‹ Tableau de l'amour conjugal (volume 4)Chapitre 14 sur 25 · ARTICLE VII · texte numérisé non relu

ARTICLE VII

Du faux Germe et du Fardeau.

JLja Nature ) dans ses ouvrages, se propose toujours une fin t elle n^entreprend jamais de génération qu^ellen^ait un principe certain et oéterminé. Si elle manque quelquefois à faire ce qu^elle s^est proposé, il faut plutôt en accuser les causes qui concourent avec elle, que de publier qu'elle S'^est trompée» Si quelquefois elle ne fait point dans les femmes de véritable conception , on ne doit en attribuer la faute qu'à la matière sur laquelle elle tra^ vaille , qui n'est point disposée à faire des gé» nérations humaines. Tant de conditions sont nécessaires pour faire un enfant , que s'il en manque quelqu'une, il n'en faut attendre qu'un faux germe ou un fardeau , ou tous les deux ensemble. Et pour parler en particulier sur cette matière, qui me paroitfort difficile, on meperméttra seulementde l'ébaucher sans

( i34 ) rezaminer à fond, et n^ayant lu aucun auteur^ si Pon en excepte Vallériola , qui en dit quelque chose, qui m^ait indiqué comment se font les irrégularités de la génération.

Je ne parle point ici des monstres, qui sont des choses extraotdinaires dans la JNature^ et qui ne viennent point de la conception ni des semences des sexes humains ; mais je parle des erreurs de la conception , qui sont faites par le défaut et les maladies de la se^ xnence , ou par Pabondance et la mauvaise qualité du sang des règles : car la véritable, aussi bien que la fausse conception , se fait par le mélange de la semence de Phomme etde la femme, ainsi que nous Pavons prouvé ailleurs , et que nous le ferons encore voir dans la suite de ce discours.

La femme n^a pas la puissance de se polluer comme Phomme , ni de se décharger de la semence superflue : elle la garde quelquefois fort long- temps dans ses testicules ou dans les cornes de sa matrice , où elle se corrompt et devient jaune, trouble, ou puante, de blanche et de claire qu^elle étoit auparavant : au lieu que Phomme se polluant souvent^ même pendant le sommeil^ la semence est toujours nouvelle, et ne demeure jamais dans ses conduits pour Vy corrompre , à moins quHl ne soit incommode. Alors sa maladie la rend souvent inféconde ; et si elle «st en ce temps-là communiquée à une femme saine et fertile , ou elle ne cause point de génération, ou, si elle en cause , elle en fait un enfant malade et valétudinaire.

i . Tous les vices et irrégularités de la conception viennent donc plutôt du câté de la femme q^e de Phomme. Si par hasard la semence de Phomme rencontre^ la semence corrompue de la femme y il ne faut pas a) ors en espérer de véritable conception. La semence dé Phomme a beau avoir toutes les qualités nécessaires pour engendrer | elle ne peut néanmoins produire un enfant^ si elle trouve des humeurs qui la rendent incapable de faire son action naturelle ^ si dans la ma* trice elle se mêle avec une sérosité corrompue et violente qui détruit sou âme ^ aue Gallien appelle esprit généra tif y et si * ennn ^ entrant dans Pune de ses cornes et se communiquant, à la semence de la femme y elle la rencontre trouble et incapable de recevoir ses impressions. Car quelle apparence y a-t-il que la semence de la femme soit émue par les esprits actifs de celle de Phomme et quMle en soit comme caillée y pour me servir de l'expression de PEcriture y si elle-même manque d^espritS) et si elle a perdu par sa corruption ce quMle avoit de meilleur et de plus actif?

Cependant la Nature, qui n^est jamais dans l'oisiveté y ne laisse pas d'agir incessamment^ et 9 par le moyeu des esprits de la semence de l'homme y d'agiter y en quelque façon y la semence corrompue de la femme , qui, n^ayant nulle disposition à former les parties' d'un enfant y s'enfle seulement y se multiplie y et se fermente en quelque façon.

Après quelques semaines y la boule .ainsi enflée; est jetée ^ par le mouvement de la

trompe , dans la carité de la matrice^ où elle s'enfle encore davantage ; elle est là entretenue et fomentée par - des hucpeurs sé« reuses qui pénètrent les pores de la membrane, et qui lui communiquent de quoi la faire croître.

Deux mois et demi j trois ou quatre mois' au plus, ne sont pas plutôt écoulés , que la Kature , voyant qu'elle travaille en vain sur une matière qui n'est point propre pour être animée, se défait enun de ce faux germe par des efforts et des douleurs insupportables, et par des accidents irréguliers. Car la femme qui le porte se sent plus grosse et plus incommodée que si elle avoit conçu un enfant} et la matrice , pendant le temps de la fausse grossesse, faisfint tomber dans son fond une rosée continuelle de sang, s'épuise peu à peu elle - même , ce sang ne pouvant être retenu par une boule animée. Enfin , après le temps prescrit par la Nature , ce faux germe sort quelquefois aussi gros que la poing, comme l'expérience me l'a montré.

Il est couvert d'une peau assez dure, qui n'est autre chose que la membrane qui enveloppoit la semence de la femme lorsqu'elle étoit dans l'une des cornes de la matrice. Si l'on coupe cette boule , on y trouve une hu« meur jaune et corrompue , souvent semblable à de la bouillie , et cette humeur n'est que la semence de la femme , qui avoit de mauvaises * qualités, et qui a été ensuite fomentée et entretenue par une semblable matière.

a. La seconde espèce de faux germe est

d^ane autre figure ^ et s'engendre d^une autre sorte. L'esprit génératîf qui réside dans la semence de rhomme, quelque sain et quelque actif qu'il puisse étre^ est presque étouffe par le mélange des humeurs crues et séreuses qu'il rencontre quelquefois dans la matrice j dés qu'il y est entré : si bien que se coulant ensuite dans l'une de ses cornes^ il ne peut s'y faire aucune production ^ s'il y trouve de pareilles liqueurs qui soient rebelles à sou impression : d'où vient qu'il ne faut pas s'étonner s'il ne peut imprimer son caractère sur les matières si irrégulières ^ et s'il se fait un faux germe ou une fauSvSe conception. Il sort seulement de la semence de T homme ainsi mêlée quelques esprits foibles et languissants, qui, pénétrant plusieurs bpnles et le corps même de la femme , mettent plutôt ses humeurs eu mouvement qu'ils n'en entreprennent de génération.

Les esprits de la semence de Phomme ne pouvant donc agiter la semence de la femme, ne laissent pas de pénétrer jusque dans la masse de son sang, qu'ils excitent tant soit peu, et qu'ils font suffisamment fermenier pour faire dégoutter dans la cavité des cornes plusieurs gouttes de semence, dont plusieurs boules sont formées. Ces boules , qui n'ont pas tout ce qu'il faut pour la génération , sont )5uccessivement chassées dans la cavité de la matrice, après que la chaleur naturelle a fabriqué- uile petite peau mince à chacune de ces boulesj^ commie le feu du four produit la croûte du pain.

Qaelgue temps ne s^est pas plutôt écoulé , que toutes ces petites boules se joignant les unes aux autres par de petites fibres y font la grappe du faux germe j ou un corps à pea près semblable à la chair du cou du coq d'Inde. Ces fibres charnues sont produites par quelques gouttes de sang qui sort plus ou moins abondamment du fond de la matrice^ dans le second ou le troisième mois de la fausse grossesse.

Je ne saurois prouver plus clairement ce que je dis y que par l'histoire de mademoiselle L***, que je ne veux pas répéter ici y et que j'ai rapportée tout au long au chapitre précédent y article 6 y figure y* Ce que dit Yallériola sur cette matière y de Loison y et de la femme de George ^ confirme encore ma pensée. La première ^ après six mois de grossesse apparente 9 rendit une grosse grappe membraneuse y à laquelle une infinité de petites boules semblables à des œufs de poisson étoient attachées ; elles contenoient une humeur qui étoit devenue jaune y trouble et puante par un trop long séjour.

La Nature ne peut souffrir long-temps ces fausses générations. Elle s'en défait ^ quand elle le juge à propos y par des douleurs et des tranchées différentes de celles des véritables accouchements. Car ce faux germe ^ aussi bien que l'autre y ne séjourne guère plus de quatre mois dans la matrice sans se corrompre 3 et s'il y demeure jusqu'au cinq^ six ou septième mois^ qui est le plus long séjour de ces faux germes^ l'expérience m'a appris que leurs

( i39 ) humeurs ne sont plus claires y ni blanches , mais jaunes^ troubles et corrompues y ou puantes.

3. La troisième espèce de faux germe est un faux germe animé. Je le nomme ainsi , parce quHl ne Représente pas la figure d'un nomme 9 mais quelque autre animal. Il se forme de cette sorte.

La semence qui est renfermée dans Tune des cornes de la matrice d'une femme j ne contient pas toujours des matières entière* ment corrompues et incapables de recevoir les impressions de la semence de Tbomme y comme dans ,1e premier et le second faux germe. Elle ne conserve pas aussi des matières pures comme dans la véritable conception ; mais il arrive quelquefois que la liqueur de la boule est mêlée de bonnes et de mauvaises humeurs y comme nous voyons de bon et de mauvais sang sortir d'une veine piquée: sibienquedanscette boule il y a des liqueurs flexibles et fécondes y et d'autres étrangères et incapables de recevoir le caractère que peut leur imprimer la semence de l'homme.

Quelque forte et quelque active que soit cette semence^ elle ne peut communiquer sa vertu qu'aux matières disposées à recevoir son impression ; de sorte qu» si la semence de la femme et les esprits de cette même semence sont, en petite quantité, et qu'outre cela ils soient en partie inflexibles y irréguliers et languissants y quelle apparence y at-il qu'ils deviennent fertiles , et qu'il s'en fasse une véritable concej^tion ?

n ne faut pas imaginer que rintelligencê se mette en peine de fabriquer le corps de ce faux germe. Dieu u^envoie point une âme immatérielle et incorruptible dans le corps de ce qui n^est point homme ; mais toute la fabrique de ce corps doit être attribuée à Pâme qui réside dans la semence de Thommey qui agit comme elle peut, en suivant les ordres, que la Nature lui a présents*

Cette âme donc y que Ton peut appeler humaine j se voyant obligée , par la nécessité de son essence j de faire un corps de la matière qu'elle rencontre , s'acquitte de son devoir 9 et travaille incessamment, sur cette matière inégale pour en faire quelque génération. Car, comme la Nature veille incessamment à la perpétuité des hommes j elle aime beaucoup mieux faire travailler les agens sur quelque matière que ce soit j que de les laisser en repos. Cest ce qu'elle fait dans cette occasion. Le défaut de matière ne rempêchd point d'agir ; «t bien qu'elle en manque pour former un enfant entier, et qu'elle ne trouve point de quoi pour faire les bras ni les jambes , elle ne laisse pas pourtant de fabriquer quelque chose qui ressemble en quelque façon aux agens qui l'ont produit.

Quoique la matière sur laquelle l'âme travaille soit mêlée avec d'autre qui n'a nulle disposition à la généi^ation humaine , cependant celle qui a des dispositions convenables $ert à former un tronc animé , qui ressemble à un gros ver ou à un serpent , c'est-à-dire que ce corps n'a ni bras ni jambes*

Si datiâ' une autre occasion elle rencontre

un peu plus dé' matière pour former les bras et les cuisses d^un fœtus j alors elle ne fait que les commencer sans pouvoir les perfectionner 9 faute de matière , et ainsi ses parties imparfaites n'étant pas proportionnées au reste du corps , il se forme un foetus qui ressemble à un lézard ^ à un rat sans queue et sans poit ^ ou enfin à une grenouille.

Si> dans une troisième occasion , la boule où se forme le fœtus est trop près' de la matrice j et que là elle soit trop pressée par les membranes trop dures d'une de ses cornes ^ et que outre cela le fœtus manque de matière pour être formé, alors Pâme ne peut faire qu'un animal qui manquera de quelques parties, et aura les autres en même temps difformes. C'est ce que l'expérience nous fait connoître lorsqu'elle nous fait voir des femmes qui accouchent de quelque enfant qui a la figure d'un pourceau, d'un aigle, ou de quelque autre animal semblable.

La boule où ce faux germe animé est formé estchassée , avec le temps , dans la cavité de la matrice, comme le sont les véritables enfants, et là , cet animal recevant des cornes et du fond de la matrice des humeurs pour se nourrir et se perfectionner , croit de jour en jour jusqu'à ce que la Nature en étant irritée, s'en défasse avec peine , souvent avant neuf mois , et quelquefois aussi dans le terme ordinaire de la naissance des véritables en-^. fants, ainsi que HoùUie nous l'itpprend , par l'histoire d'une femme qui accoucha de quel-

^ 14a ) ques enfants semblables à des grenouilles.

Quoique Pâme de la semence de Phommey ou^ si Pon veuly les esprits de cette même se* jnence soient afifoiblis par le mélange d^une matière irrégulière , avec laquelle ils se sont mêlés dans Ta matrice un moment avant la conception même ; cependant ils ont encore la vertu de pénétrer le corps de la femme , et de faire leur impression sur toutes ses bu* meurs quHls mettent en mou vement, et qu'ils font ensuite cailler pour faire Parrière-ftiix de ce faux germe animé. Car le sang des rè-

Sles coulant du^fond de la matrice , achève e nourrir cet animal ^ comme il fait du véritable enfant. Mais parce que le sang de la femmje ^ aussi bien que la semence , a des parties hétérogènes^ et en estd^une substance toute différente les unes des autres , il ne faut as s^étonner si Parrière-faix^ aussi bien que e faux germe , a des parties si difformes y et si peu semblables à celles d^un arrière-faix d^un véritable fœtus.

Il y en a qui ne peuvent croire que ces deux germes aient des causes naturelles y ainsi que nous venons de Pexpliquer. Ils pen« sent que les astres ^ par leurs diverses rencontres j sont la cause de la génération de ces animaux ; mais ^ comme nous Pavons dit ailleurs^ les astres sont trop éloignés de nous pour en être des- causes prochaines*. Ils ne font seulement que concourir y en qualité de cause commune, dans toutes les opérations véritables ou dépravées de la Kature.

Rondelet a une plaisante pensée sur la gé«

nération Ae ces faux germes animés. Il croit que si les femmes engendrent des fœtus qui ressemblent à des lézards y à des.hérissons ou à d^autres pareils animaux y on doit les interroger, pour sayoir si elles n^ont point mangé dUierbes ou bu d^eau qui conservât la semence de ces animaux. Car il se persuade que les yers^ les grenouilles, ou les autres petits animaux qui sVngendrent quelquefois dans les boyaux des hommes , ne peuvent venir que des' semences quHls ont avalées , et que la chaleur naturelle a fait éclore dans leur corps : ainsi , que la semence de ces animaux ^tant distribuée parmi le sang d^une femme ^ peut être envoyée à la matrice , et y produire jine espèce d^animal semblable à celle dont elle procède.

Mais le sentiment de Gordon et de quelques autres médecins sur cette matière est^ ce me semble y bien plus probable que celui* là. Ils disent que la mauvaise jiouniture des femmes fait de mauvaise semence , et qu^elle est la cause de tous les désordres qui arrivent dans la conception. C^est pour cela, ajoutent-ils, que l'on appelle /r^re* des Lombards ou dles Salernitaîns , les faux germes animés que les femmes italiennes engendsent quelquefois avec de véritables enfants , parce qu^elles se nourrissent fort mal. Ainsi , les fausses conceptions se font par un mélange irrégulier , et par une proportion inégale des semences des deux sexes y comme six goutte)^ d'esprit mêlées avec trois gouttes d'eau-forte font malfermentei* la matière ; mais il en faut

six pourtienla faire agiter : j'^en dis de même delà véritable conception ; il faut une véri* table et une égale portion de semence saine des deux sexes pour la bien faire.

L^expérience confirme cette opinion ; car > dans tous les lieux de l'Europe , principalement dans les méridionaux ^ où la plupart des femmes ne se nourrissent que dUierbes y de légumes ou de fruits y qui font de mauvais sang et de mauvaise semence , il arrive de pareils désordres dans .la génération. L'Italie et PEspagne nous fournissent assez d'exemples sur ce sujet; que nous rapporterions ici, si nous ne craignions d'ennuyer le lecteur y qui pourra les lire dans les auteurs qui les Ont écrits.

rt est si vrai que la génération des faux germer se fait de la manière que je l'ai dite , que, si l'on corrige l'intempérie des entrailles desfemmeâ^ si l'oi^ purifie leur sang y si l'on évacue ces mauvaises humeurs qui font de mauvaise semence^ on verra bientôt après arriver de véritables conceptions y ainsi que l'expérience nous le montre.

Après avoir prouvé que les faux germes se forment par les vices et les défauts de la semence y il faut expliquer à cette heure comment les fardeaux s'engendrent par l'abondance de la mauvaise qualité du sang des règles.

Il y a deux sortes de fardeaux, qui n'ont de cordon ni l'un ni l'autre, comme en a le véritable fœtus : l'un paroît avoir quelque principe de vie , et l'autre est tout à fait inanimé}

( i45 ) celtiî-là ne tient pas seulement delà semence de Phomme et de la femme raêlëe^ ensemble, mais encore de beaucoup de sang des règles :

et c^est la raison pourquoi les bêtes n\n engendrent point , n^ayant pas tant de sang de règles que les femmes ; et celui-ci ne procède que de la semence de Phomme et du sang des règles, ainsi que nous le ferons voir dans la suite de ce discpurs.

Le fardeau animé est une masse de chair couverte de peau , sans figure humaine, qui a des artères et des veines avec quelque mouvement obscur. Il se forme de cette sorte. Le saâg des règles ne sort tous les mois du corps des femmes que par la fermentation que leur semence a excitée dans toute la masse de leur sang, ainsi que nous Pavons prouvé ailleurs:

si bien que ce sang a toujours plus ou moins de semence dans sa masse , et par conséquent est plus ou moins susceptible des impressions que peut lui faire la semence de Phomme.

Car cette semence fait cailler le sang de la femme , au lieu que la semence de la femme ne le met qu'en mouvement. C'est à la semence de Phomme que Pon doit attribuer la formation du fœtus de Parrlère-faix , et c'est aussi à cette même semence que Pon doit attribuer la vertu de faire les deux espèces de fardeaux j savoir., l'animé et l'inanimé , que nous avons tous deux souvent observés dans les hôpitaux du pays du midi , où lés femmes grosses sont reçues.

La semence de Phomme étant donc jetée dans la matrice, y trouve quelquefois tant

d^humeurs qui embarrassent les partiesactives 4e sa substance^ qu^ellenepeut pénétrerdans les cornes de la matrice pour y former un eu* fant. Elle demeure dans lacavité^ comme engluée par Tabondance du sang des règles qui Tempêche de faire son action. LMme de cette semence j qui veut incessamment agir lorsqu'elle trouve la matrice tant soit peu dispo* sée k recevoir son caractère^ ne peut demeurer sans rien comprendre. Elle agît donc sur la semence de la leuDune j qui depuis peu est sortie en abondance des cornes de la matrice^ et qui s^y trouve mêlée parmi beaucoup de sang des règles. Elles en forment quelque chose d'animé, mais quelque chose d'informe.

Elle y fait de la chair qui croit peu à peu ] elle y forme des artères y des veines j des ligaments y une peau y et donne à tout ce composé un mouvement tremblant et un sentiment obscur j comme la Nature en donne de semblables aux éponges. C'est de cette sorte de fardeau qu'étoit celui qu'observa Mathieu de Grados , qui , après, être né y ne vécut que quelques moments.

4* Mais si la semence de l'homme se mêle dans la matrice avec beaucoup de sang des règles , parmi lequel il y ait fort peu de se* mcnce de femme y alors il ne se fait nulle conception : le sang des règles étouffe près* que l'âme et tous les esprits de la semence de l'homme; et s'il en rehte quelques- uns> ils ne servent qu'à faire cailler et à former quelques veines parmi une chair sans figures ; ou s'il se fait quelque sorte de conception y

.(^47) ee qui est animé ne vit pas long-temps : si bien que Pun et l'autre fardeau , c'est-à-dire^ celui qui a été peu de temps animé, et celui qui n^a jamais eu de principe dé vie , demeu* rant Pun et T^utre fort long-temps dans la matrice j ils y croissent comme des potirons Qu des trufifes ^ et Pon en a vu y demeurer quelques années ou toute la vie même, comme la femme d'un potier d'étain de Paris j qui porta un fardeau diz-septans y et qui mourut en£n j selon la remarque d'Ambroise Paré.

Tous ces faux germes et ces fardeaux se forment quelquefois tout seuls , comme nous venons de le dire, quelquefois avant le véritable enfant , et quelquefois aussi après, c'est-àdire , par superfétation.

Il n'est pas plus difficile de croire que la véritable conception se fasse après la généra* tion d^un faux germe ou d'un fardeau , que de croire que la superfétation soit possible , de laquelle l'on ne doute plus présentement, que de croire aussi que le véritable fœtus se puisse former dans les entrailles d'une femme, après qu'elle a introduit dans la cavité de sa matrice un pessaire pour la tenir assujettie, comme l'expérience me Pa fait voir , et que quelques autres histoires nous l'assurent.

Car, soit que le faux germe se forme dans l'une' des cornes de la matrice^ soit que le fardeau occupe son fond, cela n'empêche

Î pourtant pas que le véritable fœtus ou que a semence de l'homme ne s'empare de la corne vide.

La superfétation d'un faux germe ou d^uu

farcleau arrive quelquefois lorsqu'un enfant est formé dans une des cornes de la matrice, et qu^il ne descend pas sitôt dans sa cavité* Si , pendant ce temps-là , une femme amou« reuse est caressée , alors elle peut concevoir une seconde fois , par la vertu de la semence de Pbomme qu'elle reçoit dans lès premières semaines de sa grossesse , et ainsi donner lieu à une seconde génération et à la formation d'un faux germe ou d'un fardeau ^ selon que la matière sera disposée pour les former.

La semence de l'homme entre donc dans la même corne où la véritable conception se fait 9 pour y produire un faux germe animé, et y trouvant la semence de la femme vers l'extrémité de la trompe qui touche la matrice , elle imprime ses caractères féconds sur une partie des humeurs qu'elle renferme, et qui sont propres à les recevoir. Mais comme la corne de la matrice, où est le premier fœtus qui a toiites ses parties accomplies , en est irritée après quelques semaines^ elle les jette dehors l'un et l'autre ; le dernier conçu ne faisant que de recevoir ses premiers linéaments.

Le véritable et le faux fœtus tombent donc dans la cavité de la matrice, et là s'efforcent d'un côté et d'autre d'attirer des humeurs pour se nourrir ; mais comme le premier formé est le plus fort , il s'empare aussi de ce qu'il y a de meilleur dans les parties natu- Telles de la femme 5 au lieu que l'autre étant languissant, et par la première conforma'* tion , et par la privation de l'aliment qui lui

est convenable, il démente imparfait et prenJ la figure qui répond aux animaux dont nous avons parlé cr-dessuç.

Quelquefois y au contraire y le faux fœtus suce ce qu^il trouve de meilleur, et ne laisse au véritable que le superflu et les ordures ; d^où vient que ce fœtus ne pouvant vivre de ce mauvais aliment, il languit et il meurt enfin avant que de naître. C'est de* là qu^est ^enue la fable que l'enfant naissant étoit mordu par le faux germe anime ^ et que par ses morsures il Tempoisonnoit de son venin.

On peut ici former une question, savoir si ' une femme peut engendrer un faux germe ou un fardeau , sans avoir été caressée par un homme*

Ceux qui sont d'avis que les vierges , aussi bien que les femmes , sont sujettes aux dé« • sordres de la conception, comme Jules Scaliger et Levinus Lemnius le soutiennent ^ lorsqu'ils disent que Gallien a justement comparé les œufs de poules aux fardeaux des femmes , et que ces animaux faisant des œufs sans mâle, une femipe pouvoit aussi faire un fardeau sans la communication d'un homme; que la forte imagination d'une fille amoureuse pouvoit fjaire une impression suffisante sur des matières renfermées dans ses parties naturelles, et que dé-là il pouvoit se former aussi bien un fardeau que des taches sur lé corps d^nn enfant : et qu'enfin on avoit des exemples de personnes d'une vie exemplaire ^ qui avoient engendré des fardeaux sans avoir ^té caressées par des hojnmes.

( iSo ) Mais ce sentiment^ qui paroît favorable aux femmes qui ont prostitué leur pudicité y ne sauroit forcer l'esprit de ceux qui ont examiné .*de bien près les actions de la Nature sur le fait de la génération* 6ar il est aisé de savoir par expérience que de toutes les religieuses et de toutes les filles qui sont au monde 9 il n'y en a pas une qui ait en-

Îendré un fardeau, et nous n'avons point 'histoire qui nous le fasse remarquer ; et si nous en avons quelques-unes j elles nous sont fort suspectes y et nous les croyons supposées ; car outre plusieurs raisons ^ les filles n'ont pas les vaisseaux de la matrice assez ouverts pour qu'ils puissent donner assez de sang pour en former un. Il n'y a que les femmes sanguines et amoureuses qui soient caj)ables de ces sortes de générations , quand elles s'allient à contre- temps avec un homme* La forte imagination d'une femme y non plus que l'ardeur excessive de l'amour , ne sont point capables de faire quelque sorte de génération y comme Levinus nous le veut faire accroire. Car quelle apparence que l'action de l'âme qui est immatérielle j puisse former des taches, sur le corps des enfants y et , qui plus est , un corps dans les flancs d'une femme ? C^est ce que nous avons examiné ailleurs, en parlant Aes taches des enfants , et ce que nous examinerons encore au chapitre 7 de ce livre*

Au reste, on ne pourroit attribuer la cause efficiente de cette espèce de génération qu'à la semence de la femme y qui se œéle parmi

le sang de ses règles pour eu faire tin fardeau. Mais comment se pourroit*il faire que cette semence qui y originairement , est du sang féminin y pût avoir des parties si difiérentes entre elles pour faire cailler le sang dont elle procède , et de plus pour y former une peau^ des artères et des veines ? Il n*y a que la semence de Phomme, qui est d^une toute autre matière y qui puisse causer ces effets, et c^est à celle-là aussi que Ton doit attribuer la faute et la véritable génération humaine* Une chose ne peut agir sur soi-même; il fau) qu^elle ait des parties de différentes subs« tances pour mettre un corps en mouvement^ et pour en former quelque chose. Il est vrai que la semence de la femme peut faire mouvoir son sang comme fait la bile j lorsquMle y, est mêlée; mais il n^en peut rien former.

De plus 5 personne n'a dit jusquUci que le faux germe s^engendroit sans là participation d'un homme-; et cependant il est aussi biea une erreur de la conception que le fardeau^ qui n'est que la chair de Parrière«faix mal faite.

Disons encore que si le fardeau pouvoit se former sans la semence de Phomme , nous ne verrions pas si souvei^t des enfants conçus et liés avec des fardeaux ; et Alexandre Benoît ^e nous feroit pas observer un enfant de quatre ou cinq mois étouffé au milieu d'un fardeau dont il tiroit son aliment comme de la chair de l'arrière-faix ; et Kerkringe né nous en montreroit pas un autre ) comme nous Pavons remarqué ci-dessud»

Ajoutons à cela 9 que si le sang des règles s^est caillé quelquefois j et qu^en sortant il ait donné des marques d^un fardeau y comme le témoigne Marcellus y ont doit croire que ce n^étoit que du sang , qui se caille aisément lorsqu^il est pur et quUl est hors de ses vaisseaux. Si on le met dans Peau y il se dissout incontinent 9 et on voit par-là que ce n?e6t que du sang en grumeau^ et non une fausse conception.

On peut encore dire que Téquivoque du mot fardeau a été la seule cause que plusieurs médecins ont cru que le fardeau pouvoit être engendré sans la participation d^un homme* Ils étoient fondés sur les écrits de quelques anciens médecins^ qui ont pris le fardeau pour une humeur de la matrice : mais 4a génération de ce fardeau ne dépend point du commerce d'un homme avec une femme : il n^en est pas de même de celui dont nous parlons , qui ne peut être engendré sans que rhpmme y ait contribué de sa part.

Enfin les œufs de poule n^ont nulle proportion aux fardeaux des femmes. Il est vrai que les femmes ont des matières qui répondent assez bien aux matières des œufs y et que celles qui jouissent d'une santé parfaite ^ et qui sont dans une* belle jeunesse , rendent souvent de la semence proportionnée au blanc de Pœuf^ et des règles qui répondent au jaune^ et qui ont Tune et Pautre les mêmes usages ; ' mais ^expérience nous a montré que ce^te , semence et ce sang des règles n'engendroient rien^ s'ils n^toient touchés par un homme y

eomme il ne soriiroit poial de poulet d*UH (Bufy à moins q^iHl ne fût rendu fécond par la semence du coq.

On peut donc conclure après Hippocrate , Aristote, Gâllien^ et plusieurs autres ^ que les fausses générations ne se peuvent faire sans qu^une femm€ n^ait élé caressée par un homme.

Il seroit bon de rapporter ici les signes des faux germes et des fardeaux, pour les distinguer d^avec la véritable grossesse , puis* que c^est principalement Taffaire d'un méde« cin , qui ue doit jamais s'y tromper.

Si donc une femme est grosse d^uti faux germe ou d^un fardeau , elle a plus de douleur au ventre que celle qui l'est d^un véritable enfant; sa douleur procédant plutdt d^une cause qui est contre les lois de la Nature^ que de celle qui est selon ses équitables décrets.

D'ailleurs , elle a les mamelles moins dures et moins pleines de- lait : il y en a même qui manquent de lait et qui nous marquent parlà qu^elles n'ont pas d'enfant da,ns les enlrailles«

Au reste , le fardeau n^ayant point de mouvement par lut-même> il tombe du côté, que la femme se tourne : au lieu que l'enfant demeure attaché par sa propre vertu dans le lieu où il est y et qu'on le sent mouvoir de bas en haut quand on met la main sur le ventre d'une femme grosse de cinq ou six mois ; ce que Pon n^aperçoit ni dans un faux germe ni dans un fardeau.

( i54 ) Eniia une femiiLe a beaucoup plus de peine et plus de tranchées à rendre un germe ou un fardeau^ qui donne le branle aux couches ; au lieu qu'un fardeau étant immobile , les efforts doivent tous venir du côté de la mère.

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