ARTICLE III
De la Semence de la femme.
Si Aristote et ses sectateurs ne s’étoient pas acquis pendant plusieurs siècles nne grande réputation, je me persuade qu’il me seroit aisé ‘Présentement de prouver que les femmes ont de la semence qui contribue en partic à la génération; car il n'y auroit qu’à examiner sans préoccupation l’action et l'usage des parties que je viens de décrire, pour être convaincu que le sentiment où je suis est le plus vraisemblable; mais, avant que de l’établir dans toute sa force, voyons en peu de mots si les raisons des adversaires ont quelque solidité.
1. Si les femmes, disent-ils, avoient de la semence, elles n'auroient point de règles, puisque Pune et l’autre matière peut suffire à former un enfant; inais parce que nous sommes assurés, ajoutent-ils, qu’elles ont des règles, et qu’elles n’engendrent jamais sans en avoir, on
doit conclure qu’elles n’ont point de semence.
2. D'ailleurs, si les femmes avoient de la semence, il s’ensuivroit qu’elles auroient un principe d'action par lequel un enfant pourroit se former dans leurs entrailles sans la participation d’un homme, leur semence agissant sur les règles; maïs parce que nous n'avons poini d'exemple de cela, on doit aussi avouer qu’elles n’ont point de semence.
3. Au reste, il n’y auroit jamais de concepion sans volupté, si les femmes avoient de la semence ; mais parce que, disent-ils, nous jommes certains par l’aveu même des ferimes, qu’elles sont quelquefois devenues grosses sans avoir été touchées du moindre contentement, nous devons croire qu’ell:s n’ont point de semence ; Car, si elles en avoient, elles seroïent alors, sans doute, averties de son écoulement par quelques petites voluptés.
4. Ils disent encore, que si les femmes ont le la semence, au moins n'est-elle pas féconde, t ne peut servir en aucune manière à la généation, que “e n’est qu’une humidité superflue, pour arroser leurs parties naturelles, et pour es irriter quand il faut se joindre amoureusement ; et que, comme les eunuques ont une espéce de semence qui n'a aucune vertu, les fem-
(58) mes ont aussi une matière qui n’a point de force à former nn enfant.
5. Les femmes sont somblables aux enfants et aux eunuques dans la voix, dans le poils.
dans Phabitude du corps et dans la passion ds Vâme : elles n’ont donc pas plus de semence qu'eux:
Mais, 1. l'expérience nous fait voir qu’il en est tout autrement, et la raicor n’y est pas con traire ; car la semence des femmes est bien différente de leurs règles : l'une est blanche, et les autres sont ronges. Celle-lè sort en petite quantité, et ne s'écoule pcirt ordinairement sans quelque plaisir ; et celles-ci s’'éparckent le plus souvent eu abondance; et bien lon de les rendre joyeuses, elles en deviennent tristes et abattues. Après tout, la forte imagination peut souvent contribuer à l'écoulement ds la semence; mais, quelque vive que soit cette fa-: eulté de l’Âme, elle ne saurait avancer ni ratarder les règles d’un seul jour ; et ainsiles femmes ont de la semence et des règles tout ensemble; puisqu'elles ont diverses passions qui en sont! | des marques évidentes; la première matière sers: vant à engendrer, et la seconde à nourrir eñl partie Les enfants qu’elles font. sde
5. Le raisonnement de es philosophes su La formation de l’homme sst si (loigné de la vé
ité, que je ne m'étonne pas si leurs raisons sont si foibles. Ils se persuadent que le sang des rècles sert d’abord à nous former, et Pexpérience nous fait voir tout le contraire; savoir, que nous sommes plusieurs mois dans le sein de nos mères sans en avoir besoin, Sur ce faux principe, ils établissent des raisennements qui se Jétruisent d'eux-mêmes; c£r la semence ne pouvant rien faire elle seule, et n'étant qu’une cause partielle, il est impossible qu’elle soit la cause totale et active de la génération.
3. J'avoue que le plasir n accompagne pas toujours la conc2ption, et je ne saurois croire que ce soit le s2ul écoulement de ia semence des femmes qui leur cause des ‘ntentements.
Le chatouillerent qu’elles ressentent des parties de l’homme , et de la forte imagination qu'elles ont dans le combat amoureux, en sont la principale cause : si bien que je ne m’étonne pas s’il y en a eu quelques-unes qui, n'ayant pas la liberté de l'imagination et du chatouillement, ont engendré sans plaisir.
4. Après tout, si les femmes n’ont pas de semence propre à engendrer, comment les enfants ressemblent-ils si parfaitement à leur mère dans les qualités du corps, dans les passions de lâme et dans les maladies auxquelles elles sont sujettes ? Et que dira-t-on du mélange de diffé-
€ 60 ) ke 1 rentes bêtes, comme d’un cheval et d’une Ânesse : qui fontun mulet, si la femelle, par sa semence, ne contribue en rien à la génération ?
Mais pour prouver encore davantage ce que nous venons de dire, on m’avouera que la nature ne fait rien en vain, et qu'il ne falloit pas un si grand apparcil de vaisséaux spermatiques, de testicules, de cornes, etc., si toutes ces parties n’étoient faites que pour humecter la matrice. Elles ont assurément un autre office que celui que les péripatéticiens leur donnent; elles servent à faire de‘la semence pour former les hommes ; et quoique la semence des femmes ne soit pas si cuite que celle des hommes, elle ne laisse pourtant pas d’être de Îa semence, comme du sang est du sang, bien qu’il soit moins digéré que le nôtre.
On sait à quelles maladies quelques femmes | sont sujettes quand elles demeurent vierges ou veuves, ou quand elles ne sont pas assez caressées de leurs maris; et l’on sait aussi quel remède est le plus prompt et le plus efficace pour les guérir. Si la semence qui est retenue dans les cornes de la matrice est employée à former un enfant , toutes les fâcheuses incommodités dont elles étoient auparavant tourmentées, cessent dans un moment, et la cause maternelle de leurs maux servant à d’autres meilleurs usagess
(613 elles jouissent ensuite d’une parfaite santé,
Mais encore, si j’osois faire comparaison entre les oiseaux femelles et les femmes, je pourrois dire que, puisqu'ils ont de la semence qui contribue à former leurs petits, les femmes en ont aussi qui sert à la génération; car quel usage auroient les testicules des femmes qui la fabriquent? Et l’expérience ne nous fait-elle pas connoître que les hêtes femelles châtrées ne souffrent pas l’approche de leurs mâles? Nous remarquons deux sortes de substance dans un œuf de poule : le poulet se forme du blanc, qui est la semence de la poule, et s’en nourrit dans les premiers jours de sa formation, et dans les derniers il se nourrit du jaune, qui vient du plus pur sang de la poule; si bien que le blanc de l'œuf ayant durapport à la semence de la femme, on peut dire que la génération se fait dans la femme comme dans les œufs, et qu’elle contribue à la formation d’un enfant en donnant de la semence de son côté, aussi bien que les femelles des oiseaux. Que dira-t-on des poules châtrées, 1 qui on a arraché l'ovaire, comme leréceptacle de leur semence, pour les rendre stériles ) grosses et tendres ?
Enfin, s’il m'est permis de me servir de ‘Écriture sainte dans cette occasion, je pourrai conclure que la femme a de la semence qui
contribue à la génération, puisque Dieu, menaçant les hommes, leur dit, par la bouche de Moise, qu'il meitrauné haine irréconciliable entre la semence de la femme el la semence du serpent, €M parlant de la postérité de lun et de l'autre.