ARTICLE VIT
Du faux germe et du fardeau.
DA nature, dans ses ouvrages, se propose toujours une fin : elle n’entreprend jamais de génération qu’elle n’aii un principe certaïn et déterminé. Si elle manque quelquefois à faire ce qu’elle s’est proposé, il faut plutôt en accuser les causes qui concourent avec elle, que de publier qu’elle s’est trompée. Si quelquefois elle ne fait point dans les fermes de véritable conception, on ne doit en attribuer là fautc qu’à la matière sur laquelle elle travaille, qui n’est point disposée à faire des générations hümaines. Tant de conditions sont nécessaires pour faire un enfant, que, s’il en manque quelqu'une, il n’en faut attendre qu’un faux germe ou un fardeau, ou tous les deux ensemble. Et pour parler en particulier sur cette matière, qui me paroît fort difficile, on me permettra seulement de Pébaucher sans l’examiner à fond, et n'ayant lu aucun auteur, si Pon en excepte Val- : lériola, qui en dit quelque chose, qui nait in-
RS diqué comment se font les irrégularités de la génération.
Je ne parle point ici des monstres, qui sont des choses extraordinaires dans la nature, et qui ne viennent point de la conception, ni des semences des sexes humains; mais je parle des erreurs de la conception, qui sont faites par le défaut et les maladies de la semence, ou par l'abondance et la mauvaise qualité du sang des règles : car la véritable, aussi bien que la fausse conception, se fait par le mélange de la semence de l’homme et de la femme, ainsi que nous avons prouvé ailleurs, et que nous le ferons encore voir dans la suite de ce discours.
La femme n’a pas la puissance de se polluer comme l’homme, ni de se décharger de la seménce superflue : elle fa garde quelquefois fort long-temps dans ses testicules ou dans Îles cornes de sa matrice, où elle se cerrompt et devient jaune, trouble, ou puante, de blanche Gu de claire qu’elle étoit auparavant : au lieu ® que l’homme se polluant souvent, même pendant le sommeil, la semence est toujours nouvelle, et ne demeure jamais dans ses conduits
pour s'y corrompre, à moins qu'il ne soit incommodé, Alors sa maladie la rend souvent inféconde; et si elle est en ce temps-là communiquée à une femme saine et fertile, ou elle ne
cause point de génération, où, si elle en tause elle en fait un enfant malade et valétudinaire.,
1. Tous les vices et irrégularités de la con ception viennent donc plutôt du côté de !
femme que de l’homme. Si par hasard la semeno de l’homme rencontre la semence corrompu de la femme, il ne faut pas alors en espérer | véritable conception. La semence de l’homme: beau avoir toutes les qualités nécessaires pou engendrer, elle ne peut néanmoins produire u enfant, si elle trouve des humeurs qui la ren dent incapable de faire son action naturelle, dans la matrice elle se mêle avec une sérosi corrompue et violente qui détruit son âme, qu Galien appelle esprit génératif, et si enfin, em trant dans l’une de ses cornes et se communi quant à la semence de la femme, elle la ren contre frouble et incapable de recevoir se impressions. Car quelle apparence y a-t-il qu la semence de la femme soit émue par le esprits actifs de celle de l’homme, et qu’elle et suit comme caillée } pour me servir de l’expres sion de l’Écriture, si elle-même manque d’es prits, et si elle a perdu par sa corruption €: qu’elle avoit de meilleur et de plus actif?
Cependant la nature, qui n’est jamais dan laisiveté, ne laisse pas d'agir incessamment et, par le moyen des esprits de la semence dl
(153) Fhomme, d’agiter, en quelque façon, [a semence corrompue de la femme, qui, n'ayant nulle disposition à former les parties d’un enfant, s’enfle seulement, se multiplie, et se fermente en quelque façon.
Après quelques semaines, la boule ainsi enfée, est jetée, par le mouvement de la trompe, ans la cavité de la matrice, où elle s’enfle ncore davantage; elle est entretenue et fomenée par des humeurs séreuses qui pénètrent les pores de la merabrane, et qui lui communiquent
de quoi la faire croître. | Deux mois et demi, trois ou quatre mois au plus, ne sont pas plutôt écoulés, que la nature, voyant qu’elle travaille en vain sur une matière qui n’est point propre pour être animée, se défait enfin de ce faux germe par des efforts et des douleurs insupportables, et par des accidents irréguliers. Car ia femme qui le porte se sent plus grosse et plus incommodée que si elle avoit conçu un enfant; et la matrice, pendant Je temps de Îa fausse grossesse, faisant tomber dans son fond une rosée continuelle de sang, s’épuise peu à peu elle-même, ce sang ne pouwant être retenu par une boule animée, Enfin, après le temps prescrit par la nature, ce faux germe sort quelquefois aussi gros que le poing, comme l’expérience me l’a montré. Il est cou-
vert d’: ne peau assez dure, qui n’est autre chose que la membrane qui enveloppoit la semence de la fernme lorsqu'elle étuit dans l’une des cornes de la matrice. Si l’on coupe cette boule, on y trouve une humeur jaune et corrompue, souvent semblable à de la bouillie, et cette humeur iest que la semence de la femme, qui avoit de mauvaises qualités, et qui a été ensuite fomentée et entretenue par une semblable matièrè.
2. La seconde espèce de faux germe est d’une autre figure, et s’engendre d’une autre sorte. L'esprit génératif qui réside dans la semence de l’homme, quelque sain et quelque actif qu Al puisse être, est presque étouffé par le mélange des humeurs crues et séreuses qu’fl rencontre quelquefois dans la matrice, dès qu'il y est entré : si bien que, se coulant ensuite dans l’une de ses cornes, il ne peut s’y faire aucune production, s’il y trouve de pareilles liqueurs qui soient rebelles à son impression : d’où vient qu'il | ne faut pas s'étonner s’il ne peut imprimer son caractère sur les matières si irrégulières, et s’il: se fait un faux germe ou une fausse conception: Îl sort «seulement de la semence de Phomme; ainsi mêlée, quelques esprits foibles et languis= sants, qui, pénétrant plusieurs boules etle corps même de la femme, mttent plutôt ses humeurs
(155) 2n mouvement qu’ils r’en entreprennent la géération. ;
Les esprits de la semence de l’homme, ne ouvant donc agiter la semence de la femme, ne laissent pas de pénétrer jusque dans la masse le son sang, qu’ils excitent tant soit peu, et qu'ils font suffisamment fermenter pour faire égoutter dans la cavité des cornes plusieurs souttes de semence, dont plusieurs boules sont ormées. Ces boules, qui n'ont pas tout ce qu'il aut pour la génération, sont successivement hassées dans la cavité de la matrice, après que la vhaleur naturelle a fabriqué une petite peau mince à chacune de ces boules, comme le feu du four produit la croûte du pain.
Quelque temps ne s’est pas plutôt écoulé, ue toutes ces petites boules, se joignant les unes aux autres par de petites fibres, font la rappe du faux germe, ou un corps à peu près emblable à la chair du cou du coq d'Inde. Ces bres charnues sont produites par quelques gouttes de sang qui sort plus ou moins abondamment du fond de la matrice, dans le second ou le troisième mois de la fausse grossesse.
Je ne saurois prouver plus clairement ce que je dis » que par l’histoire de mademoiselle L*##, que je ne veux pas répéter ici, et que J'ai rapportée tout au long au chapitre précédent, ar
ticle 6, figure 7. Ce que dit Vallériofa sur cette matière, de Loison, et de la femme de George, confirme encore ma pensée. La première, après six mois de grossesse apparente, rendit une grosse grappe membraneuse , à laquelle une infinité de petites boules semblables à des œufs de poisson étoient attachées; elles contenoient une humeur qui étoit devenue jaune, trouble et puante par un trop long séjour.
La nature ne peut couffrir long-temps ces fausses générations. Elie s’en défait, quand elle le juge à propos, par des douleurs et des tranchées différentes de celles des véritables accoughements. Car ce faux germe, aussi bien que l'autre, ne séjourne guère plus de quatre mois dans la matrice sans se corrompre et s’il ; de meure jusqu’au cinq, six ou septième mois, qui est le plus long séjour de ces faux germes, l’expérience m’a appris que leurs humeurs ne sont plus claires, ni blanches, mais jaunes, troubles et corrompues , ou puantes. : |
3. La troisième espèce de faux germe est un, faux germe animé. Je le nomme ainsi, parcé qu'il ne représente pas la fgure d’un homme, mais quelque autre animal. Il se forme de cette sorte.
Le semence qui est renfermée dans l’une des cornes de la matrice d’une femme, ne contient
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(157) pas toujours des matières entièrement corrom pues et incapables de recevoir les impressions de la semence de l’homme, comme dans le premier et le second faux germe. Elle me conserve pas aussi des matières pures comme dans la véritable conception ; mais il arrive quelquefois que la liqueur de la boule est mêlée de bonnes et de mauvaises humeurs, comme nous voyons de bon et de mauvais sang sortir d’une veine piquée : si bien que dans cette boule il y a des liqueurs flexibles et fécondes, et d’autres étrangères et incapables de recevoir le caractère que eut leur imprimer la semence de l’homme.
Quelque forte et quelque active que soit cette semence , elle ne peut communiquer sa vertu qu'aux PA disposées à recevoir son impression; de sorte que, si la semence de la femme et les esprits de cette même semence sont en petite quantité, et qu’outre cela ils soient en partie inflexibles, irréguliers et languissants, quelle ARTS y a-t-il qu’ils deviennent fertiles, et qu’ik s’en fasse une vérifable iron
Il ne faut pas imaginer que l’intelligence se mette en peine de fabriquer le corps de ce faux germe. Dieu n’envoie point une âme immatérielle et incorruptible dans le corps de ce qui n’est point homme ; mais toute la fabrique de dl. 3° " sé 4
ce corps doit être attribuée à l’âme qui réside dans la semence de l’homme, qui agit comme.
elle peut, en suivant les orGres que la nature. Jui a prescrites.
Cette âme donc, que l’on peut appeler humaine, se voyant obligée, par la nécessité de son essence, de faire un corps de la matrice qu’elle rencontre, s’acquitte de son devoir, et. travaille incessamment sur cette matière inégale pour en faire quelque génération. Car, comme la nature veille incessemment à la perpétuité des hommes, elle aime beaucoup mieux, faire travailler les agens sur auelque matière que ce soit, qe de les laisser er repos. C’est ce qu'elle fait dans cette occasion. Le défaut de matière ne l'empêche point d'agir; et, bien quelle en manque pour former un enfant entier, et qu’elle ne trouve point de quoi pour faire les bras ni les jambes, elle ne laisse pas pourtant de fabriquer quelque chose qui ressemble en quelque façon aux agens qui l'ont produit.
Quoique la matière sur laquelle Pâme tra-* vaille soit mêlée avec d’aûftre qui n’a nulle dis-4 position à la génération humaine, cependant celle qui a des dispositions convenables sert à, former un tronc animé, qui ressemble à un gros ver ou à un serpent, c’est-a-dire, que ce COrps ma ni bras ni jambes. :
Si dans une autre occasion elle rencontre un peu plus de matière puur former les bras et les cuisses d’un fœtus, alors elle ne fait que les commencer sans pouvoir les perfectionner, faute de matière, et ainsi ses parties imparfaites n'étant pas proportionnées au reste du corps, il se forme un fœtus qui ressemble à un lézard, à un rat sans queue et sans poil, ou enfin à une grenouille.
Si, dans uné troisième occasion, la boule où se forme le fœtus est trop près de Îa matrice, et que là elle soit trop pressée par les membranes trop dures d’une de ses cornes, et que outre cela le fœtus manque de matière pour être formé , alors l’âme ne peut faire qu’ux animal qui manquera de quelques parties, et aura les autres en même temps diflormes. C’est ce que l'expérience now$ fait connoître lorsqu’elle nous fait voir des femmes qui accouchent de quelque enfant qui a la figure d’un pourceau, d’un aigle, où de quelque autre animal semblable.
La boule où ce faux germe animé est formé est chassée, avec le temps, dans la cavité de la matrice, comme le sont les véritables enfants; et là, cet animal recevant des cornes et du fond de la matrice des humeurs pour se nourrir et se perfectionner, croît de jour en jour jusqu'a ce
que la nature, en étant irritée, s’en défasse avee peine, souvent avant neuf mois, et quelquefois aussi dans le terme ordinaire de la naissance des véritables enfants, ainsi que Houllie nous Vapprend, par l'histoire d’une femme qui accoucha de quelques enfants semblables à des grenouilles.
Quoique l’âme de la semence de l’homme, ou, si l’on veut, les esprits de cette même semence, soient affoiblis par le mélange d’une matière irrégulière, avec laquelle ils se sont méêlés dans [a matrice un moment avant la conception même; cependant ils ont encore Îa vertu de pénétrer le corps de la femme, et de faire leur impression sur toutes ses humeurs qu'ils mettent en mouvement, et qu'ils font ensuite cailler pour faire l’arrière-faix de ce faux germe animé. Car le sang des règles, coulant du fond de la matrice, achève de nourrir cet animal, comme il fait du véritable enfant. Mais parce que le sang de la femme, aussi bien que la semence, a des parties hétérogènes, et en est d’une substance toute différente les unes des autres il ne faut pas s'étonner si l’arrièrefaix, aussi bien que le faux germe, a des parties si difformes , et si peu semblables à celles d’un arrière-faix d’un véritable fœtus.
Il y en a qui ne peuvent croire que ces deux
: (161) germes aient des causes naturel lles ainsi, que nous venons de l'expliquer. Ils pensent que les
astres, par leurs diverses rencontres, sont la cause de la génération de ces animaux; mais, comme nous l'avons dit ailleurs, les astres sont trop éloignés de nous pour en être des causes prochaines. Ils ne font seulement que concourir, en qualité de cause commune, dans toutes les opérations véritables ou dépravées de la nature.
Rondelet a une plaisante pensée sur la génération de ces faux germes aimés. l croit que, si les femmes engendrent des fœtus qui ressemblent à des lézards, à des hérissons ou à d’autres pareils animaux, on doit les interroger, pour savoir si elles n’ont point mangé d’herbes ou bu d’eau qui conservât la semence de ces animaux. Car il se persuade que les vers, les grenouilles, ou les autres petits animaux qui s’engendrent quelquefois dans les boyaux des hommes, ne peuvent venir que des semences qu’ils ont avalées, et que la chaleur naturelle a fait éclore dans leur corps : ainsi, que la semence de ces animaux, étant distribuée parmi le sang d’une femme, peut être envoyée à la matrice, et y produire une espèce d’animal semblable à ceile dont elle procède.
Mais le sentiment de Gordon nt de quelques
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