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au contraire, sont plus humides et plus froides c'est-à-dire, moins chaüdes, moins seches; elles ont une chair plus mollette, plus d'licate et plus polie, un esprit plus aisé; elles usent d'aliments plus froids et humides; enfin elles sont presque toujours dans l’oisiveté.
Si la nature des hommes et des femmes est de la sorte, il est certain que les uns et les autres ont puisé cette nature ct leur inclination, qui est comme un effet inséparable; qu'ils l’ont puisée , dis-je, dans les dance de leurs mères, lorsqu’elles leur auront sourni la première matière dont ils sont composés.
Pour expliquer cette pensée, on doit se ressouvenir de ce que j'ai dit ailleurs, et réflécht ua peu sur les principes de notre formation.
Dans une femme féconde, les cornes de la mairice sont remplies de semence qui se change en petites boules grasses à peu près comme des petits pois, lesquelles sont rangées dans leurs petites cellules, comme le sont, en quelque façon, les œufs dans l'ovaire dune poule : done il naît plusieurs enfarts quand la semence de l’homme cr a touché plusienrs, La boule que la semence de l’homme a rendue féconde, conserve parmi ses liqueurs le germe d’un enfant qui, d’abord sans doute, est moindre qu’ug giron, et qui a été formé, si c’est un garçon,
y # Rain 2 { 8 à
| d'une matière chaude, sèche et épaisse, pleine de feu et d’esprits, avec des pores resserrés et des parties pressées. Mais si c’est une fille, la matière en est moins chaude, plus burnide et
plus délicate, les parties ea sont plus déliées, et les pores plus ouverts et plus polis. Elle ne
contient pas tant de feu, et il n’y a pas une si grande abondance d’esprits : si bien que la difference de l’un et de autre sexe ne vient que de la diversité des substances des semences du pere et de la mère, de leurs qualités premières, et de celles que l'on appelle de la matière. Entre cs deux dispositions de la semence féconde de la femme, il y en 4 une troisième qui tient le milieu, et qui a son projet extrêmement tempéré dans toutes sortes le manières : si bien qu’il naîtroit de là un hermapbrodite, s’il n’étoit déterminé pour un garçen cv pour une fille par l’âme de l’homme et par l’activité de la semence, comme nous le verrons ci-après dans une dissertat;on particulière.
Hercule, si noas en croyons les poëtes, étoit si robuste, qu’il n’engendra presque point d’enfants qui ne fussent mâles; et entre soixantedouze qu’il ft, il ne s’y trouva qu’une seule fille. Mais, sans m’arrêter à ce qui pourroit paroître fsbälèux , je trouve dans l’Écriture, que Gédéon, qui fut l’un des princes du peuple hébreu,
(99 étoit d’un tempérament si chaud et sf actif, qu’il engendra soixante-onze enfants mâles, . sans qu’il soit parlé d’aucune fille. ;
Lorsque la matrice reçoit la semence de : |
Phomme, et que ses cornes, par une vertu particulière ; attirent cette humeur pour la communiquer à la semence de la femme, qui a de la disposition à recevoir une impression subite par l’activité de la matière spiritueuse de l’homme, alors l’âme et les esprits de cette matière agissante servent de principe subalterne à tout ce bel ouvrage. Si ces principes
trouvent une boule où il y ait un germe de gar-
çon , ils lui donnent de la fécondité, en faisant fermenter toutes les petites parties de l'humeur qui y est renfermée ; ils pénétrent et excitent ce petit projet, que l'intelligence de la mère avoit commencé à former. Mais si l’âme et les esprits qui sont enveloppés dans la semence de l’homme touchent et rendent féconde une autre boule qui ait des dispositions à faire une fille, la semence de l’homme y fera les mêmes impressions, puisque souvent elle est indifférente à toute sorte de sexe, ainsi que nous l'avons prouvé ailleurs.
Les inclinations secrètes qui nous sont naturelles, découvrent infailliblement les principes de la génération de lun.et de l’autre sexe;
car, &i jé puis raisonner des causes par leurs effets, il me sera permis de dire que, comme les hommes sont naturellement robustes, et .
qu'avec cela ils ont un appétit naturel à vivre d'aliments chauds et secs, à s'occuper incessamment, et à se donner de la peine à la guerre et aux grandes affaires, on doit conclure que leurs : principes sont plus forts et plus grossiers que ceux dont ies femmes sont faites; il s’en trouve peu qui hcissent le vin, et qui rejettent les choses qri ieur piquent la langue. Les femmes, au contraire, sont naturellement délicates, et leu irclinetion, pour parler en général, no se porte guère au travail; elles usent, par une coutume naturelle, d'aliments froids et humides, qui sont proportionnés à leur tempérament, et il ne s’en est guère vu qui n'aimassent avec passion et le lait et les fruits; la nature leur demandant, par un appétit secret, de quoi faire subsister toutes leurs parties par des choses qui leur sont proportionnées.
Les principes de l’homme et de la femme sont done fort différents, puisque l’un et l’autre ont des inelinations si opposées. Le principe de l'un est plus chaud, plus sec et plus resserré; et le principe de l’autre, plus froid, plus humide et plus mailet.
L'expérience nous fait connoître cette vé-
rité; car une femme grosse d’un garçon sera ordinairement plus vermeille, se portera beaucoup mieux que si elle l’étoit d’une fille : la chaleur d’un garçon échauffe et excite la mère; au lieu qu’une fille, par sa froideur , augmente le froid ei l’humide de son tempérament, ce qui la rend valétudinaire et malade pendant toute sa grossc55e.
S'il se reacortre quelquefois des femmes qui soient d’un tempérament plus chaud que quelques hommes, ox n'en doit pas imputer la cause à la nature, mais aux humeurs de la mére qui les a portées dans ses flancs, au lait de la nourrice qui les a allaitées, à l'exercice et aux aliments chauds dort elles ont usé pendant’ leur vie.
1. Ainsi ce n’est pas la matrice qui est la principale cause des mâles ni des femelles; elie n’est que le champ de la nature où l’on sème, puisqu'elle ne fait pas la génération, et ne reçoit que ce qu’on lui envoie de côte et d’autre; elle s'occupe seulement à préparer la semence de l’homme, à l’attirer dans ses cornes ; elle favorise ensuite la conception ; elle fomente les nouveaux germes, et leur distribite Valiment dont ils ont besoin; enfin, elle agit comme une bonne mère, qui fait vivre som en fant aux dépens d’antrui,
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Bien qu'il semble qu’elle soit plus chaude du côté droit, à cause du foie qui y est placé, que du côté gauche, l'expérience cependant, nous montre qu’elle reçoit également de l’un et de l’autre des matières plus-ou moins chaudes: et il s’est aussi bien trouvé des garçons du côté gauche de la matrice, que des filles du côté droit. Nous avons même quelquefois trouvé, dans la dissection de quelques femmes, un mâle et une femelle du même côté; de sorte que ce n’est ni la matrice ni ses parties droites ou gauches qui sont la cause de la différence des.
sexes.
2. Ce n’est pas non plus le sang des règles; car, lorsque l’embryon se nourrit de sang, ila déja acquis sa nature et son sexe, et 1l seroit alors impossible de les lui faire changer. Les. aliments peuvent, à la vérité, altérer notre. tempérament, mais ils ne sauroient jamais les: transformer dans un autre, bien loin de pouvoir faire changer nos parties de lieu et de figure.
3. L’imagination de la femme, quelque forte qu’elle soit, ne peut encore produire cet effet. Car combien y a-t-il de femmes qui n’ont que! des filles, et qui ne peuvent avoir des garçons, bien que leur imagination soit incessamment | embarrassée et comme farcie de l’idée de ces! derniers ? L'imagination ne change ni nos hu-.
meurs ni leur tempérament; la bile ne sauroit par sa force devenir pituite, et la matrice, qui a des dispositions pour une fille, ne sauroït par son moyen en avoir pour un garçon; le tempérament de l’un et de l’autre étant trop éloigné, leur matière trop opposée, et leurs parties trop différentes.
4. L'expérience nous apprend qu’on fait des garçons et des filles en quelque temps de la lune que ce soit : et bien que la lune ait beaucoup d’empire sur nos humeurs, et qu’elle pré:
side d'autant plus à la génération, qu'elle joint ses influences à celles du soleil et des autres as! tres; cependant je ne crois pas qu’elle puisse faire changerles sexes: car, queiqu’elle enfle ef
multiplie la semence dans son croissant et dans sa vigueur, et qu’elle n diminue la force dans son décours et dans sa défaillance, on ne peut pourtant la regarder que comme une cause fort éloignée pour la différence du sexe. Enfin les maquignons et les métayers perdent leur peine, quand ils lient aux étalons et aux taureaux leur Xesticule gauche pour avoir des chevaux et des ‘hureaux, ou le testicule droit pour s’acquérir des cavales et des vaches, puisqu* l'expérience nous à désabusés }à-dessus, et nous a fait voir que Îes hommes qui avoient perdu à la guerre
(14) le testicule droit, ne laissoient pas d’engendr ‘des enfanus de divers sexes.
il est donc véritable que ce n'est ni la m:
irice , ni le sang des règles, ni l’inagination « la femme, ni la ligature des parties génital du mâle, ni enfin Îes astres, qui sont les caust nantais de la génération des mâles et dé femelles, mais que c’est plutôt la disposition : le tempérament de là matière dont nous son imcs formés, ainsi que nous l’avons fait voir c* dessus.
Aprés avoir expliqué le plus exactement qui nous ayons pu, les premières causes de la gé nération des garçons et des filles, et en avoi découvert lés causes immédiates par le moye de la matière qui sert à les former, il faut pré señtement donner des règles pour engendre cette matière, et ces esprits qui contribuent là différence dé sexes.
Première règle. On ne voit guère de trop jeu nes ni de trop vieilles gens engendrer des gan ÇORS : ils ne font ordinairement que des filles La claleurnaturelle est trop foible dans les pre miers pour cuire et perfectionner la semence: les derniers sent trop languissants, et la glac: de leur âge s'oppose à l'abondance et à la cha leur des esprits qui doivent contribuer à furrue un gerçon. Et parce que Îa semerice n’est qu'al
(35) crément de tout le corps et des testicules, il ut que toutes les parties soient fortes et vigouuses, pour engendrer de la matière à faire un rçon; ce qui ne se rencontre ni dans les uns i dans les autres.
Deuxième règle. La façon de vivre est une des rincipales causes du sang et des humeurs; si on mange et que l’on boive des choses suculentes, chaudes et pleines d’esprits, les huieurs participent de ces mêmes qualités, et la emence a alors des dispositions pour un garon à venir. Mais si les aliments sort froids, uelie apparence qu’elle puisse servir à engex: rer de la matière pour former un garçon? Ell ; aura tout nu plus que des dispesitions pou > corps d’uue fille. Et l’expériencs nous aprend que ceux qui se nourrissent C’aliments hauds et succulents, ct de la chair d'animaux iscifs , acquièrent par-là non-seulement la ce d’engendrer, mais aussi de faire un garon, pourvu qu’il y ait tant soit peu de vivacité ans leur tempérament.
Troisième régle. 11 n’est pas besoin de manger i de boire beaucoup et à contre-temps, quand n a dessein de faire ur garçon. La chaleur est lus vive ci plus forte quard nous sommes réles. L’excès cause des crudités, et l’on ne voit uère d’hommnes ni de femmes déréglés à table,
| 4:16) qui engendrent des garçons. Leur semence ni presque point de chaleur ni d’esprits; et, paro qu’elle est indigeste et imparfaite, elle me: propre qu’à. former une fille.
Quatrième règle. Si le manger et le boire éteis gnent notre chaleur naturelle quand nous usons avec excès, l’actior. déréglée de l’'amou nous épuise et nous rafraîchit de telle sorte qu'après nos embrassements réitérés nous n’e gendrons que des filles. L'expérience nous fa voir dans les jeunes gens qui, dans les premien jours de leur mariage, se caressent si éperdu “ment, qu’ils n’engendrent point du tout, ouh s’ils engendrent, ce n’est ordinairement que dei filles. Que l’on fasse réflexion sur les mariagei que l’on fait aujourd’hui parmi les hommes, où y verra sans doute beaucoup plus de filles ai nées que l’on n’y rencontrera de garçons. Le! jardiniers impatients ne recueillent jamais di bonnes graines; ils désassaisonnent toujours Il terre ; et, quand ils veulent la semer, ou ils son frustrés dans leur attente, ou les plantes quiet viennent sont foibles et languissantes. Now nous pressons trop pour l'ordinaire quand nou nous caressons;.et, si nous savions nous modé rer, notre ouvrage seroit plus parfait et dures roit plus long-temps. Si, lorsque nous cares sons une femme, nous nous contentions d’un!
fois, il naîtroit apparemment un garçon : au lieu que, si par hasard une femme conçoit de la seconde ou de la troisième fois qu’on l’embrasse l’une après l’autre, il n’en naïîtra assuré. ment qu’une fille; ou, s’il reste encore quelques esprits vifs et pénéirants dans la matière qui doit servir pour un garçon, il sera fort petit, et peut-être défigure par le peu de matière et d’esprits que lui fournira son père.
Nous voyons tous les jours de jeunes femmes qui n’ont fait que des filles avec un homme, et qui, étant remariées avec un autre, ne produisent que des garçons. La chaleur de notra jeunesse nous précipite dans les délices de l’amour : notre semence n’est pas plutôt faite qu’elle est épanchée , et nos emportements amoureux durent souvent dans les deux sexes jusqu’a l’âge de vingt-cinq ou trente ans. Mais si un homme ne caressoit sa femme que trois ou quatre fois le mois, la semente de l’un et de Vautre seroit plus cuite, plus épaisse et plus remplie d’esprits. Elle auroit plus de disposition à former un garçon que si on l’épanchoit plus souvent ; et c’est assurément pour cette raison que les vieillards font quelquefois des mâles ; car comme ils manquent presque de chaleur naturelle, et que leur semence est crue et foible, s'ils n’attendoient deux ou trais mois
EE Tee pour donner le temps à la nature de la euire et de la perfectionner, ils ne sauroient déterminer
la semence de la femme à leur donner un suc-
CesSseUr.
Cinquième régie. L'expérience m'a fait encore rémarquér que, si les femmes qui ont des règles modérées, conçoivent après leur écoulement, elles fotit, pour l'ordinaire, des garçons; mais si elles ont des règles abondantes, et qu’elles engendrent avant que ces règles paroissent, ou dès qu’elles fnissent, elles font toujours des filles. Si noës examinons la cause de ces diffécontes producticns, que nous avons souvent observées, nous trouverons qu’elies prouvent clairement l'oninien que j'ai établie; car les fenmes aui ont abondamment leurs règles, étant d'un tempéramert plus humide que les autres, Îles ne reuvent produire en ellesmêmes de semence propre à faire un garçon, puisque la caruplexien de leu” corps et de leur humeur est opposée à la génération d’un mâle. Dans lé temps que les règles coulent encore, la matrice en est bumectée et rafraichie tout ensemble; et, bien que cette partie pût réserver alors une semence pleine de chaleur et gonflée d’esprits, son intempérie et celle de tout le corps seroient pourtani une cause qui diminueroiït cette même chaleur, et qui dissiperoït
Les
une partie da ces esprits. Au lieu qu’une femme qui a ses règles modérées est agitée d’autant de feu et de chaleur qu’il lui en faut pour un garçon : la semence qu'elle engendre est chaude, sèche et bien cuite; et après que sa matrice s’est une fois défaite de toutes ses impuretés, et qu'elle a été échaufféé par le passage du sang qui a coulé 1vee médiocrité, elle devient encore mieux disposée cx’auparavant : si bien que, la semence de l’homme y arrivant, elle la dissout et la raréfie alors plus promptement, pour la faire devenir propre À donner des caractères de fécondité au projet du mâle qu’elie conserve.
Sixième régle. Enfin, j'ai auss: observé que les régions du midi n'étcient pas si peuplées d'hommes que celles du septentrion; qu'il y avoit danses premières six fois plus de femmes que d'hommes, et que dans les autres, les hommes égaloient presque en nombre les femmes, ou les surpassoient même. Il est aisé, ce me semlile, d'en découvrir la cause. :
La chaleur des pays méridionaux diminue insensiblement la chaleur naturelle : elle dissipe continuellement des esprits, en tenant toujours ouverts les pores du corps; si bien que l’on n’est ni si vigoureux, ni si grand mangeur que dans les pays tempérés ou froids. Les bumeurs ne sont pas si bien digérées dans ceux-là que dans
{ 20 ceux-ci, et la semence, daws les premiers, est plus propre à engendrer des filles qu’à faire des garçons. Je dirai encore que, parce que les hommes y sont incessamment pénétrés d’une chaleur étrangère, et qu’ils sont accoutumés de jouir des femmes avec excès, ils ont une semence crue, indigeste, qui est toujours disposée à faire des filles. J’ajouterai à ces raisons, que les femmes étant dans une continuelle oïsiveté, et leur beauté consistant à ne point marcher pour être trop grosses, quelle apparence y a-til que, dans cet état, elles puissent avoir une
semence forte et bien digérée, et que l’intelli-
gence puisse former dans leurs flancs le projet d'un garçon, d’une matière si mal cuite? Au contraire, dans les pays tempérés et dans ceux qui sont médiocrement froids, on a beaucoup plus-de chaleur naturelle. Le froid bouchant les pores du corps, en empêche la dissipation, et la semence étant, par cette raison, plus chaude
et plus remplie d’esprits, on engendre aussi,
plus de garçons que de filles.
C’est encore pour cela même que l’on fait plutôt des mâles pendant que le vent souffle du côté du nord. En effet, les vents froids qui règnent dans nos climats le matin et Îe soir, pendant les saisons les plus chaudes, empêchent l'épuisement de notre chaleur paturelle, en ar=
ne,
rétant nos esprits, qui se dissiperoïent autrement. C’est dans ce temps-là que notre chaleur et nos esprits, se multipliant dans nos corps, vivifent et animent, pour ainsi dire, la semence qui doit servir de princij.e à un garçon; et s’il est vrai que les bergers, ayant remarqué la vertu de ce vent sur leurs troupeaux, font tous leurs efforts pour les faire accoupler pendant qu'il souffre, dans Pespérance de profiter plus sur les béliers qu’ils ne le fercient sur les brebis, on peut bien dire qu’il n’a pas moins de pouvoir sur la génération des hommes.
Pour moi, j'ai observé que fe vent du septentrion a une telle propriété pour conserver la vie des animaux, et pour fortifier leur chaleur, qué si, par exemple, on tire hors de l’eau des carpes ou des anguilles, et puis qu’on les mette dans de la paille, le ventre en haut, on empépêchera, par ce moyen, les premières de mourir
pendant trois jours, et les autres pendant six :
ce que l’on ne sauroit seulement faire pendant un jour entier, lorsque le vent du Hies souffle médiocrement.
En effet, il affoiblit les animaux en dissipant leur chaleur naturelle, et en faisant évaporer leurs esprits : si bien que la coction se fait alors fort mal ; le sang et les humeurs se distribuent très-lentement, et la semence ne peut avoir des
esprits que pour animer le corps d’une fémelle,
On doit conclure, après toutes ces raisons, qu'il y a un ari pour faire des garçons ou des. filles ; et que si l'homme et la femme se marient loisqu’ils ne croissent plus; s’ils observent également la façon de vivre que je viens de prescrirc; s'ils Le se caressent que rarement, et qu’ils Gonnent le temps l'un et l’autre à la Le leur saturelie de cuire leur semence, et à l’âme de la perfectionner, et s’ils attendent qu’un vent souflic du sertentrivn au plein de la lune, je suis très-persuaaé, par l’expérience que j'en ai, qu’ils feront un garçon plutôt qu’une fille.
un ce me
GHAPITRE VIE * à
Si les énfants sont bâtards, ou légitimes, quand ils ressémblent à leur père au à leur mère.
Pance que la plupart des jurisconsultes , avec quelques savants médecins, soutiennent qu’une fermime, pensant fortement à son mari au milieu de ses plaisirs illicites, fait, par la force de son imagination, un enfant qui ressemble parfaitement à celui qui n’en est pas le père, il sera bont d'examiner si la ressemblance d’un enfant dépend de l'imagination ou de quelque autre
cause. C'est pourquoi nous rechercherons ce que c’est que la ressemblance des enfants à leurs ancêtres, nous en établirons les différences, et nous tâchcrons d'en découvrir les causes les plus véritables:
La ressemblance, selon le plus commun sentiment, est une qualité naturelle, qui fait les hommes semblables les uns aux autres, si bien qu’en les regardant ou en les voyant agir, on se trompe souvent, comme fit autrefois à Rome le magistrat Antonius, qui acheta pour jumeaux deux beaux garçons, que Turannius lui vendit bien cher, quoique l'un fût asiatique et l’autre guropéen.
Les enfants ressemblent en trois façons à eux dont ils sont issus. Ils leur ressemblent, Âis-je , ou en qualité d'homme, ou en qnalité de mâle et de femelle, ou en qualité de particulier : de sorte que l'espèce, le sexe et l'individu établissent les trois sortes de ressemblances; et, pour ne parler ici q'ie de fa dernière, je dirai queles enfants ressemblent a leur père ou à leur mère dans l'âme et dans le corps.
Quoique âme de l’homme seit d’une matière rttrémement subtile, que nans ne pouvons découvrir avec des yeux, elle nous donne pourtant des marques de ressemblance par les effets qu’elle produit. Lee massians ot les inclinations
des enfants nous font connoître ceux dont ils ont été engendrés. Je ne parlerai point ici de ‘âme immortelle, que j'ai nommée intelligence; je suis persuadé qu’elle n’est pas matérielle, et qu’elle est d’une autre nature que l’âme, qui est la principale cause de la ressemblance. Cette âme dont nous parlons nous donnera, par exemple, des marques d’une exacte économie dans le äls, comme nous l'avons observé dans le père, et 2lle incpirera à ce même enfant les inclinations criminelles que l’on remarque dans la mère. L'âme de cet enfant ressemble donc, par ses qualités, à son père et à sa mère. Pour le corps, il aura des proportions et des ressemblances à la figure, a la couleur et aux actions de ceux qui l’ont engendré; ou bien il ressem= blera à son grand père ou à son oncle, ou enfin! il ne ressemblera ni aux uns ni aux autres, maïs! il retiendra Îes deux autres sortes de ressem-! blances dont nous avons parlé ci-dessus.
J'avoue qu’il est fort difficile de découvrit les: causes de toutes ces ressemblances, depuis que! nous avons perdu la science qu’en avoient lesi Psylles : ce qui a fait que les anciens ont été si partagés sur cette matière, et que presque tous les jurisconsultes ont plutôt attribué la cause de la ressemblance à l'imagination de la mère qu’à fout autre chose.
Mais, avant que de dire ce que je pense sur cette ressemblance, il me semble que je dois auparavant examiner si l'imagination en peut être la véritable cause.
1. Les jurisconsultes disent, après quelques médecins, que la femme a limagination si vrompte et l'esprit si vif, que l’on ne doit pas $étonner si elle imprime sur ce qu’elle conçoit dans ses entrailies la ressemblance de ce qu’elle desire avec passion et de ce qu’elle s'imagine fortement : de sorte que si, par exemple, elle a un appétit déréglé pour le vir, pour les mûres, ou pour quelque autre chose, ou qu’elle simagine fortement être caressée par quelque personne, son imagination est tellement attachée à :es sortes d’objits, que l'expérience nous fait roir tous les jours que l’enfant qui se forme alors dans son sein, recevoit les marques des désirs ou des idées de sa mère : jusque-là même qu'il s’est trouvé des femmes blarches engendrer des enfants noirs semblables aux Éthiæ piens, pour avoir contemplé trop attentive ment, pendant qw’elles concevoient, on aussi. tôt après avoir conçu, des Maures, soit réellement ou en peinture. L'imagination est si forte $ans quelques femmes, qu’elles envoient de leur cerveau à l'enfant qui se forme dans leurs entrailles, les corpuscules des objets externes
& 26 ) qu’elles y ont reçus; de sorte que ces images corporelles se communiquent aux parties ten dres de l’enfant par une sulie de nerfs qui vien rent du cerveau de la mère. …
2. Bisn que les bêtes femelles aient des âmes incomparablement moins mobiles que les fem mes, les naturalistes nous foit pourtant remarquer qu’elles ont assez de force pour faire ces impressions sur leurs petits; Car si on enve- Aoppe d’un mouchoir blanc le cou du paon qui couve ; ou que l’on peigne de diverses couleurs les œufs d’une poule qui couve aussi, les petits du paon deviendront tout blancs, et les poulets tout bigarrés.
Mais, parce que l'imagination de Îa femme est beaucoup plus vive que celle de ces animaux, elle communique aussi plus fortement son enfant ce qu’elle s’est une fois vivement imaginé : de sorte que, si elle pense vivement son amant, à son oncle ou à son grand-père.
lorsqu'elle conçoit, l'enfant qu’elle engendrer: sera tout semblable à l’une de ces personnes.
3. La ressemblance n’est pas une preuve da filiation, selon le sentimert des mêmes jurisconsultes. L'enfant qui ressemble à son pèrd n’esi pas pour cela légitime. l’on ne saurait! sur celte conjecture, se déelaver héritier de son père. Sa mère, dans ses cmbrassements illégi-
times, à pu lavoir engendré avec cette ressemblance par la force de son imagination; car, en pensant toujours à son mari lorsqu'elle étoit entre Les bras de son amarit, elle à imprimé sur. le corps de l’enfant qu’elle concevoit alors, les traits du corps et tous les caractères de l’âme de celui sur lequel son imagination étoit fixement arrêtée. Sans doute que ce fut la même cause pour laqueile un cuisinier de Rome ressembloit si bien à Pompée-le-Grand, que plusieurs le prenoient pour ce grand capitaise.
On peut dire à tout cela qu'il est vrai que notre âme, étant liée à notre corps aussi étroitement qu’elle Pest, peut faire sur nous de violentes impressions. L'expérience de tous les jours nous en donne assez de preuves. Mais je ne saurois me persuader que l’action de cette même âme soit capable de produire les ressemblances dont il s’agit. Ceux qui ie soutiennent ne se fondent que sur de vaines observations, sur des preuves imaginées et sur des raisonnements mal établis. Car, que peut l'imagination d’un paon ou d’une poule sur desœufs qu’ils n’ont pas pondus? L’âme de ces deux esn'ces d’animaux est si peu active, qu’il n’y a pas d’apparences qu’elle pût agir hors d'eux-mêmes, st imprimer sur des œufs étrangers des caractères qu’elle se seroit figurés, si l’on peut parler de la sorte.
S'il naît tous les jours des poulets bisarrés dans les fours d'Égypte, et que nos poules en fassent éclore de mêlés, sans que leurs œufs aient été auparavant peints, peut-on assurer que c’est l'imagination de ces animaux qui est la cause de la variété du plumage de leurs petits ?
Les taches de quelques couleurs qu’on remarque aux enfants ne viennent pas non plus de l’imagination de la mère, ainsi que nous l’avons observé aiileurs. L’imagination n’a point un pouvoir si violent, que d'imprimer des caractères sur un cerps étranger. Car, lorsqu'un enfant se forme dans les des de sa mère, il.
n’agit que par lui-même, et alors 1] n’a besoin | d’elle que comme une semence a besoin de la terre. Comment donc peut-on comprendre!
qu'une femme grosse de deux, de trois ou quatre ! mois, ayant uu appétit désordonné de manger; , par exemple, des mûres, et se mettant alorsi fortement ce fruit dans l'imagination, puisse! communiquer à sa main la vertu d'imprimer sur! l'endroit de son corps où elle sera posée, la ressemblance de ce fruit qui, passant de là sans s'arrêter et se mêlant parmi son sang, ses esprits! et ses sucs, qui coulent alors incessamment ak ses parties naturelles, puissent être imprimés! sur Île corps de l’enfant, au même endroit que lai mère aura touché le sien ? En verité, l'imagina-
ion des hommes a ici plus de force que celle des femmes, ei ce n’est que celle des premiers qui a inventé ces sortes de raiscunements. Ils n'ont pu trouver la cause naturelle de ce qui arrive; ils en ont allégué d'apparentes, pour ne pas demeurer court, ayant à renûre raison de cet effet. Car, de s’imaginer qu’il y a une suite de nerfs qui viennent du cerveau de la mère, et qui s'implantent dans le corps de l'enfant, pour lui porter des corpuscules des objets externes et pour lui imprimer ies marques de ces mêmes pbjets, c’est ce que l'anatomie ne nous a poini montré jusqu'ici.
Mais il est bien plus vraisemblable de dire que ces marques sont des inégalités et des dé fauts de la matière dont nous sommes formés, que l’âme qui a mangé le petit corps de l'enfant, na pu en aucune façon corriger, ou plutôt que ce ne sont que des contusions que le corps tendre de l’enfant a reçues dans le commencement de sa vie; et comme le sang qui est une fois sorti des veines par quelques coups, ou de la mère, ou de l’enfant, ne se dissipe pas alors entièrement, les parties qui le reçoivent en de. meurent toujours tachées.
Pour goûter bien ce sentiment, l’on n’a qu’à faire réflexion sur toutes les marques que les enfants apportept du ventre de leur mère
: l'on observeré toujeurs qu’elles ant du rouges IL n’est pas possible que les femmes crosses n'aient jamais souhaité ardemmeni qie dé manger des choses de cette couleur; tious voyons tous les jours le ecñitraire, et four appétit déré+ glé est aussi bien pour des choses vurws.
jannes, noires où blanches, que pour des rougèés. Cependant on observe presque jamais aucune de ces couieurs-là imprimée sur 14 peau des enfants. 1
Mais encore n'est-ce pas une pure fable que dé dire qu’il ÿ a eu des femmes blanches, et mariées avec des hommes blancs, qui, par Ka force de leur imagination, aient fait des enfants noirs. Elles n’avoient pas sans doute le secret de Julie, fille d'Auguste, qui ne faisoit jam: d’énfants qui ne ressemblassent à son maï:
quoiqiélle fût saressée par plusicurs autres, parcé qu’elle ne souffroït point léurs caresses qu’elle ne füt grosse de lui.
Pour moi, je me persuade aisément que les fémmes ônt beaucoup contribué à introduire cette opinion sur Ja cause de la ressemblance des enfants, afin de couvrir les fautes qu elles commettent très-souvent; et qu'ensuite des personnes habiles et politiques, ayant considéréh que ce sentiment étoit assez favgrable pour le)
CSr) bien et pour la tranquillité de l’État, ont cher. ché des raisons pour l'appuyer.
Mais, bien loin que l'imagination de la femme soit la cause de la ressemblance, il est même impossible qu’elle puisse produire les effets qu’on se persuade.
1. l'out le monde sait quels transports sent une femme dans ses parties amoureuses quand elle est caressee ; il semble alors que la chaleur naturelle l’abandonne pour y courir avec précipitation. Son imagination n'est alors fixée sur aucun oljet qui puisse la détourner; et, si elle est arrêtée sur quelqu'un, c’est assurément sur celui qui est présent.
Quoique la peur trouble en quelque façon ses voluptés, et qu’elle fasse quelque impres sion sur son âme lorsqu'elle s’'abandonne à des
Bibertés illicites, elle prend néanmoins ses pré :
cautions de telle sorte, qu’elle peut jouir en assurance de ses plaisirs amoureux. Si elle ne peut avoir cette force d’esprit, et que la crainte Ja trouble, bien loin de faire un enfant semblable a celui que la peur représente à son imagination , elle fait un avorton. qui manque de ce qu’il faut pour êtie formé; car son âms étant ailleurs, et son esprit étant dans un mouvement irrégulier, elle ne peut concourir entièrement à la génération d’un enfant parfait, Cest de là
Ca) même qu'il arrive que les grands hommes font quelquefois des enfants qui sont indisnes d’être
leurs fils, parce que l’âne des pères étant oc-
cupée à de grandes affaires, ils ne communi-
quent pas assez de chalcur ni d’esprits à leur semence, qui est ainsi la cause d’un enfant difforme; ce que nous examinerons en particulier' au chapitre 8.