à celles qui vont les con. sulter. Side belles femmes les vont voir, ces sorcières ne veulent point recevoir d'elles le prix de leur art, mais iles leu: témoignen: seulement le désir qu’a leur maîtie de les caresser peudant yne nuit, Les maris prennert même ces impostures pour des vérités, et ils abandonnent souvent, selon leur langage, leurs femmes aux dieux et aux vents. La nuit étant venue, ls s@rcière, qui est du nombre de ces pin une les ere nomment tribades Ov fricatrices, embresss étreitement la belle, et er jouit au lieu dns éémon dont elle perse être amoureuseiaent esressée.
2, Les théologiens, qui raisonnent au: ja fausse hypothèse de la conjenction des démons avec les femmes, ont formé une seconde dif culté; savoir, de qui un enfant serait le fils, ou de l’irncube, ou de l’homme de qui la semence auroit été surprise. Et, pear expliquer la m,. nière dont cela se fait, ils se sont imaginé qu'un homme ayant commerce aver un démon suc
: (ra) cube, ce démon devenant incube sans perdre de temps, par l'activité de sa nature, communiquoit iacessamment à une femme qu’il trouvoit disposée, la semence qu’il avoit depuis peu reçue d’un homne, et que l’enfant qui naiïssoit de cette conjonction étoit véritablement le fils de cet homme, et non du demon, qui, en cette pceasion, n’avoit contribué que de son indusfrie. |
8. La troisième question, savoir si les incubes et les succubes se caressent entre eux à Îa façon des bommes et des femmes, n’a pas été agitée par ceux qui ont écrit sur ces matières... Mais il est certain que, outre plusieurs raisons que nous pourrons alléguer dà-dessus, les démons, étant d'eux-mêmes éternels et malheureux tout ensemble, n’ont pas besoin de perpétuer leur espèce, ni de prendre des plaisirs dans les caresses des femmes.
4. Enfin, poux passer à la dernière difficulté, quelques docteurs croient que le démon agit avec tant de vitesse, en portant dans les parties naturelles d’uve femme la semence qu’il a reçue d’un homme, qu’il conserve cette même semence dans tout le temperament qui est nécessaire pour la génération. [ls ajoutent même que c’est une grande erreur que de ne pas croire que le démon puisse faire ceia.
Mais tous ces raisonnements me paroissent vains et inutiles, s’il est vrai, comme nous Yavons prouvé, que ce soit une fable que les démons sejoignentamoureusementaux femmes.
lis ne sont propres qu’à nous entretenir dans laveuglement où lon est sûr ces sortes de conjonctions. Car si un homme ne peut engendrer, selon l'avis de tous les médecins, parce qu'il a ane petite verge qui né porte pas assez loin la matière qui sert à la génération, et qui ne la darde qu’à l'entrée des lieux d’une femme, que peut-on espérer d'une semence éventée et froide, qui aura touché un cadavre, ou un corps d’air que le démon aura emprunté ?
L'âme ou les esprits de semence, si l’on veut, se dissiperoient et s’'évanouiroient aisément : si bien que ce qui demeureroit ne seroit plus Juimême qu’un cadavre de semence, s’il m’est permis de parler de la sorte, qui seroït incapable de la génération. Il n’y a au monde que la matrice d’une femme qui puisse conserver, pour la génération, la semence d’un homme, et ilne faut pas s’imaginer que Île démon puisse passer les ordres que la nature a établis, quoiqu'il ait une pénétration d’esprit inconcevable , et une vitesse de mouvement surprenante.
Si l'esprit des eaux minérales froides, et celui de l'extrait du romarin se dissipent presque
dans un moment, l'esprit de la semence, qui est beaucoup plus subtil, se coaservera-t-il dans sa matière exposée à l'air? Et, puisque les sorcières avouent que la semence du démon est froide quand elles la reçoivent, quelle apparence y a-t-il qu’elie soit prolifique, Pair, qui ronge tout ce qu’il y à au monde, en ayant dissipé les esprits et corrompu la substance ?
C'est donc une grande erreur de croire, eomme font plusieurs théologiens, que le démon puisse ramasser la semence de plusieurs hommes pour la jeter ensuite dans les parties naturelles d’une femme, et causer ainsi à génération. Si le démoñ pouvoit faire cela , et qu'il le fit effectivement, il pourroit aussi rassembler la szmence de plusieurs animaux de différentes espèces, et procurer ainsi la génération des monstres, ce qui feroit confondre la nature et troubler l’ordre que Dieu a mis parmi Ls créatures, depuis la création du monde.
D'ailleurs, nous n’avons point appris que les démons succubes puissent engendrer, bien que la fable nous dise qu'ils se joignent avec les hommes, et je m'étonne de ce que l’on ne s’est point avancé jusque là. Peut-être auroiït-on woavé des raisons aussi probables pour appuyer ce sentiment, que l’on en a inventé pour soutenir l<vt"s; et il +"-oit eu sans dovte quel-
t 15 ) qu’an qui se fût aussi bien dit le file d’un succube que d'ün incube.
Au reste; si les sorcieres n’étoïent pas folles, ou intimidées par l'horreur des tourments, ;4mais elles n’auroient découvert le commerte qu’elles disent avoir eu avec le démon. I y en 1 eu même qui en ni fait gloire en Béarn, aussi bien qu’en Allemagne, ec on en a vu qui se van-
. toient hautement d’être 12 reine du sabbat. E'el:
Le 4
lébore ou les Petites-Maisons seroïent des remèdes plus proportionnés à leurs maladies; que le feu et les tourments dent on s'est servi jusqu’ic#, et il n’est pas toujours vrai, comme. 2 x Cicéron, que la vérité se trouve dans l'en: fance , le sommeil , l'imprudence ; l'ivresse €;
la fie Apres co pour connoître plus pèr
faitement la vérité de =ette cpirier, cxamin@:s ce que les médecins disent de la maladie qu! ils appellent incube, et nous verroas par-là que ia fable sera découverte.
Cette maladie n’est qu'une suffocation nocturne, dans laquelle la respiration et 1a voix sont interrompues, 11 nous semble, quand nous en sommes surpris, que Cupidon, selon le sentiment des païens, ou le démon, ainsi que-les théologiens le croient, ou le pesant, comme le. peuple parie, nous presse la poitrine et nous
empêche de crier au secours, de respirer ét de:
nous mouvoir. Si une femme amoureuse et mélancolique en est attaquée, elle croit fortement que le démon la caresse; et si, avec cela, elle a la mémoire embarrassée des contes que l’on fait ordinairement des sorcières, son imagination, se trouvant alors dépravée, fait qu’elle raconte ensuite sa rêverie powr une vérité.
Une femme etfroyable à voir, vieille, sèche et mélancolique, qui à l'esprit imbu des fables du siècie; un vieiilard atrabilaire, qui a passé toute sa vie dans Îles plaisirs illicites, et qui, dans l’âge où il est, conserve encore un vif souvenir de sa lasciveté passée, ne sauroit mieux entretenir ses voluptés que dans sa mélancolie amoureuse : si bien qu’étant tout occupé de ses plaisirs impudiques , quand cettc maladie lat taque, sa folie amoureuse va souvent jusque-là, qu’il lui semble voir et caresser un démon cn forme de femme, comme se Vimaginoit un vieil lard de quatre-vingts ans, que l’on appeloit Pine, qui parloit partout où il étoit à son suc-. cube Florine, selon le rapport de Pic de la Mirandole. Mais Socrate, Apotlenius, Cardan, Scaliger et 4mpanella n’étoient-ils point de ce nombre-là, prisqu’ils ont publié avoir eu commerce avec nn génie et un démon familier ? Je ne crois pourtant pas qu'ils fussent nés ue jour de Quatre-l'emps, ni gvils fussent Venus au
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monde la tête embarrassée de leur'arrière-faix, comme Tyres, jésuite, a écrit que ceux qui paissoient de la sorte avoient commerce avec les esprits. Que, s’ils oat publié avoir un démon familier, ça plutôt été par vaine gloire que par quelque antre raison, savoir, pour se fire estimer du peuple.
Le dormir sur le dos, le travail quo souffre l'estomac à digérer des visés dures, la foiblesse de la chaleur naturelle, la fermentation d'une humeur atrabilaire, l’impureté de la mattice, ou la chaleur extraordinaire des parties raturelles, sont les véritables causes de ces illusions nocturnes ct démoniaques. Une vapeur épaisse, qui s'élève et qui se mêle parmi notre sang, Cause la difficulté de respirer, et la privalion de la voix, qui accompagne cette incommodité. Cette vapeur noire, étant ennemie de notre vie, empêche le libre mouvement du cœur et du poumon, et retarde ainsi l’élullition na- ‘turelle qui s’y fait, en embrassant les conduits de l’une et de l’autre de ces parties : de sorte que, non-seulement on ne peut alors ni parler ni respirer, mais même que tout le corps languit par la foiblesse de ces deux parties principales. |
Cette vapeur obscure, étant portée au cerveau , offusque les esprits qui s'y sont nouvelle-
(i58) ment fabriqués, et puis, se mêlant parmi le suc werveux, empêchent l’âme d'agir selon sa coutume. L'imagination en est dépravée ; les sens en #3ñnt troublés, ies nerfs embarrassés, tellement qu’il n’y a pas d'apparence que le cœur, le poumon , le diaphrègme , en un inot toutes les parties du corps soient dans leur tempérament ordinaire, La dificulté de respirer en est augmentée, aussi bien que celle de se mouvoir, fjar cette vapeur épaisse et ennemie de nous: | trouble si fort la fermentation naturelle du su nerveux ; que l'âme, qui s’en sert comme d’un instrument prochain, ne peut faire toutes les belles actions que nous lui voyoas faire tous lei jours.
Mais quand les vapeurs d'une sewènce corrompue sont mélées pa:mi le sang :t le suc
nerveux, il ne faut attendre de ce aélarge que des illusions vénériennes qui troublent l’imagination, et font voir aux persnnnes qui en sont incoñmodées, des spectres amoureux et def faunes lascifs.
Si nous en voulons cruire Hippocrate, les femmes y sont plus sujcites que les hommes; ceux ei se déchargent souvent, pendant :e sommeil, d’ure abondance de semence qui les travaille, au lieu que celles-là ne s’en peuvent débarrasser si aisémaus., ri souvent ne peuvent
éviter de tombsr dans ces sortes d'illusions, La raison qu'il en rapporte, c’est qu’illes sont d’un esprit plus foible que les hommes et que le sang des règles se présentant à leurs parties nalurelles pour sortir, les filles qui ne sont pas cncore accoutumées à ces sortes d’épanchements, sont aussi alors plus suseeptibles ée ces sortes d'idées ; jusque-là même qu'il s’en esttrouvé qui se sont persuadées d'être grosses, après s'être imaginé avoir été caressées d’un
incube.
Je ne m'étonne donc pas si les sorcières sont si souvent surprises par des terreurs paniques : car, outre qu’elles sant femmes, eLes engen- “drent encore incessamment beauceup de pituite et de mélancolie, qui sont la cause de ces
sortes de maladies. Il faut croire que ces ill : sions nocturnes ne sont véritables que dans leur esprit, et si ces femmes se sant imaginé d’avoir été pendant la nuit ce qu’elles n’ont peint été, ou d’avoir fait ce qu’elles n’ont point fait, on doit être persuadé, avec saint Augustin, que le démon a pu se servir de leur foiblesse et de leur maladie pour leur faire craire toutes les cheses qu’elles croient; ce qui n'arrive que par un effet du juste jugement de Dieu. J'avoue que le dé- monse mêle quelquefois, mais fort rarement, - parmi lhumeur mélancolique de nos malathes :
ce qu’on fe “auroit connoître que par l’une de ces trois remarques; savoir, quand la personne pénètre dans les secrets de nos pensées, quand elle parle de quelque langue qu’elle n’a pas apprise, ou quand elle fait des actions qui passent des forces ordinaires de la nature.
La maladie incube est quelquefois si commune, soit par lintempérie de l'air ou par la mauvaise qualité des aliments et des eaux, qu’elle devient comme épidémique et popu- .
laire, ainsi que Lysimacus l’observa autrefois à * Rome. Et si, parmi toutes les personnes qui ex sont attaquées, il y en a quelques-unes qui aient, âme embarrassée d'un amour impur ou des w fables de sorciers, il ne faut pas douter queis passion ou sa créance ne lui fase» voir en dor: ant, ou même en veillant, des objets capables de l’entretenir dans ses rêveries. L’amonr et la maladie incube, joints ensemble, sont deux mots, qui sont deux espèces de fl{es, et qui peuvent causer tout ce que l’on nos dit de surprenant, touchant le commerce des démons avec les femmes. . |
Toute l'antiquité n’a pas cru cer bagatelles, puisqu'elle nous a laissé par écrit ‘les remèdes pour guérir ceux qui sont posséd' Vun esprit … impur, et qui sont attaqués de terreurs pani< ques, croyant bien que ce que l’on pensoit être
un démon, n’étoit ordinairement qu'un homme mélancolique, qui étoit la cause de tous les désordres que l’on voyoit arriver à ces sortes de personnes. Jusque-là que Pomponace nous fait l'histoire de la femme d’un cordonnier, laquelle parloit plusieurs langues sans les avoir jamais apprises, et qui fut ensuite guérie par le savant médecin Calceran, qui, avec l’ellébore, lui chassa ses rêveries. et lui ravit en même temps la science par l'évacuation de la bile noire, dont le démon se servoit.
S'il est vrai, comme l’expérience de tous les jours nous le fait connoitre, qu'après avoir préparé la bile noire, et puis l'avoir purgée, après avoir corrigé l'intempérie des entrailles, ôté les obstructions qui s’y trouvent, et provoqué le sommeil, nous rétablissons la santé de ceux qui ont l'imagination dépravée, et qui se persuadent d’être agités par un démon; nous pouvons dire hardiment qu’en combattant l'humeur mélancolique, et en la chassant du corps de ces sortes de malades, nous en faisons sortir en même temps le démon. Cela arriva de la sorte à un apothicaire qui accompagnoïit un médecin dans l’un des hôpitaux d'Auvergne :
cet apothicaire protestoit, si nous en croyons Houillier, qu'il avoit vu pendant la nuit le démon figuré de la sorte qu’il le dépeignoit, et
qu'il en avoit eté imaltraité. Cependant ce démon imaginaire fut chassé par les soins du médecin de l’hépital, qui guérit l’apothicaire de la maladie incube dont il étoit attaqué.
Nous concluoxs don., après tout ce que nous venons de aire, que nous sommes le plus souvent nous-mêmes la cause des spectres que nous imaginons voir où toucher : si nous étions moins timides et moins méiancoliquez, nous ne tomberions pas si souvent dans ces foiblesses d’âme. “ais comme parmi les hommes il y a des mélancoliques de différentes espèces, il doit aussi y avoir vlusicurs manières de rêver. et de devenir fou. En un mot, une sorcièr2: ne sera jamais caressée amoureusement var un démon, bien moins pourra-t-elle en devenir grosse, s’il est vrai, comme nous l'avons montré, que la génération soit impossible sans Vapplication des parties naturelles de l’un et de l'autre sexe. !/opinion contraire passera toujours pour une fable dans Pesprit d’un homme raisonnable ; au lieu que. selon le jugement d’un esprit foible et scrupnleux, cile sera toujours une vérité incontestabhl».