ARTICLE VI
Jbséroattons curieuses sur les divers t temps Fe dé la formation de l’homme.
M. | " Tobres les Hartiès et toutes les humeurs sont disposées pour la génération d’un enfant dans l'ün et dans l'autre sexe. Ce jeune homme ëst éh état de se joindre amoureusement, et cette jeune fille señt que la nature l’excite à se petpétuer par le moyen de la génération. Dans la disposition où elle est, il faut peu de chose poür fâire uni enfant, ét.ses parties amoureuses süHt si disposées à le former, qu’elle concevra \la moindre approche d’un Huit: On pourfoit comparer ses parties amoureuses à un mor seau d'ämbre jaune échauffé par le mouvement, qui attire la paille aussitôt qu’on la lui présente. La femmé n’a donc pas plutôt récçu la matière de l’homme par cetteamoureusealliance, “w’elle ä presse de toutes parts poür la fait passer promptèment dans l’un ou dans l’autre dE ses väisseaux éjaculatoires , afin que, s’y mélant vec là Sienne, elle ÿ cause la conception.
Cest dans l’un de ces conduits que les principes de notre corps et de notre Âme S’unissent et se mêlent pour ne faire qu’un composé, et és aussi dans ce moment que Dieü, qui sait
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(88) tout ce que nous faisons, semble s'être comme obligé d’y envoyer un entendement, qui, selon la pensée de saint Grégcire de Nice, «doit x avoir soin de tous les organes du corps où il x doit loger, pour régler ersuite les occupax «tions qu'iky doit faire, et les mœurs qu'il doit «suivre, afin, ajeute-t-il ailleurs, qu’il n'ait « pas, un jour, à reprocher à Dieu d’avoir eu, te un corps et une âme qui n’auroient pas eu de! « dispositions nécessaires pour suivre ses prin- « cipes secrets et ses mouvements intérieurs. »
Un homme qui a fait lui-même le luth dont.
il doit jouer, n’a sujet de se plaindre de personne, si son instrument n’est pas d'accord dans toutes ses parties : il étoit le maître. de sa matière, et il pouvoit l’employer et la disposer}, comme il jugeoit à propos; de sorte qu'il na s’en prendra jamais qu’à lui seul s’il y a un dé faut dans son luth, ou un faux son dans son.
harmonie.
Mais parce que ce sujet est de lui-même fort | embrouillé , et qu’il renferme des sentiments | nouveaux, j'ai résolu de le partager en quatre articles, où je ferai voir, autant qu’il me sera possible, les degrés dont la nature se sert pour nous former dans les entrailles de nos mères.
Parce que j'aurai besoin, dans la suite de £e discours, du mot de ronceptior, pour exprig)
mer ma pensée sur le sujet que je traite, j'ai | peur que l’esprit du lecteur ne demeure souvent ‘en suspens dans la diverse signification que je lui donne, à moins que de l’en avertir auparavant. Quand je dis donc que la femme a oongu; et que sa conception est avantageuse, Je prends alors ce terme dans une signification active ; mais lorsque je dis que notre conception sac jcomplit dans les cornes de la matrice de la femme; et non dans sa matrice, ainsi qu’on se l’est per suadé jusqu'ici, ce mot a alors une signification
tout opposée, et on le doit prendre passivement,
Premier degré de la formation de l’homme.
Il me semble qu’il n’y a rien de plus tertais que de dire qüe la conception est un mélange de la semence de l’homme et de la femme, et qu’il n’y a rien aussi de plus incertain ni de plus caché que le lieu où cette conception se fait.
On à cru jusqu'ici que la matrice étoit le lieu où nous commençons à être formés, parce que l'on a presque toujours trouvé des enfants dans sa cavité, et que l’on ne s’est pas imaginé que la conception se pât faire aillears : ear, bien que lon ait vu des enfants dans les cornes de la matrice, on a cru cependant que ce n’étoit que contre les lois de la nature qu’ils se formoiïent dans ces petits conduits, et l’on ne s’est pas
Mn et
(96 ) persuäidé @ que t’étoit là que la Providence, par ées ordres secrets, avoit déterminé de leur donfier lé commencement de la vie. J'avoue que le séftimient qui établit le lieu de la conception hors de là cavité de la matrice est Le de diffibultés, ét que Pon à hesoïn de raisons et dir pénience pour en étre conväincu. + R
É# Püisqu’ après les Cmbrassements amouréüx*; où n’a jamais trouvé dé Semence dans 14 catiié de l4 mätrice, au lieu que l’on en trouvé toujours dans sés Corries; pourvii que la sé-
méfice Soit saine et fécofdé) on m’avouera qu'il
y a lieu de croire que nous sommes plutôt formés dans ses petits conduits que dans un autre liéü, puisqu'il à a de la matière pour lä géné- Me
En éffet , toute l'exactitude que j'ai pu apporter, En disséquant beaucoup de chiennes qu s’étoiént depuis peu accouplées, n’a servi qu à mé confirmér davantage dans l'opinion où je suis; Savoir, qu'il en arrivoit de même dans les fuites et que la conception se faisoit plutét daris leë cornes ; dans la trompe où dans les vaisseaux éjäculäioires de la mâtrice, ainsi qu’on voudra les appeler, que dans la cavité dé cette partie.
Il n’ÿ a point de sang qui passe plus vite däns lés aftères , ni de chyle qui se distribue |
(gr) blus promptement dans Îes vaisseaux lactés, que la semence du mâle sinsinue dans la matrice des animaux ; ce qui fait croire à Harvée, qui a éventré, pour ce sujet, un nombre con- $idérable de biches, que la conception se fai- $oit d’une autre sorte qu'on ne se l’étoit imaginé jusqu'alors. Il a cru, mais d’une manière particülière ; que pärce qu'il n’avoit rien rencontré, fi de là semence du coq, ni de celle du cerf; dans les parties secrètes de la poule et de la biche ; après s'être accouplées l’une et l'autre, ik falloit que là semerice du mâle, où w’eñt pas éntré dans ces lieux, ou, si elle y étoit entrée, qu’elle en fût Sortie en y laissant son impression ét son caractère. Sür cela il a formé ce senti- Mént; que là génération $e faisoit de la même sorte qu’un homme pestiféré communique son mäl à un âutre, savoir, par le moyen de la contagion ou de quelques esprits invisibles ; où éncore comme un fer qui a touché, depuis peu, uñe pierre d’aimant, attire un autre fer, par là vertu qui lui à été communiquée : si bien, âjoûté-t-il, que la conception de l'enfant se fait ñi plus ni moins que celle de nos pensées. Nos yeux voient des objets : notre mémoire en conserve les idées , et notre âme en conserve Îles conséquences. Tout de même on touche une feéime pour la rendre féconde, et elle ne con-
çoit pas parce que Ja semence de l’homme est présentée à sa matrice, mais parce qu’elle la touchée et Jui a M sa vertu, Cest ainsi, dit-il, que le vingtième œuf d’une poule est fécond, par l'impression que la semence du. coq.a fait sur le corps de la poule, qui n’en a été touchée qu’une seule fois.
Mais sans m’arrêter à cette opinion, qui me paroït trop Péaphysique dans les ouvrages de la nature, continuons à prouver que la véritable union de la semence de l’hbumme et de la! femme , que nous appelons conception, se fait d’une autre manière plus naturelle,
2. Nous observons tous les jours que les femmes sont plus amoureuses avant ou après leurs règles qu’en tout autre temps; et la nature leur donnant alors beaucoup plus d’envie de se joindre, elles sont aussi en ce temps-là beaucoup plus sujettes à concevoir.
Si le fœtus se formoit dans la cavité de la matrice, quelle apparence y a-t-il qu'il pôût résister au flux des règles, qui doivent couler en abondance du fond de cette partie? L’enfant à venir en seroit détruit, et la matrice étant tout humectée, ne sauroit Pi retenir, ni l'empêcher d’en Fe avec le sang; et ainsi il ne se feroit point alors de conception au commencement des règles : ce qrii ast contraire à l'expérience.
n ee arriveroit de même sur la fin des fleurs ; car la matrice est encore alors trop humide pour peuvoir conserver le présent qu’on lui à faits elle le recevroit plutôt quinze jours avant, Parce qu ‘étant plus sèche, elle seroit plus disposée à presser la semence qu'on lui auroit vb
- Mais parce que l'expérience nous apprend que la conception qui se fait entre les règles, n'arrive pas.si souvent que celle qui se fait immédiatement avant ou après, je suis obligé de croire que la conception se fait dans un autre lieu que dans la cavité de la matrice. Je n’en saurois trouver de plus propre à cet usage que les cornes de cette partie, où souvent l’on a trouvé des enfants formés : car, au commencement et à la fin-des règles, tous les vaisseaux de la matrice sont ouverts, ou pour se décharger de l’abondance de leurs humeurs, ou pour recevoir Ja semence qu’on leur présente.
C’est ainsi que le fœtus peut éviter les désordres qui arrivent pour l'ordinaire au commencement de la grossesse: au lieu qu’il ne sauroit s’en garantir, s’il commençoit à se former dans la cavité de la matrice.
* 3. Les anciens ont su, aussi bien que nous, que la matrice des femmes n'avoit qu’une seule cavité: ils nous ont pourtant laissé par écrit
que les fernmes grosses sentoient plus de dou: leur et de mouvement d’un côté que de l’aütres | ce qui se trouve encore. aujourd’ hui conforme à l'expérience. Car les médecins, 1 qui se soñt appliqués à connoître les effets et les circon=: stances de la grossesse, ont appris que les fem : mes sentent pour l'ordinaire plus de mouvés | ment d’un côté du ventre que de l'autre. L’ enfant commençant à avoir un peu d’agitation A | mouvement de son cœur et de sés petites artères, irrite le vaisseau éjaculatoire qu'il habite, afin qu'il se défasse, en faveur de. la matrice; de ce qu’il conttent : et parce que ce vaisseau: n’a pas assez d'espace pour élever un enfant qui a besoin alors d’un lieu plus étendu-et plus commode pour ses perfections , il s'en défait, par son mouvement circulaire, ct le jette dans la cavité de la matrice. 4
4. On a cru, jusqu'au temps de Fernel, que la pierre se. formoit dans Ja vessie, où elle se trouve presque toujours : mais , dépuis que l’on a été désabusé de cette opinion, l'on croit, se. Jon les expériences que l'on én a, que les reins lui donnent les premiers comménçements :,caf les douleurs qui précèdent la} pierre de la vessié | M nous font bien croire que c’est dans les reins que la qi a été d'abord formée. Tout de
(99 ) délicats et presque imperceptibles dont s'aperçoivent, dans l’un ou dans l'auvre de leurs côtés, les femmes enceintes les plus sensibles, me font conjecturer que l'enfant commence à se former dans l’une ou dans l’autre des cornes ke la matrice.
. La substance de ces vaisseaux, leur figure, eur action et leur usage sont fort convenables à cet emploi. [ls sont d’un sentiment exquis, étant tous membraneux et charnus, pour s’élargir, et pour sentir les irritations du fœtus; leur figure est propre à se décharger de cc qu'ils contiennent; ils sont presque toujours pleins de semence, et ont un mouvement par lequel ils se déf éfndqut de ce qui les presse et de ce qui les incommode. Nous n'avons que trop de preuves de leur mouvement dans les suffocations de matrice, et je puis assurer avoir yu plusieurs fois le mouvement de la matrice des chiennes que j'ai disséquées en vie, qui était à peu près semblable à celui de nos pee que nous appelons péristaltique.
Ce sont donc les petits mouvements des cornes de la matrice, que les femmes grosses sentent d'un côté ou d'autre, qui nous fon!
croire que l'enfant y reçoit les premiers traits.
Mais encore, comment est-ce que la con:
ception se pourroit quelquefois faire après les
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grandes cicatrices que la matrice a reçues, $ elle ne se faisoit hors de sa cavité? Car nous savons, selon même le rapport de Rousset ét Baubin, que quelques femmes ont conçu aprè qu'on a ouvert la matrice, ou qu’elles y on souffert de grands abcès. La matrice ne seroit point alors en état de faire ses actions : elle seroit trop mal formée, et ses membranes, affoiblies et desséchées par des plaies, ne pourroient se comprimer et se resserrer pour! la conception; au lieu que, recevant de ces!
cornes l’enfant qui a été formé, elle n’a ensuite ! qu’à le contenir et le conserver jusqu’à sa der=
nière perfection.
5. D’ailleurs, pour confirmer ma penséf je puis dire ce que l'expérience m’a appris sur cette matière. Je connois quelques femmes qui ont toujours accoutumé de se coucher sur le côté droit lorsqu’elles dorment avec leurs maris, et c’est aussi dans cette posture qu’elles sont caressées et qu’elles conçoivent presque toujours des garçons. On ne sauroit donner d'autre raison de ce qui arrive de la sorte , qua celle qui favorise mon sentiment. Car la se- | mence de l’homme étant reçue dans la matrice |
ide la femme située dans la posture que nous avons marquée, ne peut tomber, par son pro-
pre poids, que dans la corne droite, où Jes
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OT garçons sont le plus souvent formés, C’est une remarque qu'a faite Rharsis, aussi bien que moi, lorsqu'il dit « que les femmes qui se cou- « chent ordinairement du côté droit ne font « presque jamais de filles. »
6. D’autre part, j'ai souvent observé, aussi oien que Éallope, que la chair de l’arrière-f: ix ’étoit jamais au milieu du fond de la matrice, nâis vers l’un ou l’autre de ses côtés, parce qu'après un mois ou environ la boule où «st ‘enfermé l’enfant étant chassée du lieu où eite st, s'attache à l’endroit de la matrice le plis rès de l’embouchure du vaisseau d’où elle ort; ce qui n’arriveroit pas de la sorte, si la onception se faisoit dans la cavité de la ma2rice, comme on le peut Voir dans les figures 10 t11.
7. Au reste, Riolan, un des plus célèbres natomistes de notre siècle, autorise mon opion, lorsqu'il dit avoir souvent trouvé des nfants formés dans les cornes de Îa matrice.
it cet enfant mort qui étoit d’un pied de lon, t qui sortit du fond de la matrice de cette pa::re femme qu'Harvée vouloit faire couper, ne ortit d’autre lieu que de l’un des vaisseaux wculatoires. |
8. Je trouve, dans mes Mémoires, qu'il y a nviron vingt-trois ans qu’un vieux médecin,